Entre deux ciels

Le haïku célèbre ici le quotidien dans tout ce qu’il transporte de lumière et d’ombre. Le petit nuage blanc qui imite la lune, la lumière d’un héron au-dessus d’un embouteillage, des épinettes noires qui étirent le cou, mais aussi la lourdeur d’un dernier rendez-vous dans les yeux bleus d’un ami. Les haïkus de ce recueil témoignent d’un chemin entre deux ciels. 

Entre deux ciels est un très joli recueil de haïkus, accompagné de quelques photographies prises par l’auteure, que l’on retrouve au début de chaque chapitre. Le recueil commence avec un avant-propos de Dominique Chipot qui offre un bref descriptif des chapitres conçus comme des « tableaux » par l’auteure, ainsi qu’une appréciation sur la technique d’Hélène Leclerc à construire ses vers.

Entre deux ciels est un recueil où la nature tient une grande place. Il est divisé en quatre sections où le lecteur est transporté dans quatre environnements différents:

La route rose du GPS parle de tout ce que l’on peut retrouver sur notre route, toujours en rapport à la nature: animaux, flore, ciel, brefs instants lumineux.

Les grands courants aborde les courants de manière générale: des courants d’eau, des courants d’air, des bruits et des sons.

Le silence de nos doigts parle de silences et de moments de douceur, d’effleurements, de petits gestes. C’est la section consacrée au toucher.

Dans les yeux du cerf nous amène dans la forêt, auprès des animaux. Un chapitre qui met à l’honneur les différentes saisons, en commençant par l’hiver.

Ces poèmes sont un vrai plaisir pour le lecteur! Plonger dans les recueils d’Hélène Leclerc est un grand bonheur, tant ces textes sont des moments de véritable beauté. Ils nous apportent une quantité de belles images. Un livre plaisant, reposant, plein de lumière.

l’arbre solitaire
dans ses branches dénudées
le dessin du vent

Une lecture que j’ai beaucoup apprécié. Hélène Leclerc est une poète que j’adore. Je prend plaisir à chaque fois à découvrir ses haïkus et je m’émerveille toujours de la beauté et de la simplicité de ses mots. On se retrouve dans les petites scènes qu’elle capte, comme d’infinies beautés du quotidien.

Une auteure que je vais relire assurément, puisque je me suis procuré tous ses recueils. C’est chaque fois un plaisir. Je ne peux que vous recommander de découvrir sa plume tant les images que ses mots véhiculent sont belles. Sa poésie est très accessible. Elle sait capter ces instants où notre regard rencontre de fugitifs moments de la nature.

ciel de neige
au-dessus d’un panneau
les yeux du harfang

Entre deux ciels, Hélène Leclerc, éditions David, 88 pages, 2017

Retenir la lumière

À l’heure où tout nous distrait de nous-mêmes, des petits riens s’invitent dans les cahiers d’Hélène Bouchard. Au rythme des saisons, quelques morceaux d’elle, sans prétention. De courts tableaux du quotidien pour réveiller les couleurs oubliées, échapper à l’amertume, recoudre une histoire. Témoins de l’attention au précieux, au minuscule, ils vagabondent entre décor extérieur et intérieur. Des fragments de vie entre le souffle poétique du haïku et la respiration plus profonde du haïbun.

Retenir la lumière. Quel beau titre et combien il est parlant. Avec ce livre, j’ai découvert pour la première fois le haïbun. Il s’agit d’un mélange de prose et de haïku. Ces textes sont décrits comme des « Fragments de vie entre le souffle poétique du haïku et la respiration plus profonde du haïbun. » J’ai déjà lu Hélène Bouchard dans le passé, avec son recueil Petits fruits nordiques et j’avais vraiment apprécié sa plume. Je dois dire que j’ai particulièrement apprécié le haïbun, qui me plaît presque plus que le haïku, même si j’adore cette forme de poésie. Le haïbun s’accorde parfaitement bien à Hélène Bouchard. Elle est douée pour transmettre l’émotion et la beauté des petites choses. Le mélange de prose et de haïku permet ici d’aller encore plus loin. C’est donc une lecture très agréable.

Le livre, en tant qu’objet, est superbe. Une mention spéciale pour la couverture hivernale que je trouve si belle et lumineuse. On retrouve également de belles citations en haut de page, d’écrivains différents. C’est inspirant. Le livre est accompagné de quelques photographies en noir et blanc, prises par l’auteure.

« Naissance du jour. Ma tasse de café dans les mains, dans un geste d’offrande.
Quelques gorgées, le temps de réveiller le matin.

une brindille
dans le bec de l’oiseau
peut-être un poème »

Retenir la lumière est un recueil qui parle du quotidien. Ce que l’on retient, c’est la présence de la lumière. Savoir retenir le petit côté lumineux de chaque instant, même les plus tristes ou difficiles. Le titre est d’ailleurs très représentatif du livre parce que ce sont des textes vraiment magnifiques. On y retrouve également la nature, bien présente, mais surtout les saisons qui se déploient au fil des mois, des événements de tous les jours.

À travers des bribes du quotidien, la beauté de cette poésie c’est de savoir conserver ce qui est plein de lumière, ce qui scintille ou qui nous offre un cadeau de la vie et de la nature, quelque chose à cueillir, à conserver. C’est un recueil au ton très positif, qui célèbre les petites choses de la vie, même à travers la maladie ou les épreuves. L’auteure joue avec les mots d’une façon réconfortante. Certains poèmes sont touchants, beaux, et savent nous inspirer, même lors de moments plus tristes. L’auteure a une plume fabuleuse pour parler de la vie, en faisant ressortir la lumière.

« Janvier
-30° Celsius
échoué sur les glaces
le soleil

froid polaire
sur la promenade du Vieux-Quai
seul avec mon ombre

Si lent cet hiver, ton rire, un goût de printemps. »

Le côté visuel de ses textes est très fort. Quand on tourne la dernière page, on a envie de sourire et on se sent bien. C’est une poésie lumineuse, qui fait un bien fou. Réussir à capter les petits moments de lumière et à les retenir un peu plus longtemps, voilà le pari réussi d’Hélène Bouchard.

Retenir la lumière est un livre vraiment magnifique, un coup de cœur pour moi. Les mots sont beaux, la nature est très présente. Je l’ai adoré. J’ai beaucoup aimé le mélange de prose et de haïkus qui permettent de saisir l’instant parfait. L’auteure décrit ces moments de façon très lumineuse. Elle raconte le quotidien, les petites choses qui sont belles, simples, mais finalement tellement essentielles. Si vous n’êtes pas familiers avec la poésie, ce texte pourrait être une merveilleuse façon d’y plonger.

Un recueil scintillant, joyeux, qui fait du bien. À lire, simplement parce que c’est si beau! 

Retenir la lumière, Hélène Bouchard, éditions David, 100 pages, 2021

À petits pas lents

Nous avançons à petits pas lents dans le monde du haïku, le temps d’apprendre à voir et à partager la vision, le temps de maîtriser les règles pour ensuite les trans­cender. À petits pas lents, le temps aussi de transposer l’art ancestral du haïku à notre contexte occidental et moderne. 

À petits pas lents est un livre qui me tentait beaucoup. J’aime lire des collectifs de temps à autre, je trouve que c’est une belle façon de découvrir de nouveaux auteurs. J’étais certain de bien apprécier ce recueil mais celui-ci a été au-delà de mes attentes. C’est un excellent recueil de haïkus, qui m’a beaucoup plu.

L’auteure qui a dirigé le recueil explique le cadre particulier d’un camp littéraire où les haïkistes ont expérimenté une nouvelle forme de travail et de perfectionnement, une approche différente de la poésie et du choix des poèmes à regrouper dans le recueil. Même si les thèmes sont variés, dans des univers très différents, chacun a pu contribué à peaufiner les textes des autres.

« une forme ailée
glisse sur la neige

silence du faucon »

Le recueil regroupe sept auteurs. Nous découvrons donc sept univers différents, mais qui se complètent d’une certaine façon. Le quotidien, la nature humaine, les voyages, les passions, l’émerveillement, les souvenirs de pêche et le littoral sont les thèmes abordés par les haïkistes dans ce très beau recueil. Cette lecture m’a permis de découvrir sept auteurs de grand talent que je n’avais jamais lu. Comme dans tout recueil, on a nos petites préférences. Les petits drames du quotidien de Gilbert Banville est assurément mon préféré et c’est lui qui ouvre le recueil. Si tous les poèmes m’ont bien plu, j’ai particulièrement accroché à ses mots, ainsi qu’à ceux de Monique Lévesque et ses souvenirs de pêche ainsi que Gérard Pourcel, et ses pensées sur la nature humaine.

« balade sur le lac
le sillage de la chaloupe
soulève les nuages »

J’ai beaucoup aimé le fait qu’on nous présente des auteurs aux intérêts différents. Ça amène beaucoup plus de couleur au livre et je crois même que je préfère cette façon de faire, qui nous projette dans plusieurs univers. Cette façon de créer un collectif évite le piège de la monotonie et d’une impression trop linéaire, trop semblable. La variété offre un contenu assurément gagnant car on sent un renouvellement tout au long du recueil. Les mots qu’ils nous offrent nous permettent de mieux nous projeter dans le cadre décrit par les auteurs. Le drame et l’humour se côtoient, l’émerveillement et la variété sont bien présents.

« longue nuit d’insomnie
le sourire de mon dentier

dans un verre d’eau »

Le livre offre une présentation individuelle pour chaque auteur, qui permet de comprendre ce qui a inspiré le haïkiste. Ces portraits permettent sans doute de mieux appréhender les haïkus et de comprendre l’univers de l’auteur avant de lire sa poésie. Ils nous offrent une immersion dans l’imaginaire de l’auteur. J’ai beaucoup apprécié pour ma part, je trouve que ça apporte un gros plus au recueil. En tant que lecteur c’est toujours plaisant d’en apprendre plus sur les auteurs. C’est le second recueil collectif de haïkus que je lis publié chez David éditions et je salue cette forme de présentation qui me plait énormément.

À petits pas lents est un recueil très varié, qui nous offre des haïkus sur plusieurs thèmes: la nature, la philosophie, l’humour, le quotidien, les voyages. Les poèmes sont très imagés. Ces haïkus sont un vrai plaisir de lecture!

À petits pas lents, collectif sous la direction de Francine Chicoine, éditions David, 142 pages, 2021

La route des oiseaux de mer

J’écris pour célébrer ce qui reste de beauté dans le monde en cette époque de grands bouleversements.

Quand tout s’écroulera, j’écrirai encore sur la lumière qui glisse sur l’eau et sur l’oiseau qui s’envole.

ciel blanc
la route invisible
des oiseaux de mer

nuit noire
au loin un grand bateau
transporte la lumière

J’ai découvert cette auteure dans le recueil collectif  En attendant les étoiles, un recueil de poésie que j’avais adoré. Ce que j’avais lu d’Hélène Leclerc m’avait beaucoup plu. J’ai été fasciné par sa plume haute en couleurs et en images, je trouvais qu’elle se démarquait des autres. C’est ce qui m’a poussé à me procurer plusieurs de ses recueils de haïkus à peu près au même moment où les éditions David en publiait un nouveau. La route des oiseaux de mer est donc mon premier recueil complet d’haïkus de Hélène Leclerc et je n’ai vraiment pas été déçu.

Le recueil commence par un avant-propos tout en délicatesse où l’auteure nous révèle sa fascination pour la lumière, cette beauté qui voyage sans aucune barrière à travers le ciel, la mer et les forêts, nous offrant un éclairage sur de multitudes beautés qui s’offrent à la vue. Ses mots sont magnifiques.

On retrouve au début de chaque chapitre une photographie de l’auteure Hélène Leclerc pour imager chacune des parties du livre, qui regroupe des haïkus qui sont proches des quatre saisons. C’est du moins l’impression toute personnelle que j’en ai eu pendant ma lecture. J’associe chaque chapitre à différentes saisons, tant par la forme du texte que par l’ambiance qui s’en dégage:

  • L’aube déborde (été)
  • Je t’entend écrire (automne)
  • Jardin d’hiver (hiver)
  • Dans le creux du vent (printemps)

On sent forcément le temps qui avance et les particularités de chacun des moments de l’année. C’est ce que j’ai ressenti en lisant le livre.

il s’enroule
dans mon long foulard
le vent du nord

Dans le recueil, ce qui revient souvent, c’est l’évocation de la lumière, du vent, le bord de l’eau, les vagues, l’inspiration puisée à même la nature, crayon à la main. C’est un recueil lumineux, qui apaise et fait un bien fou. Les haïkus se concentrent sur ces petits moments de calme, en lien avec la nature et ce qui se passe autour de nous. Rêvasserie, pensées et moments où l’on s’arrête pour profiter de ce que la nature nous offre, comme un cadeau.

début du printemps
le téléphone à bout de bras
pour qu’il entende les bernaches

Certains des poèmes écrits par l’auteure m’ont rappelé des moments vécus ou même des endroits particuliers. Ses mots nous transportent dans la beauté des paysages qui nous entourent et qui s’offrent à nous. Elle réussit à capter le petit moment où l’on est bien. Cette clarté dans la nature autour de nous. Ces mots qui scintillent. Ce qui ressort énormément de la lecture de ce recueil, c’est l’apaisement que l’on ressent et un grand sentiment positif. En quelques mots, Hélène Leclerc réussit à transmettre une atmosphère particulière, de bien-être environnant. Un peu de lumière, le chuchotement du vent, le sons des bernaches dans un ciel noir, l’auteure nous offre un grand moment de détente où ses mots mettent en images l’émerveillement que l’on ressent face à la nature.

J’ai eu vraiment beaucoup de plaisir à lire ce très beau recueil de haïkus. Dans ma pile à lire, j’ai quatre de ses recueils qui m’attendent: Des étages de ciel, Cette lumière qui flotte, Lueurs de l’aube et Entre deux ciels. J’ai vraiment très hâte de relire la plume d’Hélène Leclerc qui est lumineuse, axée sur la nature et qui trouve assurément un écho chez moi.

La route des oiseaux de mer, Hélène Leclerc, éditions David, 96 pages, 2020

Ce matin

Un peu avant l’aurore, au moment d’ouvrir les yeux, un homme sent que quelque chose d’extraordinaire va bientôt se produire. Il se lève, avance vers la fenêtre. Soudainement tout s’ouvre. Il sort. Une lumière mystérieuse l’éblouit. À ce moment précis, il sait que, désormais, tout sera changé. Rien ne sera plus jamais pareil. Un recueil envoûtant sur le désir, l’attente, la fascination, l’éblouissement, la peur et la transformation soudaine. Quelque chose qui annonce le début ou la fin de quelque chose…

Ce matin est une poésie particulièrement belle, tant par la justesse de sa plume que par la grandeur de son message qui nous incite à franchir les clôtures qui nous apparaissent comme inaccessibles. Devant tout ce qui nous semble fermé, il y a toujours des failles. Quand on trouve ces failles, on réussit à foncer et à s’offrir une forme de liberté. Ici, il s’agit de la liberté d’expression, qui offre au narrateur, l’occasion de s’épanouir. 

Il nous est tous déjà arrivé à certains moments, d’avoir nombre de choses à extérioriser. Cependant, alors que notre profondeur intérieure s’apprête à s’exprimer, un barrage se dresse devant nous. C’est un peu ce que raconte l’auteur, toujours en parallèle avec le réveil de la nature, un matin. Plume à la main, celle-ci refuse tout mouvement, comme enfermée dans un refus timide de s’exprimer alors que l’auteur ressent pourtant une soif de crier. Puis, comme par magie, juste devant lui, s’entrebâille une fenêtre permettant aux rayons du soleil et à la fraicheur du matin de pénétrer dans la pièce. Une invitation à sortir de sa coquille pour explorer les horizons, un moment soudain qui permet enfin la liberté. Un espace infini.

Ce matin est conçu en trois chapitres. Le premier, intitulé Le vide, raconte ce mutisme, cette inertie. C’est une forme de blocage, face à tout ce que le narrateur a envie d’exprimer. Ici, c’est le néant. Le vide qui fait trembler le cœur. Qui empêche de s’exprimer.

Le second chapitre, L’ouverture, est le constat et la réflexion que quelque chose doit changer. C’est une déconstruction pour mieux revenir à la vie. C’est l’éveil vers ce matin qui offre une nouvelle chance, l’ouverture à une nouvelle possibilité.

Le troisième chapitre s’appelle La vérité. C’est là que tout prend forme. C’est l’art d’habiter l’instant. Tout se met en place. C’est une renaissance et une libération. 

« Ce bruit
à la fois de l’intérieur

et de l’extérieur
active le diapason de la parole
à l’aurore
ce que le jour a en réserve
pour faire vaciller
le premier rayon sur la peau
tout comme l’animal trépigne
ou la fleur palpite
dans la féroce tendresse
de la rafale »

Le texte est d’une infinie beauté. Les mots et les images utilisés par l’auteur sont d’une grande puissance.  La couverture du livre est aussi superbe, très représentative du texte. Les parallèles entre la nature et l’éveil au monde est d’une force très évocatrice. C’est vraiment magnifique!

Un auteur que je découvre et que j’ai bien envie de relire. 

Ce matin, Paul Savoie, éditions David, 78 pages, 2020