Métis

MétisDe courts tableaux tissent ce roman autobiographique dans lequel un adolescent porte un regard lucide et émouvant sur l’histoire peu commune de sa famille métisse, au milieu du siècle dernier. Avec justesse et authenticité, il témoigne de la vie en territoire algonquin, à l’époque des camps de bûcherons, et dresse un portrait saisissant de ceux qu’il côtoie quotidiennement.

Métis est un livre qui nous permet de vivre aux côtés d’une famille métisse dont le père est amérindien et la mère québécoise. Le personnage principal est bien sûr le fils, Pierre (Pien), mais son père, Shipouln (qui veut dire Jean-Paul en français) est toujours présent tout au long de l’histoire. Il est le lien entre la compagnie forestière, les bûcherons et les Algonquins. Pierre est très proche de son père et intéressé par ses racines, les coutumes algonquines et le mode de vie de ce peuple qui est aussi le sien. Il a un énorme intérêt pour tout ce que son père peut lui apprendre. La mère de Pierre est catholique et très pratiquante alors que le père du jeune homme a pour Dieu, la nature. Les conjoints, dans leurs différences frappantes, se respectent l’un l’autre.

À travers l’enfance de Pierre, le lecteur peut vivre les moments importants du quotidien des Amérindiens et des Métis, dont la vie n’était pas facile. Ça nous permet de voir les deux mondes, celui des Blancs et celui des Amérindiens. Les mentalités d’un peuple versus celles de l’autre. Il y a aussi tout le côté familial d’une enfance passé entre les coutumes et particularités de deux peuples différents et c’est ce qui donne au roman tout le plaisir qu’on a à le lire.

« Le gouvernement veut que je dise que je suis canadien. Je ne suis pas canadien. Je ne suis pas indien non plus, je n’habite pas les Indes. On nous appelle « Indiens » par erreur. Nous ne sommes pas des Sauvages non plus. Nous sommes des gens civilisés. Nous avons notre culture, nos langues, nos valeurs, notre patrimoine, nos croyances. Notre pays à nous, les Premières Nations, c’est l’Amérique du Nord. Nous sommes des Nord-Américains. »

Le roman, en partie autobiographique, aborde les relations des deux peuples. La vie des bûcherons est aussi au cœur du livre, puisque ceux-ci travaillent dans les forêts bordant la réserve. Les Amérindiens on un souci de la nature que l’homme blanc n’a pas nécessairement. On parle aussi de la trappe, de la drave, des pensionnats indiens, de la religion, mais également des… comics books!

La nature est importante dans ce roman, mais également tout l’aspect spirituel qui y est rattaché. L’auteur brosse ici le portrait d’une nature souvent saccagée par les Blancs, malmenée et décimée. Le roman est à la fois un hommage à la nature et, aussi, un constat écologique sur ce que devient la forêt à force d’en puiser toutes les ressources et d’y laisser toutes sortes de déchets.

Il y a de magnifiques passages entre Pierre et son père, où l’homme explique au garçon toutes sortes de choses sur la vie, sur la faune et la flore. C’est un excellent raconteur. Les histoires prennent d’ailleurs beaucoup de place dans l’histoire. Les personnages sont très attachants et leurs émotions sont communicatives.

Métis est assurément un coup de cœur que je vais garder précieusement dans ma bibliothèque tant j’ai adoré cette lecture. Je compte d’ailleurs le relire. Avec ce roman, je découvre Michel Noël et ce ne sera assurément pas ma dernière lecture de cet auteur. Métis est un roman émouvant, magnifique, poétique, instructif, drôle et merveilleusement bien écrit. C’est un roman familial, accessible aux jeunes comme aux adultes. J’ai fait un très beau voyage dans le temps en lisant ce livre. J’ai vécu une belle brochette d’émotions.

Un livre à lire et à découvrir assurément!

Métis, Michel Noël, éditions Bayard Canada, 251 pages, 2019

Recettes de chantiers et miettes d’histoire

Recettes de chantier et miettes d'histoireRaymonde Beaudoin a vécu une année dans un camp de bûcherons avec ses parents. Sa mère, Colette St-Georges, a toujours été fière de parler de son travail comme cook. C’est la tête haute qu’elle affirmait avoir cuisiné quotidiennement une tarte par homme, en plus des galettes et des gâteaux. Celles et ceux qui relevaient le défi de nourrir tous les jours une cinquantaine d’hommes héritaient d’une lourde tâche: les garder en bonne santé et leur offrir une cuisine roborative et goûteuse. Les recettes manuscrites de sa grand-mère et de sa mère, ramassées d’un camp à l’autre, d’une génération à l’autre et d’une famille à l’autre, s’avèrent révélatrices d’une véritable tradition culinaire. Ces recettes du terroir québécois sont faciles à réaliser et demandent peu d’ingrédients. Agrémenté de commentaires, d’anecdotes et de photos d’archives inédites, cet ouvrage est plus qu’un livre de cuisine. L’auteure y offre une incursion culinaire dans le temps et y invite le lecteur à s’attabler avec les bûcherons pour partager leur repas.

Recettes de chantiers et miettes d’histoire est un livre qui raconte les habitudes alimentaires de nos ancêtres. Le livre retrace ce qui se retrouvait autrefois sur les tables de nos camps de bûcherons. L’auteure nous parle du mode de vie, là-bas, en forêt, tout en nous partageant les recettes de sa grand-mère et de sa mère. Elle-même a vécu avec sa famille dans un camp de bûcherons.

Il s’agit d’un très beau livre que j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir surtout que j’adore cuisiner et j’adore l’histoire. La façon dont l’auteure nous parle des camps de bûcherons et du mode de vie est passionnante. Certaines recettes sont toujours très actuelles aujourd’hui et font partie de notre patrimoine culinaire, alors que plusieurs autres ont un petit côté nostalgique. L’auteure parle de l’éloignement de certains camps, de la difficulté de conserver les aliments. L’hiver et le froid devenaient alors un atout considérable. Avant l’hiver l’alimentation était beaucoup moins variée.

Dans le livre, on retrouve également des mots ou des expressions couramment utilisées à cette époque. L’ouvrage nous ouvre les yeux sur notre bagage culinaire qui a plusieurs origines intéressantes. Par exemple, l’orge et l’habitude de créer des desserts à l’avoine a été introduite dans notre alimentation par les écossais. Les fèves au lard à la mélasse nous ont été apportées par les américains. Les dumplings ajoutés aux mijotés de bœuf nous viennent des irlandais (c’est un de mes bons souvenirs d’enfance) alors que notre goût pour le sucre nous vient des britanniques. J’ai été agréablement surpris d’apprendre que le pudding chômeur, un dessert typique de chez nous, est un héritage des Mohawks. Les Premières nations nous ont transmit les particularités de la gomme de résineux pour toutes sortes d’applications: des vertus médicales à la bière d’épinette.

« Dans Flore Laurentienne, le frère Marie-Victorin a écrit à propos de l’épinette blanche que « sa résine est la plus ancienne gomme à mâcher ». »

Beaucoup de recettes sont accompagnées de photographies. L’auteure reprend aussi des photos d’époque, des anecdotes reliées à la famille vivant dans les camps. Plusieurs thèmes sont abordés, y compris l’évolution de la vaisselle pour accommoder la vie difficile des camps.

Un excellent livre, tout en couleurs, dont la lecture est plaisante et accessible à ceux qui s’intéressent à notre histoire. Je compte tester au fil des semaines plusieurs recettes qui m’ont interpellé ou d’en redécouvrir d’autres. Ce livre est une très belle découverte pour moi, j’en ai adoré la lecture. C’est une très belle façon de revisiter nos racines et notre histoire.

Recettes de chantiers et miettes d’histoire, Raymonde Beaudoin, Les éditions du Septentrion, 108 pages, 2019