Snow illusion

snow illusion“On a dit qu’elle n’était peut-être pas humaine…”
Dans une ville au bord de la mer, Susumu croise une femme venue d’on ne sait où. 
Son nom est Yuki.
Elle est belle, travailleuse.
Susumu l’épouse.
Leur vie ressemble au bonheur…
Jusqu’au jour où un autre homme sème le doute dans leur couple ! 
“Je cherche juste un homme avec lequel je pourrais vivre toute ma vie…”

Ce manga est un one shot qui m’a attirée à cause de son thème hivernal. Je ne savais rien de l’histoire en l’empruntant. En fait, il s’agit d’une réécriture du mythe japonnais de la Yuki Onna, la femme des neiges. Yuki Onna fait partie du folklore populaire et puise ses sources dans la mythologie japonaise. Ce personnage, que l’on dit être une femme des neiges, personnifie l’hiver et les tempêtes de neige. C’est une femme d’une grande beauté souvent présentée comme étant cruelle.

Avec le manga Snow illusion, Ikori Andô nous offre une vision particulièrement triste de ce personnage, incarné ici par une jeune femme frêle qui cherche le véritable amour. Yuki rencontre tout d’abord Susumu un jour de tempête de neige.

« Yuki est apparue de nulle part, le jour où il a neigé totalement hors saison… »

Ils sont amoureux et se marient. Susumu traite Yuki un peu comme une bonne à tout faire. Elle cuisine, le sert lui et ses amis, ce qui est plutôt choquant. Mais Susumu s’éloigne d’elle et l’inévitable fini par se produire: il trompe sa douce et « parfaite » femme. Dès que Yuki comprend que son mari ne l’aime pas vraiment, elle ne peut plus rester et le quitte. Elle disparaît, tout simplement. Son mari est effondré. Sauf que, comme tous les autres, quand la neige aura fondue, il aura tout oublié…

Le manga est conçu en plusieurs chapitres où chacun raconte une nouvelle rencontre et une nouvelle histoire. Un jour de neige, un homme tombe amoureux d’une jeune femme. Elle est perçue comme la femme parfaite, mais chaque homme qui tombe amoureux d’elle fini par ne plus l’aimer. Plus vraiment.

« Je cherche juste un homme avec lequel je puisse rester jusqu’à la fin de ma vie. »

On découvre rapidement que quelqu’un traque cette femme et cherche à découvrir son secret. C’est sans doute ce qui est le plus intéressant dans cette histoire: elle est présentée comme un mystère dont on ne comprend pas tous les rouages. On retrouve tous les éléments d’un conte un cruel, une roue sans fin, la magie de l’amour et de la neige, mais une magie d’aussi courte durée que les relations qu’entretient Yuki.

J’ai bien aimé ce manga qui est prenant et qui nous pousse à tourner les pages rapidement pour connaître l’étrange secret de Yuki. J’ai apprécié aussi que ce soit la réécriture d’une histoire tirée de la mythologie japonaise et que l’auteur l’ai adaptée à sa façon. La forme choisie, soit la répétition d’une histoire qui se termine toujours sensiblement pareille, instille un certain mystère autour de Yuki.

Un manga hivernal où tout commence par une tempête de neige et se termine lorsque la neige fond. J’ai bien aimé cette idée et la lecture m’a plu. C’est un one-shot agréable à lire, qui interpellera forcément ceux qui aiment les réécritures de conte ou de mythes, les histoires d’amour et les ambiances enneigées.

Snow illusion, Ikori Andô, Komikku éditions, 224 pages, 2015

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Neiges rouges

neiges rougesSoupçonnant un trafic de stupéfiants, le poste de la Sûreté du Québec de Nottaway dépêche Vincent Parent et son partenaire Antoine Lemay au domicile d’Anna Wabanonik, dont le dossier criminel est vierge. Mais à leur arrivée, l’Autochtone et Kanti, sa fille de quatorze ans, surprennent les policiers en s’enfuyant en raquettes à travers les forêts enneigées.
À la suite d’une pénible poursuite – le froid est mordant et les agents sont mal chaussés –, le drame survient : sans l’ombre d’un geste menaçant de la part d’Anna, Lemay pointe une arme sur elle et l’abat. Horrifié, Parent, qui a remarqué que le revolver utilisé n’est pas le Glock de service de son collègue, exige des explications. « Écoute, Vincent. J’ai une femme, j’ai deux beaux p’tits gars… Y’est pas question qu’une guidoune vienne scraper ça », lance-t-il en redirigeant son arme vers Parent. 
Une semaine plus tard, Vincent Parent, qui a été plus rapide – et précis ! – que Lemay, se remet de ses blessures. Or, si l’enquête menée par le sergent-détective Jean-Pierre Vadeboncœur, du Service de police de la Ville de Montréal, confirme qu’il a agi en situation de légitime défense, deux questions monopolisent son esprit : que signifient les dernières paroles de Lemay, et où diable, en plein hiver, a pu se réfugier la jeune Kanti, dont on a perdu la trace depuis la mort tragique de sa mère ?

Neiges rouges est un très bon roman, lu en à peine quelques heures. Je m’attendais à un simple roman d’enquête mais en fait, c’est beaucoup plus que ça. Il faut dire que j’ai déjà lu quelques livres de François Lévesque et chaque fois, c’est un plaisir de lecture, peu importe le genre dans lequel il évolue. Qu’il s’agisse de ses nouvelles ou ses romans, je pense à L’esprit de la meute (fantastique), En attendant Russell (un roman « hors genre » sur l’intimidation) ou Neiges rouges (policier), l’auteur se renouvelle et crée toujours un univers accrocheur et différent. Avant de le commencer, j’étais assurée que ce serait une excellente lecture. Et ça l’est!

Neiges rouges se présente tout d’abord sous forme d’enquête policière. On retrouve deux personnages rencontré dans Une maison de fumée, Vincent Parent et Dominic Chartier. Je n’ai pas lu ce roman, qui semble s’attarder sur l’enfance de Dominic et la rencontre des deux amis, mais ça ne m’a pas empêché d’apprécier énormément Neiges rouges. On peut le lire sans problème, même si on n’a pas lu l’autre roman.

Dans cette nouvelle enquête, Vincent et son partenaire Lemay suivent les traces d’une femme autochtone et sa fille, Kanti. La traque se transforme en cauchemar. Lemay meurt, Vincent doit se remettre de ses blessures.

« T’es comme mon frère…
Une fraction de seconde.
Une fraction de seconde au cours de laquelle Vincent plongea son regard dans celui d’un homme qu’il croyait jusque-là connaître et qu’il aimait, oui, comme s’il s’était agi de son propre frère.
Une fraction de seconde terrible à l’issue de laquelle il comprit qu’il n’avait aucune idée de qui était son partenaire. »

Dominic, son bon ami va venir passer du temps avec lui. Les deux sont policiers, les deux s’entendent très bien. Leur amitié a quelque chose d’amusant et de surprenant à la fois et ça fonctionne à merveille. On s’attache à eux et à leur franc parler. Pendant la convalescence de Vincent, ils vont pêcher, parlent de chasse, se cuisinent de bons petits plats. Sauf qu’en arrière-plan, l’enquête tente d’évoluer quand même. Officieusement, Vincent et Dominic vont chercher un peu de leur côté pour faire avancer les choses…

L’enquête est toujours là, en toile de fond. D’autres éléments criminels s’ajoutent à l’histoire et on avance doucement dans sa résolution au fil des pages. Sauf que l’aspect intéressant de ce roman n’est pas seulement son enquête. Ce sont ses personnages. Vincent et Dominic sont liés par une belle amitié qui nous les rend vraiment attachants. Il y a beaucoup d’humour dans leurs échanges et de blagues entre eux. Vincent doit se remettre de sa blessure. Sa convalescence ne se passe pas au mieux et il fait des rêves plus vrais que nature. Avec Dominic et l’enquête qui suit son cours, même leurs moments tranquilles n’en sont pas réellement…

« Des profondeurs de la forêt, un vent faible mais constant charriait tantôt le bruit d’un pic-bois affairé à percer un tronc, tantôt le craquement solitaire d’un arbre blessé par le froid. Il y avait quelque chose de sinistre et de beau dans cette désolation sylvestre; sauvage, mais pur. »

La nature est très présente dans le roman, qui se passe « dans l’nord », dans un petit village où Vincent s’est acheté une maison à l’écart, pour avoir la paix. Il chasse, pêche, fait de la motoneige. Il vit seul, ce que lui reproche un peu Dominic. Le passé des deux personnages est abordé dans le livre: l’enfance difficile de Dominic qui tente de se reconstruire et de bâtir une nouvelle relation avec une fille restée en ville, et l’homosexualité de Vincent qui l’a conduit à couper les ponts avec sa famille. Il y a de très beaux passages, touchants, sur ce qu’ils ont vécus.

En parallèle, l’enquête met au jour de lourds secrets et des crimes terribles. Entre la présence de la jeune Kanti, toujours en fuite, et les indices qu’elle laisse volontairement derrière elle, l’enquête prend une ampleur que les deux policiers ne soupçonnaient pas. L’histoire est d’actualité puisqu’elle aborde le pouvoir des figures d’autorité et les abus des blancs sur les femmes amérindiennes. Une choquante réalité.

« Elle lui enseignerait ce qu’elle savait.
Ce que sa mère à elle lui avait enseigné. 
Transmettre.
Et continuer d’exister. »

Un excellent roman, comme toujours, lorsqu’on lit François Lévesque. Il m’a permit de découvrir l’improbable amitié de Vincent et Dominic. J’espère qu’il y aura d’autres enquêtes les mettant en scène et je me pencherai assurément sur Une maison de fumée qui pourrait être très intéressant à découvrir.

C’est l’hiver, on ne manque certainement pas de neige en ce moment. Neiges rouges est donc un roman parfait à lire en cette période de l’année. On passe un excellent moment. Le mélange d’humour et d’enquête policière est justement dosé. Les personnages sont des plus sympathiques. Une belle découverte!

Neiges rouges, François Lévesque, éditions Alire, 269 pages, 2018

Évasion

evasion1968. Le soir du Réveillon, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, autour de laquelle vit toute une petite ville du Colorado encerclée par les montagnes Rocheuses. L’évènement secoue ses habitants, et une véritable machine de guerre se met en branle afin de ramener les prisonniers… morts ou vifs. À leurs trousses, se lancent les gardes de la prison et un traqueur hors pair, les journalistes locaux soucieux d’en tirer une bonne histoire, mais aussi une trafiquante d’herbe décidée à retrouver son cousin avant les flics… De leur côté, les évadés, séparés, suivent des pistes différentes en pleine nuit et sous un blizzard impitoyable. Très vite, une onde de violence incontrôlable se propage sur leur chemin.

J’ai lu ce livre en lecture commune avec My books my wonderland et Chinouk, avec lesquelles j’ai eu de beaux échanges. Il y en aura forcément d’autres puisque je l’ai terminé avec un peu d’avance. Il est toujours agréable de voir comment trois lectrices perçoivent le même livre.

Je dois l’avouer, je m’attendais à autre chose en commençant ce livre. J’aime les romans noirs et je m’attendais à en lire un. De ce côté-là j’ai été largement (trop?) servie! Par contre, le résumé du livre me laissait penser à une traque en plein bois, dans une tempête de neige, avec pour toile de fond la présence constante et implacable de la nature en hiver. C’est cet aspect qui m’a déçue. La nature, n’est pas vraiment présente. Elle est plus anecdotique qu’essentielle. Oui, les évadés ont froid. Oui, ils se sauvent dans la neige. Sauf qu’ils tournent en rond, ne vont jamais bien loin et ceux qui les traquent mettent rapidement la main sur eux, pour les tuer ou les torturer.

Je n’ai pas détesté ce roman, j’ai souvent été happée par des parties du récit qui me poussaient à lire encore un chapitre, encore un autre. Sauf que plusieurs aspects m’ont moins plu et finalement, j’en sors un peu mitigée. J’ai aimé, mais avec certains bémols. Ma lecture a d’abord débutée un peu plus laborieusement. J’ai mis un temps fou à entrer véritablement dans le livre. Il y a tellement de personnages, qui ne sont pas très attachants, que j’avais tendance à tous les mélanger. Il m’est arrivé souvent de devoir revenir en arrière pour chercher qui était qui.

Ça prend aussi beaucoup de temps avant que l’on comprenne les motivations des uns et des autres. Je peux lire des romans très noirs sans problème, tant que les personnages me donnent l’impression d’avoir un but ou une motivation quelconque, même si elle est largement tordue. Ici, ça prend plus des trois quarts du roman avant de commencer à comprendre ce qui pousse les personnages à agir comme ils le font, à comprendre leur passé ou bien ce qui les fait réagir. Vu le niveau de violence du roman, j’aurais eu besoin de plus que ça. J’ai parfois eu l’impression que c’était un peu gratuit. Il y a des choses dans l’histoire qui me semblent floues, même en ayant tourné la dernière page. Je suis un peu déçue puisque j’attendais énormément de ce roman. J’avais lu cet été une entrevue avec l’auteur à propos de son livre qui m’avait interpellée. Mon problème a peut-être été de me faire une autre idée du livre avant de le commencer.

Ce qui a poussé l’auteur à écrire ce roman, c’est l’histoire de la prison qu’on retrouve dans le roman:

« Elle a été construite à l’époque où le Colorado est passé du statut de territoire à celui d’État. Le gouverneur territorial avait donné le choix aux gens de la ville. Une fois le nouveau statut en place, ils pourraient soit accueillir la prison d’État du Colorado, soit l’université. Les gens de la ville jugèrent qu’ils ne voyaient pas bien quand le Colorado allait pouvoir avoir besoin d’une université, mais qu’en revanche ils avaient déjà grand besoin d’une prison. »

« Les murs de six mètres de haut que les détenus avaient construits eux-mêmes avec de la pierre taillée dans la montagne juste derrière la prison. C’est comme ça que cette prison avait été construite […] En travaux forcés, avec la sueur et le sang des prisonniers. On dit que plus de cent hommes furent enterrés sous ces murs, tués à la tâche. »

Ce choix d’un prison plutôt que d’une université est à la fois incongru et un peu terrifiant. Cependant, ça colle tout à fait bien à l’atmosphère qui règne dans la ville décrite dans l’histoire et aux choix faits par la population. La violence est là, dans l’ombre et n’attend qu’un déclencheur pour bondir. Le carnage en fin de compte, n’est jamais bien loin. Les gens prêts à le mettre en marche sont à l’affût de tout ce qui leur permettra d’assouvir leurs instincts de chasseur. La traque est grisante, même si elle se termine bien souvent dans un bain de sang.

La ville décrite dans Évasion est une ville de violence, de pauvreté, tant matérielle que spirituelle. C’est une ville d’anciens combattants portant le poids des horreurs de la guerre, qui finissent tous par devenir gardiens de prison (ou prisonniers, selon leurs choix de vie), sous le joug de Jugg.

« Aucun homme n’aime qu’on lui rappelle qu’il appartient à quelqu’un d’autre. »

C’est une ville faite de femmes violentées, de citoyens drogués aux amphétamines, d’armes, de racisme, de manque de scolarité et de magouilles.

J’ai aimé plusieurs personnages, comme Dayton, la seule femme réellement forte et présente tout au long de l’histoire. Avec sa ferme et son petit commerce illégal, je trouve que ce personnage apporte beaucoup au roman. J’ai même envie de dire: « Une chance qu’elle est là! ».
J’ai bien aimé Mopar, qui incarne le personnage qui se fait justice lui-même (et qui en même temps, rend justice à d’autres), même s’il est assez sadique. Il inspire une réflexion autour du crime. Charles qu’on rencontre en fin de livre me plaît aussi, même s’il est à la fois stoïque et extrême. C’est un personnage qui aurait gagné à être développé. Il est étonnant dans sa façon de faire face à la violence et d’y participer également.
J’ai par contre détesté plusieurs des détenus, comme les gardiens de prisons ou les journalistes. Ils sont peu attachants. Jim est si particulier qu’on éprouve à la fois du dégoût pour lui et de la pitié. C’est un personnage vraiment étrange. Jugg, qui s’occupe de la prison et semble avoir main basse sur toute la ville, est vraiment un personnage horrible. Il fait faire le sale boulot par les autres et pense que le monde lui appartient. On se demande comment une ville toute entière a pu sombrer sous ses commandements.

« Ainsi était la ville. Bordel de Dieu merci, c’est tout ce qu’on y trouvait. Ça suffisait pour vous donner envie de garder votre cœur dans un pot de chambre sous votre matelas. »

Les personnages de Benjamin Whitmer m’inspirent en fait une grande pitié. Ils vivent des existences dont ils ne veulent pas, s’enlisent dans des problèmes sans solution, sont assommés par la drogue, la boisson et la violence. Ils rêvent à d’autres lieux, mais ne font que tourner en rond dans la même ville, toute leur vie, sans pouvoir la quitter et sans pouvoir s’enfuir. La seule porte de sortie envisageable est, pour la plupart d’entre eux, la mort. C’est d’une tristesse implacable et d’une froideur qui glace le sang.

« Avec une bonne arme à feu le monde est une toile vierge offerte à l’imagination. »

Un roman qui ne laisse certes pas indifférent, tant par sa noirceur, sa vision d’une vie que l’on subit, que par sa grande violence. C’est un livre à ne pas lire si vous êtes déprimé, car l’espoir y est inexistant.

« Ce monde n’est pas fait pour que vous vous en évadiez. Ce monde est fait pour tenir votre cœur captif le temps qu’il faut pour le broyer. »

C’est une histoire marquante et troublante, avec des personnages englués dans une vie étouffante. Un roman noir, vraiment très noir, qu’il est quand même difficile d’oublier tant certaines scènes de l’histoire sont perturbantes.

Évasion, Benjamin Whitmer, éditions Gallmeister, 406 pages, 2018

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël

minuit douze histoires d'amour a noelLa neige, les fêtes, les longues soirées d’hiver… C’est le moment de tomber amoureux! Humour, émotion, coups de foudre, étincelles… l’amour sur tous les tons par les 12 meilleurs auteurs de la littérature ado.

J’ai lu cette anthologie présentée par Stephanie Perkins pendant les vacances de Noël, à raison d’une histoire (parfois deux) par jour. J’ai adoré cette façon de découvrir ce livre puisqu’elle permet de mieux savourer chaque histoire. Les auteurs regroupés dans cette anthologie sont d’ailleurs des auteurs pour la jeunesse reconnus. C’est agréable de les retrouver dans une toute autre forme, celle de longues nouvelles.

Chaque histoire du recueil Minuit! 12 histoires d’amour à Noël, raconte effectivement une histoire d’amour. Sauf que chacune est bien différente et ne parle pas uniquement d’amour. Plusieurs sujets importants sont abordés, comme l’amitié, la famille, les choix, la pauvreté. Certaines histoires nous plongent aussi dans une ambiance plus fantastique alors que d’autres sont plus réalistes. Elles ont cependant toutes un brin de magie, pour une lecture propice à Noël ou à la saison hivernale.

« Il y a deux sortent d’enfants. Ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Chaque année, il semble que le nombre de ceux qui croient diminue encore. Papa dit qu’il n’est pas facile de demander à un enfant de croire en quelque chose qu’il ne peut pas voir; il dit que c’est bien ça qui le rend magique. Il dit que si l’on possède cette magie, il faut toujours la protéger et ne jamais la laisser disparaître parce que, une fois disparue, elle ne reviendra plus jamais. »

J’ai envie de vous proposer un petit tour rapide des différentes histoires qui composent l’anthologie. Vous verrez qu’on y retrouve de très bons auteurs pour la jeunesse!

Trois, deux, un (Rainbow Rowell)
J’adore Rainbow Rowell et la retrouver ici était un vrai plaisir. Cette histoire est à l’image de ses romans habituels. Une belle histoire d’amitié/amour qui trouve son dénouement la veille du Nouvel An. C’est une belle histoire sur le changement, les traditions, le plaisir d’être bien à deux et… les allergies!

La dame et le renard (Kelly Link)
Cette histoire puise dans le fantastique et c’est son atmosphère quelque peu intemporelle qui fait tout le charme de ce texte. Une histoire d’amour à travers le temps et une veste particulière avec une broderie de renard, recousue par des doigts de fée, vont changer le cours des choses.

Des anges dans la neige (Matt de la Peña)
L’histoire d’une rencontre particulière, un soir de tempête, entre deux étudiants qui semblent n’avoir rien en commun. C’est aussi une histoire de tuyaux gelés, de bouffe, de musique et de quelques mensonges. J’ai aimé cette histoire parce qu’elle aborde la pauvreté et le fait de se sentir comme un imposteur quand on se sent un peu à part des autres ou issu d’un milieu différent.

Sapin de solstice (Stephanie Perkins)
Cette histoire me plaît particulièrement pour plusieurs raisons. Elle met en scène un garçon dont la famille est propriétaire d’une exploitation de sapin de Noël, et une fille qui rêve de travailler pour un studio d’animation et est en quête de la voix parfaite pour son projet. C’est une histoire de sapin qui sera le prétexte à leur rencontre. Une histoire sensible et touchante sur la solitude et la famille qui doit se reconstruire.

Polaris, c’est là que tu me trouveras (Jenny Han)
L’auteure du populaire roman À tous les garçons que j’ai aimés (adapté par Netflix) présente ici une histoire fantastique sur une jeune fille adoptée par le père Noël et amoureuse d’un elfe. C’est un conte original sur la magie de Noël, mais aussi sur les amours qui ne sont pas partagées, avec un soupçon de magie et d’espoir.

Ton père Noël pour une nuit (David Levithan)
L’excellent David Levithan revient ici avec une histoire de Noël amusante et touchante. Connor, en grand frère dévoué, demande à son petit ami de se déguiser en père Noël pour surprendre sa petite sœur Riley. Il accepte de jouer le jeu. Une histoire sur les blessures familiales et les nouvelles amours. On retrouve ici l’univers bien connu de l’auteur, entre le rire et les larmes.

Krampuslauf (Holly Black)
Une fête de Noël où c’est plutôt Krampus que l’on célèbre, une créature munie de cornes, présent pour punir les enfants qui ne sont pas sages. Des adolescents décident d’organiser une fête pour régler certains comptes. L’arrivée d’invités particuliers bouleverse les choses. Krampuslauf, c’est une histoire d’amour et de tromperie, de clans différents dont certains proviennent des beaux quartiers de la ville et d’autres, des coins mal famés. Le tout avec une petite touche fantastique!

Bon sang, Sophie Roth, qu’est-ce qui t’a pris? (Gayle Forman)
Sophie n’arrive pas à s’adapter dans sa nouvelle université de Trou-perdu. C’est une remarque sur Les Simpson qui lui fait rencontrer Russell avec qui elle a beaucoup d’affinités, mais qui lui fera voir certaines choses qu’elle n’envisageait pas et l’aidera à déconstruire plusieurs de ses préjugés. Une belle histoire sur les différences et sur ce qui est imparfait.

Seaux de bière et petit Jésus (Myra McEntire)
Cette nouvelle est bien intéressante à plusieurs niveaux. Elle commence alors que Vaughn a mit le feu à l’église, rien de moins. Juste à temps pour Noël et pour la représentation de la crèche vivante. Comme il veut absolument quitter cette ville pour aller à la fac, il opte pour la seule option possible offerte par le juge: faire des heures de travaux communautaires pour l’église. C’est une histoire pleine d’humour et un comparatif entre ce que l’on considère comme « bien » et « mal », doublé d’une jolie histoire d’amour.

Bienvenue à Christmas, Californie (Kiersten White)
Christmas en Californie, un bled perdu au milieu de nulle part où Maria travaille comme serveuse dans un café au thème très inspiré de Noël. Son unique but dans la vie: partir très loin de Christmas. L’arrivée d’un nouveau cuisinier va changer certaines choses dans sa vie. Cette nouvelle est intéressante parce qu’elle aborde l’héritage familial et l’incompréhension au sein d’une famille dont le dialogue fait cruellement défaut. L’histoire est bien jolie. Et donne envie de plats réconfortants sortis de nos meilleurs souvenirs.

L’étoile de Bethlehem (Ally Carter)
Lydia est à l’aéroport quand elle fait la connaissance de Hulda qui souhaite faire changer son billet. Comme c’est impossible, elle lui propose alors de changer de place, du moins pour la période des Fêtes. L’embarquement est immédiat, elles n’ont pas de temps de faire une mise au point. Lydia se retrouve donc à prendre la place de Hulda, en route pour Bethlehem, un coin perdu au milieu de nulle part en Oklahoma…
Une histoire agréable, mais un peu précipitée, qui m’a quand même plu. Elle parle de la famille et du choix de faire de sa vie ce que l’on a envie.

Le réveil du rêveur (Laini Taylor)
Je suis un peu mitigée quant à la place de cette histoire dans ce recueil. Je trouve qu’elle parle d’un monde très loin de ce à quoi nous nous attendons avec un livre festif axé sur des histoires amoureuses qui trouvent leur dénouement pendant la période de Noël. C’est une histoire qui se rapproche plus d’une ambiance à la Servante écarlate, avec un monde restrictif régit par de drôles de règles, que d’une histoire de Noël. Dans le contexte du livre, c’est celle qui m’a le moins plu.

Toutes les nouvelles abordent, malgré leur apparente légèreté, des thèmes plus profonds qu’il n’y paraît. C’est ce qui m’a plu dans ces histoires, qui peuvent convenir autant aux ados qu’aux adultes. Ces derniers aurons sans doute un recul différent, mais n’en auront pas moins de plaisir à les découvrir. L’humour est régulièrement présent et la petite touche de fantastique de certaines histoire amène juste ce qu’il faut de magie à ce recueil.

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël est une anthologie que j’ai adoré, si l’on excepte la dernière histoire, qui détonne un peu dans l’esprit du recueil. Elle n’est pas très festive ni très romantique, en plus de ne pas avoir réellement d’atmosphère de Noël. Autrement, je vous suggère fortement ce recueil, les onze autres histoires en valent vraiment la peine. Elles sont parfaites pour se plonger dans l’ambiance des Fêtes et présentent un contexte à la fois magique (la magie étant aussi dans de petits gestes du quotidien) et romantique. Un livre que je relirais bien Noël prochain!

Minuit! 12 histoires d’amour à Noël, Collectif, éditions Gallimard Jeunesse, 485 pages, 2015

Le livre du hygge

livre du hyggePourquoi les Danois sont-ils les gens les plus heureux du monde ? Pour Meik Wiking, directeur de l’Institut de recherche sur le bonheur à Copenhague, la réponse est simple : grâce au hygge. Sans équivalent français, le terme « hygge » (à prononcer « hoo-ga ») évoque les notions de confort, du vivre-ensemble et de bien-être profond. « Le hygge est une ambiance, une véritable atmosphère » explique Meik Wiking. « C’est profiter de ceux que l’on aime en passant du temps auprès d’eux, avec ce sentiment de se sentir chez soi, en sécurité. »

Le hygge est un concept qui me parle vraiment. En fait, c’est beaucoup plus qu’un concept, c’est littéralement un mode de vie, une vision du quotidien. J’ai lu plusieurs livres sur le sujet, mais celui de Meik Wiking est mon préféré. L’ouvrage est soigné, agréable à feuilleter, le ton est parfait et le propos, tellement pertinent!

L’auteur est danois et il est président de l’Institut de recherche sur le bonheur de Copenhague. Dans ce très beau livre, il nous explique ce qu’est le hygge et pourquoi ça rend heureux! La clé du bonheur se cacherait-elle dans les petites choses et dans le quotidien? Je l’ai toujours pensé, mais intégrer une pensée « hygge » à tout ce que l’on fait est sans doute un bon moyen de se sentir mieux, d’être plus détendu, moins stressé, moins malade et plus positif. C’est vivre en pleine conscience le moment présent et le savourer, l’apprécier et être réceptif à ce qui nous entoure. Être vraiment présent et créer une atmosphère propice à se sentir bien.

Qu’est-ce que le hygge? C’est…

« Le hygge est humble et lent. C’est choisir le rustique au lieu du neuf, le simple au lieu du raffiné, et l’ambiance plutôt que l’excitation. De manière générale, le hygge est la version danoise d’un mode de vie lent et simple. »

« On ne peut pas apprécier le hygge si on est pressé ou stressé, et l’art de créer de l’intimité ne peut jamais être acquis par autre chose que le temps, l’intérêt et l’engagement des personnages qui vous entourent. »

Le hygge correspond totalement à ma vision du monde. C’est une pause dans une vie qui va trop vite, c’est un moment que l’on prend pour rendre les choses plus douces, plus belles, meilleures et pour les vivre doucement en profitant de chaque seconde. Le hygge c’est à la fois un état d’esprit – se rendre disponible – et une atmosphère qui nous fait du bien. C’est ajouter quelques bougies dans la maison en plein cœur de l’hiver et se blottir avec un bon livre sous une couverture douce. C’est privilégier le temps à l’argent. C’est s’habiller pour être confortable. C’est de manger des plats maison réconfortants qui amènent avec eux des souvenirs et surtout, de prendre le temps de les préparer. C’est de regarder une série avec des amis en visionnant un épisode de temps en temps, plutôt que de faire un marathon, pour mieux y revenir. Le hygge, c’est aussi la nature. S’en inspirer. La faire entrer dans la maison. Sortir s’y promener.

Le hygge c’est la lenteur pour mieux apprécier la vie. C’est une façon de s’arrêter et d’avoir de la gratitude pour l’instant présent et toutes ces petites choses qui font du bien. Parce qu’au fond, ce sont elles qui font l’essence de la vie dans ce qu’elle a de meilleur.

J’aime énormément le ton sympathique que l’auteur emploie dans ce livre. Certains passages font sourire.

« Le bonheur ne s’achète pas, mais on peut acheter du gâteau, et c’est presque la même chose. »

ou encore

« Vivez aujourd’hui comme s’il n’y avait pas de café demain. »

Je l’avoue, la nourriture est beaucoup au centre du hygge et c’est tant mieux! C’est tellement agréable de lire des choses positives sur le plaisir de déguster un bon repas ou un morceau de gâteau et de le savourer pleinement, à une époque où l’on ne parle que de ce que l’on devrait ou pas manger, du nombre de calories ou de régimes. Le hygge, c’est cultiver le positif tout en profitant intensément du moment. De cette bouchée de pâtisserie sublime ou de cette lumière merveilleuse en fin de journée.

Je me suis aussi retrouvée dans la façon dont le hygge amène les choses, la vision que l’on peut avoir du monde lorsqu’on applique la manière hygge:

« On sait que les introvertis tirent leur énergie d’eux-mêmes, alors que les extravertis trouvent la leur dans les stimulations extérieures. Les introvertis sont des êtres sociaux, mais d’une manière différente. Il n’y a pas une seule façon d’être social, mais on a parfois l’impression qu’il y en a des bonnes ou des mauvaises. Ce n’est pas parce que les introvertis sont épuisés par trop de stimuli extérieurs qu’ils ne veulent pas passer du temps avec les autres. Le hygge est un moyen de fréquenter les autres qui convient aux introvertis: ils peuvent passer une soirée détendue, à l’aise avec quelques amis, sans devoir inclure un grand nombre de convives ni beaucoup d’activités. »

Le livre respire la simplicité. C’est une lecture qui fait du bien.

Le livre du hygge est accompagné de photographies, de graphiques et de petits dessins qui contribuent eux aussi à créer une atmosphère hygge pendant la lecture. D’ailleurs, j’ai collé sur mon frigo le Manifeste du Hygge que l’on retrouve en page 46, afin de ne pas oublier d’intégrer un peu de hygge à mes journées: l’ambiance, la présence, le plaisir, l’égalité, la gratitude, l’harmonie, le confort, la trêve, être ensemble et le refuge.

Un immense coup de cœur pour ce livre qui a changé beaucoup de choses dans ma façon de percevoir mon quotidien. Tout est beaucoup mieux et plus agréable avec une touche de hygge! Je vous conseille cette lecture assurément. Ce livre est une bible à avoir toujours sous la main.

Sur ce, je vais allumer quelques bougies et me faire un thé!

Le livre du hygge, Meik Wiking, First éditions, 287 pages, 2016