Canada Québec en bref 1534-2000

Canada Québec en brefCanada-Québec en bref propose ce minimum qu’il faut savoir pour comprendre le présent. La rencontre entre Français et Indiens ; le peuplement de la Nouvelle-France et de la Nouvelle-Angleterre, les affrontements coloniaux, la fin des alliances franco-indiennes, l’ultime French and Indian War; le schisme anglo-saxon, les États-Unis se séparent de la Grande-Bretagne, l’Amérique du Nord scindée en deux, la Province de Québec issue de 1763 et 1774 donne naissance à deux Canadas; majoritaires dans le Bas-Canada, les députés Canadiens français réclament le contrôle complet du budget et le vote des lois; la double rébellion; Londres réplique par l’Union des deux Canadas (1841) qui fera place à la Confédération canadienne (1867); l’industrialisation n’empêche pas l’exode des Canadiens français vers les États-Unis; l’expansion vers l’ouest provoque la révolte des Métis, l’exécution de Louis Riel ; les guerres mondiales et, entre les deux, la crise économique; la révolution dite tranquille, l’évolution de l’idée d’indépendance, le rapatriement de la constitution, les revendications amérindiennes; la loi sur les langues officielles n’arrête pas l’assimilation des francophones de l’extérieur du Québec, une nouvelle mosaïque canadienne ; l’impasse constitutionnelle.

Canada Québec en bref est un ouvrage surprenant par sa brièveté. Tout juste 80 pages pour parler de l’histoire du Canada et du Québec et pourtant, le panorama que nous offrent Marcelle Cinq-Mars et Denis Vaugeois est des plus intéressant.

Il s’agit naturellement d’une lecture assez rapide, mais tout à fait le genre de livre qu’on aime conserver pour y revenir. L’ouvrage regroupe les années 1534 à 2000 et nous offre un aperçu de ce qui s’est passé pendant cette période, au Canada et au Québec.

« La population des Amériques était sans doute comparable à celle de l’Europe à l’époque de Colomb, soit autour de 100 millions d’habitants. Au fur et à mesure de la progression des contacts avec les Européens, des maladies, inconnues jusque-là en Amérique, firent des ravages indescriptibles. »

De très nombreux thèmes sont abordés, passant de la géographie à la politique, de la société à la vie culturelle. L’ouvrage aborde l’aventure coloniale, les traités passés avec les Amérindiens, le vote des femmes, l’acte de l’Union, les langues officielles, les moments marquants en politique, la Révolution tranquille, les référendums, la Seconde Guerre mondiale, la répartition des différentes régions lors de l’évolution du territoire et la cessation aux différents peuples: anglais, espagnols, français. Il y est aussi question d’autres lieux qui ont tenu une place importante dans l’histoire ou on été relatés dans certaines anecdotes, par exemple Saint-Pierre-et-Miquelon ou New York.

Canada Québec en bref aborde brièvement tout ce qui englobe la colonisation jusqu’aux années 2000. Plusieurs thèmes sont présentés et pas seulement ce que l’on peut avoir étudié sur les bancs d’école. Par exemple on y parle d’architecture, de l’évolution de certaines bibliothèques, comme le centre de conservation de la Bibliothèque nationale du Québec, anciennement une fabrique de cigares. La géographie tient une place importante puisqu’elle nous indique l’évolution du territoire ou même le déplacement des gens au fil du temps.

L’ouvrage étant abondamment illustré, les cartes sont reproduites en couleurs. On y parle également de l’art de manière générale. Plusieurs tableaux représentatifs de leur époque sont reproduits dans le livre. La forme – très illustrée – de l’ouvrage est un plus, car elle permet de voir en moins de 100 pages un panorama de notre histoire, de son évolution à travers le temps.

Le livre commence par un survol sous forme de questions ou de thèmes. Le centre de l’ouvrage, avec sa quantité d’illustrations, d’anecdotes et d’explications est passionnant. À la fin, le livre est complété par des tableaux synchroniques qui relatent année après année le déroulement de l’histoire en ordre croissant de dates.  Même s’il est relativement court, le livre nous permet d’aborder rapidement l’histoire du Canada et du Québec.

Cette lecture m’a beaucoup plu. J’aime l’histoire et j’ai trouvé que le livre était bien construit car c’est facile de bien comprendre ce qui nous est expliqué, surtout que l’ouvrage est très imagé. Même si le livre est bref et que je lis beaucoup d’ouvrages d’histoires, Canada Québec en bref permet de se replonger rapidement dans notre histoire et nous permet d’apprendre tout de même plusieurs choses. C’est une lecture enrichissante et très abordable.

Si l’histoire vous plaît, que vous n’avez pas forcément envie de lire un ouvrage complexe et difficile, c’est un livre parfait à découvrir. Il pourrait aussi plaire à des adolescents, puisque c’est un ouvrage très visuel.

Une bien bonne lecture!

Canada Québec en bref 1534-2000, Marcelle Cinq-Mars et Denis Vaugeois, éditions du Septentrion, 80 pages, 2000

Hiver: cinq fenêtres sur une saison

Hiver cinq fenêtres sur une saisonCinq fenêtres grand ouvertes sur la plus austère des saisons, comme autant de façons d’en proposer une histoire sociale et culturelle. Cet essai, poétique et abondamment documenté, puise dans l’art, le sport, l’urbanisme et l’histoire pour décrire les mille facettes de l’hiver: le chauffage au charbon, le patin, l’art romantique, les grandes explorations polaires, les fêtes de fin d’année, la littérature russe, l’art pictural japonais, le hockey ou la retraite de Russie de Napoléon. Avec élégance et érudition, Adam Gopnik sonde aussi les sentiments et attitudes qu’inspire l’hiver et montre comment ceux-ci changent avec le temps et la distance, donnant ainsi à lire une représentation commune et humaine du froid et de la neige. L’hiver, qu’on ne trouve jamais aussi beau qu’à travers les fenêtres givrées d’une demeure chaude et protectrice, évoque aussi une grande vérité anthropologique: c’est toujours de l’intérieur que nous appréhendons le mieux le monde extérieur.

J’aime passionnément l’hiver, tout comme Adam Gopnik. Ce livre avait donc tout pour m’attirer et je n’ai vraiment pas été déçue. C’est même un gros coup de cœur! Hiver: cinq fenêtres sur une saison, porte merveilleusement bien son titre. Choisir d’écrire un livre sur cette saison souvent perçue comme austère, à une époque où une grande majorité des gens préfèrent l’été, c’est un beau défi… qui a été parfaitement relevé par l’auteur.

Tout d’abord, cet ouvrage aborde l’hiver avec un regard nouveau, d’un point de vue différent. À travers cinq grands thèmes – les cinq fenêtres – l’auteur entreprend de nous offrir un nouveau regard sur cette saison autrefois perçue comme froide, mortelle, très peu invitante. C’est lorsque l’hiver ne devient plus seulement une histoire de survie, mais aussi un moment pour profiter des joies de la neige tout en chérissant la chaleur d’un foyer bien chauffé, que la perception de l’hiver s’est mise à changer.

Les cinq chapitres de cet ouvrage nous présentent l’hiver sous différents aspects. La première fenêtre, L’hiver romantique, s’attarde sur la perception au fil des ans de cette saison froide. L’auteur nous parle des romantiques, de la perception de l’hiver dans la littérature, des changements qui sont survenus au fil des ans sur notre façon de vivre l’hiver. Avec le chauffage central et des moments pour relaxer, l’hiver passe de saison dure et austère à une saison où il fait bon mettre le nez dehors.

« La conquête de l’hiver, en tant qu’acte à la fois physique et imaginaire, est l’un des grands chapitres de la renégociation des frontières du monde, des lignes que nous tirons entre la nature et les sentiments qu’elle nous inspire, qui caractérise l’ère moderne. »

De William Cowper à Vivaldi, en passant par Krieghoff, Schubert, Debussy, Andersen et même Wilson Bentley le premier photographe connu de flocons de neige, l’auteur nous fait visualiser la façon dont la perception de l’hiver a modifié la musique, les arts, la littérature, la culture. Ma plus belle découverte via cet ouvrage a été Fanny Hensel et sa série d’œuvres saisonnières pour piano. C’était la petite sœur de Mendelssohn.

La seconde fenêtre est celle de L’hiver radical. On y parle de Frankenstein, de Glenn Gould, d’Harry Somers, un compositeur canadien et d’Edgar Allan Poe. Pourquoi? Parce qu’il y est question du deuxième thème de ce livre: les expéditions polaires. Pôle Sud, Pôle Nord, qu’est-ce qui a poussé l’homme à vouloir sans cesse explorer et tenter sa chance dans des déserts de glace où il n’y avait bien souvent rien? Qu’est-ce qui nous pousse encore à lire aujourd’hui ces récits d’aventure en rêvassant? Ce chapitre parle de John Ross, Sir John Franklin, E.K. Kane, Apsley Cherry-Garrard, Sir Falcon Scott, Frederick Cook, Robert Peary, Robert Scott, Roald Amundsen, Ernest Shackleton. Un chapitre sur la folie et le courage, sur l’attrait des grands espaces glacés et vierges. Un chapitre totalement passionnant qui nous donne envie de lire tous ces récits d’explorateurs téméraires.

La troisième fenêtre est celle de L’hiver réparateur. L’hiver des célébrations. Noël comme fête hivernale par excellence et sans doute l’une des célébrations les plus importantes à travers le monde. De quelle façon l’hiver a pu devenir l’hôte d’une fête lumineuse et pleine de promesses? De quelle façon Noël est maintenant ce qu’elle est, une fête axée sur les présents, la neige, les amis et la famille? Il y est question des saturnales et des calendes, du solstice d’hiver et de Yule, de Charles Dickens, de la Trève de Noël, de la poésie, de l’époque victorienne où tout a changé, de la laïcité, du message de Noël, des cantiques, du caricaturiste Thomas Nast et de la façon dont Noël s’est peu à peu transformée en commerce. Passionnant portrait social, ce chapitre nous éclaire sur la façon dont nous célébrons en plein cœur de la saison froide.

« Si la planète a mondialisé Noël, Noël a étendu l’hiver au monde entier. La fête d’hiver a conquis désormais l’ensemble du continent: la neige artificielle, les faux glaçons, le givre tant prisé par Goethe vaporisé sur des fenêtres californiennes en l’honneur d’une déité germanique que Goethe n’aurait pas pu imaginer: le père Noël. »

La quatrième fenêtre est celle de L’hiver récréatif. Les sports d’hiver en général et le hockey plus précisément. On y parle de musique qui rend hommage au patinage et de tableaux qui ont été créés avec le même but. Lorsque les plaisirs des sports d’hiver ont été découverts, ils ont fait de la saison froide une saison de jeux et de vitesse. Une saison qui bouge. Les ponts de glace permettaient des déplacements impossibles pendant la saison chaude. Les patinoires offraient des lieux de rencontres inestimables. On en apprend plus sur la création du hockey et sur les sports d’équipes qui se sont développés. L’invention du week-end a contribué à nous offrir plus de moments de loisirs. Un chapitre où l’on croise Samuel Pepys tout autant que Maurice Richard.

La cinquième et dernière fenêtre est celle de L’hiver remémoré. On y parle d’urbanisme, de villes d’été et de villes d’hiver, de la ville souterraine, de la voiture en hiver, de la littérature et de la musique. On y parle de l’hiver comme lieu de mémoire et de souvenirs.

« L’hiver ajoute de la profondeur et de l’obscurité à la vie ainsi qu’à la littérature, et dans l’été sans fin des tropiques ni la pauvreté ni la poésie […] ne semblent capables de profondeur: la nature y est trop exultante, trop résolument extatique, comme sa musique. Une culture centrée sur la joie est forcément superficielle. » – Walcott

Poèmes polaires et cinéma se côtoient dans ce chapitre, au son d’une musique pleine de souvenirs. Ce chapitre nous parle également d’écologie. De cette perte du froid, de ce droit au froid. De la disparition des neiges d’antan comme souvenir collectif et de l’hiver dans notre imaginaire. De l’hiver comme saison en voie de disparition…

« L’hiver, la saison qu’il fallait endurer, est désormais la saison qu’il faut préserver. »

Ce livre a été un gros coup de cœur. Quand je l’ai terminé, mon livre avait des airs d’arc-en-ciel avec des post-it à toutes les pages. J’avais envie de noter toutes sortes de passages qui me plaisaient ou me parlaient. J’avais envie de partager des réflexions autour de moi. J’ai lu ce livre en accompagnant ma lecture des tableaux mentionnés dans l’ouvrage, en écoutant la musique dont on fait mention, en faisant également quelques recherches sur ce qui m’était moins familier, tout au long de ma lecture. L’ouvrage présente plusieurs poèmes et aborde toujours l’hiver d’un point de vue social et culturel, ce qui en fait un essai particulièrement parlant. C’est un ouvrage dont la forme donne envie d’aller plus loin, de faire des découvertes. Les références aux peintres, aux compositeurs, aux musiciens, aux écrivains, sont nombreuses et passionnantes. On retrouve du bien beau monde entre les pages de ce livre et des gens qui ont façonné la façon dont l’hiver a été perçu et vécu à leurs époques respectives.

Hiver: cinq fenêtres sur une saison est un livre qui se lit avec grand plaisir et qui permet un autre regard sur la saison froide. Ce que nous raconte Gopnik nous permet également de mieux réaliser à quel point l’hiver est important, voire essentiel.

« Privée du souvenir de l’hiver, du Nord, de la neige, du cycle des saisons, notre civilisation perdra également au change, et cette perte sera aussi lourde, à sa manière, que celle subie par les Inuits. »

Gopnik aime l’hiver. Moi aussi. Ce livre est un brillant essai sur le bonheur du froid, sur le droit au froid, sur l’évolution de sa perception à travers le temps.

À découvrir, assurément! À noter au passage la traduction impeccable de Lori Saint-Martin et Paul Gagné.

Hiver: cinq fenêtres sur une saison, Adam Gopnik, Lux éditeur, 296 pages, 2019

Cheval indien

cheval indienEnfermé dans un centre de désintoxication, Saul Cheval Indien touche le fond et il semble qu’il n’y ait plus qu’une seule issue à son existence. Plongé en pleine introspection, cet Ojibwé, d’origine Anishinabeg du Nord ontarien, se remémore à la fois les horreurs vécues dans les pensionnats autochtones et sa passion pour le hockey, sport dans lequel il excelle. Saul, confronté aux dures réalités du Canada des années 1960-1970, a été victime de racisme et a subi les effets dévastateurs de l’aliénation et du déracinement culturels qui ont frappé plusieurs communautés des Premières Nations.

Cheval indien est sans doute le livre le plus poignant et le plus touchant que j’ai pu lire sur les pensionnats indiens. La force du texte, son aspect poétique et l’écriture à la première personne en font un roman particulièrement puissant. L’auteur aborde le thème difficile des pensionnats indiens en parlant des séquelles et des traumatismes vécus à travers différentes générations: ceux qui y sont allés et qui en reviennent brisés, ceux qui ont perdu leur culture et ceux, comme la grand-mère de Saul, qui tentent de perpétuer les croyances et l’héritage des Anciens.

« Tout ce que je savais d’indien est mort à l’hiver 1961, celui de mes huit ans. »

Saul est un jeune amérindien qui, à cause des blancs, vit peu à peu l’éclatement de sa famille. Les débuts du roman nous racontent la vie familiale de Saul, dans la nature. Leurs croyances, les traditions de leur peuple, la façon de vivre, les techniques pour manger, se loger et vivre ensemble.

« Keewatin. C’est le nom du vent du nord. Les Anciens lui donnaient un nom parce qu’ils voyaient en lui un être vivant, une créature comme les autres. Le Keewatin prend naissance à la lisière des terres sans arbres et serre le monde entre ses doigts cruels, nés dans le sein glacé du pôle Nord. Le monde ralentit peu à peu son rythme afin que les ours et autres créatures qui hibernent remarquent l’inexorable progression du temps. »

La nature est importante, mais elle devient peu à peu le seul endroit où se cacher des blancs. La fuite devient le cœur de leur quotidien, jusqu’à ce que leur course en pleine nature se termine pour lui au pensionnat indien, où l’on tente de « casser » l’Amérindien en chacun des enfants, afin de les rendre « dignes de recevoir la bénédiction de Dieu ». Sévices, agressions, humiliations, travail forcé, coups, viols, les pensionnats indiens sont de véritables nids à torture. Les pages qui en parlent, le font avec une écriture sobre, troublante. Richard Wagamese réussit à rendre ces passages poignants. Pas parce que c’est raconté crûment, mais plutôt parce que c’est raconté avec talent et émotion, dans une langue qui nous prend aux tripes.

« J’ai été amené au pensionnat indien de St. Jerome. J’ai lu quelque part qu’il existe dans l’Univers des trous qui avalent toute la lumière, tous les corps. St. Jerome a éteint la lumière de mon monde. Derrière moi, tout ce que je connaissais s’est volatilisé dans un bruissement audible, celui de l’orignal qui disparaît au milieu des épinettes. »

Saul nous parle de ce qu’il voit et de la façon dont il tente de survivre. Sa rencontre avec le jeune prêtre Leboutilier et sa passion pour le hockey le sauveront de l’enfer du pensionnat et causeront du même coup, sa perte. Le hockey agit, du moins au début, comme un exutoire et une façon de se défouler.

« M’efforçant d’assimiler les moindres nuances du sport, j’avais l’impression de voler, de traverser le ciel sur de larges ailes. J’adorais cette sensation. J’étais un petit garçon avec des patins trop grands pour lui. Dans le monde du hockey, j’ai trouvé un chez-moi. »

Le sport comme soupape à l’horreur. Sauf que c’est aussi un monde terrible que celui du hockey, sport que ce sont approprié les blancs. Les moqueries, les bagarres, l’intimidation et la violence sont terriblement injustes. Saul se referme, devient plus agressif et le sport perd peu à peu de sa saveur.

Le roman suit Saul de l’enfance jusqu’à la mi-trentaine, du pensionnat aux équipes de hockey, en passant par la grande ville, ses addictions et ses tentatives pour se sortir des blessures qui l’accablent. Son parcours est à la fois intéressant et effrayant. Lucide, calme, profondément blessé, il nous raconte la façon dont il a tout misé sur la fuite pour tenter de survivre. Il révèle certaines choses à la fin du roman et tente enfin de mettre des mots sur ce qui l’a brisé. La chute a été douloureuse, mais il a beaucoup travaillé à tenter de se relever.

Le personnage de Saul est attachant, émouvant, droit et honnête. On ne peut que l’apprécier et vivre avec lui toute la gamme des émotions qu’il traverse. Sa passion pour le hockey est contagieuse, salvatrice, mais la vie au pensionnat est faite de violence et d’injustices. C’est difficile, souvent poignant, mais la beauté du texte et sa poésie sont deux éléments importants de ce roman.

Malgré l’histoire terrifiante derrière les pensionnats indiens, l’écriture de Wagamese est magnifique. Il nous fait comprendre le parcours de Saul et les conséquences psychologiques sur son personnage. Difficile de ne pas être touché et de ne pas se sentir concerné par ce très sombre épisode de notre histoire. De ce côté, l’auteur réussit un vrai tour de force. Parler d’un sujet très dur avec poésie et sensibilité.

Cheval indien est un roman très puissant, troublant, que chacun devrait lire pour mieux aborder l’histoire terrible des pensionnats indiens et comprendre toutes les conséquences que ça a pu avoir sur les enfants qui y ont été amenés. Des conséquences qui ont des ramifications importantes à travers les années et qui rendent complexe la possibilité pour ces jeunes devenus adultes de se construire une vie « normale ». En parler en parallèle du hockey est une bonne idée puisque c’est sans doute un des livres les plus intéressant que j’ai pu lire sur le sujet. Pour les amateurs, on retrouve d’ailleurs plusieurs mentions à des grands du hockey qu’admire Saul: Yvan Cournoyer, Maurice « Rocket » Richard, Jean Béliveau. On y parle de La Soirée du hockey, des Canadiens et des Maple Leafs. On y découvre cependant à quel point ce sport était réservé aux blancs et impitoyable envers les équipes amérindiennes…

Je vous recommande chaudement ce livre, qui m’a fait passer par toute une gamme d’émotions. Je le trouve essentiel. Lisez-le.

Le livre a été adapté au cinéma. J’ai le film à la maison et je compte le regarder bientôt. Je viendrai sans doute ajouter quelques mots dessus quand je l’aurai vu. En attendant, je vous laisse la bande annonce:

Ce livre est paru en Europe sous le titre Jeu blanc (avec un autre traducteur). Si vous avez accès aux deux éditions, lisez plutôt celle parue chez XYZ éditeur. La traduction de Lori Saint-Martin et Paul Gagné est vraiment parfaite. J’ai eu la chance de pouvoir comparer des passages de l’autre édition grâce à une amie française. Même si le texte se ressemble, je préfère la traduction bien de chez nous. La puissance du texte me semble beaucoup plus forte. N’hésitez même pas!

Cheval indien, Richard Wagamese, XYZ éditeur, 265 pages, 2017

Infographies.quebec

infographies.quebecL’historien Gilles Laporte propose un ouvrage comprenant une série d’infographies sur l’histoire, la géographie, la population, l’économie, la culture, la politique, la consommation et même les sports au Québec, de ses origines à aujourd’hui. Chacune de ces infographies relève le défi de rendre attrayante et accessible une information à la fois riche et rigoureuse à propos du Québec et de son histoire. Elles sont destinées aux élèves en histoire des écoles et collèges du Québec, ainsi qu’au grand public désireux de revisiter son histoire sous l’angle graphique.

Ce bel ouvrage comprend 69 infographies sur l’histoire du Québec. En jumelant le travail d’auteur et celui d’infographiste, l’historien Gilles Laporte réussit à tirer le meilleur parti des deux mondes et à nous offrir un livre très attrayant. Le taux de pourcentage pour apprendre et retenir des informations est plus élevé lorsque le texte est accompagné d’un visuel. Ici, le format permet justement d’assimiler plus facilement les informations historiques.

Infographies.quebec est un livre riche qui touche à beaucoup de points de l’histoire du Québec. Ce livre, c’est l’histoire de la télé québécoise, du cinéma, de la politique, des syndicats, de la Nouvelle-France, des batailles (linguistiques ou guerrières) et de tout ce qui a façonné notre monde. Le livre aborde le sport (de la coupe Stanley aux Expos en passant par les jeux Olympiquess), les prix des objets d’autrefois versus ceux d’aujourd’hui, le système scolaire, l’art, la religion, la musique, le métro, l’agriculture, l’économie et les récessions, les femmes qui ont marqué le Québec, le réseau routier, la crise du verglas, les patriotes, les noms de famille, les compagnies fondées ici qui ont été vendues à l’étranger, les plus illustres franco-américains nés au Québec. On y retrouve entre autres Jack Kerouac, Georges St-Pierre, Ernest Dufault, Calixa Lavallée.

Il y a aussi de nombreuses cartes. Je pense par exemple à la carte du Québec avant la colonie qui retrace les tribus amérindiennes de l’époque et l’endroit où elles vivaient. Cette carte est fascinante et permet de se faire une idée vraiment complète de ce qu’a pu être notre Province avant nous.

Il y a tellement de contenu dans cet ouvrage! Le livre aborde de très nombreux sujets de notre histoire. Certaines infographies rappellent de beaux souvenirs, surprennent aussi parfois et sont très enrichissantes. Le visuel permet de se faire rapidement une idée de ce qu’on nous présente et de s’en souvenir. Visuellement, le livre est conçu sous forme de cartes que l’on déplie. Les inforgraphies y sont reproduites. Plusieurs d’entre elles présentent aussi des comparaisons entre la vie d’aujourd’hui et celle d’autrefois.

Infographies.quebec est un livre très coloré, très attractif. L’ouvrage est vraiment bien fait. Le dosage entre le texte et l’infographie est parfait. Conçu à la base pour des cours d’histoire, le livre est très intéressant pour le grand public, principalement pour son format. Il ne ressemble en rien aux livres scolaires conventionnels. La variété des sujets en fait un ouvrage incontournable pour apprendre beaucoup de choses sur l’histoire du Québec et se rafraîchir la mémoire sur ce que l’on connaît déjà.

J’ai aimé l’ajout à la fin du livre où l’auteur présente sa vision de l’ouvrage, les raisons des choix qu’il a fait pour Infographies.québec.

Un livre parfait pour offrir et qu’il est plaisant de relire à l’occasion. Un livre tout trouvé pour les étudiants, les passionnés d’histoire et le grand public qui souhaite en apprendre davantage sur le Québec. Infographies.quebec est passionnant, c’est un livre que je conseille fortement. J’ai passé un excellent moment de lecture, très instructif.

Infographies.quebec, Gilles Laporte, éditions du Septentrion, 102 pages, 2018

America n°4

America4

C’est Stephen King qui ouvre le bal de ce quatrième numéro intitulé De la violence en Amérique avec Guns, un article percutant et profondément touchant sur sa position face à la violence en tant qu’homme, père de famille et en tant qu’auteur. Il parle aussi de sa décision de retirer son livre Rage des rayonnages, suite à des tueries dans les écoles. Je trouve que son questionnement et sa position en tant qu’auteur est intéressante. Étrangement et tout à fait par hasard après avoir lu l’article, je suis tombée,  dans une vente de livres d’occasion, sur un exemplaire de ce livre pour 0.50$ et je l’ai acheté. Je suis curieuse de comprendre tout ce qui se cache derrière la démarche de King.

Toujours sous le thème de la violence, Benjamin Whitmer signe un article vraiment captivant sur l’histoire de Thanksgiving et des débuts de la violence, allant des massacres amérindiens jusqu’aux prisons de haute sécurité: L’histoire interdite. J’ai d’ailleurs noté, suite à cet article, son roman Évasion à paraître en septembre 2018, qui parle d’une de ces prisons. Quant à Ryan Gattis, il signe Le vrai visage de la violence, qui parle de gangs et de… nez! J’ai son roman Six jours dans ma PAL qu’il me tarde de découvrir.

« La violence est une chose aussi banale en Amérique que dans n’importe quelle dictature bananière, et notre histoire n’est ni héroïque, ni exceptionnelle. Nos mythes sont là pour le cacher, et ils sont aussi débilitants que frauduleux. »

Autre citation, de Ryan Gattis

« … peu de choses affectent l’âme plus puissamment que la douleur physique. Et peu de choses sont plus importantes que d’y survivre. »

Le reportage photo m’a fait découvrir le travail de Kiliii Yüyan (qu’on peut suivre sur Instagram) avec Living Wild, des images prises lors de stages dans l’état de Washington, qui permettent de redécouvrir un mode de vie ancestral. Très intéressant!

Le grand entretien du numéro est consacré à Paul Auster, un homme et un écrivain toujours brillant. J’ai eu l’impression d’assister à une rencontre entre deux amis. Ses propos sont toujours songés et réfléchis. C’est un homme que j’aime beaucoup, qui respire le calme.

La rencontre entre François Busnel, Tom Wolfe et Gay Talese, Un chapeau à Manhattan,  m’a un peu moins plu. Je crois que je ne suis pas vraiment sensible au style de ces deux hommes. Je n’ai jamais vraiment eu envie de lire Tom Wolfe. Il ne me parle pas.

La chronique voyage nous fait découvrir Chicago par les yeux de ses habitants. Véronique Ovaldé donne la parole à plusieurs personnes et le reportage est entrecoupé de ses propres réflexions. J’ai trouvé la forme de l’article plutôt intéressant. Qui de mieux placé pour parler d’un endroit que ceux qui y vivent? L’article est suivi par la chronique sur ce qu’il faut lire, voir et entendre (livres, cinéma et musique) autour de Chicago. J’adore les listes thématiques du genre.

Finalement, Le grand roman américain parle de Sur la route et de l’écrivain Jack Kerouac pour qui j’ai un gros gros faible! J’étais ravie de le retrouver entre les pages d’America, même si j’ai trouvé que cette lecture est allée beaucoup trop vite! Très bon article, mais beaucoup trop court à mon goût! Quand on aime… 😉

Ce quatrième numéro reprend aussi comme d’habitude, les chroniques habituelles. J’ai préféré pour ce billet me pencher principalement sur les articles que j’ai préférés.

Pour lire mes précédents billets:

Au Québec, on peut trouver la revue sur le site Leslibraires.ca ou commander chaque numéro chez son libraire indépendant. Ils sont pour le moment toujours en vente.

Le site web d’America.

America n°4, Les éditions América, 194 pages, hiver 2018