La faille en toute chose

Noël approche : la campagne revêt son blanc manteau et s’égaye de joyeuses lumières. Toutefois, pour l’inspecteur-chef Armand Gamache, le temps des retrouvailles au coin du feu est troublé par des ombres menaçantes. Ses meilleurs agents ont quitté la section des homicides, son fidèle lieutenant Jean-Guy Beauvoir ne lui parle plus depuis des mois et des forces hostiles semblent liguées contre lui. Quand Myrna Landers, la libraire de Three Pines, lui demande de l’aider à retrouver l’amie qui devait la rejoindre pour les Fêtes, il saisit l’occasion d’aller se réfugier dans les Cantons-de-l’Est avec ceux qui lui sont restés loyaux. Intrigué par le refus de Myrna de révéler l’identité de la disparue, Gamache découvre qu’il s’agit de la dernière des quintuplées Ouellet. Au terme de son enquête, il trouvera certainement un assassin, mais pourra-t-il enfin trouver la paix ?

La faille en toute chose était le roman de mai pour Un Penny par mois. C’était une excellente lecture, tant cette histoire est vraiment haletante et pleine de rebondissements. J’ai dévoré cette enquête.

À l’approche de Noël, Armand Gamache reçoit l’appel de Myrna de la librairie de Three Pines: une amie à elle qui devait la rejoindre au village n’est jamais venue. Myrna cache d’abord son identité à Armand avant de dévoiler qu’il s’agit d’une des célèbres quintuplées. Naturellement, l’identité de la personne joue beaucoup dans l’enquête puisque les quintuplées ont été très médiatisées en leur temps, avant de se retirer de la vie publique à l’âge où elles pouvaient enfin prendre leurs propres décisions. Évidemment, on ne peut que penser aux célèbres jumelles Dionne qui avaient aussi fait la manchette à l’époque. Louise Penny s’inspire d’ailleurs un peu d’elles pour écrire son histoire. 

Parallèlement à cette enquête inattendue, Armand est de plus en plus mis à l’écart à la Sûreté. Il travaille en marge des autres, avec Lacoste, sa fidèle alliée. Beauvoir lui, a choisi son camp lors de l’enquête précédente. Il a abandonné celui qui avait été son mentor, au profit du détestable Francoeur. Il faut dire que Beauvoir est fragilisé par ce qu’il vit et qu’il devient une proie facile pour un manipulateur comme Francoeur. Les agents de Gamache désertent le navire et son service est en train de se démanteler. Quand un de ses amis déterre quelque chose alors qu’il fouine dans les ordinateurs de la Sûreté, les choses déboulent à une vitesse vertigineuse. L’affaire Arnot plane toujours sur le travail d’Armand, cette maudite affaire qui le poursuit sans cesse d’un tome à l’autre. Cette fois, les choses deviennent de plus en plus dangereuses, l’étau se resserre sur Gamache et sur Three Pines…

« En tant que personne qui connaissait la peur, il savait que le grand danger consistait à la laisser prendre le contrôle. La peur déformait la réalité, la consumait. Créait sa propre réalité. »

J’ai adoré ce roman qui mêle une histoire étrange de quintuplées, une intrigue informatique et des hackers, qui parle aussi de la corruption, d’abus de pouvoir, de mensonges, de la vie privée et publique, de complots pouvant mettre la vie en danger d’un grand nombre de personne, de la vengeance, mais aussi – et heureusement – d’un peu d’espoir.

« Il y a une faille en toute chose
C’est ainsi qu’entre la lumière. »

L’intrigue est soutenue et on suit avec vraiment beaucoup d’intérêt l’évolution des personnages et de ce qu’ils vivent. Il y a également toujours cette pointe d’humour qui se cache dans les dialogue ou au détour d’une scène. Ces moments adoucissent un peu l’histoire. Une enquête enlevante dans laquelle on plonge en croisant les doigts pour que le pire n’arrive pas! Vraiment, un très très bon roman! 

La faille en toute chose, Louise Penny, éditions Flammarion Québec, 512 pages, 2014

La collision des étoiles

Coralie doit rejoindre son père à Vancouver pour les vacances de Noël. Cinq jours en train depuis Montréal… une éternité! Elle a bien l’intention de s’enfermer dans sa cabine avec ses livres pour combattre l’anxiété qui la ronge en secret. Mais à l’embarquement, changement de plan : une erreur de sac à dos soude son destin à celui de Mégane et de Xavier, deux adolescents qui transportent de la drogue. Coralie devra alors les suivre dans un tourbillon de paysages enneigés, d’escapades nocturnes, de doux sentiments inattendus et de chocolats chauds à la menthe sucrée.

Dès que j’ai vu la parution de ce roman pour adolescents, j’ai eu envie de le lire. L’idée d’un roman qui se déroule pendant les vacances de Noël, à l’atmosphère enneigée et rempli d’aventures, me semblait vraiment intéressant. On en fait si peu au Québec. Il s’agit en plus d’un premier roman. Et c’était une très bonne lecture! 

Coralie doit faire un long voyage en train, de Montréal à Vancouver, pour se rendre chez son père qu’elle n’a pas vu depuis un moment, pour les vacances de Noël. Elle n’a pas envie d’y aller et le voyage s’annonce très pénible car elle souffre d’anxiété sociale et possiblement, d’agoraphobie. Alors qu’elle se retrouve dans sa cabine, elle constate avec horreur qu’elle a échangé par mégarde son sac à dos avec celui de deux autres jeunes, Mégane et Xavier, qui transportent de la drogue. C’est alors que son voyage, qu’elle espérait passer la tête plongée dans sa liseuse, à l’écart des autres passagers, prend une toute autre tournure…

« C’est là le tragique des introvertis anxieux: les autres nous épuisent mais nous attirent en même temps, éternel jeu du chat et de la souris. »

Voilà un roman à l’atmosphère enneigée, qui sent bon le chocolat chaud, l’amitié et qui se déroule dans un train qui passe à travers des paysages hivernaux grandioses. L’écriture est efficace et les lieux sont très visuels, ce qui nous permet de plonger dans le roman et de se laisser porter par l’histoire. Ce qui est très intéressant avec ce livre c’est sa façon de combiner des thématiques assez graves avec l’ambiance d’un roman réconfortant parfait pour les vacances. Même s’il aborde des thèmes importants comme l’anxiété, la pauvreté, les difficultés familiales et amoureuses, la drogue et la santé mentale, c’est un roman qui se lit avec plaisir et qui amène son lot d’aventures et de péripéties.

« Des millions d’étoiles à perte de vue baignent dans des filaments de nuages, inondant l’entièreté de mon champ de vision. Un délicieux vertige me saisit, comme si j’étais aspirée par l’infinité du ciel. Je réalise à cet instant précis à quel point je suis vivante. Minuscule, insignifiante et pourtant chanceuse d’être là, sur une toute petite planète d’un immense univers, à sentir l’hiver contre ma peau gelée. »

J’ai apprécié qu’on parle de santé mentale et d’anxiété, en donnant un petit côté magique aux événements que vit Coralie. Grâce aux rencontres qu’elle fait dans le train, l’adolescente doit repousser encore plus ses capacités d’adaptation. Les événements auxquels elle doit faire face lui font réaliser qu’elle passe à côté de beaucoup de choses dans sa vie. Les confronter n’est pas facile, sauf qu’ils lui font réaliser que la vie évolue sans elle, la plupart du temps. J’ai apprécié que ces événements ne soient pas une solution aux problèmes de santé mentale, mais plutôt un petit choc pour Coralie qui comprend bien qu’elle ne vit pas pleinement sa vie et qu’elle doit demander de l’aide.

Un roman qui est vraiment agréable à lire, presque réconfortant dans le message qu’il fait passer. J’ai adoré le ton de cette histoire justement pour cela. Ici, pas de morale ou de propos déprimants. Le dosage entre l’aventure et l’anxiété de Coralie est vraiment bien choisi. En prime, nous avons droit à un superbe voyage en train (le salon panoramique me fait rêver ainsi que le dernier wagon du train) et à des paysages enneigé. Un vrai plaisir!

Un bel exemple qui montre qu’on peut aborder des thèmes difficiles en littérature jeunesse tout en offrant une histoire où l’atmosphère est agréable. Une auteure à surveiller, qui publiera à nouveau je l’espère. Je relirai sans doute cette histoire à l’occasion, lors de prochaines vacances de Noël, elle s’y prête bien.

Un roman qui ne manque pas d’action et qui donne envie de profiter de la vie au maximum! 

La collision des étoiles, Joanie Boutin, éditions Bayard Canada, 360 pages, 2021

Justice indienne

Sur la réserve indienne de Rosebud, dans le Dakota du Sud, le système légal américain refuse d’enquêter sur la plupart des crimes, et la police tribale dispose de peu de moyens. Aussi les pires abus restent-ils souvent impunis. C’est là qu’intervient Virgil Wounded Horse, justicier autoproclamé qui loue ses gros bras pour quelques billets. En réalité, il prend ses missions à cœur et distille une violence réfléchie pour venger les plus défavorisés. Lorsqu’une nouvelle drogue frappe la communauté et sa propre famille, Virgil en fait une affaire personnelle. Accompagné de son ex-petite amie, il part sur la piste des responsables de ce trafic ravageur. Tiraillé entre traditions amérindiennes et modernité, il devra accepter la sagesse de ses ancêtres pour parvenir à ses fins.

Justice indienne est bien plus qu’un roman policier ou d’enquête. C’est une histoire qui nous plonge au cœur d’une réserve autochtone avec tous les défis auxquels fait face la communauté. L’auteur d’ailleurs, est membre de la nation lakota sicangu et ses personnages le sont aussi. On sent qu’il aborde des thèmes qui lui sont chers et qui sont importants pour lui et les siens. Il parle de nombreux sujets d’actualité sur la vie des autochtones, que ce soit sur la réserve ou à l’extérieur, sur leur façon de tenter de se reconstruire. C’est sans doute l’aspect le plus intéressant et important du roman. 

« Autrefois, avant Christophe Colomb, il n’y avait que des Indiens ici, pas de gratte-ciel, d’automobiles, de rues. Bien entendu, on n’utilisait pas les mots « indien » ou « amérindien », à l’époque; nous étions seulement des gens. Nous ne savions pas que nous étions soi-disant des ivrognes, des paresseux ou des sauvages. Je me demandai comment ce serait, de vivre sans ce poids sur ses épaules, sans le poids des ancêtres assassinés, de la terre volée, des enfants maltraités, le fardeau qui pesait sur tous les Amérindiens. »

L’histoire raconte le quotidien de Virgil, qui élève seul son neveu. Sa sœur étant décédée, il a accueillit l’enfant, devenu maintenant un adolescent de quatorze ans. Virgil s’est assagi au fil du temps. Il a cessé de boire et essaie d’être présent pour son neveu. Déçu par ce qu’il a vécu, il a repoussé une partie des coutumes ancestrales de la réserve et tente encore de se retrouver entre ce qu’il est, comme autochtone, et ce qu’il souhaite devenir. La vie sur la réserve n’est pas facile tous les jours. Les habitants sont les grands oubliés du système en place, qu’il soit médical, politique ou judiciaire. 

Comme la vraie justice est inexistante sur la réserve – la justice tribale n’a aucun vrai pouvoir et la justice américaine s’en balance – Virgil agit comme « homme de main ». Il casse quelques bras et jambes quand il est temps de faire comprendre à quelqu’un qu’il a dépassé les bornes. Il s’en prend aux violeurs, aux batteurs de femmes, aux gars violents, aux profiteurs ou à ceux qui font souffrir les autres. Il sert de justicier pour ceux qui sont oubliés par le système judiciaire. Quand une nouvelle drogue apparaît dans la réserve, Virgil est mandaté pour s’en occuper et tenter de retrouver un homme de la réserve qui utilise sont statut d’autochtone pour faire entrer plus facilement la marchandise dans la région. Son enquête prend tout de suite une autre tournure lorsque c’est Nathan, son neveu, qui est arrêté. Ce combat contre les trafiquants de drogue devient alors une bataille personnelle.

Dans son roman, l’auteur parle énormément de la culture et des cérémonies lakotas: la hutte de sudation, la cérémonie d’attribution de nom lakota, le yuwipi, les winter counts, entre autres. Virgil cherche sa place entre les traditions de son peuple et la vie américaine. Toutes ces informations sur la vie dans la réserve, la spiritualité des lakotas et leur culture apportent énormément au roman et en font une lecture vraiment très intéressante. Oui, il s’agit d’un roman policier, puisqu’il y est question d’enquête, de cartels de drogues et de la façon dont la justice est faite sur la réserve, mais c’est à une véritable plongée dans le quotidien d’une réserve autochtone que nous convie l’auteur.

De plus, l’enquête au cœur d’un cartel de drogue est bien menée, avec juste ce qu’il faut de rebondissements pour nous garder en haleine. J’avais beaucoup de difficultés à lâcher ce roman très prenant. Nathan et Virgil, malgré leurs erreurs, sont sympathiques et on veut, tout comme les personnages, tenter de comprendre les dessous de cette affaire de drogue. Afin de sauver la peau de son neveu, et lui éviter d’être jugé comme un adulte, Virgil creusera là où il ne pensait certainement pas aller. Il déterre aussi de vieux fantômes et des blessures passées. Au fond, lui et son neveu se ressemblent beaucoup et vivent des choses semblables. 

« Il n’y a pas de mot pour dire adieu en lakota. Voilà ce que ma mère me répétait. Bien sûr, il existe des mots comme toksa, « plus tard », que les gens utilisent comme substitut moderne. Elle m’avait dit que les Lakotas n’avaient pas de terme pour l’adieu parce que nous étions connectés pour toujours. Dire adieu signifierait que le cercle était brisé. »

J’ai adoré découvrir la culture lakota ainsi que les croyances. Pour Virgil, il est parfois difficile d’y adhérer, mais les événements auxquels il doit faire face vont lui apporter beaucoup pour renouer avec les gens de sa réserve et celui qu’il est en tant qu’autochtone. Il y a une belle évolution du personnage. D’autres apportent aussi un regard neuf, comme l’amie de Virgil, Marie ou le cuisinier qui tente de remettre au menu la cuisine traditionnelle autochtone au lieu des cochonneries américaine dont tout le monde s’empiffre. L’approche de l’auteur face à sa propre culture, à ce qui se perd et au travail qui est fait par des gens de la communauté pour se réapproprier leur identité, est vraiment passionnante. 

Bien plus qu’un simple roman d’enquête, Justice indienne est définitivement un grand roman!

Justice indienne, David Heska Wanbli Weiden, éditions Gallmeister, 416 pages, 2021

Le disparu de Larvik

À Larvik, l’été est là. Six mois se sont écoulés depuis la disparition de Jens Hummel et son taxi sans qu’aucun indice n’ait permis de faire avancer l’enquête de Wisting. Sa fille, Line, est revenue s’installer dans cette jolie ville côtière, à deux pas de chez lui, et elle profite de son congé maternité pour retaper la maison qu’elle vient d’acheter. Coup sur coup, deux événements surviennent qui offrent à Wisting une nouvelle piste à suivre. Mais les fils que son équipe et lui tirent viennent fragiliser une autre affaire dont le procès doit commencer sous peu. Affrontant les réticences de sa hiérarchie, et malgré l’imminence de l’accouchement de Line, Wisting suit jusqu’au bout son instinct de flic.

C’est toujours un grand plaisir de voir une nouvelle enquête de William Wisting être publiée. J’avais très hâte de me plonger dans Le disparu de Larvik. Et ça été un excellent moment de lecture. Je trouve les romans de Jørn Lier Horst très intéressants en général au niveau de l’enquête et de la façon qu’a l’auteur d’amener ses intrigues. L’enquête donne toujours l’impression de partir dans tous les sens et d’être vraiment étrange, sans queue ni tête, avant que tout se mette en place. On n’en comprend les ramifications et les rouages qu’à la fin.

Il y a souvent plusieurs enquêtes qui s’entremêlent et c’est ce qui me plaît chez cet auteur. Les coïncidences et les intrigues qui se croisent et se nouent de plus en plus… avant que Wisting n’en comprenne toute la profondeur. Jørn Lier Horst crée des univers qui me plaisent et il construit ses histoires avec des éléments vraiment intrigants. Ici, la disparition d’un chauffeur de taxi qui s’est volatilisé tout d’un coup sans laisser de traces et un énorme coffre-fort boulonné au plancher, fermé à clé, dans une maison récemment acquise par une amie de Line Wisting. Les deux événements, qui ne semblent pas être liés, recèlent plusieurs mystères.

Depuis la dernière enquête, les personnages ont beaucoup évolués. Line est sur le point de devenir maman et ne travaille plus vraiment au journal, même si elle poursuit ses investigations comme pigiste et aussi, par curiosité. Elle ne peut s’empêcher de suivre l’actualité et de mettre son nez dans les affaires de son père. Surtout depuis ses retrouvailles avec Sofie, une ancienne amie d’école, qui se retrouve impliquée dans l’enquête en cours, entraînant Line avec elle. Toutefois, une belle amitié se développe entre les deux femmes, ce qui est salutaire pour chacune. 

William Wisting pour sa part, piétine depuis des mois à résoudre une disparition mystérieuse. L’enquête est au point mort et on reproche beaucoup à son service de police la lenteur à offrir un dénouement. Jusqu’à ce que viennent s’entremêler les fils d’une autre enquête, dont le procès est sur le point de commencer. C’est l’occasion pour Wisting de se remettre en question. Il se demande s’il n’a pas fait son temps, s’il n’est pas trop vieux et si certaines choses ne commencent pas à lui échapper…

« Wisting avait l’habitude de la critique et, d’ordinaire, cela le laissait froid, mais cette fois, il l’avait vécue différemment. C’était un rappel de leur échec. Très tôt, l’affaire Hummel avait suscité un trouble en lui, un sentiment insidieux de ne pas être à la hauteur. »

On essaie toutefois de lui mettre rapidement des bâtons dans les roues car sa droiture et sa soif de vérité, dérangent. Outre l’enquête qui prend tout son temps, il est sur le point de devenir grand-père, avec tous les sentiments que ça éveille en lui depuis le décès de sa femme. 

J’ai trouvé l’enquête de ce roman vraiment passionnante. Il y a plusieurs éléments mystérieux qui nous donnent matière à réflexion et qui apparaissent comme illogiques tant qu’ils ne sont pas dénoués. Comme bien souvent, l’auteur s’attarde sur ce qui se passe « en coulisses », qu’on parle de criminels ou de policier. Il y a tout le travail de recherche en amont avant l’accusation, l’enquête qui avance à tâtons, les découvertes et les manières d’entrecouper les différentes preuves pour construire un solide dossier. La fin est un peu brusque, mais les ramifications de l’enquête compensent beaucoup.

Il y est beaucoup question de justice et de la psychologie des témoins, ainsi que du travail d’enquête et de filature. On sent bien souvent derrière le personnage de William Wisting, l’ombre de Jørn Lier Horst qui a été dans le passé, un ancien inspecteur de police. Je trouve ces enquêtes à la fois passionnantes et intrigantes, ce qui fait de ce roman un livre qu’on ne veut pas lâcher pour connaître enfin le dénouement. 

« En trente-deux ans, la criminalité s’était transformée. L’attitude générale aussi. Globalement, par le passé, les gens venaient toujours relater à la police ce qu’ils avaient vu et entendu. Désormais, la police se heurtait de plus en plus fréquemment à un mur de silence, même quand les renseignements qu’elle recherchait étaient largement en périphérie d’un crime. »

Toute la série des enquêtes de William Wisting n’a pas été traduite. Les premiers livres ne le sont pas. Peut-être un jour! En attendant, pour suivre l’évolution du personnage dans ce qui a déjà été traduit, l’ordre est le suivant:

Il est toutefois possible de les lire dans le désordre ou alors de choisir l’enquête qui nous interpelle le plus. Je n’ai pas tout lu dans l’ordre et j’y ai quand même trouvé beaucoup de plaisir. 

En ce qui concerne Le disparu de Larvik, c’est une enquête que je ne peux que vous conseiller et Horst est un auteur à découvrir, surtout si vous aimez les inspecteurs récurrents. Le duo père et fille est original et me plaît définitivement beaucoup! J’ai bien hâte à la prochaine enquête.

Le disparu de Larvik, Jørn Lier Horst, éditions Gallimard, 480 pages, 2020

Le sommeil des loutres

Jake a 21 ans, mais il a parfois l’impression d’en avoir cent. C’est ce qui arrive quand on grandit trop vite, sous le feu des projecteurs. Jeune acteur prodige, son succès est cependant de l’histoire ancienne, et ses récentes frasques l’ont fait tomber de son piédestal pour atterrir dans sa chambre d’enfant, chez ses parents. Jake mène une vie grise: il cherche des raisons de la poursuivre, mais elles se font aussi rares que le plaisir dans ses journées sans soleil. 
Émilie a 18 ans, elle entame sa dernière année de cégep. Ambitieuse, elle rêve de devenir médecin. Toutefois, elle a une faille de la grosseur du Grand Canyon au travers du corps depuis que son premier amour l’a laissée, au début de l’été. Mais derrière cette douleur s’en cache une autre, plus profonde encore: celle créée par son père, le jour où il a quitté sa famille pour refaire sa vie. Émilie aimerait se reconstruire, mais les morceaux sont petits et le casse-tête, interminable.
En apparence, Émilie et Jake n’ont rien en commun, sauf leurs blessures béantes au cœur et leur travail à la pizzéria du coin. Et pourtant, au fil de leurs soirées Sprite et placotage, une relation précieuse se tissera entre eux, empreinte de l’espoir que l’aube revient toujours, même après la plus sombre des nuits.

J’ai lu Le sommeil des loutres (quel joli titre, surtout quand on comprend ce qu’il représente!) de Marie-Christine Chartier, attirée par la jolie couverture et par le résumé. J’espérais ne pas lire un roman trop léger et finalement, cette lecture s’est avérée une très belle surprise. J’ai beaucoup aimé cette histoire. 

Le roman est présenté en alternant les voix de deux personnages. Tout d’abord celle de Jake, un ancien acteur qui a grandit sous les caméras et qui, suite à un deuil, sombre peu à peu… toujours sous l’œil attentif des journaux à potins. Il est difficile pour une personnalité de vivre constamment sous les projecteurs et les critiques des réseaux sociaux, surtout lorsqu’elle traverse des moments douloureux. C’est un peu cette facette publique et complexe qu’apporte le personnage de Jake.

« C’est ça, être connu. Les gens t’aiment jusqu’à ce que tu leur fournisses une meilleure raison encore de te haïr. »

Il y a aussi Émilie qui rêve de devenir médecin et qui ne se remet pas de sa rupture avec celui qu’elle pensait être son grand amour. Quand elle souffre, elle cuisine sans s’arrêter. C’est une façon pour elle de faire face à ce qu’elle ressent.

Jake et Émilie se rencontrent à la pizzéria où les deux travaillent. Jake y est pour oublier et se perdre dans une tâche routinière. Il essaie de retrouver qui il est. Émilie y travaille parce que la pizzéria appartient à son oncle. Elle essaie de survivre à sa peine.

Les deux ont l’âme écorchée, pour différentes raisons. Leur première rencontre n’est pas des plus agréables. Émilie juge vite Jake, qu’elle « connaît » grâce à la télé. Les premiers contacts sont maladroits, d’une part et de l’autre.

S’ils croient n’avoir rien en commun, ils découvrent chez l’un et l’autre une oreille attentive, beaucoup de douceur et une relation aussi précieuse qu’inattendue. Les deux se sont rencontrés alors qu’ils étaient au plus bas. Ils s’entraident à vaincre ce qui les ronge. Si leur relation semble en apparence être toute autre chose aux yeux des autres, ce qu’ils vivent est précieux. 

« … je songe maintenant à Émilie. Ça m’arrive de plus en plus souvent de me réfugier auprès d’elle dans ma tête, ça rend mes pensées plus douces, moins conflictuelles. »

J’ai aimé plusieurs aspects de leur amitié naissante, de l’écoute dont ils font preuve l’un envers l’autre, de ce qu’ils s’apprennent. Il y a de beaux moments et des instants plus intenses aussi dans leur relation. J’ai également aimé qu’il soit question de photographie dans le roman, un prétexte intéressant pour s’entraider et également, approfondir une relation qui se développe. 

Ce roman est vraiment beau. J’ai été surprise par le parcours des deux personnages et leur façon d’affronter les problèmes. L’histoire aborde plusieurs thèmes, comme l’abandon, le deuil, les peines d’amour, le rejet, le jugement, la mort, l’anxiété de performance, la dépendance à la drogue et à l’alcool. Pourtant, même si les problèmes de Jake et d’Émilie sont complexes, ce n’est pas non plus une histoire déprimante. C’est un livre qu’on lit avec plaisir, qui offre aussi une pointe d’humour dans les dialogues et la relation qui évolue doucement entre Jake et Émilie. C’est un roman qui parle de reconstruction et de confiance. Le côté psychologique est très développé ce qui en fait une histoire beaucoup plus profonde que ce qu’elle n’y paraît.

Une belle découverte! 

Le sommeil des loutres, Marie-Christine Chartier, éditions Hurtubise, 200 pages, 2020