Jack Kerouac: centenaire de naissance

2022 marque le centenaire de naissance de l’écrivain Jack Kerouac. Né le 12 mars 1922, de parents québécois, Jean-Louis Kérouac est devenu l’une des figures phare de la Beat Generation et a contribué à la révolution culturelle et sociale.

En 2022, pour souligner le centenaire de sa naissance, je vous propose donc de partir à la découverte des œuvres autour de l’univers de Jack Kerouac et ce, de mars à décembre. Il peut s’agir de livres, musique, films, balados, ou autres.

📖 Livres de Jack Kerouac
(De Sur la route son plus connu à Pic son dernier roman moins connu, sa poésie, ses textes en français, etc.)

📖 Livres autour de l’univers de Kerouac (essais, voyages, Beat Generation, analyses, biographies, etc.)

🎥 Films s’inspirant de Jack Kerouac ou de la Beat Generation (Sur la route, Big Sur, Kill your Darlings, etc.) Notez que le film d’Herménégilde Chiasson, Le grand Jack, peut être visionné gratuitement sur le site de l’ONF.

🎧Musique s’inspirant de Kerouac ou de la Beat Generation (Richard Séguin, Zachary Richard, Pierre Flynn, etc)

📱Tout ce qui parle de Jack Kerouac et qui vous semble être intéressant!

De mon côté je vous propose le superbe balado Sur les traces de Kerouac qui nous amène sur les pas de l’écrivain, du Québec à Lowell en passant par New York. Cette émission en quatre épisode vient aussi avec un livre numérique que l’on peut télécharger gratuitement.

Dans le cadre du Mois de la francophonie, le 15 mars 2022 prochain, le Centre de la francophonie des Amériques propose un panel dont l’inscription est gratuite: Jack Kerouac : 100 ans, toujours vivant! Différents aspects de l’héritage de Kerouac vous seront présentés, en compagnie d’intervenants vraiment intéressants. 

Je vous propose d’utiliser le mot-clic #centenairekerouac2022 pour toutes vos publications au cours de l’année, principalement sur Instagram. Vous pouvez aussi utiliser le logo en tête de cet article pour accompagner vos publications. Il s’agit de faire connaître Kerouac et de découvrir les traces qu’il a laissé dans la culture, tout en soulignant le centième anniversaire de sa naissance.

Au plaisir d’échanger avec vous autour de Jack Kerouac pendant cette année 2022!

Album Falardeau

Manon Leriche et Jules Falardeau ont écumé leurs riches archives, offrant aux lecteurs un accès unique à l’œuvre du Pierre Falardeau photographe, documentariste, auteur, cinéaste, mais aussi à l’intimité du voyageur, du militant, de l’ami, du conjoint et du père qu’il a été. De son enfance jusqu’à ses derniers moments, l’Album Falardeau raconte le destin d’un homme libre.

J’ai été tellement heureux de recevoir ce livre! Pierre Falardeau a toujours été quelqu’un pour qui j’avais beaucoup d’admiration. Son travail, ses écrits et sa pensée en font un grand homme qui a beaucoup fait pour le Québec. Les combats qu’il menait, pour lesquels il se battait, les choses auxquelles il croyait, comme québécois, je me suis toujours reconnu dans ce qu’il faisait. J’ai toujours appuyé les causes pour lesquelles il se battait. Un homme qui s’est dédié à la nation québécoise, qui n’a pas oublié notre histoire, qui a toujours perçu les injustices auxquelles on était confrontés. Il aspirait à ce que nous soyons un peuple fort et libre. 

« En 2011, près de deux ans après sa mort, lors de la visite du prince William, les militants du RRQ qui avaient lutté aux côtés de Pierre, ont réussi un coup magnifique. Les services de sécurité canadiens avaient pensé à tout pour sécuriser le périmètre et empêcher que son Altesse Royale ne soit importunée par les culs-terreux de la Province of Quebec. Mais ils n’avaient pas pensé au ciel. Un avion avait défilé au-dessus du couple princier en tirant le slogan « Vive le Québec libre ». Une action d’éclat qui a eu un écho dans plusieurs journaux un peu partout dans le monde. »

Cet album est un vrai bijou. Le travail fait par Manon Leriche et Jules Falardeau est fantastique. Le livre nous fait découvrir l’homme, le cinéaste, le conjoint, le père de famille, l’ami, le collègue, le sportif et le militant qu’était Pierre Falardeau. On découvre sa façon de travailler, ses combats, ses sources d’inspiration, son côté humain et passionné. L’ouvrage regroupe autant des souvenirs que des textes écrits par Pierre Falardeau lui-même. Les auteurs mettent en lumière des mots que Pierre Falardeau a déjà dit. Pour mieux comprendre le colonialisme, il a visité certains pays qui ont vécu des épisodes de colonisation et d’assimilation, il a passé du temps avec des peuples autochtones, toujours avec le sentiment d’un lien profond entre eux et nous, via les cicatrices laissées par le colonialisme. 

À travers les mots de sa femme et son fils, on apprend beaucoup de choses sur la personnalité de Pierre Falardeau, sur l’homme qu’il était en privé, avec sa famille, ses amis, les acteurs qu’il côtoyait, son travail. On voit un côté très humain et sympathique. C’était un grand homme qu’on découvre encore plus dans ce livre.  On apprend des côtés de lui qu’on ne connaissait pas du tout. On découvre la façon dont il travaillait, sa façon de choisir ses comédiens, de travailler ses textes, les revers qu’il a dû essuyer au fil du temps par la censure et les fonds refusés pour ses films.

« Moi, j’ai pas besoin des médailles du gouverneur général ou du Conseil des arts pour me donner des frissons. Des médailles, j’en ai tous les jours sur la rue quand le monde m’envoie la main en criant: « Lâche pas, Falardeau! » Mon p’tit art à moi, y est au service de ce monde-là. »

Sa plume et sa caméra étaient les armes qu’il utilisait pour bousculer les idées et faire valoir ce en quoi il croyait. Tous les films qu’il a pu produire sont décryptés dans cet album. On apprend alors tout le travail qu’il y a derrière la production, mais aussi son désir de transmettre son art: je pense par exemple aux moments passés avec les inuits pour leur apprendre la vidéo ou à son goût des voyages et de la découverte. 

Pierre Falardeau m’a toujours donné une impression sympathique, proche du peuple, proche des gens normaux. Sans faux semblants. C’était un homme vrai. Avec ce livre, j’ai découvert le sportif en lui, son amour de la nature. Ses convictions ont toujours été sa priorité, bien au-delà de l’argent. Il voulait pour le Québec une nation libre. Des valeurs que je partage et qui me touchent beaucoup.

Au-delà du cinéaste, Pierre Falardeau était un grand écrivain et un grand penseur. L’album reproduit plusieurs extraits de ses livres, pour mettre en lumière sa pensée. On y retrouve énormément de photos prises tout au long de sa vie. De sa jeunesse, où il était déjà ami avec Julien Poulin, à ses dernières randonnées quelque temps avant son décès, les photos sont à la fois amusantes, émouvantes et très belles. Ce projet est une façon magnifique de rendre hommage à l’homme qu’était Pierre Falardeau. 

Dans l’ouvrage on retrouve des témoignages de gens qui ont travaillé avec lui. Une belle façon de mettre en lumière des anecdotes qu’on ne connaissaient pas et de donner une dimension différente au personnage public qu’était Falardeau. On découvre également ses sources d’inspiration, les gens qu’il admirait et les pensées auxquelles il adhérait. Un homme intègre, dont le combat fut l’histoire de toute sa vie, une bataille au quotidien, tant par son travail au cinéma, que son écriture ou ses actions comme militant. Cet album me donne envie de découvrir les œuvres que je ne connais pas encore de lui. Certains films, certains livres. Pour avoir toujours poussé pour faire valoir ses idées et ses films, c’était un homme avec un grand courage, une très grande force mentale. Un homme travaillant, amoureux de la nature, avec qui je me découvre de nombreux points commun. 

Ce livre a été plus qu’un coup de cœur pour moi. Un véritable bijou qui permet de découvrir l’homme, son travail et ses convictions. Un livre très riche en informations, en anecdotes, en photos. Visuellement, c’est un ouvrage vraiment intéressant à découvrir, touchant aussi quand on tombe sur une image très personnelle, où l’on sent la passion qui animait Falardeau. La fin est très émouvante et m’a énormément touché. Un homme qui savait nourrir à la fois ses combats et son travail, ainsi que sa vie personnelle et son âme. Vraiment, un fabuleux portrait. Un homme qui a laissé un très bel héritage aux québécois.

Album Falardeau est un livre qui aura une place spéciale dans ma bibliothèque. Une lecture que je recommande à tous les québécois, peu importe leurs origines, parce qu’un peuple doit savoir d’où il vient. Un peuple qui ne connaît pas les combats qui l’ont précédé et ses combattants, est un peuple qui ne sait pas où il va. 

« Un peuple minorisé peut être plus ou moins bien annexé, plus ou moins bien exploité, plus ou moins bien opprimé, plus ou moins bien entretenu. Ce plus ou moins ne change rien à la réalité de l’oppression, de l’exploitation et de la soumission. Je refuse ces échelles de la souffrance qui accorderaient la liberté au peuple palestinien ou au peuple tibétain et la refuseraient au peuple québécois ou au peuple basque sous prétexte que ces derniers souffriraient moins. Une chaîne en fer, en argent ou en or est toujours une chaîne. N’importe quel animal sauvage comprend ça d’instinct. Pourtant, il existe des sous-hommes toujours prêts à crier: « Vive nos chaînes! » « 

Un ouvrage riche en informations, en anecdotes, en photos et en documents. J’ai été ému à de nombreux moments pendant ma lecture. C’est un livre qui a su venir me chercher énormément. Un ouvrage que je ne peux que vous recommander. C’est un vibrant hommage à un homme authentique, qui croyait profondément à la liberté.

Album Falardeau – Nous aurons toute la mort pour dormir, Manon Leriche, Jules Falardeau, éditions VLB, 304 pages, 2021

Alfred Hitchcock t.1: L’Homme de Londres

En 1960, le film Psychose traumatise des spectateurs du monde entier. Jamais l’angoisse ni le suspense n’avaient été aussi bien mis en scène au cinéma. Mais d’où vient le talent de cet Alfred Hitchcock, celui que l’on surnomme désormais le « cinéaste de la peur » ? Pour le savoir, il faut d’abord remonter à sa jeunesse, en Angleterre, pendant la première moitié du XXe siècle. Ayant grandi dans une famille catholique – une originalité religieuse qui se ressentira dans une grande partie de son cinéma –, « Hitch » est un anglais atypique qui, très tôt, a le goût de raconter des histoires. La tentation de travailler pour le cinéma ne se fera pas attendre, d’abord comme graphiste aux studios Islington de Londres où son talent visuel l’amènera à faire ses débuts derrière la caméra, comme assistant puis comme metteur en scène complet. C’est également ici qu’il fera la rencontre d’Alma Reville, son assistante et épouse qui l’accompagnera toute sa carrière.

J’étais très impatiente de découvrir cette bande dessinée et j’ai adoré la façon dont les auteurs ont choisi de traiter leur sujet, Alfred Hitchcock. Je suis une grande fan de ce réalisateur que j’ai découvert il y a des années, à l’adolescence. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main qui parlait de lui ou de ses films: biographies, entretiens, livres dérivés, livres adaptés, articles, sa série Alfred Hitchcock présente, etc.

Alfred Hitchcock est un projet en deux tomes. Le premier, L’homme de Londres, afin d’aborder la période anglaise du cinéaste. Le deuxième tome qui est toujours à paraître ici et qui s’intitulera Le maître de l’angoisse, abordera pour sa part la période américaine.

Au début de l’ouvrage, il y a une mise en garde. L’histoire conserve, pour le fond, la trame biographique d’Hitchcock, mais prend des libertés du point de vue des réactions, des dialogues et de certains comportements des protagonistes. Il s’agit d’une œuvre de fiction et non pas d’une biographie. Toutefois, je dois avouer que j’ai eu l’impression de retrouver dans cette bande dessinée, l’esprit d’Alfred Hitchcock, en lien avec tout ce que j’ai pu lire sur lui. Son flegme légendaire et sa façon de faire des blagues souvent douteuses teintées d’humour noir, sorte de remède à sa timidité, m’ont rappelé ce qui me plaisait de ce personnage.

« Disons que je suis un artiste qui peint toujours la même fleur, mais chaque fois un peu mieux. »

Dans ce premier tome, on retrouve les débuts d’Hitchcock. C’est lui qui raconte à Cary Grant et Grace Kelly son parcours cinématographique. Tout d’abord son enfance et ce qui l’a marqué (comme ses premières expériences avec la peur qui vont façonner toute son œuvre). On le voit faire ses premiers pas dans le monde du cinéma, son envie folle d’apprendre et de partager ses idées. Il y a aussi toutes ses apparitions dans ses propres œuvres, largement critiquées, qui sont devenues au fil du temps une vraie spécialité pour le réalisateur. Ou comme le fait qu’il ait signé le premier film anglais parlant.

Hitchcock était tout un personnage. On le voit mener sa carrière de front et sa vie de famille. Toujours proche de son épouse avec qui il travaille régulièrement, ils font ensuite le projet de quitter l’Angleterre et de partir pour les États-Unis.

Le ton de la bande dessinée est vraiment agréable. Les dialogues sont savoureux, souvent avec beaucoup d’humour. Hitchcock sait être drôle sans vraiment en donner l’impression. Ses réparties sont amusantes, même s’il n’était pas toujours tendre avec ses acteurs ou collègues de plateaux de tournage.

« – Je sais que pour vous, ce film n’est pas une partie de plaisir.
– Je me console en pensant que je fais tout pour qu’il ne le soit pour personne. »

J’ai passé un très bon moment en compagnie d’Hitchcock dans cette bande dessinée. Le travail des auteurs est excellent, c’est un véritable plaisir de lecture, surtout si on connaît un peu Hitchcock, son travail et sa façon d’être. La bd est complétée par la filmographie d’Hitchcock, la liste de ses projets abandonnés et ses apparitions au cinéma. Une lecture que j’ai adoré!

Je vous laisse sur cette belle citation, que je trouve particulièrement parlante:

« La vie, ce n’est pas seulement respirer. C’est aussi avoir le souffle coupé. »

Si vous vous intéressez à Alfred Hitchcock, n’hésitez surtout pas! Cette bande dessinée est excellente, autant dans la forme que dans le fond. Une très bonne lecture. J’ai très hâte de découvrir la suite.

Alfred Hitchcock t.1: L’Homme de Londres, Noël Simsolo & Dominique Hé, éditions Glénat, 151 pages, 2019

Stranger Things : Zombie Boys

1983. Le printemps s’est installé dans la (presque) paisible ville d’Hawkins. Mike, Lucas, Dustin et Will essayent tant bien que mal de se remettre de leur rencontre traumatisante avec le Démogorgon. Le Monde à l’Envers continue de les hanter et des tensions naissent entre les quatre garçons : leur groupe est au bord de l’éclatement. C’est à ce moment que Joey Kim, un nouvel élève, vient frapper à la porte du club d’audiovisuel, un caméscope à la main et des idées plein la tête. Cet apprenti Spielberg veut en effet réaliser un film de zombies basé sur les dessins de Will, et leur propose de jouer dedans. Ce projet sera sans doute l’opportunité pour les jeunes acteurs de resserrer leurs liens et de surmonter les horreurs qu’ils ont vécues.

Je suis une grande fan de la série Stranger Things. J’ai d’ailleurs présenté plusieurs livres en lien avec la série sur ce blogue. Je suis toujours à l’affût de nouveautés s’inspirant de la série, tant j’adore cet univers. J’avais donc très hâte de découvrir Zombie Boys. Le sujet, en lien avec le cinéma, m’interpelait beaucoup.

Cette bande dessinée se déroule après les événements de la première saison. Will Byers tente de poursuivre sa vie normalement, mais ce qu’il a vécu fait de lui une curiosité aux yeux des autres. Ils l’appellent « le zombie ». Un dessin qu’il a fait le met d’ailleurs en scène dans la peau de ce personnage, comme on le voit aussi à un moment dans une scène de la série.

Les choses ont beaucoup changé entre les garçons. Leur amitié a été émoussée. Malgré cela, ils continuent d’aller au club d’audiovisuel, une passion qu’ils partagent toujours. Ils y font la rencontre d’un nouveau venu, Joey Kim, qui débarque avec sa caméra vidéo et ses t-shirts en hommage aux grands films des années 80. Désireux de monter son propre film, il propose d’adapter à l’écran les dessins de Will et de lui faire jouer son propre rôle.

Cette bd est différente des précédentes, puisqu’elle met en avant l’art – dans ce cas-ci le cinéma – et l’imaginaire des jeunes. J’ai eu beaucoup de plaisir à lire cette bande dessinée puisque ça m’a rappelé de beaux souvenirs de mes cours de cinéma au secondaire, où l’on partait à l’extérieur avec nos caméras empruntés au « magasin » de l’école, nos storyboards et nos projets.

Comme toujours, les références aux années 80 sont réjouissantes. C’est ce qui fait l’une des grandes forces de la série et, par ricochet, des livres qui s’en inspirent. Dans Stranger Things Zombie Boys, on perçoit la vulnérabilité de Will et de ses amis. Le tournage du film est aussi l’occasion pour eux d’affronter leurs peurs et de comprendre que les choses peuvent forcément finir par aller mieux.

C’est une histoire différente de ce à quoi on a l’habitude. L’arrivée d’un personnage extérieur permet de voir une autre facette de Will, Dustin, Mike et Lucas, ce que je trouve très intéressant. Je l’ai beaucoup aimé! J’ai bien hâte de découvrir la prochaine sortie BD inspirée de cet univers. 

L’éditeur présente cette bande dessinée comme un tome 1 sur son site. Il y aura peut-être donc d’autres bd à suivre, dans le même univers. Sachez toutefois que celle-ci se suffit à elle-même. 

Mes avis sur d’autres bandes dessinées de la série:

Stranger Things : Zombie Boys, Greg Pak, Valeria Favoccia, Dan Jackson, éditions Mana Books, 72 pages, 2020

Le sommeil des loutres

Jake a 21 ans, mais il a parfois l’impression d’en avoir cent. C’est ce qui arrive quand on grandit trop vite, sous le feu des projecteurs. Jeune acteur prodige, son succès est cependant de l’histoire ancienne, et ses récentes frasques l’ont fait tomber de son piédestal pour atterrir dans sa chambre d’enfant, chez ses parents. Jake mène une vie grise: il cherche des raisons de la poursuivre, mais elles se font aussi rares que le plaisir dans ses journées sans soleil. 
Émilie a 18 ans, elle entame sa dernière année de cégep. Ambitieuse, elle rêve de devenir médecin. Toutefois, elle a une faille de la grosseur du Grand Canyon au travers du corps depuis que son premier amour l’a laissée, au début de l’été. Mais derrière cette douleur s’en cache une autre, plus profonde encore: celle créée par son père, le jour où il a quitté sa famille pour refaire sa vie. Émilie aimerait se reconstruire, mais les morceaux sont petits et le casse-tête, interminable.
En apparence, Émilie et Jake n’ont rien en commun, sauf leurs blessures béantes au cœur et leur travail à la pizzéria du coin. Et pourtant, au fil de leurs soirées Sprite et placotage, une relation précieuse se tissera entre eux, empreinte de l’espoir que l’aube revient toujours, même après la plus sombre des nuits.

J’ai lu Le sommeil des loutres (quel joli titre, surtout quand on comprend ce qu’il représente!) de Marie-Christine Chartier, attirée par la jolie couverture et par le résumé. J’espérais ne pas lire un roman trop léger et finalement, cette lecture s’est avérée une très belle surprise. J’ai beaucoup aimé cette histoire. 

Le roman est présenté en alternant les voix de deux personnages. Tout d’abord celle de Jake, un ancien acteur qui a grandit sous les caméras et qui, suite à un deuil, sombre peu à peu… toujours sous l’œil attentif des journaux à potins. Il est difficile pour une personnalité de vivre constamment sous les projecteurs et les critiques des réseaux sociaux, surtout lorsqu’elle traverse des moments douloureux. C’est un peu cette facette publique et complexe qu’apporte le personnage de Jake.

« C’est ça, être connu. Les gens t’aiment jusqu’à ce que tu leur fournisses une meilleure raison encore de te haïr. »

Il y a aussi Émilie qui rêve de devenir médecin et qui ne se remet pas de sa rupture avec celui qu’elle pensait être son grand amour. Quand elle souffre, elle cuisine sans s’arrêter. C’est une façon pour elle de faire face à ce qu’elle ressent.

Jake et Émilie se rencontrent à la pizzéria où les deux travaillent. Jake y est pour oublier et se perdre dans une tâche routinière. Il essaie de retrouver qui il est. Émilie y travaille parce que la pizzéria appartient à son oncle. Elle essaie de survivre à sa peine.

Les deux ont l’âme écorchée, pour différentes raisons. Leur première rencontre n’est pas des plus agréables. Émilie juge vite Jake, qu’elle « connaît » grâce à la télé. Les premiers contacts sont maladroits, d’une part et de l’autre.

S’ils croient n’avoir rien en commun, ils découvrent chez l’un et l’autre une oreille attentive, beaucoup de douceur et une relation aussi précieuse qu’inattendue. Les deux se sont rencontrés alors qu’ils étaient au plus bas. Ils s’entraident à vaincre ce qui les ronge. Si leur relation semble en apparence être toute autre chose aux yeux des autres, ce qu’ils vivent est précieux. 

« … je songe maintenant à Émilie. Ça m’arrive de plus en plus souvent de me réfugier auprès d’elle dans ma tête, ça rend mes pensées plus douces, moins conflictuelles. »

J’ai aimé plusieurs aspects de leur amitié naissante, de l’écoute dont ils font preuve l’un envers l’autre, de ce qu’ils s’apprennent. Il y a de beaux moments et des instants plus intenses aussi dans leur relation. J’ai également aimé qu’il soit question de photographie dans le roman, un prétexte intéressant pour s’entraider et également, approfondir une relation qui se développe. 

Ce roman est vraiment beau. J’ai été surprise par le parcours des deux personnages et leur façon d’affronter les problèmes. L’histoire aborde plusieurs thèmes, comme l’abandon, le deuil, les peines d’amour, le rejet, le jugement, la mort, l’anxiété de performance, la dépendance à la drogue et à l’alcool. Pourtant, même si les problèmes de Jake et d’Émilie sont complexes, ce n’est pas non plus une histoire déprimante. C’est un livre qu’on lit avec plaisir, qui offre aussi une pointe d’humour dans les dialogues et la relation qui évolue doucement entre Jake et Émilie. C’est un roman qui parle de reconstruction et de confiance. Le côté psychologique est très développé ce qui en fait une histoire beaucoup plus profonde que ce qu’elle n’y paraît.

Une belle découverte! 

Le sommeil des loutres, Marie-Christine Chartier, éditions Hurtubise, 200 pages, 2020