Le Plus Petit Yack

Au sommet des monts enneigés, là où tourbillonnent des spirales de flocons glacés, blottie contre son troupeau, vivait Gertie… la plus petite de tous les yacks. Gertie RÊVE de GRANDIR et de prendre de la hauteur. Elle ne veut plus attendre ! 

J’ai beaucoup aimé cet album carré qui raconte une belle petite histoire sur le désir de grandir et de prendre sa place. Ce sont les dessins et les couleurs qui m’ont tout de suite attirée vers cet album. J’adore les yacks, les bisons et tous ces genres d’animaux. L’histoire me semblait sympathique et je ne me suis pas trompée.

Gertie est la plus petite de tous les yacks. Les autres ont l’air d’être des géants à côté d’elle. Elle a l’impression d’être inutile tant sa grandeur la dérange. Elle croit qu’en étant plus grande elle sera plus utile et aura le même statut que les autres. Elle est persuadée que les choses seraient bien différentes avec une stature plus imposante. Comme les autres. Elle travaille donc très fort à essayer de grandir. Elle s’entraîne, elle fait la course, elle y met énormément d’énergie, sans beaucoup de résultats. Jusqu’à ce qu’elle réalise que sa petite taille peut aussi être un avantage…

Avec beaucoup d’humour et des illustrations magnifiques, savoureuses et colorées, Lu Fraser et Kate Hindley nous offrent un bel album sur l’acceptation de soi et le fait que chacun a de belles qualités même si elles sont différentes de celles des autres. C’est une jolie histoire sur le courage d’être soi-même. L’album véhicule un beau message d’acceptation et rappelle que la grandeur d’une personne ne s’inscrit pas seulement dans sa grandeur physique, mais aussi dans son cœur et ses gestes envers les autres.

J’ai beaucoup aimé cet album. C’est un plaisir pour les yeux. Les personnages sont expressifs et vivants. Les yacks hivernaux avec leurs tuques et leurs accessoires d’hiver m’ont fait sourire et m’ont tout de suite séduite! J’aime définitivement ce genre d’album avec des personnages rigolos.

Un album qu’on peut proposer aux plus jeunes dès 4 ans. 

Le Plus Petit Yack, Lu Fraser, Kate Hindley, éditions Little Urban, 32 pages, 2021

La sorcière secrète

Les parents d’Aster ont finalement accepté que leur fils devienne une sorcière et non un métamorphe, contrairement aux autres garçons de leur famille. Aster suit des cours avec sa grand-mère qui lui demande en retour de veiller sur son grand oncle dont les pouvoirs ont presque détruit la famille. Pendant ce temps, Charlie, l’amie d’Aster est aux prises avec de sérieux ennuis… Quelqu’un tente de lui jeter un sort! Avec l’aide d’Aster, elle réussit à échapper à la malédiction, mais tous deux doivent maintenant trouver le responsable avant que d’autres soient victimes du malfaiteur.

La sorcière secrète est le second tome de la trilogie de Molly Knox Ostertag. J’avais beaucoup aimé Le garçon sorcière qui amenait le thème de l’identité et des stéréotypes d’une façon très originale, par le biais d’une famille de sorcières et de métamorphes, mais aussi en mêlant des humains qui n’ont pas de pouvoirs particuliers à tout cela.

Dans ce second tome, nous retrouvons Aster qui étudie maintenant avec les sorcières. Comme il est le premier garçon sorcière qu’elles connaissent, son intégration ne se fait pas aussi facilement qu’il l’espérait.

« Après tout, la meilleure façon de répliquer à ceux qui ne veulent pas que tu apprennes la sorcellerie, c’est de devenir excellent! »

Aster a longtemps espionné les cours de sorcellerie, mais ses connaissances sont très ciblées et il a du retard à rattraper. Sa grand-mère lui demande son aide, avec son frère. Même s’il ne le voit pas d’un bon œil, Aster et son grand oncle ont des points en commun.

Charlie, la fidèle amie d’Aster qu’il a rencontrée dans le premier tome, fait la rencontre d’une nouvelle amie, Ariel, à son école. Plutôt revêche et délaissée, Charlie tente de l’apprivoiser. En même temps, quelque chose semble s’acharner sur Charlie, une force bien plus grande qu’elle et très inquiétante.

« Quand la magie cause de la douleur et de la colère, elle devient corrompue et ne peut qu’infliger du mal aux autres. »

Charlie et Aster devront, chacun de leur côté, faire face à une magie complexe et dangereuse, une magie corrompue par la noirceur.

J’aime beaucoup que deux mondes se côtoient dans cette bande dessinée et dans la précédente. Le monde des humains avec Charlie, une fillette ouverte d’esprit, et le monde des sorcières et des métamorphes, régit par des lois non écrites plus stéréotypées. Aster brise certaines barrières pour faire accepter qui il est. Il ouvre aussi la porte à une meilleure compréhension des différences dans sa famille et de ceux et celles qui, comme lui, ne suivent pas le chemin tout tracé d’avance pour eux.

Le grand oncle d’Aster tient ici une place importante. On a pu le voir dans le premier tome et ici, on comprend un peu plus ce qu’il est et pourquoi il est devenu beaucoup plus sombre. Quand la noirceur et les blessures prennent toute la place, il reste beaucoup moins d’espace à la compréhension et à la bonté.

Quant à Ariel, c’est une jeune fille blessée, mais puissante. Elle devra faire des choix et décider si elle fait une place à l’amitié dans sa vie. D’ailleurs, un des thèmes sous-jacent à ces bandes dessinées est vraiment l’amitié. Le genre d’amitié à toute épreuve, qui est importante et qui marque pour la vie.

Une bd que j’ai beaucoup aimé, qui permet de mieux comprendre plusieurs personnages et d’en découvrir d’autres. Une belle leçon de vie se cache aussi derrière les intrigues liées à la magie. C’est rafraîchissant!

Mon avis sur le premier tome:

La sorcière secrète, Molly Knox Ostertag , éditions Scholastic, 208 pages, 2019

Le garçon sorcière

Dans la culture du jeune Aster, treize ans, toutes les filles sont élevées pour devenir des sorcières et les garçons, des métamorphes. Toute personne qui ose contrevenir à cette tradition est exclue. Malheureusement pour Aster, il demeure incapable de se métamorphoser… et il est toujours aussi fasciné par la sorcellerie, bien qu’elle lui soit formellement interdite. Lorsqu’un danger mystérieux menace les autres garçons, Aster sait qu’il peut aider… avec la sorcellerie. Avec les encouragements d’une nouvelle amie excentrique, Charlie, Aster se laisse enfin convaincre d’exercer ses talents de sorcière. Mais il aura besoin d’encore plus de courage pour sauver sa famille… et en réalité, se sauver lui-même.

Cette bande dessinée est géniale, à tous points de vue. Elle met en scène un monde magique, qui vit un peu à l’écart du nôtre. Dans le monde d’Aster, les rôles sont déjà définis à l’avance. Les filles apprennent la sorcellerie et les garçosn doivent défendre le territoire. Ils peuvent donc se métamorphoser, ce que Aster est bien incapable de faire.

« D’aussi loin qu’on se souvienne, les esprits des animaux avec qui nous partageons le monde ont offert un don aux hommes de notre famille. »

Par contre, il est bon en magie. Il se passionne pour les cours de sorcellerie qu’il écoute en cachette des filles. Il se fait souvent réprimander, car il n’a pas le droit d’être au courant des secrets des sorcières. Dans la famille plane l’ombre du frère de la grand-mère d’Aster qui avait tenté de faire de la magie et qui a très mal tourné. Il a été expulsé du groupe. C’est une histoire tabou dont on ne parle pas trop.

On ne dévie pas de la voix qui nous est tracée, c’est ce que tout le monde tente de faire comprendre à Aster, même s’il est triste et se sent vraiment à l’écart du groupe. Il est incapable de se joindre aux autres garçons qui se moquent de lui vu qu’il ne se métamorphose pas. Et sa place n’est pas auprès des filles alors que c’est là qu’il se sent bien.

Un jour, il fait la rencontre de Charlie, une fille un peu casse-cou qui adore le sport, mais qui est limitée à cause d’une jambe dans le plâtre. C’est une humaine, une fille sans pouvoir. Et Aster lui raconte tout. Il a besoin de parler à quelqu’un. Il réalise bien vite que Charlie est une amie géniale, une grande alliée. Surtout quand les cousins d’Aster commencent à disparaître et qu’Aster a quelques idées quant à la façon de les sauver… en utilisant la magie.

« Ma famille est comme ça aussi. Je ne comprends pas. Si tu es bon dans quelque chose, tu devrais avoir le droit de le faire! »

Cette première aventure de l’histoire d’Aster écrite par Molly Knox Ostertag est vraiment bien écrite. Les dessins sont jolis, l’univers magique est intéressant avec quelques belles trouvailles quant au fonctionnement des sorcières et des métamorphes. Plusieurs personnages sont issus de la communauté LGBT+. Aster, quant à lui, se débat entre la tradition imposée par sa famille et son identité propre. Il est bien représentatif des diktats imposés par la société, consciemment ou non, qui sont difficiles à vivre quand on se sent différents des autres, quand on a l’impression de ne pas entrer dans le moule convenu. Aster apprendra à prendre sa place et à faire respecter qui il est réellement.

Une très bonne bande dessinée, tant dans le message qu’elle véhicule que pour le plaisir de découvrir cet univers magique très différent! J’ai beaucoup aimé cette lecture. J’ai déjà lu les deux autres tomes. Je publierai les billets bientôt.

Le garçon sorcière, Molly Knox Ostertag, éditions Scholastic, 224 pages, 2018

Le Club de l’Ours Polaire t.2: Le Mont des sorcières

Une île maudite peuplée de sorcières, de trolls et de loups damnés: la suite tant attendue du Club de l’Ours Polaire. Personne n’est jamais revenu vivant du Mont des Sorcières, or c’est justement là que se dirige le père de Stella… Accompagnée d’Ethan, Shay, Dragigus et de Gideon, un explorateur du Club du Chat de Jungle pas très coopératif, la jeune fille doit à tout prix lui venir en aide.

Le mont des sorcières est le titre du second tome de la série Le club de l’ours polaire. J’avais passé un excellent moment de lecture avec le premier tome intitulé Stella et les mondes gelés. Les trouvailles d’Alex Bell pour créer l’univers du Club de l’ours polaire sont très intéressantes. Il s’agit d’un club d’explorateurs dont il existe d’autres regroupements, qui ont chacun leurs règles et leur code de conduite. Il existe aussi le Club du Calmar Géant, celui du Chacal Doré et celui du Chat de Jungle. À la fin du livre, on retrouve d’ailleurs des informations sur les différents clubs et on croise de plus en plus des membres d’autres clubs, ce qui nous permet d’en découvrir toutes les particularités.

Dans cette nouvelle aventure, nous retrouvons les personnages du premier tome: Stella la princesse des glaces, Shay le chuchoteur de loup, Dragigus le guérisseur et Ethan le magicien. Un vautour tente de s’en prendre à Stella et son père, Felix, part pour le Mont des sorcières afin de découvrir qui envoie le volatile. Mais ce Mont effrayant et rempli de dangers est un endroit dont on ne revient pas… Stella ne veut pas perdre son père et, avec l’aide de ses amis, elle part à la recherche de Felix avant qu’il ne soit trop tard…

Le groupe n’a pas du tout l’accord du club pour partir en expédition puisque le Mont des sorcières n’est pas un lieu recommandé. Qu’à cela ne tienne, rien n’empêchera Stella de voler au secours de son père adoré! Avec ses amis, elle s’envole pour les lieux sombres et infestés de pièges du Mont des sorcières. Les lieux sont à la fois effrayants et magiques. Le groupe devra mettre ses forces en commun pour réussir à affronter tous les obstacles qui se présentent à lui. Il y a de belles trouvailles dans ce roman, comme la couverture-forteresse qui fait littéralement rêver ou les différents animaux et dangers que croisent le groupe. J’aime que les animaux de compagnie de Stella soient un ours polaire nommé Mal-Léché et un petit dinosaure nain.

« Mme Sap n’avait pas apprécié l’arrivée de Mal-Léché – vraiment pas – et ne cessait de soutenir à son maître que les ours polaires n’étaient pas des animaux domestiques et qu’ils ne devraient pas être autorisés à entrer dans une maison, ni à se laver dans la grande baignoire sur pieds de la plus belle salle de bains, ni à se coucher sur le grand lit à baldaquin de la chambre d’amis quand il n’y avait pas d’invités (et même occasionnellement quand il y en avait…) »

Le personnage de Stella est intéressant car elle hérite d’un titre – princesse des glaces – qu’elle n’a pas envie d’avoir. Les princesses des glaces ont le cœur glacé et deviennent de mauvaises personnes. Stella doit donc aller au bout d’elle-même et apprendre à aimer qui elle est pour réussir à affronter les épreuves qui l’attendent. Elle découvre ses dons particuliers et doit apprendre à les utiliser, en dosant savamment ce qu’elle peut accomplir et les dangers qui la guettent. Être princesse des glaces n’est pas tout ce qui la définie.

« Stella est une princesse des glaces parmi bien d’autres choses, répondit tranquillement Felix. Avant tout, c’est une remarquable navigatrice, une exploratrice intrépide, une fille adorée par son père, une excellente patineuse, une lectrice infatigable, une amie fidèle et une fabricante virtuose de licornes en ballons. »

C’est donc un roman qui parle en filigrane de l’identité et de l’héritage que l’on reçoit. Felix est un père adorable, qu’on aime tout de suite. On apprend d’ailleurs plusieurs petites choses sur lui dans ce tome. J’adore également le personnage de Shay, vraiment doux et courageux, qui entend les loups et a un animal totem. L’univers du Club de l’ours polaire est à la fois magique et intéressant. C’est l’occasion de vivre beaucoup d’action et c’est ce qui me plaît de cette série. C’est un roman d’aventure magique, quelque part entre Harry Potter et À la croisée des mondes. J’adore l’imaginaire de l’auteure et les aventures improbables et étranges qu’elle fait vivre à ses personnages. Le texte est parfois teinté d’humour, souvent par l’entremise d’Ethan, un magicien bourru et grognon. 

« Ce n’est pas possible! Cette expédition est en train de devenir la plus malchanceuse de l’histoire des explorations. Un tapis volant apparaît miraculeusement devant nous, mais il ne fait que sauver une vache, un dinosaure et une bande de fées! »

Plus je découvre cette série pleine de magie et de personnages fantastiques, plus je l’aime! Le troisième tome est dans ma pile à lire et je compte bien le dévorer très bientôt. Je reviendrai vous en parler prochainement. En attendant je vous invite à découvrir cette série enneigée et pleine d’aventures et de magie!

Le Club de l’Ours Polaire t.2: Le Mont des sorcières, Alex Bell, illustrations de Tomislav Tomić, éditions Gallimard Jeunesse, 400 pages, 2019

Mortina t.1: une histoire qui te fera mourir de rire

Mortina est une petite fille tout ce qu’il y a de plus convenable, mis à part le fait que c’est un zombie. Elle vit à la villa Décadente avec sa tante Trépassée et son lévrier albinos également mort-vivant, Touillette. Les amusements se font rares. Il faut dire qu’on ne peut pas tellement quitter la maison, à cause des villageois étriqués, prompts à sortir les fourches à leur approche… Jusqu’au jour d’Halloween, où profitant de la distraction de sa tante, Mortina rejoint une bande d’enfants pour faire du porte-à-porte. Chacun est déguisé et elle se fond dans le décor. Bientôt pourtant, Mortina n’aura plus qu’une solution pour garder son secret : le révéler !

Voilà un album au format original, plus petit que la plupart des albums jeunesse et ayant presque le format d’un roman. J’ai vraiment apprécié cette lecture très « halloweenesque ». 

Mortina est une fillette un peu différente des autres, qui vit avec sa tante dans une maison organisée pour donner l’impression d’être abandonnée. C’est que Mortina est une zombie et qu’on ne doit pas savoir qu’elle existe. Vaut mieux vivre à l’écart et rester discrète. 

Le rêve le plus cher de Mortina est de se faire des amis et de voir d’autres enfants. Naturellement, quand on peut détacher son bras ou sa tête de son corps comme bon nous semble, c’est beaucoup plus difficile de sociabiliser normalement avec les humains. Ça complique énormément les choses. Ses tentatives sont de véritables échecs. Mortina n’a décidément pas vraiment l’air d’une petite fille humaine. 

Quand Mortina entend parler de la fête de l’Halloween, elle trouve que c’est l’occasion parfaite de se fondre dans la masse et d’approcher enfin d’autres enfants. Elle pourra enfin être elle-même. Naturellement, les choses ne se déroulent pas tout à fait comme elle s’y attendait!

J’ai adoré les illustrations de ce livre, à la fois vivantes, différentes, drôles et pleines de découvertes. Les pièces de la maison où évolue Mortina regorgent de toutes sortes d’objets et de l’histoire de sa famille, dont le grand-oncle Funeste et la tante Trépassée. Des flèches et des notes nous indiquent qui sont les gens sur les portraits et amènent notre attention sur des objets importants pour Mortina. 

L’histoire, même si elle est courte et peut être lue dès 6 ans, est belle et amusante. Elle met en avant, par l’entremise d’une histoire fantastique, la différence et ce que ça peut apporter à chacun. C’est aussi une belle façon d’initier les plus jeunes au monde fantastique. Mortina est un univers intéressant, qui amène le côté « créatures horrifiques » avec humour et de belle façon. 

Un album très intéressant pour l’Halloween, vraiment agréable à lire. À noter que la série Mortina compte quatre albums à ce jour.

Mortina t.1: une histoire qui te fera mourir de rire, Barbara Cantini, éditions Albin Michel, 48 pages, 2018