Cœur de loup

coeur de loupFéodora a grandi parmi les loups. Ils sont tout pour elle et, bientôt, elle deviendra maître-loup, comme sa mère. Mais ce destin extraordinaire est anéanti quand surgit l’armée du tsar, dévastant tout sur son passage. Alors que sa mère est faite prisonnière, l’intrépide Féo part avec sa meute à travers les forêts enneigées de Sibérie. Bravant l’ennemi, le froid, les tempêtes, elle est prête à tout pour la sauver…

Féodora aspire à devenir maître-loup, comme sa mère. La mère et la fille vivent dans une cabane, dans les bois, à l’écart de tout. Le métier de maître-loup n’est pas de tout repos. Les loups sont utilisés comme animaux de distraction dans les salons de la haute bourgeoisie russe. Il est de bon ton d’avoir son loup de compagnie lors des soirées et de lui faire exécuter certains tours ridicules. Lorsqu’on se lasse de lui parce qu’il devient plus sauvage qu’on ne le voudrait, le loup est amené au maître-loup qui doit l’ensauvager avant de le relâcher dans la nature sauvage. Seulement, cette façon de fonctionner ne convient plus et l’armée du tsar dévaste tout sur son passage. Chacun est coupable de tout et de rien. La mère de Féo est emprisonnée. Cette dernière voudra la retrouver.

« Je ne sais pas d’où vient le courage. Mais je sais que si on en rassemble un tout petit peu, il en vient encore plus sans qu’on fasse d’effort. »

Féodora a toujours vécu avec sa mère et elle ne s’en laisse pas imposer. C’est un personnage qui fonce et qui est bien courageuse. Même quand elle fait des erreurs, elle réussit à les surpasser ou à tenter de s’améliorer. Elle n’est pas parfaite, pas toujours de compagnie agréable, plutôt sauvage, mais elle a bon cœur. Elle est intelligente, réfléchie et pleine de ressources. Le genre de personnage féminin que l’on souhaiterait retrouver plus souvent dans la littérature jeunesse (et dans celle pour adulte, aussi, ça nous changerait bien!).

« La façon dont pointait son menton vers le haut laissait penser qu’elle avait tué un dragon avant le petit déjeuner. Quant à son regard, il suggérait qu’elle l’avait dévoré. »

Cœur de loup se déroule en pleine révolution russe où l’armée du tsar a tous les droits et tous les pouvoirs. L’armée est guidée par un homme cruel et tyrannique qui prend plaisir à détruire tout ce qui se trouve sur son passage. Le monde de Féodora est injuste et c’est en étant séparée de sa mère, puis en rencontrant Ilya et Alexeï qu’elle en prendra pleinement conscience. Ilya a été enrôlé de force, alors qu’Alexeï est le parfait exemplaire du révolutionnaire sympathique qui a grandit beaucoup trop vite. Le trio réussira beaucoup de choses ensemble.

« Personne n’y vit, le château a été incendié il y a plusieurs années. Le tsar pense que ça porte malheur de vivre dans une maison qui a brûlé, alors les gens du monde doivent être du même avis. C’est ironique quand on voit à quel point son armée aime mettre le feu. »

Ce roman est une véritable ode à l’amitié et au courage. C’est une belle histoire qui montre que la volonté et l’implication n’ont pas d’âge. Ce n’est pas que l’apanage des adultes. Tout le monde peut changer quelque chose à l’histoire, à la société ou au quotidien s’il s’implique. Le roman est construit comme un récit d’aventure passionnant et captivant. La présence des loups dans cet univers enneigé apporte beaucoup à l’histoire et devrait plaire à tous ceux qui aiment les animaux. Les bêtes ne sont pas apprivoisées, même si elles suivent Féodora et l’écoutent bien souvent. Elle fait en quelque sorte partie de leur meute.

Mêlant habilement nature, politique et guerre, présence animale et aventure, Katherine Rundell livre un excellent roman jeunesse avec l’histoire de Féodora, d’Ilya et d’Alexeï. Elle nous plonge dans une révolution qui changera le cours du destin de ses personnages et nous permet de mieux comprendre la dynamique entre une jeune fille et « ses » loups. La nature, omniprésente, est au cœur du roman.

« Féo adorait cet endroit. Tout autour de chez elle, la terre frémissait et scintillait de vie. Elle avait entendu des promeneurs qui passaient par là déplorer la monotonie du paysage blanc, mais ces gens-là étaient des illettrés, ils n’avaient pas appris à lire le monde correctement. »

Cœur de loup est un roman jeunesse comme je les aime. Une véritable aventure dans les bois glacés de l’hiver russe, des loups et une héroïne fougueuse qui ne s’en laisse pas imposer. L’histoire est géniale et remplie de péripéties avec des personnages auxquels on s’attache. De plus, le roman est richement illustré par le travail de Gelrev Ongbico, tantôt avec des illustrations sur la moitié d’une page, tantôt par de petits croquis (empreintes de pattes, sapinage, flocons de neige) dans le coin des pages. Un roman aussi beau visuellement (la couverture est magnifique!) que captivant.

Une bien jolie découverte!

Cœur de loup, Katherine Rundell, éditions Gallimard Jeunesse, 336 pages, 2016

 

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Minuit! 12 histoires d’amour à Noël

minuit douze histoires d'amour a noelLa neige, les fêtes, les longues soirées d’hiver… C’est le moment de tomber amoureux! Humour, émotion, coups de foudre, étincelles… l’amour sur tous les tons par les 12 meilleurs auteurs de la littérature ado.

J’ai lu cette anthologie présentée par Stephanie Perkins pendant les vacances de Noël, à raison d’une histoire (parfois deux) par jour. J’ai adoré cette façon de découvrir ce livre puisqu’elle permet de mieux savourer chaque histoire. Les auteurs regroupés dans cette anthologie sont d’ailleurs des auteurs pour la jeunesse reconnus. C’est agréable de les retrouver dans une toute autre forme, celle de longues nouvelles.

Chaque histoire du recueil Minuit! 12 histoires d’amour à Noël, raconte effectivement une histoire d’amour. Sauf que chacune est bien différente et ne parle pas uniquement d’amour. Plusieurs sujets importants sont abordés, comme l’amitié, la famille, les choix, la pauvreté. Certaines histoires nous plongent aussi dans une ambiance plus fantastique alors que d’autres sont plus réalistes. Elles ont cependant toutes un brin de magie, pour une lecture propice à Noël ou à la saison hivernale.

« Il y a deux sortent d’enfants. Ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Chaque année, il semble que le nombre de ceux qui croient diminue encore. Papa dit qu’il n’est pas facile de demander à un enfant de croire en quelque chose qu’il ne peut pas voir; il dit que c’est bien ça qui le rend magique. Il dit que si l’on possède cette magie, il faut toujours la protéger et ne jamais la laisser disparaître parce que, une fois disparue, elle ne reviendra plus jamais. »

J’ai envie de vous proposer un petit tour rapide des différentes histoires qui composent l’anthologie. Vous verrez qu’on y retrouve de très bons auteurs pour la jeunesse!

Trois, deux, un (Rainbow Rowell)
J’adore Rainbow Rowell et la retrouver ici était un vrai plaisir. Cette histoire est à l’image de ses romans habituels. Une belle histoire d’amitié/amour qui trouve son dénouement la veille du Nouvel An. C’est une belle histoire sur le changement, les traditions, le plaisir d’être bien à deux et… les allergies!

La dame et le renard (Kelly Link)
Cette histoire puise dans le fantastique et c’est son atmosphère quelque peu intemporelle qui fait tout le charme de ce texte. Une histoire d’amour à travers le temps et une veste particulière avec une broderie de renard, recousue par des doigts de fée, vont changer le cours des choses.

Des anges dans la neige (Matt de la Peña)
L’histoire d’une rencontre particulière, un soir de tempête, entre deux étudiants qui semblent n’avoir rien en commun. C’est aussi une histoire de tuyaux gelés, de bouffe, de musique et de quelques mensonges. J’ai aimé cette histoire parce qu’elle aborde la pauvreté et le fait de se sentir comme un imposteur quand on se sent un peu à part des autres ou issu d’un milieu différent.

Sapin de solstice (Stephanie Perkins)
Cette histoire me plaît particulièrement pour plusieurs raisons. Elle met en scène un garçon dont la famille est propriétaire d’une exploitation de sapin de Noël, et une fille qui rêve de travailler pour un studio d’animation et est en quête de la voix parfaite pour son projet. C’est une histoire de sapin qui sera le prétexte à leur rencontre. Une histoire sensible et touchante sur la solitude et la famille qui doit se reconstruire.

Polaris, c’est là que tu me trouveras (Jenny Han)
L’auteure du populaire roman À tous les garçons que j’ai aimés (adapté par Netflix) présente ici une histoire fantastique sur une jeune fille adoptée par le père Noël et amoureuse d’un elfe. C’est un conte original sur la magie de Noël, mais aussi sur les amours qui ne sont pas partagées, avec un soupçon de magie et d’espoir.

Ton père Noël pour une nuit (David Levithan)
L’excellent David Levithan revient ici avec une histoire de Noël amusante et touchante. Connor, en grand frère dévoué, demande à son petit ami de se déguiser en père Noël pour surprendre sa petite sœur Riley. Il accepte de jouer le jeu. Une histoire sur les blessures familiales et les nouvelles amours. On retrouve ici l’univers bien connu de l’auteur, entre le rire et les larmes.

Krampuslauf (Holly Black)
Une fête de Noël où c’est plutôt Krampus que l’on célèbre, une créature munie de cornes, présent pour punir les enfants qui ne sont pas sages. Des adolescents décident d’organiser une fête pour régler certains comptes. L’arrivée d’invités particuliers bouleverse les choses. Krampuslauf, c’est une histoire d’amour et de tromperie, de clans différents dont certains proviennent des beaux quartiers de la ville et d’autres, des coins mal famés. Le tout avec une petite touche fantastique!

Bon sang, Sophie Roth, qu’est-ce qui t’a pris? (Gayle Forman)
Sophie n’arrive pas à s’adapter dans sa nouvelle université de Trou-perdu. C’est une remarque sur Les Simpson qui lui fait rencontrer Russell avec qui elle a beaucoup d’affinités, mais qui lui fera voir certaines choses qu’elle n’envisageait pas et l’aidera à déconstruire plusieurs de ses préjugés. Une belle histoire sur les différences et sur ce qui est imparfait.

Seaux de bière et petit Jésus (Myra McEntire)
Cette nouvelle est bien intéressante à plusieurs niveaux. Elle commence alors que Vaughn a mit le feu à l’église, rien de moins. Juste à temps pour Noël et pour la représentation de la crèche vivante. Comme il veut absolument quitter cette ville pour aller à la fac, il opte pour la seule option possible offerte par le juge: faire des heures de travaux communautaires pour l’église. C’est une histoire pleine d’humour et un comparatif entre ce que l’on considère comme « bien » et « mal », doublé d’une jolie histoire d’amour.

Bienvenue à Christmas, Californie (Kiersten White)
Christmas en Californie, un bled perdu au milieu de nulle part où Maria travaille comme serveuse dans un café au thème très inspiré de Noël. Son unique but dans la vie: partir très loin de Christmas. L’arrivée d’un nouveau cuisinier va changer certaines choses dans sa vie. Cette nouvelle est intéressante parce qu’elle aborde l’héritage familial et l’incompréhension au sein d’une famille dont le dialogue fait cruellement défaut. L’histoire est bien jolie. Et donne envie de plats réconfortants sortis de nos meilleurs souvenirs.

L’étoile de Bethlehem (Ally Carter)
Lydia est à l’aéroport quand elle fait la connaissance de Hulda qui souhaite faire changer son billet. Comme c’est impossible, elle lui propose alors de changer de place, du moins pour la période des Fêtes. L’embarquement est immédiat, elles n’ont pas de temps de faire une mise au point. Lydia se retrouve donc à prendre la place de Hulda, en route pour Bethlehem, un coin perdu au milieu de nulle part en Oklahoma…
Une histoire agréable, mais un peu précipitée, qui m’a quand même plu. Elle parle de la famille et du choix de faire de sa vie ce que l’on a envie.

Le réveil du rêveur (Laini Taylor)
Je suis un peu mitigée quant à la place de cette histoire dans ce recueil. Je trouve qu’elle parle d’un monde très loin de ce à quoi nous nous attendons avec un livre festif axé sur des histoires amoureuses qui trouvent leur dénouement pendant la période de Noël. C’est une histoire qui se rapproche plus d’une ambiance à la Servante écarlate, avec un monde restrictif régit par de drôles de règles, que d’une histoire de Noël. Dans le contexte du livre, c’est celle qui m’a le moins plu.

Toutes les nouvelles abordent, malgré leur apparente légèreté, des thèmes plus profonds qu’il n’y paraît. C’est ce qui m’a plu dans ces histoires, qui peuvent convenir autant aux ados qu’aux adultes. Ces derniers aurons sans doute un recul différent, mais n’en auront pas moins de plaisir à les découvrir. L’humour est régulièrement présent et la petite touche de fantastique de certaines histoire amène juste ce qu’il faut de magie à ce recueil.

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël est une anthologie que j’ai adoré, si l’on excepte la dernière histoire, qui détonne un peu dans l’esprit du recueil. Elle n’est pas très festive ni très romantique, en plus de ne pas avoir réellement d’atmosphère de Noël. Autrement, je vous suggère fortement ce recueil, les onze autres histoires en valent vraiment la peine. Elles sont parfaites pour se plonger dans l’ambiance des Fêtes et présentent un contexte à la fois magique (la magie étant aussi dans de petits gestes du quotidien) et romantique. Un livre que je relirais bien Noël prochain!

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël, Collectif, éditions Gallimard Jeunesse, 485 pages, 2015

Un Noël d’enfant au pays de Galles

un Noël d'enfant au pays de gallesLe grand poète Dylan Thomas se souvient des Noëls de son enfance dans ce beau texte devenu un classique. Un parfum de Noël authentique, de Noël d’antan, que restitue Peter Bailey avec toute la fraîcheur joyeuse et délicate de ses aquarelles.

J’ai lu Un Noël d’enfant au pays de Galles pour la première fois il y a des années, dans une toute autre édition. Ce texte m’avait profondément marquée. Dylan Thomas a une plume rare, classique, magnifique. C’est un poète qui devrait être plus largement lu et découvert. Son univers en vaut la peine.

Je suis ravie de cette réédition par Gallimard Jeunesse, qui permet un nouveau souffle à ce classique intemporel. Le texte est magnifique, la poésie de Dylan Thomas se retrouve même dans ses souvenirs de Noël, entre péripéties, matins de Noël et imaginaire, au cœur d’un hiver enneigé.

« C’était l’après-midi de la veille de Noël et j’étais dans le jardin de Madame Prothero, à guetter les chats avec son fils Jim. Il neigeait. Il neigeait toujours à Noël. Décembre, dans ma mémoire, est blanc comme la Laponie… »

Sous la plume de Dylan Thomas, les boules de neige deviennent des « boules de vacances », les collines enneigées ont les « courbes d’une harpe » et une simple promenade au village devient une véritable expédition peuplée de fantômes, de chiens de sauvetage et d’hippopotames venus tout droit de l’imagination des enfants.

J’adore cette nouvelle édition puisque pour moi, tant par son texte, son format que par son côté très imagé, c’est un livre qui fait le pont entre les générations. Entre les souvenirs de Noël d’un écrivain né en 1914 et les dessins colorés et plein de vie de Peter Bailey, ce très beau livre de Noël peut être lu par les adultes comme par les enfants. C’est un bel outil pour partager les souvenirs de Noëls d’antan en comparaison avec les Noëls d’aujourd’hui. Le présent côtoie le passé, les souvenirs peuvent s’entremêler aux festivités présentes. Une magnifique façon de faire connaître un beau classique gallois.

« Il y avait des cloches d’église, aussi, […] dans les beffrois noir chauve-souris, blancs de neige, sonnées par des évêques et des cigognes. Et elle tintaient pour répandre leurs nouvelles sur la ville pansée de frais, sur l’écume gelée des collines de poudre et de crème glacée, sur la mer craquelante. On aurait dit que toutes les églises tonnaient de joie sous ma fenêtre; et les girouettes, sur notre clôture, grinçaient Noël. »

On qualifie souvent Dylan Thomas d’intraduisible, tant sa plume est particulière. Pourtant la traduction de Lili Sztajn pour cette édition est exemplaire. On y retrouve la magie particulière des souvenirs d’enfance de Dylan Thomas, alors qu’il vivait au pays de Galles.

Un Noël d’enfant au pays de Galles est un vrai petit bijou! Tendre, drôle et lumineux, c’est un album à découvrir assurément. Son petit format à la couverture rigide en fait un très bel objet, un livre à la fois pour enfant et pour adulte, qui plaira assurément aux petits comme aux plus grands.

Un vrai classique de Noël à lire et relire, pour notre plus grand bonheur!

Un Noël d’enfant au pays de Galles, Dylan Thomas, illustré par Peter Bailey, éditions Gallimard Jeunesse, 80 pages, 2015

Le club de l’ours polaire t.1: Stella et les mondes gelés

club de l'ours polaireStella Flocus Pearl a toujours voulu accompagner son père sur les terres inconnues de ses voyages. Son rêve se réalise le jour de ses douze ans : partir en exploration avec le Club de l’Ours Polaire ! Aux côtés d’un chuchoteur de loups, d’un magicien snob et arrogant, et d’un demi-elfe timide et maladroit, Stella se lance à la conquête des étendues polaires. Mais une catastrophe vient bouleverser l’expédition et d’innombrables dangers se dressent bientôt sur leur chemin.

Il y avait un moment que je souhaitais découvrir ce livre qui m’attirait beaucoup. La couverture déjà, est vraiment magnifique avec ses couleurs bleutées et son titre texturé. Le thème avait tout pour me plaire: une expédition dans le froid polaire et beaucoup d’aventures. Est-ce que j’ai aimé? J’ai adoré! J’ai dévoré ce roman hivernal en quelques heures. Ça se lit tout seul, les aventures s’enchaînent et on ne s’ennuie pas une seconde!

Le club de l’ours polaire, qu’est-ce que c’est? C’est un club d’explorateurs. Il en existe quatre dans le monde où vit Stella et chacun se spécialise dans des lieux différents. On trouve d’ailleurs en fin de volume les règlements pour chacun des clubs. Le père de Stella, Felix, fait partie de celui de l’ours polaire. Il va donc souvent dans les mondes glacés et raconte ses aventures à sa fille, qui rêve de devenir exploratrice. Sauf que cette profession n’est pas vraiment autorisée pour les filles, où l’on souhaite plutôt les voir coudre, chanter et marcher avec des livres sur la tête. Stella détonne un peu dans cet idéal auquel elle n’a que faire, tout comme son père d’ailleurs. Elle est passionnée par les cartes, mange de la glace au petit-déjeuner, s’amuse avec les dinosaures nains qui vivent dans l’orangerie et a un ours polaire comme animal de compagnie. Felix adore sa fille et il aime bien contourner les règlements, parfois. C’est un père adoptif adorable, que le lecteur aime tout de suite. C’est un très beau personnage.

« Felix était capable de pédaler sur un grand bi, de faire des tours de cartes, et de fabriquer des petits oiseaux volants en papier. Si cela ne suffisait pas pour être adoré, que fallait-il d’autre? »

Felix doit partir en expédition. Avec son club, ils doivent être les premiers à atteindre les Mondes gelés. Stella fera donc partie du groupe des explorateurs junior. Elle s’embarquera avec son ami Dragigus, fera la connaissance de Shay, un chuchoteur de loups, et devra s’accommoder de la présence d’Ethan, un explorateur junior désagréable d’un autre club, venu exprès pour participer à l’exploration des Mondes gelés. Alors que toute l’expédition débarque dans le froid polaire, une catastrophe sépare les explorateurs junior du reste de l’expédition. Ils devront se débrouiller seuls…

« Il ne faut pas avoir peur de vivre et de prendre des risques. Sinon, on ne s’amuse pas beaucoup. »

Le club de l’ours polaire est un monde merveilleux qui s’inspire des contes, surtout dans sa seconde partie. L’univers créé par Alex Bell est magique, une sorte de croisement entre Les royaumes du Nord et Les animaux fantastiques. Le monde de Stella regorge de créatures magiques, certaines gentilles, d’autres menaçantes. Elles ont toutes différents pouvoirs. Entre les oies qui pondent des œufs magiques qui permettent de faire apparaître le repas de ses rêves et les Engeleurs, des créatures féroces de qui on doit se méfier, les jeunes explorateurs doivent apprendre à déceler à qui ils doivent faire confiance et quelle magie est inoffensive. Chacun des membres a aussi un pouvoir différent et en mettant leurs forces ensembles, ils réussissent à s’entraider. Il n’y a que Stella qui semble n’avoir aucun pouvoir, cependant elle découvrira certaines choses sur sa famille au fil des aventures.

Il y a de très belles trouvailles magiques dans ce roman et aussi beaucoup d’humour. Par exemple, Le club de l’ours polaire fait une vraie fixation sur les moustaches de ses membres.

« Les explorateurs de l’Ours Polaire devront garder à tout moment leur moustache taillée, cirée et généralement bien entretenue. Tout explorateur avec une moustache négligée sera prié de quitter les salles communes du club sur-le-champ. »

Le club offre aussi à ses nouveaux membres, un trousseau d’entretien pour moustache. Les choses se compliquent un peu quand Stella arrive puisque c’est une femme! La première à entrer dans le club.

« Elle se jura de prouver qu’une fille était en tout point aussi capable qu’un homme de partir en exploration. Sans doute plus, même, puisqu’elle n’avait pas besoin de se soucier de sa moustache. »

Stella est un personnage féminin fort et courageux. Fonceuse, elle affronte les événements et fait preuve de beaucoup d’ouverture. Shay est un personnage très intéressant, par son grand calme, sa maturité et ses dons avec les loups. Il est aussi le seul à avoir une créature spirituelle. Dragigus est le maladroit du groupe, qui est souvent perçu comme quelqu’un d’étrange. Ethan est détestable, mais il cache aussi certaines choses qu’il est intéressant de découvrir au fil des pages. Ce jeune équipage vit d’incroyables aventures polaires pour notre plus grand plaisir!

Le club de l’ours polaire: Stella et les mondes gelés est le premier tome de ce qui devrait être une trilogie. La fin du premier livre nous garde en haleine pour le prochain et je dois avouer que j’ai très hâte que la suite soit publiée. J’ai aimé cet univers glacé où la neige et le froid sont partout. C’est une lecture parfaite pour l’hiver.

J’ai passé un excellent moment et je vous conseille ce livre si les romans d’aventure jeunesse vous plaisent! L’histoire donne une furieuse envie de s’installer avec une couverture et un chocolat chaud pour lire. D’ailleurs le chocolat chaud est partie prenante de tout club d’explorateurs qui se respecte!

À noter que le roman contient, au fil des pages, de belles illustrations de l’illustrateur Tomislav Tomic, reconnu pour avoir donné vie à plusieurs textes de l’univers d’Harry Potter.

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Le club de l’ours polaire t.1: Stella et les mondes gelés, Alex Bell, illustrations de Tomislav Tomic, éditions Gallimard jeunesse, 368 pages, 2017