Éveil

eveilDans un futur où notre civilisation a disparu, au cœur des montagnes, vit un peuple profondément lié à la nature. Au sein de ce peuple, deux familles jouent un rôle important. La famille des « danseurs », chargée d’exécuter des danses sacrées afin d’obtenir la bénédiction des esprits de la nature. Étroitement liée à eux, une famille de « sculpteurs », chargée de sculpter les masques portés par les danseurs, servant à accueillir les esprits de la nature parmi les hommes durant les cérémonies.

Éveil est un manga atypique et complètement différent de ce que j’ai pu lire jusqu’à maintenant. C’est ma première incursion dans l’univers de Taiyô Matsumoto, qui semble avoir une production en marge des mangas traditionnels japonais.

Éveil est présenté en grand format, qui se rapproche beaucoup plus de la bande dessinée à laquelle nous avons l’habitude, que du manga. Le sens de lecture est aussi de gauche à droite, contrairement à la plupart des manga. L’auteur nous amène dans un monde très onirique, empreint d’une grande sensibilité. L’histoire se déroule à travers les quatre saisons, chacune abordant les célébrations communes aux différents moments de l’année: la danse de la pluie, les cérémonies de mariage et les célébrations mortuaires. On peut voir un lien avec les différentes étapes de la vie, de la jeunesse à l’âge d’or.

La recherche artistique de cet album peut être déstabilisante. Toutes les clés ne nous sont pas fournies facilement. Même la fin, je ne suis pas certaine de l’avoir saisie. J’en tire certaines conclusions, mais d’autres lecteurs pourraient sans doute y percevoir autre chose. C’est le genre d’ouvrage qui offre plusieurs niveaux de lecture et qui mérite sans doute plus d’une lecture pour en saisir toute l’essence. Le dessin est surprenant et aborde la vie, la mort et les arts (danse et sculpture de masques) comme thèmes principaux. L’esprit de la nature et sa grande force est aussi au cœur du manga. Elle est entièrement présente au quotidien pour les personnages de cette histoire. Les arts représentent aussi toute leur vie.

J’ai été sensible à la beauté de l’ouvrage, qui est en soi une petite oeuvre d’art. La beauté du livre, le trait de crayon particulier, la qualité de l’édition sous jaquette et l’histoire, à la fois onirique et sensible, offre une expérience de lecture plutôt fascinante. Toutefois, j’ai eu souvent l’impression de passer à côté de certaines subtilités de l’oeuvre, de ne pas en saisir tous les détails et les motivations de l’auteur. C’est un livre à la fois très beau visuellement et très étrange au niveau de l’histoire. Je dirais qu’il s’agit plus d’une expérience de lecture particulière dans laquelle on s’immerge, qu’une histoire que l’on suit de A à Z comme on a l’habitude de le faire avec un manga.

Je ne conseillerais pas ce manga comme première lecture pour quelqu’un qui n’a pas l’habitude d’en lire. Ce livre, qui se rapproche beaucoup plus de l’art que du manga, n’est pas représentatif du genre d’ouvrage qu’est le manga aujourd’hui. C’est plutôt un livre à part, tant par son histoire que par sa forme. Les amateurs d’art et de poésie, ainsi que les lecteurs attirés par les mondes oniriques, devraient cependant y trouver leur compte. Le livre est très beau, très artistique. Je le relirai sans doute pour tenter d’y percevoir autre chose. Il y a effectivement plusieurs niveaux de lecture à cette histoire si particulière.

À noter que ce manga est en quelque sorte la forme remaniée d’un scénario d’une pièce de théâtre jouée pour la première fois en 1998.

Éveil, Taiyô Matsumoto, éditions Kana, 88 pages, 2019