Dernière saison dans les Rocheuses

Derniere saison dans les rocheusesEn 1820, aux Amériques, le commerce des fourrures est un moyen périlleux de faire fortune. À peine le jeune William Wyeth s’est-il engagé auprès de la compagnie de trappeurs la plus téméraire de l’État qu’il manque de se faire tuer. Il découvre alors la force des liens entre les hommes, dont la survie ne dépend que de leur solidarité. Chasse au bison, nuits passées à dormir sur des peaux de bête, confrontations aux forces de la nature ou aux tribus indiennes, la vie de trappeur est rude, mais William a soif d’aventures. Il a quitté sa famille pour le grand Ouest, sauvage et indompté. Il devra réunir plus de courage et d’habileté qu’il ait jamais cru avoir pour en sortir vivant.

Dernière saison dans les Rocheuses est le portrait vivant et passionnant d’une compagnie de trappeurs dans les années 1820. En suivant le jeune William Wyeth, avide d’aventures, de grands espaces et de découvertes, on plonge dans la vie quotidienne des hommes de cette époque, qui se lançaient corps et âme dans une vie difficile, mais fascinante.

Le début du roman nous présente William Wyeth et ses premiers pas dans le monde de la trappe:

« J’avais vingt-deux ans, et je travaillais au traitement des peaux depuis l’année précédente. Je projetais de rejoindre une brigade de trappeurs dès que mes économies me permettraient d’acheter mon fourniment. J’avais débarqué à Saint Louis, brûlant de participer à une expédition vers l’Ouest. »

Rêvant d’expéditions, mais devant aussi concilier son amour pour Alene qui elle, rêve de s’installer à Saint-Louis, Wyeth lui promettra de revenir bientôt, après avoir vécu son rêve de trappe. L’occasion de partir avec des camarades explorer les derniers cours d’eau encore intacts de l’Ouest ne se représentera plus. Wyeth partira donc pour une dernière saison dans les Rocheuses avant de s’installer pour de bon dans la vie. Wyeth comme de nombreux jeunes trappeurs, est attiré par l’aspect romantique de la trappe et par l’aventure. Tout est une découverte, des rencontres avec les indiens jusqu’aux poursuites des bêtes dans la nature plus grandiose et sauvage qu’il n’aurait pu l’imaginer.

« C’était la première fois que je voyais des Indiens de près. Ils n’auraient pas paru plus étranges s’ils avaient débarqué de la Lune. »

On sent que les débuts de la compagnie sont un peu chaotiques. Chacun se permet de juger les autres. Les moqueries et les doutes sont légion. Quand la compagnie part dans la nature sauvage et que des vies sont perdues, que les attaques entre clans se produisent, que la présence d’Indiens changent aussi la donne, le rôle de chaque trappeur au sein de la compagnie est primordial pour la survie des autres. Les liens qui se tissent alors entre les hommes sont de ceux qui marquent pour la vie. On apprend à connaître l’homme derrière son masque, à voir les meilleures qualités des uns et des autres au fil du temps.

« Se lancer dans la traite des fourrures était une entreprise généralement vouée à l’échec, tout le monde le savait. Mais c’était aussi l’excitation de l’aventure, l’attrait de l’inconnu et, peut-être, la possibilité de faire fortune. Cela me suffisait. »

On apprend, à travers ce roman, la façon dont était vécue la vie quotidienne dans une compagnie de trappeurs, mais surtout l’ambiance qui régnait dans la société de cette époque. Entre les postes de traite, la vie dans une garnison, le pistage des animaux pour la trappe, les accords et désaccords entre les différentes compagnie et les différentes tribus indiennes, le roman s’avère à la fois passionnant et instructif. Les réflexions que partage le personnage de William Wyeth, son honnêteté et sa transparence sur ce qui se joue devant ses yeux, apporte un côté plus intime au roman. On a l’impression de lire un véritable récit d’aventure.

La vie dans une compagnie de trappe n’est guère facile. Les trappeurs sont à la merci des bêtes, des autres compagnies. Ils se retrouvent bien souvent au cœur d’une mutinerie, d’alliances qui les menacent et aussi de décisions de grands chefs indiens. Les pistes de trappe peuvent devenir de véritables champs de bataille. Les éléments sont aussi de potentielles menaces: les cours d’eau gelés dont la glace peut céder à tout moment, la chaleur, le manque de provision, les blessures et les attaques ainsi que les tempêtes. La compagnie est sans cesse à la merci de ce qui l’entoure. Mais c’est aussi cette même nature qui offre parfois les moments les plus extatiques.

« Un oiseau planait dans le ciel blanc, qui me parut soudain très haut, comme si le monde, grandiose et solennel, s’était dilaté autour de moi. La Prairie me donnait la sensation d’être à l’orée d’un mystère infini, déconcertant, et, par-dessus tout, m’écrasant d’une solitude absolue. »

Alors que Wyeth nous raconte son histoire, c’est avec les yeux de l’homme qu’il est devenu au fil des années qu’il le fait. On sent une certaine nostalgie dans son regard, même s’il préfère s’attarder sur les glorieux moments de sa compagnie et ceux qui ont été de véritables aventures, comme tous les jeunes trappeurs s’imaginaient alors en vivre.

« Une brigade de trappeurs représentait pour nous le commerce, le patriotisme, la grande aventure vers l’Ouest, vers l’inconnu, et autres niaiseries du même genre. »

Il aborde également en filigrane l’aspect écologique de la trappe. Le fait que les compagnies épuisent les rivières, que la nature ne sera plus jamais la même. Paradoxalement, les personnages du livre contribuent aussi à cet épuisement des terres, des sols et des habitats sauvages. Ils sont autant fascinés par cette nature qu’ils la pillent également pour leur bon profit. Ils perpétuent une chose dont ils commencent à avoir conscience qu’elle ne sera pas immuable.

« Le saccage des rivières par des brigades de plus en plus nombreuses transformerait bientôt cette nature riche et indomptée en désert cartographié, surexploité et hostile. Peu d’hommes se souviendraient de ce pays tel qu’il avait été dans sa glorieuse pureté originelle. J’étais heureux de l’avoir connu ainsi et de ne pas avoir passé ma dernière saison entouré de pauvres diables affamés et désespérés. »

Le roman de Shannon Burke est une épopée fascinante, un vrai roman d’aventures comme on les aime. C’est l’histoire d’un petit groupe d’homme qui jouera un rôle dans l’histoire américaine. Nous sommes à la fin de l’âge d’or de la trappe. C’est un roman sur les grands espaces et sur l’homme, avec ses beaux côtés et ses trahisons. On se prend d’amitié pour William Wyeth, pour l’artiste qu’est Ferris, qui se retrouve également à être un atout précieux au sein de la compagnie et même pour l’ambivalent, le détestable et exaspérant Layton.

L’époque, la vie en plein air, les guerres entre les trappeurs et les indiens, la course aux meilleurs fourrures entre les différentes compagnies et le cadre exceptionnel du roman en fait une lecture prenante et vraiment dépaysante. La traduction est impeccable et très accessible. C’est le genre de roman qui nous happe et nous fait voyager en quelques pages. Une parfaite lecture!

À noter que ce roman est bel et bien une fiction. Il s’inspire de plusieurs titres, dont trois cités par l’auteur à la fin de son roman. Un de ceux-là est traduit en français et j’étais très heureuse de découvrir que je l’avais sous la main: La piste de l’Oregon de Francis Parkman. Lecture prévue bientôt! En attendant je vous invite à découvrir Dernière saison dans les Rocheuses, un roman qui m’a happée et passionnée.

Dernière saison dans les Rocheuses, Shannon Burke, éditions 10-18, 288 pages, 2019

Le curieux Noël de Mrs Ellison

curieux noel mrs ellisonQuand Mariah Ellison reçoit un sinistre cadeau de Noël, un boulet de canon, sur le pas de sa porte, elle se rappelle un meurtre, il y a vingt ans, qui a brisé l’une de ses plus fortes amitiés. Comprenant que cette vieille affaire semble refaire surface, elle se rend dans le Surrey, dans l’espoir de se réconcilier avec son amie, et de résoudre enfin le meurtre qui les a séparées. Mais les collines pittoresques du Surrey cachent bien des secrets, et des révélations choquantes pourraient rendre le Noël de Mrs Ellison tout à fait surprenant.  

J’aime beaucoup les contes de Noël d’Anne Perry. Il y a toujours une fin heureuse et une petite morale sur les secondes chances, la justice, la rédemption. C’est un thème très récurrent dans les romans de l’auteure, surtout ceux de Noël. Son passé apporte un certain éclairage sur son choix de mettre en avant ces thèmes. Elle réussit à en faire de belles histoires de Noël.

Ces dernières années, les histoires de la série des contes de Noël me semble moins festives et moins enneigées que ses toutes premières. Elles se déroulent dans des lieux plus exotiques (et plus chauds) et pour moi, ça ne correspond pas à l’image que je me fais de contes de Noël. J’ai besoin d’un peu de magie, de décorations et surtout, de neige.

La parution de cette année, Le curieux Noël de Mrs. Ellison, me tentait beaucoup car ce livre me semblait plus proche de l’esprit de ses premiers contes de Noël. J’aime aussi que l’auteure choisisse de mettre en scène dans ses histoires de fin d’année, des personnages secondaires que l’on retrouve dans les autres séries qu’elle écrit. Ici, c’est Mariah Ellison le personnage principal. Il s’agit de la grand-mère de Charlotte Pitt, héroïne de la première série qui a rendue Anne Perry célèbre.

Mariah Ellison est une vieille femme un peu aigrie, au caractère assez volontaire. Elle a eu une vie compliquée, faite d’humiliation et de violence, dont on apprend beaucoup au fil du roman. Elle vit maintenant chez sa petite-fille Emily, la sœur de Charlotte Pitt. Son caractère difficile la fait passer les Fêtes seule, dans la grande maison. Elle ne manque de rien, sauf peut-être de l’essentiel: la présence des gens. Et quelque chose pour réchauffer le cœur. La livraison d’un étrange paquet et la demande de Peter l’amène à partir dans le Surrey. C’est le moment pour Mariah de remuer les vieux souvenirs du passé et tenter de rendre la paix aux gens qui ont été mêlés à une très vieille histoire: un crime horrible qui est resté impuni. Noël, dit-on, est le moment des miracles et Mariah Ellison fera tout en son pouvoir pour que justice soit rendue. Et pour ne pas décevoir ceux qui ont réclamé sa présence.

L’intrigue du roman est assez intéressante pour qu’on ait envie de suivre Mariah et de comprendre comme elle les raisons qui avaient poussé l’avocat et ami de Mariah à choisir de ne pas représenter son client. Le temps des Fêtes est normalement un moment de réjouissances, sauf que le cœur n’y est pas. Le temps presse, il y a une enquête à mener et le caractère bien trempé de Mariah est parfait pour en venir à bout.

L’aspect festif du livre est présent surtout au début et à la fin du roman, par très petites touches. Au moins, il fait froid et on sent que c’est l’hiver. L’esprit de Noël m’a manqué un peu au centre du livre et dans le déroulement de l’intrigue. La fête reste très secondaire. Les bons sentiments, le courage et la soif de justice toutefois, en font une histoire typique de Noël. L’enquête n’est pas inintéressante même si elle n’est pas non plus flamboyante. C’est une lecture que j’ai aimé, qui est mieux que plusieurs des derniers contes de Noël qu’Anne Perry a pu écrire ces dernières années, sans être équivalent à ses premières histoires de Noël. Le personnage de Mariah Ellison contribue toutefois à rendre le roman intéressant.

L’enquête s’attarde principalement sur le crime odieux d’une jeune fille et l’on suit le déroulement avec curiosité. Il manque cependant un petit quelque chose. L’auteure aurait pu étoffer un peu plus autour de l’histoire du boulet de canon. Pour l’ambiance de Noël, il faut cependant gratter un peu, il n’y a que des allusions de temps en temps. Rien de véritablement festif. J’ai toutefois bien aimé cette petite scène de thé de Noël:

« Mariah descendit au salon. La pièce était décorée de bougies rouges de Noël, de guirlandes de feuillage et de rubans, de pommes de pin et de branches de houx saupoudrées de cheveux d’ange et d’une sorte de neige argentée. Le tout était joyeux sans être trop exubérant. Elle s’installa à l’une des petites tables, puis commanda du thé et des crumpets accompagnés de beurre et de miel. Tout cela serait délicieux, et lui redonnerait des forces avant qu’elle prenne des décisions. »

En quête de justice, Mariah Ellison accepte d’apporter son aide à son entourage pour rétablir les faits et sauver le nom de son ami et sa mémoire. À la veille de Noël, c’est un but très louable qui demande à Mariah bien des efforts. C’est une enquête qui se lit facilement, qui est assez agréable, mais qui n’est pas vraiment marquante.

Le curieux Noël de Mrs Ellison, Anne Perry, éditions 10/18, 160 pages, 2019

Là où les lumières se perdent

Là où les lumières se perdentCaroline du Nord. Dans cette région perdue des Appalaches, McNeely est un nom qui ne laisse pas indifférent, un nom qui fait peur, qui fait baisser les yeux. Plus qu’un nom, c’est une malédiction pour Jacob, dix-huit ans, fils de Charles McNeely, baron de la drogue local, narcissique, violent et impitoyable. Amoureux de son amie d’enfance, Maggie, Jacob n’a guère l’occasion de se montrer romantique. Il est le dauphin, il doit se faire craindre et respecter. Après un passage à tabac qui tourne mal, Jacob se trouve face à un dilemme : doit-il prendre ses responsabilités et payer afin d’aller vers la lumière, ou bien s’enfoncer dans les ténèbres en suivant la voie paternelle ?

J’avais très envie de découvrir David Joy depuis un bon moment et je voulais commencer par son premier roman, Là où les lumières se perdent. Le titre est sublime. Je m’attendais à un roman noir, ce que ce livre est bien sûr, mais pas à une aussi forte réflexion sur le poids du destin.

« J’étais un McNeely et, dans cette partie des Appalaches, ça voulait dire quelque chose. Enfreindre la loi était aussi génétique que la couleur des cheveux et la taille. »

« J’avais laissé l’environnement dans lequel j’étais né contrôler ce que j’étais devenu. »

Jacob est le fils d’un dealer de drogue qui camoufle ses magouilles sous toutes sortes de supercheries. Ils vivent ensemble, père et fils, alors que la mère de Jacob vit dans une cabane à l’écart, est accro à la cristal meth et divague la plupart du temps. Le père utilise son garage pour blanchir de l’argent et n’hésite pas une seconde à faire appel à son fils, tout juste sorti de l’adolescence, pour régler leur compte à ceux qui le trahissent. Jacob est un jeune homme auquel on s’attache rapidement. Il ne cadre pas avec la vie que mène son père, même si des années de joug paternel ont encore du pouvoir sur lui. Il rêve de l’ailleurs. Il veut autre chose dans la vie. Il aimerait partir avec Maggie, qu’il aime depuis l’enfance, recommencer une meilleure vie.

« Pendant un moment j’avais été pris dans un rêve, et rêver est génial quand on n’est pas forcé de se réveiller. Mais regarder la lumière derrière moi pour simplement m’enfoncer encore plus avant dans l’obscurité faisait plus mal que ne jamais rêver du tout. »

Quand les choses tournent mal pour Jacob, il questionne la fatalité du destin. Il se noie peu à peu en tentant de garder la tête hors de l’eau. Son père est un personnage terrifiant, terrible, dur et mauvais. Jacob n’a devant lui que le chemin tracé par cet homme qu’il déteste, qui l’effraie, mais qu’il aime quand même un peu, surtout quand il se remémore certains souvenirs où son père n’était alors qu’un homme comme les autres.

« J’ai retourné la bible sur la table de chevet et me suis demandé comment je pouvais être le fils de mon père. Quelqu’un d’aussi mauvais avait ça dans le sang et s’il avait ça dans le sang alors moi aussi. »

La noirceur dans laquelle baigne Jacob est parfois illuminée par le personnage lui-même. Jacob est à peine majeur qu’il doit déjà se battre pour fuir l’ombre. Fuir la violence ou tenter à tout le moins de la supporter. Il a un énorme poids sur les épaules, parce que son rôle est déjà défini, même s’il n’en veut pas. Il observe son père, traiter les autres comme des chiens, tuer ceux qui le dérangent, manquer de respect aux femmes avec qui il s’envoie en l’air. Jacob est différent. Il a encore de la lumière au fond des yeux.

David Joy signe ici un roman noir, cruel et déchirant, tout en offrant à son texte un éclat de lumière. Il y a quelque chose de profondément touchant dans les mots qu’utilise Jacob pour parler de la noirceur, de la lumière, de ce qui rend un homme humain et le différencie de la bête cruelle qu’il peut être. Sa vie cependant, ne va pas dans le sens qu’il le voudrait. Le destin est tragique, il est peut-être tout tracé d’avance et on n’y peut rien. Jacob devra faire avec, même si ses rêves sont à des lieues de ce que lui offre son père. Est-on prisonnier de nos gênes? Du destin? C’est la question que pose en filigrane l’auteur et le personnage de Jacob, plus lucide sur sa réalité que quiconque.

« En cet instant, j’ai compris que ce qui était en train d’arriver était le genre de chose qui ne quittait jamais un homme, le genre de chose qui l’empêchait de rêver pour le restant de sa vie. »

J’ai été émue par ce roman, qui m’a bouleversée, tant la noirceur qui s’en dégage est tout autant éclairée par la lumière qui provient de Jacob, de l’espoir qui l’anime, mais aussi de son sentiment d’impuissance face à la vie. C’est touchant et sombre, avec une petite lumière, au loin. Inatteignable, cette lumière? Peut-être. Il faut lire le roman pour le savoir. Jacob est l’un de ces personnages que l’on n’oublie pas.

Un jeune auteur à découvrir assurément. Je me réjouis d’avoir sous la main son second roman, Le poids du monde. Je le lirai très bientôt!

Là où les lumières se perdent, David Joy, éditions 10-18, 288 pages, 2017

La Grande Révolte

La grande révolteJuin 1381. L’heure de la Grande Révolte a sonné. L’armée rebelle marche sur Londres, déterminée à renverser aussi bien l’Église que l’État. Le régent, Jean de Gand, a pris la route du Nord, laissant son jeune neveu, le roi Richard II, sans défense.
Pendant ce temps, frère Athelstan est appelé au monastère de Blackfriars : le prêtre Alberic a été retrouvé poignardé dans sa chambre, verrouillée de l’intérieur. Alors qu’Athelstan voudrait retourner à son église de St Erconwald pour offrir à ses paroissiens une protection contre le soulèvement paysan, il se retrouve à enquêter sur un régicide vieux de plus de cinquante ans. En quoi la mort de l’arrière-grand-père du roi, Édouard II, est-elle liée au meurtre d’Alberic ? Quand d’autres prêtres sont à leur tour exécutés, Athelstan comprend à ses dépens que, parfois, des secrets enterrés peuvent faire germer de nouveaux crimes.

La Grande Révolte est le premier livre de Paul Doherty que je lis. Je l’ai commencé avec enthousiasme et au début, j’ai vite déchanté. Il y a beaucoup de longues descriptions de lieux, de gens, qui alourdissent le débit du roman. J’aurais préféré plus de fluidité dans le texte. Ce n’est pas mauvais, mais un peu lourd.  Le texte est très descriptif, très peu poétique. Comme si l’auteur voulait tellement que l’on s’imprègne des lieux et que l’on visualise les personnages qu’il prêche par un excès de mots et de descriptions.

Après je me suis demandé si l’auteur avait voulu être hyper pointilleux sur tous les détails historiques de l’époque et les faits réels qu’il aborde dans son roman, pour coller au plus près de la réalité historique. Néanmoins, le premier tiers du livre m’a paru très long, même si paradoxalement il y a beaucoup d’action. Je trouvais que les descriptions étaient très lourdes.

Par la suite, le rythme du roman s’améliore et va en crescendo. L’écriture est très enlevée, il y a beaucoup d’action et de rebondissement, ce qui rend la lecture assez prenante pour ne pas avoir envie de lâcher le livre. L’histoire devient plus captivante. Plus on avance, plus le rythme est soutenu et c’est cette portion du roman que j’ai préféré. Si je m’étais arrêté au premier tiers, je l’aurais sans doute abandonné.

La Grande Révolte est un roman historique qui se déroule à l’époque de Richard II où la mort de son arrière-grand-père Edouard II est un secret et un mystère. C’est l’époque de la Grande Révolte des paysans où le sang est versé et où les criminels en profitent pour commettre leurs crimes. Le roman de Paul Doherty se base sur des faits avérés de l’histoire et l’on y apprend énormément de choses sur l’époque où il se déroule. De savoir qu’il s’agit d’un roman historique qui est très proche de la réalité est sans doute l’aspect le plus intéressant de cette histoire. Même si Paul Doherty a prit quelques libertés avec certains faits et gestes ou certains personnages, l’essentiel du roman repose sur des faits réels. L’auteur nous permet de comprendre les prémisses de la Grande Révolte et les raisons qui ont poussé les gens à y participer.

L’histoire se déroule au Moyen-Âge et les façons de se venger ou de se faire justice sont très sanglantes. On retrouve un nombre effarant de têtes coupées et l’atmosphère est inquiétante. Les personnages sont constamment aux aguets et la guerre fait rage au sein de cette société qui a soif de sang et de révolte.

« Il se tut alors qu’une meute de chiens à moitié sauvages, surgissant d’un portail, se ruait pour laper le sang figé des hommes de loi exécutés. L’un des mastiffs s’empara d’une tête coupée comme si c’était une balle et la traîna plus loin. »

L’ambiance médiévale est bien rendue, tant par le choix des mots d’époque que par l’atmosphère du roman. Ceux qui aiment les enquêtes, les mystères et l’histoire, surtout si elles se déroulent au Moyen-Âge, devraient y trouver leur compte.

Paul Doherty a écrit plusieurs histoires mettant en scène frère Athelstan, un personnage très attachant et très intéressant. Même s’il revient dans plusieurs romans, il n’est pas nécessaire de lire les enquêtes dans l’ordre, ni de toutes les lire. On peut choisir un titre qui nous plaît sans problème. Ici par exemple, la fin est très satisfaisante et l’enquête trouve son dénouement dans ce livre.

La Grande Révolte, Paul Doherty, éditions 10/18, 336 pages, 2018

Christmas Pudding

christmas puddingUn Noël à la campagne dans le Gloucestershire. La perspective est séduisante pour un groupe de jeunes mondains, un peu las de la routine londonienne, qui décident de séjourner à proximité du domaine de Lady Bobbin et de ses enfants. 
Multipliant péripéties invraisemblables et dialogues mordants, Nancy Mitford dresse un portrait décalé de la société anglaise dans les années 1930.

Dès que Noël approche, je vois ce livre un peu partout sur les réseaux sociaux et les blogues. Il me tente depuis sa sortie et j’avais très envie de le lire. Juste avant Noël, je le sors de ma pile avec fébrilité. Enfin, il est entre mes mains et je vais pouvoir découvrir la plume de Nancy Mitford. Je m’installe, je commence à le lire et… non. Je regarde à nouveau la couverture invitante et enneigée, je continue à lire et je me questionne sur ce que je lis, versus l’idée que je m’en faisais.

Voilà un livre que j’étais impatiente de lire et avec lequel la rencontre n’a pas fonctionné.

Ma grande déception vient, en premier lieu, du fait que je m’attendais à lire un livre de Noël. Oui, théoriquement ça se passe à Noël. Sauf que ça pourrait presque se passer à Pâques ou en plein été. Il n’y a aucune ambiance de Noël. On commence à parler de Noël à la page 143, soit dépassé la moitié du livre. Et c’est très léger. Pour l’ambiance des Fêtes, ce n’est pas tout à fait cela…

« Compton Bobbin est une de ces maisons qui abondent dans toute l’Angleterre rurale et dont la caractéristique principale est de procurer, dès le premier regard, une impression déprimante chez tout observateur sensible. »

Ma seconde déception vient de la façon dont l’auteur aborde son histoire. En fait, il ne se passe rien. On suit plusieurs personnes de la bonne société anglaise, leurs petits soucis, leurs plans d’avenir, leurs possibles mariages (ou non), la façon dont ils occupent leurs journées. Cependant, j’ai trouvé ça creux. La partie la plus intéressante pour moi, ce sont les petites magouilles de Paul avec une de ses amies afin d’obtenir l’accès au journal personnel d’une tante et de s’en inspirer pour écrire sa biographie. C’est là-dessus qu’aurait dû se pencher Nancy Mitford à mon avis. Sauf que cette anecdote se noie dans tout le reste. Les personnages restent en surface. Le livre me donne une impression de superficialité qui m’a plutôt ennuyée pendant ma lecture. J’ai aussi souvent eu l’impression qu’à vouloir décrire trop de personnages, l’auteur restait en surface. Le Christmas Pudding du titre est plutôt le brouhaha crée par tous ces gens qui s’allient les uns aux autres pour obtenir certaines choses.

« Si j’avais une fille, je lui dirais: « Marie-toi par amour si tu peux, cela ne durera pas, mais c’est une expérience intéressante et c’est un bon début dans la vie. Après, lorsque tu te marieras pour l’argent, pour l’amour du ciel, que ce soit pour beaucoup d’argent. Il n’existe aucune autre raison valable de se marier. » « 

J’attendais également le côté caustique du texte dont j’avais entendu parler. Oui, certaines répliques sont mordantes et pleines d’humour, mais ça retombe assez vite. La petite étincelle que l’auteure semblait allumer lors de ces passages s’éteignait pour moi assez rapidement. J’essaie de remettre le livre dans son contexte et dans son époque, mais je n’ai pas réussis à mieux l’apprécier. Pourtant, certains dialogues avaient tout pour me plaire:

« À propos, le major Stanworth vient dîner ce soir.
-Qui est-ce?
-Un homme charmant, un de mes voisins. Je l’ai rencontré hier dans un champ en train d’ouvrir en deux une brebis morte pour chercher la cause de sa mort. C’était très intéressant, nous sommes aussitôt devenus de grands amis. »

Mais ce genre de réflexion mordante n’est pas si fréquente dans le livre, alors que ça m’aurait beaucoup plu si ça avait été le cas.

J’ai donc mis de côté le roman le temps de Noël, pour lire quelque chose d’un peu plus festif et je l’ai repris après le Nouvel An. Rien à faire, le texte m’ennuyait tout autant. J’ai commencé à sauter quelques pages ici et là et je l’ai finalement terminé en passant par-dessus de longs passages.

Je ne comprend pas l’engouement pour ce roman. Je suis totalement passée à côté. L’écriture est froide, il y a peu d’émotions. Le texte m’a profondément ennuyée. Je l’ai trouvé incroyablement long pour le peu de plaisir que j’en ai retiré. Cependant, j’aimerais comprendre. Beaucoup de lecteurs m’ont parlé avec passion des sœurs Mitford. Est-ce que tous leurs livres ressemblent à Christmas Pudding? Si oui, je crois simplement que leurs écrits ne sont pas pour moi…

Christmas Pudding, Nancy Mitford, éditions 10-18, 261 pages, 2017