Donnacona

DonnaconaDonnacona est ma première rencontre avec la plume d’Éric Plamondon. Je ne l’avais encore jamais lu et j’ai choisi son recueil de nouvelles pour débuter. Je suis plutôt contente de cette lecture. J’ai très envie de voir ce qu’il nous réserve dans un roman par exemple. Je pense aussi à sa trilogie Hongrie-Hollywood express, Mayonnaise et Pomme S qui me fait de l’oeil depuis un moment.

Donnacona est un recueil de trois longues nouvelles qui racontent chacune une étape différente de la vie. La première, qui donne son titre au recueil, parle de l’enfance d’un groupe d’amis qui vivaient au bord de la rivière. Entre les bières, les amourettes et la pêche, c’est le portrait d’une région et d’une amitié qui se dessine. C’est sans doute la nouvelle la plus marquante du recueil. Un coup de poing.

Lendemain de pêche parle du début de la vie d’adulte, alors qu’un jeune homme travaille dans une pizzéria et rencontre le grand amour. C’est cet amour, intense, différent de tout ce qu’il a connu, mais un peu étrange qui amène le jeune homme à en parler à son frère. Ils passent la journée ensemble, vont pêcher, jouer au billard et manger. Les différences entre les deux sont flagrantes. Le texte est accompagné de quelques ébauches de poèmes.

Ristigouche est une étrange histoire. En la lisant j’avais l’impression parfois de me sentir un peu égarée. Il y est à la fois question de Pierre, dont la mère vient de mourir et qui a acheté avec l’argent de l’héritage « un pick-up, une tente-roulotte, un canot pneumatique et un équipement de pêche au saumon ». On nous raconte la vie de Pierre, mais surtout celle de sa mère et des ancêtres qui sont arrivés ici. Ces passages sont passionnants, mais la structure de cette nouvelle me laissait par moments un peu perplexe. On passe de l’un à l’autre sans prévenir, le tout entrecoupé des paroles d’une chanson (que je ne connaissais pas), Le petit avocat. Même si je vois un rapport avec ce qui se déroule dans le texte, je n’en ai pas compris l’utilité. Toutefois, j’ai trouvé la rencontre entre Pierre et le béluga vraiment intéressante. Une troisième nouvelle que j’ai un peu moins aimée, plus à cause de sa structure finalement, que de son contenu.

Malgré cela, j’ai bien aimé cette lecture, suffisamment pour me donner envie de relire l’auteur, dont j’ai déjà un second livre sous la main. Il y a une certaine tristesse dans ces nouvelles, une mélancolie assez touchante, avec sans cesse un regard en arrière, sur le passé.

« Tout s’est un peu arrêté ici. Peut-être que la fin du barrage résonne comme un appel. Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai tout de suite eu besoin de revenir, d’être là et de voir de mes propres yeux. Je croyais trouver une réponse. Je crains d’atteindre une étape de la vie où les questions sur notre passé ne peuvent être que décevantes. Je commence à redouter cet âge où il ne reste plus que le souvenir de nos souvenirs. »

Voici un autre extrait très imagé:

« Il s’est réveillé avec sur la poitrine le poids d’un cachalot échoué. Il a ouvert les yeux. Le cachalot était là. Il était lourd, bien trop lourd, impossible de bouger. Ça sentait la mer, l’humidité. Ça remontait dans ses os. C’était un peu gluant. Une odeur de poisson se mêlait aux cris des mouettes. Il était déjà dix heures. »

Je participe à l’excellente initiative d’Electra et de Marie-Claude de lire des recueils de nouvelles en ce beau mois de mai. Ce livre a donc été lu dans le cadre de l’événement Mai en nouvelles.

Donnacona, Éric Plamondon, Éditions Le Quartanier, 118 pages, 2017