Le code de Katharina

Cela fait vingt-quatre ans que Katharina Haugen a disparu. Depuis, Wisting explore obstinément les archives de ce dossier non élucidé. Et personne n’a jamais pu déchiffrer ce qu’on appelle le code de Katharina : des chiffres, des lignes et une croix que la jeune femme avait griffonnés sur une feuille trouvée dans sa cuisine.
L’ouverture d’une enquête sur son mari, Martin, suspecté d’avoir jadis été impliqué dans l’enlèvement de la fille d’un industriel milliardaire, laisse envisager un lien entre les deux affaires. Mais tout cela remonte à si longtemps… Wisting sera t-il capable d’arracher des aveux à un homme avec qui, sans être tout à fait son ami, il pratique parfois la pêche au lancer et à la foëne ?

Jørn Lier Horst, un auteur norvégien que j’adore. Sa série d’enquêtes met en scène l’inspecteur William Wisting et sa fille journaliste, Line. C’est un duo dont j’aime beaucoup suivre les aventures. J’ai lu tous les livres et j’attends toujours le prochain avec impatience. Ce qui est intéressant, c’est la relation entre le père et la fille, qui ont des métiers connexes, mais qui ne sont pas toujours compatibles. Si William doit tenter d’enquêter en gardant des informations secrètes afin de ne pas compromettre l’opération policière, sa fille quant à elle, est à la recherche de la nouvelle qui fera la première page du journal.

Cette fois, certaines choses changent. Même si on peut lire sans problème les enquêtes dans l’ordre ou dans le désordre, les personnages évoluent tout de même d’un tome à l’autre. Personnellement, je n’ai pas lu la série dans l’ordre et ça ne m’a pas dérangée du tout dans ma lecture. On suit très bien l’évolution et on comprend les enquêtes, qui sont indépendantes. D’ailleurs, les publications en français ne suivent pas forcément la fréquence de publication des romans en norvégiens. Ils ne sont pas tous traduits. On peut donc choisir de lire un seul titre et comprendre tout de même le contexte. 

Dans cette nouvelle enquête, deux vieux dossiers de disparitions refont surface. Celui de Katharina, disparue vingt-quatre ans plus tôt, en laissant un drôle de message codé indéchiffrable sur la table de la cuisine. Wisting a enquêté sur cette affaire non résolue et il est devenu ami avec le mari de Katharina. Les deux hommes avaient le même âge et Wisting éprouvait de la compassion pour ce mari affligé. Parce qu’il n’a jamais pu trouver de réponses à cette disparition, cette affaire le hante. Chaque année à la date anniversaire, il regarde les dossiers de cette affaire en espérant qu’un nouveau détail refasse surface.

« Le mensonge était une composante de toute enquête. Tout le monde racontait des mensonges. Rarement des mensonges directs, mais la vaste majorité des gens contournaient la vérité d’une manière ou d’une autre. On était ambigu, on taisait certains éléments, on exagérait, on arrangeait la vérité pour se rendre plus intéressant, on passait sous silence des informations nous plaçant sous un mauvais jour. »

Une autre ancienne affaire de disparition, celle de Nadia, la fille d’un industriel milliardaire, est réouverte par le groupe d’enquêteurs de crimes non résolus. C’est à cause de cette affaire que Line est convoquée à son journal, même si elle est officiellement en congé. Line est maintenant maman et elle remet en question son travail de journaliste d’enquête. Elle se demande s’il n’est pas temps de changer. Toutefois, son journal lui demande de travailler sur l’affaire de la disparition de Nadia. Des articles papier, des articles en ligne et même un balado sont prévus, ce qui est nouveau pour Line et l’intéresse beaucoup. Le côté plus technologique de son travail est abordé en arrière-plan de l’intrigue.  

On sent également les tensions et les secrets entre les différents corps de police. Certains plus hauts gradés conservent des informations pour eux, afin de ne pas trop en dévoiler. Une certaine manipulation se fait, dans l’ombre, afin de réussir à ce que chacun travaille dans la même direction, mais sans trop ébruiter l’affaire. Même chose pour les médias qui travaillent à la course aux nouvelles et donc, se font concurrence. Les choses changent aussi pour Wisting qui doit travailler à une restructuration au sein de son département, pour laquelle il n’est pas très enthousiasme. On sent un air de changement à venir, peut-être dans les prochains tomes?

« Il s’extirpa de son sac de couchage, s’assit sur le lit. Il faisait froid dans la chambre. Il enfila des chaussettes, un pantalon, une chemise, un pull. Puis il alluma le poêle de la cuisine avant de prendre le seau pour le remplir au ruisseau. Ses pas dans l’herbe, le murmure du ruisseau, quelques gazouillis d’oiseaux, et le silence, un silence qui n’était pas l’absence de bruit, mais des bruits qui ne dérangeaient pas. Ce qui dérangeait, c’était la rumeur de la civilisation, créée par l’homme. Le silence d’ici affûtait les sens, clarifiait les idées. »

Comme toujours chez Jørn Lier Horst, un ancien inspecteur de police, ce sont les rouages des enquêtes et le travail des policiers qui sont au premier plan. Ses livres sont de très bons romans d’enquête, axés sur les procédures, les recherches, le travail de filature, la surveillance électronique, le travail quotidien policier et journalistique. Ce que personnellement j’adore, bien plus qu’un thriller par exemple. De voir évoluer l’équipe de policiers et parallèlement celle de journalistes nous permet de percevoir les affaires policières qui se déroulent devant nos yeux d’une autre façon. C’est intéressant et on sait à l’avance que l’on passera un bon moment. L’auteur a un don pour créer des enquêtes étranges, sur lesquelles on se pose beaucoup de questions. Surtout quand les deux affaires de disparitions, celle de Nadia et celle de Katharina, semblent se recouper étrangement…

Le code de Katharina m’a beaucoup plu. C’est un roman qu’on a de la difficulté à lâcher tant cette histoire de disparition et de code secret est intrigante. C’était également un grand plaisir de retrouver William et Line à nouveau. Vivement la prochaine enquête!

Mon avis sur les autres romans de l’auteur mettant en scène William Wisting et sa fille Line:

Le code de Katharina, Jørn Lier Horst, éditions Gallimard, 464 pages, 2021

Croire aux fauves

«Ce jour-là, le 25 août 2015, l’événement n’est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L’événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C’est aussi le temps du mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l’actuel ; le rêve qui rejoint l’incarné.»

Ce livre m’attirait beaucoup, tant à cause de sa couverture que de son résumé. C’est un récit que j’ai vraiment apprécié, où l’auteure, une jeune anthropologue, nous raconte ce qu’elle a subi le 25 août 2015, alors qu’elle est attaquée par un ours dans les montagnes du Kamtchatka. Je n’étais pas certain en commençant ce récit qu’il s’agissait de l’histoire de l’auteure, mais après quelques recherches, il s’agit bien d’une histoire vraie et donc, d’un récit autobiographique. Croire aux fauves est l’histoire de son tragique accident alors qu’elle se retrouve face à un ours et à tout ce qui en a découlé par la suite. C’est son histoire personnelle que Nastassja Martin nous raconte.

Cette rencontre brutale a naturellement changé sa vie. Son parcours est semé d’embûches, afin déjà de guérir, physiquement, puis de se libérer de ce tragique événement et de comprendre ce qui lui est arrivé. Elle va puiser de la force et de l’aide non pas dans notre monde « moderne » et urbain, mais plutôt dans la culture d’un peuple, les Évènes, qui va l’aider à y voir plus clair.

Le récit se déroule sur une année et chacun des chapitres porte le nom d’une saison. Tout le récit est en lien direct avec la nature, ce qui m’a évidemment beaucoup plu. Le travail d’anthropologue de l’auteure la pousse à aller dans les régions éloignées. Elle a un intérêt marqué pour les peuples qui y vivent et leur culture. Ici, il est surtout question des Évènes: leurs croyances, leur façon de se nourrir, de chasser, leurs mythes, leur regard sur la vie qui est différent du nôtre. Depuis qu’elle est toute petite, l’auteure a toujours eu une attirance et une soif de connaître ces modes de vie et d’en savoir plus sur la relation unique que ces peuples entretiennent avec la nature. C’est ce qui l’amène vers le métier qu’elle pratique. 

Pour les Évènes, les rêves ont une signification et leur perception des choses est différente de la nôtre. L’ours a une présence significative dans le récit. Il est à la base de l’accident, mais il est aussi perçu différemment de notre façon moderne de voir cet incident. L’ours devient une part de l’auteure. Une part de ce qu’elle est. Sa compréhension de cet incident la poussera à trouver le moyen de se reconstruire.

« Je pense à mon histoire. À mon nom évène, matukha. Au baiser de l’ours sur mon visage, à ses dents qui se ferment sur ma face, à ma mâchoire qui craque, à mon crâne qui craque, au noir qu’il fait dans sa bouche, à sa chaleur moite et à son haleine chargée, à l’emprise de ses dents qui se relâchent, à mon ours qui brusquement inexplicablement change d’avis, ses dents ne seront pas les instruments de ma mort, il ne m’avalera pas. »

Après l’accident, elle est soignée en Russie puis elle retourne en France. Mais son parcours médical est rempli de difficultés: sa présence en Russie est considérée comme suspecte et son retour en France est difficile, avec sa blessure, mal perçue par la société. Elle a besoin de prendre du recul face au regard des autres, de tout le système médical. Elle a besoin de s’éloigner de tout cela pour revivre, pour être elle-même. Elle n’arrive pas à se sentir chez elle et elle retourne en Russie pour apprendre à vivre avec les conséquences de son accident et guérir, peu à peu. Retourner là-bas est une façon de retrouver une partie d’elle-même.

Dans le récit, le lecteur va vivre l’attaque de l’ours aux côtés de l’auteure, les hôpitaux et les chirurgies, ainsi que tous les questionnements relatifs à son état. Par la suite, l’auteure va tenter de comprendre la façon de penser des Évènes afin de guérir. Elle cherche le juste milieu, entre les croyances du monde moderne et les croyances ancestrales de ce peuple. Psychologiquement, juste avec le côté urbain et moderne d’aujourd’hui, il lui manque des réponses. Alors que ces peuples ont des connaissances qui permettent à une personne blessée ou souffrante, et ne retrouvant plus ses repères, de reprendre le cours d’une vie plus riche, d’élever son âme afin de se reconstruire.

« Maman, je dois redevenir matukha qui descend dans sa tanière pour passer l’hiver et reprendre ses forces vitales. Et puis, il y a des mystères que je n’ai pas fini de comprendre. J’ai besoin de retourner auprès de ceux qui connaissent les problèmes d’ours; qui leur parlent encore dans leurs rêves; qui savent que rien n’arrive par hasard et que les trajectoires de vie se croisent toujours pour des raisons bien précises. »

Un récit où la nature est omniprésente, un véritable parcours psychologique et spirituel, passionnant. C’est le récit d’une guérison et de l’apprentissage d’être à nouveau bien avec soi-même après une grande épreuve. C’est la recherche du juste milieu entre la part brutale de la bête et l’âme humaine. J’ai adoré ce livre. Je sais que l’auteure a écrit un autre livre avant celui-ci, qui aborde la résistance d’un peuple d’Alaska. Il me tente beaucoup.

Croire aux fauves est tout à fait le genre d’ouvrage que je relirais dans quelques années. Le côté psychologique est très intéressant car bien développé, entre les croyances ancestrales et le monde plus moderne de l’homme d’aujourd’hui. La plume est très belle. Je relirai bien cette auteure à nouveau, dont le travail d’anthropologue m’interpelle particulièrement. 

Croire aux fauves, Nastassja Martin, éditions Gallimard, 152 pages, 2019

La dame blanche

«Derrière la porte fermée à clé de sa chambre, Emily écrit des textes dont la grâce saccadée n’a d’égale que celle des proses cristallines de Rimbaud. Comme une couturière céleste, elle regroupe ses poèmes par paquets de vingt, puis elle les coud et les rassemble en cahiers qu’elle enterre dans un tiroir. « Disparaître est un mieux. » À la même époque où elle revêt sa robe blanche, Rimbaud, avec la négligence furieuse de la jeunesse, abandonne son livre féerique dans la cave d’un imprimeur et fuit vers l’Orient hébété. Sous le soleil clouté d’Arabie et dans la chambre interdite d’Amherst, les deux ascétiques amants de la beauté travaillent à se faire oublier.»

J’ai lu Emily Dickinson pour la première fois à la fin de l’adolescence. Sa poésie m’avait beaucoup marquée. Son histoire aussi. Depuis peu, je me replonge dans son univers avec des textes qui s’inspirent de sa vie pour raconter ce qu’elle a été. J’ai d’abord été charmée par le magnifique roman de Dominique Fortier, Les villes de papier, que je ne peux que vous conseiller tant ce livre est un petit bijou. J’ai eu un gros coup de cœur pour la poésie et la beauté de ce roman. J’ai ensuite eu envie de découvrir la vision de Christian Bobin sur Emily Dickinson.

La dame blanche est un ouvrage qui a certains points en commun avec Les villes de papier. Les deux présentent un point de vue oscillant entre réalité et fiction, sur la vie et le parcours d’Emily Dickinson. J’ai trouvé Les villes de papier plus doux et plus cristallin. La dame blanche est aussi intéressant, mais sur d’autres aspects.

Le livre débute le 15 mai 1886 alors que la mort vient de s’emparer de l’âme d’Emily. C’est l’occasion pour l’auteur de nous faire découvrir la vie de la poétesse. Il s’intéresse à la femme qu’elle a été, mais aussi à tout ce qui touche son univers familial: les membres de la famille Dickinson, la maison où elle vivait, les rares amis et cette allusion au mariage. Une vie, dans l’ensemble, presque invisible.

« Il n’y a pas de plus grande joie que de connaître quelqu’un qui voit le même monde que nous. »

La dame blanche a été une belle lecture, un autre point de vue sur la vie d’Emily Dickinson. Ce roman m’apparaît toutefois moins lumineux que celui de Dominique Fortier par exemple. Je n’ai pas eu tout à fait le même coup de cœur pour l’histoire de Christian Bobin. Il est d’ailleurs peut-être difficile de ne pas faire de comparaison entre les deux œuvres, puisque les deux s’inscrivent dans la forme d’un roman biographique, entre poésie, réalité et fiction.

« Le mot juste, chaque fois qu’on le trouve, illumine le cerveau comme si quelqu’un avait appuyé sur l’interrupteur à l’intérieur du crâne. L’écriture est à elle-même sa propre récompense. »

La dame blanche m’a semblé être un roman plus axé sur la vie extérieure d’Emily, ses relations avec sa famille et la façon dont elle vivait parmi les autres. Avec Les villes de papier, j’ai eu l’impression d’être beaucoup plus dans l’âme d’Emily, ses sentiments, ses envies, ses pensées. L’angle de l’écriture est fort différent, même si le sujet est similaire. Les deux livres sont donc intéressants à lire, pour des raisons différentes.

Il y est beaucoup question ici du père d’Emily, de sa façon de gérer la famille et de sa relation avec sa fille. Leur vision de la vie est différente, leur façon de l’aborder également. La vie familiale est en fait au cœur de ce roman.

« Chacun dans cette famille est roi de son propre royaume. »

Il y a aussi la sœur d’Emily, protectrice, son frère et sa belle-sœur. Si proches et si loin d’Emily. Leurs discordances d’idées et de mode de vie les gardent par moments éloignés de la poétesse pendant de nombreuses années.

« Soit on adore le monde (l’argent, la gloire, le bruit), soit on adore la vie (la pensée errante, la sauvagerie des âmes, la bravoure des rouges-gorges). Juste une question de goût. »

Après la mort de son père, Emily adopte le blanc. De là, le titre du livre. La contemplation et la maison deviennent les cadres de sa vie. Christian Bobin souligne l’agoraphobie comme condition. La vie de Dickinson, avec ses particularités, est souvent particulière et étonnante. C’est peut-être la raison pour laquelle tant de livres ont été écrits à son sujet.

Elle demeure, malgré tout, un mystère.

La dame blanche, Christian Bobin, Éditions Gallimard, 136 pages, 2007

Le disparu de Larvik

À Larvik, l’été est là. Six mois se sont écoulés depuis la disparition de Jens Hummel et son taxi sans qu’aucun indice n’ait permis de faire avancer l’enquête de Wisting. Sa fille, Line, est revenue s’installer dans cette jolie ville côtière, à deux pas de chez lui, et elle profite de son congé maternité pour retaper la maison qu’elle vient d’acheter. Coup sur coup, deux événements surviennent qui offrent à Wisting une nouvelle piste à suivre. Mais les fils que son équipe et lui tirent viennent fragiliser une autre affaire dont le procès doit commencer sous peu. Affrontant les réticences de sa hiérarchie, et malgré l’imminence de l’accouchement de Line, Wisting suit jusqu’au bout son instinct de flic.

C’est toujours un grand plaisir de voir une nouvelle enquête de William Wisting être publiée. J’avais très hâte de me plonger dans Le disparu de Larvik. Et ça été un excellent moment de lecture. Je trouve les romans de Jørn Lier Horst très intéressants en général au niveau de l’enquête et de la façon qu’a l’auteur d’amener ses intrigues. L’enquête donne toujours l’impression de partir dans tous les sens et d’être vraiment étrange, sans queue ni tête, avant que tout se mette en place. On n’en comprend les ramifications et les rouages qu’à la fin.

Il y a souvent plusieurs enquêtes qui s’entremêlent et c’est ce qui me plaît chez cet auteur. Les coïncidences et les intrigues qui se croisent et se nouent de plus en plus… avant que Wisting n’en comprenne toute la profondeur. Jørn Lier Horst crée des univers qui me plaisent et il construit ses histoires avec des éléments vraiment intrigants. Ici, la disparition d’un chauffeur de taxi qui s’est volatilisé tout d’un coup sans laisser de traces et un énorme coffre-fort boulonné au plancher, fermé à clé, dans une maison récemment acquise par une amie de Line Wisting. Les deux événements, qui ne semblent pas être liés, recèlent plusieurs mystères.

Depuis la dernière enquête, les personnages ont beaucoup évolués. Line est sur le point de devenir maman et ne travaille plus vraiment au journal, même si elle poursuit ses investigations comme pigiste et aussi, par curiosité. Elle ne peut s’empêcher de suivre l’actualité et de mettre son nez dans les affaires de son père. Surtout depuis ses retrouvailles avec Sofie, une ancienne amie d’école, qui se retrouve impliquée dans l’enquête en cours, entraînant Line avec elle. Toutefois, une belle amitié se développe entre les deux femmes, ce qui est salutaire pour chacune. 

William Wisting pour sa part, piétine depuis des mois à résoudre une disparition mystérieuse. L’enquête est au point mort et on reproche beaucoup à son service de police la lenteur à offrir un dénouement. Jusqu’à ce que viennent s’entremêler les fils d’une autre enquête, dont le procès est sur le point de commencer. C’est l’occasion pour Wisting de se remettre en question. Il se demande s’il n’a pas fait son temps, s’il n’est pas trop vieux et si certaines choses ne commencent pas à lui échapper…

« Wisting avait l’habitude de la critique et, d’ordinaire, cela le laissait froid, mais cette fois, il l’avait vécue différemment. C’était un rappel de leur échec. Très tôt, l’affaire Hummel avait suscité un trouble en lui, un sentiment insidieux de ne pas être à la hauteur. »

On essaie toutefois de lui mettre rapidement des bâtons dans les roues car sa droiture et sa soif de vérité, dérangent. Outre l’enquête qui prend tout son temps, il est sur le point de devenir grand-père, avec tous les sentiments que ça éveille en lui depuis le décès de sa femme. 

J’ai trouvé l’enquête de ce roman vraiment passionnante. Il y a plusieurs éléments mystérieux qui nous donnent matière à réflexion et qui apparaissent comme illogiques tant qu’ils ne sont pas dénoués. Comme bien souvent, l’auteur s’attarde sur ce qui se passe « en coulisses », qu’on parle de criminels ou de policier. Il y a tout le travail de recherche en amont avant l’accusation, l’enquête qui avance à tâtons, les découvertes et les manières d’entrecouper les différentes preuves pour construire un solide dossier. La fin est un peu brusque, mais les ramifications de l’enquête compensent beaucoup.

Il y est beaucoup question de justice et de la psychologie des témoins, ainsi que du travail d’enquête et de filature. On sent bien souvent derrière le personnage de William Wisting, l’ombre de Jørn Lier Horst qui a été dans le passé, un ancien inspecteur de police. Je trouve ces enquêtes à la fois passionnantes et intrigantes, ce qui fait de ce roman un livre qu’on ne veut pas lâcher pour connaître enfin le dénouement. 

« En trente-deux ans, la criminalité s’était transformée. L’attitude générale aussi. Globalement, par le passé, les gens venaient toujours relater à la police ce qu’ils avaient vu et entendu. Désormais, la police se heurtait de plus en plus fréquemment à un mur de silence, même quand les renseignements qu’elle recherchait étaient largement en périphérie d’un crime. »

Toute la série des enquêtes de William Wisting n’a pas été traduite. Les premiers livres ne le sont pas. Peut-être un jour! En attendant, pour suivre l’évolution du personnage dans ce qui a déjà été traduit, l’ordre est le suivant:

Il est toutefois possible de les lire dans le désordre ou alors de choisir l’enquête qui nous interpelle le plus. Je n’ai pas tout lu dans l’ordre et j’y ai quand même trouvé beaucoup de plaisir. 

En ce qui concerne Le disparu de Larvik, c’est une enquête que je ne peux que vous conseiller et Horst est un auteur à découvrir, surtout si vous aimez les inspecteurs récurrents. Le duo père et fille est original et me plaît définitivement beaucoup! J’ai bien hâte à la prochaine enquête.

Le disparu de Larvik, Jørn Lier Horst, éditions Gallimard, 480 pages, 2020

L’usurpateur

l'usurpateurUn homme mort depuis quatre mois retrouvé devant sa télé allumée ; un autre dans une forêt de sapins avec, dans la poche, un prospectus sur lequel la police retrouve les empreintes d’un tueur en série américain, c’est bien plus qu’il n’en faut pour lancer Line Wisting, journaliste à VG, et son père William, inspecteur de la police de Larvik, dans des enquêtes dont ils ne peuvent mesurer les conséquences…
À quelques jours de Noël, par moins quinze et sous la neige, va s’engager une des plus incroyables chasses à l’homme que la Norvège ait connues.

L’usurpateur est un roman policier très intéressant que j’ai lu avec un plaisir grandissant à mesure que l’enquête avancait. Il y a quelque chose de fascinant dans cette histoire, de terrifiant aussi. Nous sommes en Norvège, en plein hiver. Il fait froid et la neige recouvre tout. Alors qu’on découvre un voisin des Wisting décédé depuis quatre mois et pratiquement momifié dans son fauteuil, Line qui est journaliste décide de faire un papier sur l’extrême solitude du vieil homme. Il est inconcevable pour elle qu’un homme puisse mourir sans que quiconque ne s’en préoccupe. Elle réussit à obtenir l’autorisation nécessaire et les clés de la maison de l’homme pour faire sa petite enquête sur ce qu’a été sa vie et éventuellement, un long article pour son journal. À l’approche des Fêtes, la tristesse de cette solitude et de cette mort ignorée de tous la peine profondément.

« Je voudrais faire un papier sur comment une chose pareille a pu arriver. Comment il est possible d’être si seul et oublié de tous qu’il faut quatre mois pour que quelqu’un s’aperçoive par hasard qu’on est mort. »

De son côté, son père, inspecteur, se retrouve à enquêter sur la découverte d’un corps dans une plantation de sapins. Les circonstances de son décès – le lieu où reposait le corps et les indices retrouvés près de lui – amènent l’équipe de William Wisting à faire de nombreuses recherches pour réussir à mettre un nom sur l’homme décédé. L’homme, surtout, avait été poussé sous un sapin et portait des vêtements d’été. Il était là depuis des mois.

« C’est curieux qu’il ne figure pas sur la liste des disparus. S’il est sous ce sapin depuis l’été dernier, on aurait dû s’apercevoir de sa disparition, non? »

Les deux hommes sont morts à peu près au même moment. Personne ne se souciait suffisamment d’eux pour déclarer leur disparition. C’est l’élément déclencheur qui poussera William et Line à enquêter chacun de leur côté pour des raisons différentes. Il suffira d’une découverte, puis d’une autre pour étoffer l’enquête et mettre à jour des éléments étonnants qui amèneront différents pays à collaborer ensemble pour arrêter un criminel qui sévit depuis beaucoup trop longtemps.

« Sa pensée suivante lui donna une sensation rampante de froid. Quelque part dehors se promenait un tueur en série. »

Jørn Lier Horst met en scène dans ses romans policier, un duo père-fille très attachant. Les deux vivent seuls chacun de leur côté. Line est une bonne journaliste, qui s’intéresse à des sujets différents qui détonnent un peu. Elle tente toujours de donner un angle particulier à ses papiers, pour faire réfléchir les lecteurs et apporter un éclairage nouveau sur des sujets de société. Elle adore la photographie qu’elle pratique depuis qu’elle est enfant.

William, son père, est un enquêteur soucieux, avec une bonne équipe de travail. Il tente de faire du monde un lieu plus sécuritaire et de rendre justice aux victimes. Il est secondé par une équipe solide où chacun se spécialise dans un domaine en particulier. J’ai beaucoup aimé ce duo improbable, inspecteur et journaliste, qui nous permet de voir les deux côtés d’une médaille, soit le travail policier versus le travail de terrain pour publier une nouvelle intéressante. Line par exemple, ne le fait pas à tout prix et a une bonne éthique de travail.

Dans L’usurpateur, la solitude est un sujet qui revient souvent, que ce soit à travers les différents corps qui ont été retrouvés ou par les personnages, William et Line, qui mènent des vies solitaires rythmées par le travail. La solitude est aussi un thème récurrent dans la façon dont le criminel profite de ses victimes et réussit à passer inaperçu. La solitude peut être une bénédiction ou un fléau, tout dépend de la façon dont elle est vécue. Ou dans ce cas-ci, utilisée.

Un roman policier d’enquête que j’ai beaucoup aimé, tant pour son cadre – la Norvège en hiver – que pour ses personnages attachants. La trame de l’enquête est passionnante, faite de recherches généalogiques et historiques. L’histoire permet de découvrir le concept « d’homme de caverne » et de suivre l’évolution et la pensée d’inspecteurs qui tentent de démystifier les faits et gestes d’un tueur aguerri qui sait comment passer inaperçu. Une enquête fascinante qui se développe tranquillement au fil des découvertes que font les enquêteurs. Découvertes qui tardent à arriver par moments, puisque dès qu’ils avancent un peu, les résultats étonnent et ne correspondent pas forcément à ce qu’ils attendaient.

« Cette affaire avait un côté effrayant. Qu’il n’avait pas connu par le passé, qui le faisait se sentir comme un enfant qui ne voyait rien dans le noir, mais qui savait qu’il y avait quelque chose. »

J’ai très envie de lire les deux autres titres de Jørn Lier Horst qui sont disponibles en français. J’espère que les autres enquêtes de William Wisting seront éventuellement traduites également. Une belle découverte!

L’usurpateur, Jørn Lier Horst, éditions Gallimard, 448 pages, 2019