Un Noël au bord de la Tamise

Worm, un gamin des rues âgé de neuf ans, vit sur les rives de la Tamise et il n’a jamais passé un Noël en famille. Mais grâce à un petit boulot dans la clinique d’Hester Monk à Portpool Lane, la douce Miss Claudine Burroughs et Squeaky Robinson, un vieux comptable bougon, deviennent sa famille adoptive.
Quand Worm est témoin de l’enlèvement d’une belle jeune femme par deux voyous quelques jours avant Noël, éperdu, il demande de l’aide à Squeaky. Le vieil homme a autrefois possédé un bordel et il sait qu’il est dangereux de se mêler d’affaires louches comme celle-ci, mais il ne supporte pas l’idée de décevoir Worm ou de laisser le garçon voler au secours de la jeune femme tout seul. Cependant, les deux sauveurs improvisés ne s’attendaient pas à ce que la demoiselle en détresse ait la situation bien en main… et s’emploie à amener ses ravisseurs devant la justice pour des crimes bien pires que son kidnapping. Mais, il ne faut pas sous-estimer les deux truands, aussi fourbes que mortellement dangereux. Et peut-être que l’aide du cynique vieux Squeaky et du jeune Worm, gonflé d’optimisme, permettra au bien de triompher et d’éviter un terrible drame de Noël.

Un Noël au bord de la Tamise est le dernier livre que j’ai lu en 2020. J’avais très hâte de le lire puisque j’aime bien découvrir les contes de Noël qu’Anne Perry nous réserve en fin d’année. Ils ne sont pas toujours de qualité égale, mais c’est un rendez-vous que j’aime beaucoup malgré tout. Il y a certains titres que j’ai adoré, d’autres moins et il y en a trois que je n’ai pas lus parce qu’ils se déroulent sous le soleil et que ça ne m’intéresse pas vraiment. Pour moi, Noël est synonyme de neige ou à tout le moins, de froid! 

Si ses premiers contes d’il y a plusieurs années étaient plus festifs, maintenant je dirais que ça dépend des années. Par contre mes préférés figurent parmi les premiers contes qu’elle avait écrit au tout début. J’aimerais beaucoup d’ailleurs que l’éditeur les réédite. Je pense à La disparue de Noël par exemple ou au Voyageur de Noël. J’aimerais bien me les procurer et les relire. Qu’en est-il toutefois du conte de cette année, Un Noël au bord de la Tamise?

L’histoire est celle de Worm, neuf ans, un orphelin qui vivait dans la rue et à qui on a offert un foyer dans une clinique qui s’occupe des femmes égarées et des pauvres. Un jour qu’il se promène, il croise une jolie dame « aux cheveux plein de soleil », qui semble en difficulté. La scène le trouble beaucoup, il ne réussit pas à l’oublier. Il décide d’enquêter en entraînant le comptable de la clinique, Squeaky, dans une histoire bien dangereuse…

Afin de le détourner de toute cette histoire, Squeaky lui parle de Noël, une fête que Worm n’a jamais vraiment célébrée. C’est la première fois qu’il a un foyer et que Noël sera une vraie fête pour lui. Il y a donc deux parties qui alternent à cette histoire: les préparatifs de Noël instillés par Squeaky et l’enquête sur la dame en difficulté, qui semble être malmenée par des hommes rudes et bourrus. 

Un Noël au bord de la Tamise se déroule beaucoup dans les quartiers mal famés de Londres, à l’époque victorienne. On sent un peu l’ambiance d’époque, même si l’auteur ne nous plonge pas totalement dedans. Le roman est trop court pour que de longues descriptions recréent cette atmosphère particulière. C’est surtout la petite intrigue qui retient l’attention. On veut connaître le dénouement de l’enquête de Worm et Squeaky. 

Même si Worm célèbrera Noël pour la première fois et qu’il en découvre les rouages, l’ambiance n’est malheureusement pas très festive. Il y a des mentions de décorations, de souvenirs de Noël et de préparation à la fête, mais sans plus. J’aurais aimé que ce soit plus approfondit, surtout qu’avec le personnage de Worm l’occasion aurait été belle de prendre le temps de créer un vrai Noël en parallèle à l’enquête. Je regrette un peu que cet aspect soit juste survolé. 

« Il jeta un regard noir à l’enfant pour avoir soulevé le sujet. Maintenant, il allait devoir dénicher un arbre de Noël! Et tout ça était la faute du prince Albert qui avait ramené des idées allemandes en Angleterre parce qu’il avait épousé la reine! »

Ça arrive de plus en plus que certains des contes de Noël d’Anne Perry ne soient pas si ancrés dans la magie des fêtes. Comme je m’y attendais un peu, j’ai quand même eu du plaisir à découvrir cette petite histoire. Ça reste léger et court, donc pas très marquant, mais ce fut une lecture agréable. J’aime découvrir ce que l’auteur nous réserve à la fin de l’année dans ses contes de Noël. Ils ont toujours une petite morale et parlent bien souvent de deuxième chance et de rédemption, des sujets qui reviennent beaucoup dans ses histoires.

Ce qui m’a plu dans ce roman, ce sont les personnages de Worm et Squeaky. On ne peut que s’attacher au gamin, un garçon des rues curieux et empathique. Même le rude Squeaky est un personnage intéressant. S’il ne souhaite pas trop montrer ses sentiments, il n’en demeure pas moins qu’il a profité d’une seconde chance dans la vie et est devenu une bien meilleure personne.

« Ne pas respecter la promesse faite à un enfant était une chose épouvantable, pour ne pas dire impardonnable, et encore plus au moment de Noël. »

Un conte de Noël qui nous mène sur les traces de cambrioleurs et d’or disparu, dans les quartiers industriels au bord de la Tamise. J’ai bien aimé!

Un Noël au bord de la Tamise, Anne Perry, éditions 10/18, 160 pages, 2020

Le dernier homme

le dernier hommeUn monde, le nôtre, dans un futur pas si lointain… Un monde dévasté à la suite d’une catastrophe écologique sans précédent, où se combinent des conditions climatiques aberrantes, des manipulations génétiques délirantes et un virus foudroyant prompt à détruire l’ensemble de l’humanité. Esseulé au cœur de cet enfer aseptisé et visionnaire, digne de 1984 et d’Orange mécanique, un homme, Snowman, est confronté à d’étranges créatures génétiquement modifiées, les Crakers, une nouvelle race d’ « humains » programmés pour n’être sujets ni à la violence, ni au désir sexuel, ni au fanatisme religieux. Tel un Robinson futuriste, il doit lutter pour sa survie et celle de son espèce. Au risque d’y perdre son âme…

En commençant ce roman, je m’attendais à lire une seule histoire alors que je découvre que Le dernier homme fait partie d’une trilogie, avec Le Temps du déluge et MaddAddam. Deux titres que je voudrais bien lire également.

Le dernier homme de Margaret Atwood nous transporte donc dans le présent et le passé de Snowman (autrefois appelé Jimmy). Une catastrophe humaine a changé le cours de l’humanité et le monde que nous avons connu. Nous sommes alors transportés dans le présent de Snowman et très souvent, dans ses souvenirs. C’est à un voyage dans le temps que nous convie l’auteure. Le passé de Jimmy est en quelque sorte notre futur à nous, les humains d’aujourd’hui. Il y a des reliques du monde que nous connaissons, dans les décombres que l’on retrouve dans le l’univers de Snowman. Dans les méandres de l’internet qu’il consulte, du temps où il s’appelait Jimmy, on retrouve un peu de notre culture et de ce que nous avons été. Les personnages de ce monde futuriste critiquent notre monde, notre mode de vie, notre façon de gérer nos relations avec les autres.

L’auteure alterne entre le passé de Jimmy et le présent. Son présent, par rapport à nous, est un monde futuriste. Cependant, on a l’impression que son univers pourrait ne pas être si éloigné du nôtre dans un proche avenir. Le monde décrit dans le roman est très détaillé et offre un regard assez noir sur ce que pourrait devenir notre futur. C’est un univers particulier, rempli de vestiges du temps passé.

« Snowman ouvre les yeux, les ferme, les ouvre, les garde ouverts. Il a passé une nuit épouvantable. Il ne sait quel est le pire, un passé qu’il ne peut retrouver ou un présent qui le démolira s’il se penche trop dessus. Et puis il y a le futur. Pur vertige. »

Dans le passé, nous voyageons aux côtés de Snowman, de son meilleur ami Crake et de Oryx dont il est follement amoureux. Nous découvrons des compounds, des sociétés plus avancées qui évoluent à l’écart des autres. Ce monde est peuplé de créature particulières, comme les porcons et les louchiens, issus de la manipulation génétique. Le monde décrit dans Le dernier homme est très avancé du point de vue des technologies, de la science et de la génétique.

Crake, devenu adulte, façonne quant à lui ce qui sera le nouvel humain dans un présent désolé où tout est détruit et où il ne reste que des décombres et des déchets de l’ancien monde.  Il travaille beaucoup sur les créations transgéniques. Son but: créer la perfection, sans les défauts de l’humain. L’auteure offre avec ce personnage, une forme de critique et un avertissement concernant les manipulations génétiques qui peuvent s’avérer très dangereuses. En souhaitant effacer ce qui lui semble inégal et injuste, comme les hiérarchies et la jalousie, ses nouvelles créations ne sont pas forcément mieux. Le monde manque de saveur, de couleurs, d’identité.

L’histoire est un peu un constat et une critique du chemin que prend l’humanité avec les traitements génétiques et transgéniques, et l’envie de créer des êtres les plus parfaits possibles. L’auteure invoque du même coup les conséquences d’un monde futur, où l’obsession de l’homme à rechercher constamment la supériorité et la domination sur les autres espèces et sur la nature, l’amène plutôt à tout détruire autour de lui.

La pollution et l’écologie sont des thèmes qui reviennent souvent dans le livre. Certaines créations ou innovations faites par les scientifiques dans le roman le sont en cherchant à améliorer le monde que nous leur avons laissé. On ne peut s’empêcher de faire un certain parallèle avec ce que nous vivons aujourd’hui, surtout que dans le roman, un virus créé par l’humain est en voie de détruire l’humanité. Ici, il s’agit d’un roman naturellement, mais qui trouve certains échos à ce que nous vivons aujourd’hui. Il y a quelque chose de terrifiant dans cette histoire qui nous raconte un monde qui pourrait être probable, avec les avancées technologiques et scientifiques que nous connaissons.

Le dernier homme est ma première rencontre avec l’univers de Margaret Atwood. J’ai trouvé le roman très original, l’idée de cette vision futuriste est très intéressante et que dire de cette plume riche en vocabulaire et imagination! La traduction est également excellente et agréable à lire. J’ai par contre trouvé quelques longueurs au roman. La construction de l’histoire est assez lente. Il y a beaucoup de passages qui se déroulent dans le passé et j’avais souvent l’impression qu’il y en avait plus que dans le présent, alors que c’est à cette période que j’aurais préféré passer le plus de temps. Je la trouvais plus intéressante et plus intrigante.

Il y a donc des passages qui s’étirent en longueur et que l’on aurait pu raccourcir un peu. Le roman n’en est pas moins bon, mais il m’a manqué un peu de suspense pour rester totalement accroché à l’histoire. Peut-être est-ce parce que le livre est le début d’une trilogie? Ce que je ne savais pas en le commençant. Ma perception par rapport au dénouement et à mon envie de connaître les réponses plus rapidement aurait peut-être été différente de ce côté-là, en sachant que Le dernier homme place les bases d’une histoire beaucoup plus longue. Peut-être que cette impression sera plus ténue en lisant les autres volumes de la trilogie. Dans l’ensemble, je dirais que l’auteure réussit à pousser notre curiosité suffisamment loin pour avoir envie de découvrir la suite.

Malgré ce bémol, Le dernier homme m’a permis de passer un bon moment. J’ai trouvé le roman très intéressant, surtout parce que l’auteure réussit à créer un monde fascinant et terrifiant. Elle nous décrit un monde qui n’est pas très reluisant et qui est rempli d’incertitudes quant à ce qu’il adviendra dans le futur. C’est une lecture que j’ai aimé et qui m’a donné envie d’en savoir plus, surtout avec la façon dont l’histoire se termine. Je lirai assurément Le Temps du déluge et MaddAddam qui complètent le cycle commencé avec Le dernier homme.

Le dernier homme, Margaret Atwood, éditions 10-18, 480 pages, 2007

Dernière saison dans les Rocheuses

Derniere saison dans les rocheusesEn 1820, aux Amériques, le commerce des fourrures est un moyen périlleux de faire fortune. À peine le jeune William Wyeth s’est-il engagé auprès de la compagnie de trappeurs la plus téméraire de l’État qu’il manque de se faire tuer. Il découvre alors la force des liens entre les hommes, dont la survie ne dépend que de leur solidarité. Chasse au bison, nuits passées à dormir sur des peaux de bête, confrontations aux forces de la nature ou aux tribus indiennes, la vie de trappeur est rude, mais William a soif d’aventures. Il a quitté sa famille pour le grand Ouest, sauvage et indompté. Il devra réunir plus de courage et d’habileté qu’il ait jamais cru avoir pour en sortir vivant.

Dernière saison dans les Rocheuses est le portrait vivant et passionnant d’une compagnie de trappeurs dans les années 1820. En suivant le jeune William Wyeth, avide d’aventures, de grands espaces et de découvertes, on plonge dans la vie quotidienne des hommes de cette époque, qui se lançaient corps et âme dans une vie difficile, mais fascinante.

Le début du roman nous présente William Wyeth et ses premiers pas dans le monde de la trappe:

« J’avais vingt-deux ans, et je travaillais au traitement des peaux depuis l’année précédente. Je projetais de rejoindre une brigade de trappeurs dès que mes économies me permettraient d’acheter mon fourniment. J’avais débarqué à Saint Louis, brûlant de participer à une expédition vers l’Ouest. »

Rêvant d’expéditions, mais devant aussi concilier son amour pour Alene qui elle, rêve de s’installer à Saint-Louis, Wyeth lui promettra de revenir bientôt, après avoir vécu son rêve de trappe. L’occasion de partir avec des camarades explorer les derniers cours d’eau encore intacts de l’Ouest ne se représentera plus. Wyeth partira donc pour une dernière saison dans les Rocheuses avant de s’installer pour de bon dans la vie. Wyeth comme de nombreux jeunes trappeurs, est attiré par l’aspect romantique de la trappe et par l’aventure. Tout est une découverte, des rencontres avec les indiens jusqu’aux poursuites des bêtes dans la nature plus grandiose et sauvage qu’il n’aurait pu l’imaginer.

« C’était la première fois que je voyais des Indiens de près. Ils n’auraient pas paru plus étranges s’ils avaient débarqué de la Lune. »

On sent que les débuts de la compagnie sont un peu chaotiques. Chacun se permet de juger les autres. Les moqueries et les doutes sont légion. Quand la compagnie part dans la nature sauvage et que des vies sont perdues, que les attaques entre clans se produisent, que la présence d’Indiens changent aussi la donne, le rôle de chaque trappeur au sein de la compagnie est primordial pour la survie des autres. Les liens qui se tissent alors entre les hommes sont de ceux qui marquent pour la vie. On apprend à connaître l’homme derrière son masque, à voir les meilleures qualités des uns et des autres au fil du temps.

« Se lancer dans la traite des fourrures était une entreprise généralement vouée à l’échec, tout le monde le savait. Mais c’était aussi l’excitation de l’aventure, l’attrait de l’inconnu et, peut-être, la possibilité de faire fortune. Cela me suffisait. »

On apprend, à travers ce roman, la façon dont était vécue la vie quotidienne dans une compagnie de trappeurs, mais surtout l’ambiance qui régnait dans la société de cette époque. Entre les postes de traite, la vie dans une garnison, le pistage des animaux pour la trappe, les accords et désaccords entre les différentes compagnie et les différentes tribus indiennes, le roman s’avère à la fois passionnant et instructif. Les réflexions que partage le personnage de William Wyeth, son honnêteté et sa transparence sur ce qui se joue devant ses yeux, apporte un côté plus intime au roman. On a l’impression de lire un véritable récit d’aventure.

La vie dans une compagnie de trappe n’est guère facile. Les trappeurs sont à la merci des bêtes, des autres compagnies. Ils se retrouvent bien souvent au cœur d’une mutinerie, d’alliances qui les menacent et aussi de décisions de grands chefs indiens. Les pistes de trappe peuvent devenir de véritables champs de bataille. Les éléments sont aussi de potentielles menaces: les cours d’eau gelés dont la glace peut céder à tout moment, la chaleur, le manque de provision, les blessures et les attaques ainsi que les tempêtes. La compagnie est sans cesse à la merci de ce qui l’entoure. Mais c’est aussi cette même nature qui offre parfois les moments les plus extatiques.

« Un oiseau planait dans le ciel blanc, qui me parut soudain très haut, comme si le monde, grandiose et solennel, s’était dilaté autour de moi. La Prairie me donnait la sensation d’être à l’orée d’un mystère infini, déconcertant, et, par-dessus tout, m’écrasant d’une solitude absolue. »

Alors que Wyeth nous raconte son histoire, c’est avec les yeux de l’homme qu’il est devenu au fil des années qu’il le fait. On sent une certaine nostalgie dans son regard, même s’il préfère s’attarder sur les glorieux moments de sa compagnie et ceux qui ont été de véritables aventures, comme tous les jeunes trappeurs s’imaginaient alors en vivre.

« Une brigade de trappeurs représentait pour nous le commerce, le patriotisme, la grande aventure vers l’Ouest, vers l’inconnu, et autres niaiseries du même genre. »

Il aborde également en filigrane l’aspect écologique de la trappe. Le fait que les compagnies épuisent les rivières, que la nature ne sera plus jamais la même. Paradoxalement, les personnages du livre contribuent aussi à cet épuisement des terres, des sols et des habitats sauvages. Ils sont autant fascinés par cette nature qu’ils la pillent également pour leur bon profit. Ils perpétuent une chose dont ils commencent à avoir conscience qu’elle ne sera pas immuable.

« Le saccage des rivières par des brigades de plus en plus nombreuses transformerait bientôt cette nature riche et indomptée en désert cartographié, surexploité et hostile. Peu d’hommes se souviendraient de ce pays tel qu’il avait été dans sa glorieuse pureté originelle. J’étais heureux de l’avoir connu ainsi et de ne pas avoir passé ma dernière saison entouré de pauvres diables affamés et désespérés. »

Le roman de Shannon Burke est une épopée fascinante, un vrai roman d’aventures comme on les aime. C’est l’histoire d’un petit groupe d’homme qui jouera un rôle dans l’histoire américaine. Nous sommes à la fin de l’âge d’or de la trappe. C’est un roman sur les grands espaces et sur l’homme, avec ses beaux côtés et ses trahisons. On se prend d’amitié pour William Wyeth, pour l’artiste qu’est Ferris, qui se retrouve également à être un atout précieux au sein de la compagnie et même pour l’ambivalent, le détestable et exaspérant Layton.

L’époque, la vie en plein air, les guerres entre les trappeurs et les indiens, la course aux meilleurs fourrures entre les différentes compagnies et le cadre exceptionnel du roman en fait une lecture prenante et vraiment dépaysante. La traduction est impeccable et très accessible. C’est le genre de roman qui nous happe et nous fait voyager en quelques pages. Une parfaite lecture!

À noter que ce roman est bel et bien une fiction. Il s’inspire de plusieurs titres, dont trois cités par l’auteur à la fin de son roman. Un de ceux-là est traduit en français et j’étais très heureuse de découvrir que je l’avais sous la main: La piste de l’Oregon de Francis Parkman. Lecture prévue bientôt! En attendant je vous invite à découvrir Dernière saison dans les Rocheuses, un roman qui m’a happée et passionnée.

Dernière saison dans les Rocheuses, Shannon Burke, éditions 10-18, 288 pages, 2019

Le curieux Noël de Mrs Ellison

curieux noel mrs ellisonQuand Mariah Ellison reçoit un sinistre cadeau de Noël, un boulet de canon, sur le pas de sa porte, elle se rappelle un meurtre, il y a vingt ans, qui a brisé l’une de ses plus fortes amitiés. Comprenant que cette vieille affaire semble refaire surface, elle se rend dans le Surrey, dans l’espoir de se réconcilier avec son amie, et de résoudre enfin le meurtre qui les a séparées. Mais les collines pittoresques du Surrey cachent bien des secrets, et des révélations choquantes pourraient rendre le Noël de Mrs Ellison tout à fait surprenant.  

J’aime beaucoup les contes de Noël d’Anne Perry. Il y a toujours une fin heureuse et une petite morale sur les secondes chances, la justice, la rédemption. C’est un thème très récurrent dans les romans de l’auteure, surtout ceux de Noël. Son passé apporte un certain éclairage sur son choix de mettre en avant ces thèmes. Elle réussit à en faire de belles histoires de Noël.

Ces dernières années, les histoires de la série des contes de Noël me semble moins festives et moins enneigées que ses toutes premières. Elles se déroulent dans des lieux plus exotiques (et plus chauds) et pour moi, ça ne correspond pas à l’image que je me fais de contes de Noël. J’ai besoin d’un peu de magie, de décorations et surtout, de neige.

La parution de cette année, Le curieux Noël de Mrs. Ellison, me tentait beaucoup car ce livre me semblait plus proche de l’esprit de ses premiers contes de Noël. J’aime aussi que l’auteure choisisse de mettre en scène dans ses histoires de fin d’année, des personnages secondaires que l’on retrouve dans les autres séries qu’elle écrit. Ici, c’est Mariah Ellison le personnage principal. Il s’agit de la grand-mère de Charlotte Pitt, héroïne de la première série qui a rendue Anne Perry célèbre.

Mariah Ellison est une vieille femme un peu aigrie, au caractère assez volontaire. Elle a eu une vie compliquée, faite d’humiliation et de violence, dont on apprend beaucoup au fil du roman. Elle vit maintenant chez sa petite-fille Emily, la sœur de Charlotte Pitt. Son caractère difficile la fait passer les Fêtes seule, dans la grande maison. Elle ne manque de rien, sauf peut-être de l’essentiel: la présence des gens. Et quelque chose pour réchauffer le cœur. La livraison d’un étrange paquet et la demande de Peter l’amène à partir dans le Surrey. C’est le moment pour Mariah de remuer les vieux souvenirs du passé et tenter de rendre la paix aux gens qui ont été mêlés à une très vieille histoire: un crime horrible qui est resté impuni. Noël, dit-on, est le moment des miracles et Mariah Ellison fera tout en son pouvoir pour que justice soit rendue. Et pour ne pas décevoir ceux qui ont réclamé sa présence.

L’intrigue du roman est assez intéressante pour qu’on ait envie de suivre Mariah et de comprendre comme elle les raisons qui avaient poussé l’avocat et ami de Mariah à choisir de ne pas représenter son client. Le temps des Fêtes est normalement un moment de réjouissances, sauf que le cœur n’y est pas. Le temps presse, il y a une enquête à mener et le caractère bien trempé de Mariah est parfait pour en venir à bout.

L’aspect festif du livre est présent surtout au début et à la fin du roman, par très petites touches. Au moins, il fait froid et on sent que c’est l’hiver. L’esprit de Noël m’a manqué un peu au centre du livre et dans le déroulement de l’intrigue. La fête reste très secondaire. Les bons sentiments, le courage et la soif de justice toutefois, en font une histoire typique de Noël. L’enquête n’est pas inintéressante même si elle n’est pas non plus flamboyante. C’est une lecture que j’ai aimé, qui est mieux que plusieurs des derniers contes de Noël qu’Anne Perry a pu écrire ces dernières années, sans être équivalent à ses premières histoires de Noël. Le personnage de Mariah Ellison contribue toutefois à rendre le roman intéressant.

L’enquête s’attarde principalement sur le crime odieux d’une jeune fille et l’on suit le déroulement avec curiosité. Il manque cependant un petit quelque chose. L’auteure aurait pu étoffer un peu plus autour de l’histoire du boulet de canon. Pour l’ambiance de Noël, il faut cependant gratter un peu, il n’y a que des allusions de temps en temps. Rien de véritablement festif. J’ai toutefois bien aimé cette petite scène de thé de Noël:

« Mariah descendit au salon. La pièce était décorée de bougies rouges de Noël, de guirlandes de feuillage et de rubans, de pommes de pin et de branches de houx saupoudrées de cheveux d’ange et d’une sorte de neige argentée. Le tout était joyeux sans être trop exubérant. Elle s’installa à l’une des petites tables, puis commanda du thé et des crumpets accompagnés de beurre et de miel. Tout cela serait délicieux, et lui redonnerait des forces avant qu’elle prenne des décisions. »

En quête de justice, Mariah Ellison accepte d’apporter son aide à son entourage pour rétablir les faits et sauver le nom de son ami et sa mémoire. À la veille de Noël, c’est un but très louable qui demande à Mariah bien des efforts. C’est une enquête qui se lit facilement, qui est assez agréable, mais qui n’est pas vraiment marquante.

Le curieux Noël de Mrs Ellison, Anne Perry, éditions 10/18, 160 pages, 2019

Là où les lumières se perdent

Là où les lumières se perdentCaroline du Nord. Dans cette région perdue des Appalaches, McNeely est un nom qui ne laisse pas indifférent, un nom qui fait peur, qui fait baisser les yeux. Plus qu’un nom, c’est une malédiction pour Jacob, dix-huit ans, fils de Charles McNeely, baron de la drogue local, narcissique, violent et impitoyable. Amoureux de son amie d’enfance, Maggie, Jacob n’a guère l’occasion de se montrer romantique. Il est le dauphin, il doit se faire craindre et respecter. Après un passage à tabac qui tourne mal, Jacob se trouve face à un dilemme : doit-il prendre ses responsabilités et payer afin d’aller vers la lumière, ou bien s’enfoncer dans les ténèbres en suivant la voie paternelle ?

J’avais très envie de découvrir David Joy depuis un bon moment et je voulais commencer par son premier roman, Là où les lumières se perdent. Le titre est sublime. Je m’attendais à un roman noir, ce que ce livre est bien sûr, mais pas à une aussi forte réflexion sur le poids du destin.

« J’étais un McNeely et, dans cette partie des Appalaches, ça voulait dire quelque chose. Enfreindre la loi était aussi génétique que la couleur des cheveux et la taille. »

« J’avais laissé l’environnement dans lequel j’étais né contrôler ce que j’étais devenu. »

Jacob est le fils d’un dealer de drogue qui camoufle ses magouilles sous toutes sortes de supercheries. Ils vivent ensemble, père et fils, alors que la mère de Jacob vit dans une cabane à l’écart, est accro à la cristal meth et divague la plupart du temps. Le père utilise son garage pour blanchir de l’argent et n’hésite pas une seconde à faire appel à son fils, tout juste sorti de l’adolescence, pour régler leur compte à ceux qui le trahissent. Jacob est un jeune homme auquel on s’attache rapidement. Il ne cadre pas avec la vie que mène son père, même si des années de joug paternel ont encore du pouvoir sur lui. Il rêve de l’ailleurs. Il veut autre chose dans la vie. Il aimerait partir avec Maggie, qu’il aime depuis l’enfance, recommencer une meilleure vie.

« Pendant un moment j’avais été pris dans un rêve, et rêver est génial quand on n’est pas forcé de se réveiller. Mais regarder la lumière derrière moi pour simplement m’enfoncer encore plus avant dans l’obscurité faisait plus mal que ne jamais rêver du tout. »

Quand les choses tournent mal pour Jacob, il questionne la fatalité du destin. Il se noie peu à peu en tentant de garder la tête hors de l’eau. Son père est un personnage terrifiant, terrible, dur et mauvais. Jacob n’a devant lui que le chemin tracé par cet homme qu’il déteste, qui l’effraie, mais qu’il aime quand même un peu, surtout quand il se remémore certains souvenirs où son père n’était alors qu’un homme comme les autres.

« J’ai retourné la bible sur la table de chevet et me suis demandé comment je pouvais être le fils de mon père. Quelqu’un d’aussi mauvais avait ça dans le sang et s’il avait ça dans le sang alors moi aussi. »

La noirceur dans laquelle baigne Jacob est parfois illuminée par le personnage lui-même. Jacob est à peine majeur qu’il doit déjà se battre pour fuir l’ombre. Fuir la violence ou tenter à tout le moins de la supporter. Il a un énorme poids sur les épaules, parce que son rôle est déjà défini, même s’il n’en veut pas. Il observe son père, traiter les autres comme des chiens, tuer ceux qui le dérangent, manquer de respect aux femmes avec qui il s’envoie en l’air. Jacob est différent. Il a encore de la lumière au fond des yeux.

David Joy signe ici un roman noir, cruel et déchirant, tout en offrant à son texte un éclat de lumière. Il y a quelque chose de profondément touchant dans les mots qu’utilise Jacob pour parler de la noirceur, de la lumière, de ce qui rend un homme humain et le différencie de la bête cruelle qu’il peut être. Sa vie cependant, ne va pas dans le sens qu’il le voudrait. Le destin est tragique, il est peut-être tout tracé d’avance et on n’y peut rien. Jacob devra faire avec, même si ses rêves sont à des lieues de ce que lui offre son père. Est-on prisonnier de nos gênes? Du destin? C’est la question que pose en filigrane l’auteur et le personnage de Jacob, plus lucide sur sa réalité que quiconque.

« En cet instant, j’ai compris que ce qui était en train d’arriver était le genre de chose qui ne quittait jamais un homme, le genre de chose qui l’empêchait de rêver pour le restant de sa vie. »

J’ai été émue par ce roman, qui m’a bouleversée, tant la noirceur qui s’en dégage est tout autant éclairée par la lumière qui provient de Jacob, de l’espoir qui l’anime, mais aussi de son sentiment d’impuissance face à la vie. C’est touchant et sombre, avec une petite lumière, au loin. Inatteignable, cette lumière? Peut-être. Il faut lire le roman pour le savoir. Jacob est l’un de ces personnages que l’on n’oublie pas.

Un jeune auteur à découvrir assurément. Je me réjouis d’avoir sous la main son second roman, Le poids du monde. Je le lirai très bientôt!

Là où les lumières se perdent, David Joy, éditions 10-18, 288 pages, 2017