La Baleine bibliothèque

Quelque part entre les eaux du roman graphique et celles du livre jeunesse, Zidrou et Judith Vanistendael nous entraînent dans le ventre d’une baleine qui abrite une bibliothèque. Et nous narrent sa rencontre avec un postier maritime qui aime les histoires qui finissent bien. Une ode à la lecture sensible et poétique qui nous raconte la vie, la mort et l’éternité. Et touchera tous les amoureux des belles lettres. Lesquelles finissent toujours par arriver à bon port.

J’ai découvert ce livre par hasard. Naturellement, c’est le titre qui m’a attirée. Difficile de passer à côté d’un livre qui parle de bibliothèque et de baleine. Le titre et les illustrations avaient tout pour me séduire et j’ai tellement adoré cette lecture que je ne peux que vous la conseiller!

Le narrateur est facteur auprès de la poste maritime. Il doit laisser son amoureuse, enceinte, quand il part au large pour travailler. Leurs retrouvailles sont toujours de tendres moments, plein de douceur et d’amour. Alors qu’il est en mer, le narrateur rencontre par accident une baleine avec qui il se lie d’amitié. Elle cache un trésor en elle: une immense bibliothèque. Elle lui offre alors de lui prêter un livre, puis un autre…

J’ai adoré cet ouvrage, entre le roman graphique, l’album et la bd. C’est un livre que je vais conserver précieusement et relire à l’occasion. Les illustrations à l’aquarelle et aux crayons de couleur sont magnifiques, vivantes et elles transmettent une foule d’émotions.

« On apprend à raconter des histoires comme on apprend à nager. Pour ne pas se noyer. »

C’est un livre pour les adultes, avec un format qu’on aimait enfant. J’adore quand on nous offre un livre qui n’entre pas dans les cases. Malgré le format, je suggère cette lecture plus pour les adultes et les ados. Ce n’est pas un album pour les petits.

La baleine bibliothèque est un très beau livre qui se lit comme un conte, qui parle de l’amour, de la vie, de la mort aussi puisque ça fait partie de notre existence. C’est un livre qui parle des histoires que l’on raconte et qu’on lit, mais surtout de la beauté de les transmettre. Une histoire sur les bibliothèques, leurs richesses et surtout des livres qu’on se doit, comme lecteurs, de partager et de faire découvrir autour de nous.

« Pour une lettre, partir n’est rien. Pour un homme, partir est tout. »

Une lecture vraiment belle et touchante. Un petit bijou!

La Baleine bibliothèque, Judith Vanistendael & Zidrou, éditions Le Lombard, 80 pages, 2021

Les vieux livres sont dangereux

Empiler quelques livres poussiéreux dans des boîtes, ça ne semble pas très sorcier. Quand le vieux bibliothécaire de son collège lui propose cet emploi de fin de semaine, Mathieu n’hésite pas très longtemps avant d’accepter.
Une fois seul dans les sombres sous-sols de l’école, il réalise cependant assez vite qu’il a commis une grave erreur.

J’aime beaucoup la collection Noire aux éditions La courte échelle. Cette collection offre des romans d’horreur, de suspense et d’enquête pour différents groupes d’âge. Ce qui reste encore assez rare chez les jeunes lecteurs. C’est donc une série que je conseille souvent en bibliothèque, parce que j’aurais adoré avoir une série comme celle-là à découvrir, lorsque j’étais enfant.

Avec Les vieux livres sont dangereux, François Gravel nous amène dans le sous-sol bien particulier d’une école… Mathieu s’ennuie pendant son cours et il s’endort. Son professeur, qui considère la bibliothèque comme un lieu de punition, l’envoie passer un peu de temps là-bas. Mathieu rencontre le nouveau bibliothécaire, revenu d’un congé de maladie. L’homme lui propose de lui donner un coup de main pour élaguer de vieux livres se trouvant au sous-sol de la bibliothèque. Mathieu accepte. Oh, qu’il n’aurait pas dû… !

J’ai adoré le format de ce livre, qui s’adresse aux jeunes lecteurs de 9 ans et plus. Le texte est fluide et très intrigant. Les pages sont souvent illustrées et lorsque l’électricité coupe, les pages du texte sont noires. J’aime beaucoup les livres qui nous plongent de cette façon dans l’ambiance de l’histoire. Surtout parce que ça m’aurait plu à moi, étant petite. J’adorais avoir peur! Comme jeune lectrice, j’ai longtemps eu besoin d’images dans mes lectures. À ce niveau, ce roman est parfait!

« À huit heures du soir, je n’avais toujours pas eu de nouvelles du bibliothécaire et il faisait froid comme dans une morgue. »

Cette histoire, entre terreur et musée des horreurs, est vraiment très efficace. Le roman donne le frisson et devrait plaire aux jeunes lecteurs avides d’horreur et de mystère. Même si la fin est un peu abrupte, j’ai trouvé ce roman vraiment intéressant. Je vous le conseille, pour vous ou de jeunes lecteurs. Cette collection Noire est d’ailleurs à découvrir si le genre vous plaît!

Les vieux livres sont dangereux, François Gravel, éditions La courte échelle, 104 pages, 2017

Dans l’abîme du temps

En 1935, au fin fond de l’Australie, le Pr Nathaniel Peaslee recherche avec frénésie les traces d’une civilisation inconnue. Il ne comprend pas pourquoi, mais il connaît ces lieux, comme si un autre avait implanté des souvenirs en lui. Il sait que quelque chose d’aussi mystérieux que terrifiant se tapit, là, dans les profondeurs du sable du désert… Son monde a été chamboulé près de 30 ans plus tôt. À l’époque, il enseigne à la prestigieuse université de Miskatonic. Il mène une vie paisible, entouré de sa femme et de ses enfants… jusqu’au jour où il s’effondre en plein cours. À son réveil, personne ne le reconnaît. Il a toujours la même apparence, mais semble avoir perdu la raison ! Il parle un dialecte inconnu et se comporte comme un étranger. Pire, il se prend de passion pour les sciences occultes, allant même jusqu’à se plonger dans l’étude du Necronomicon, ouvrage maudit entre tous…

Dans l’abîme du temps est une adaptation du roman du même nom de H.P. Lovecraft. J’ai déjà lu – et adoré! – Les Montagnes hallucinées tome 1 et tome 2 ainsi que La Couleur tombée du ciel. Ils étaient tous excellents. Tellement, que j’ai envie de poursuivre ma découverte de Lovecraft, revu par le mangaka Gou Tanabe qui fait un formidable travail d’adaptation. Plus je découvre ses livres, plus je suis sous le charme.

Dans l’abîme du temps a été publié originalement en 1936. C’est une histoire qui s’inscrit tardivement dans le processus de création de Lovecraft puisqu’il décède l’année suivante. Ici, son adaptation est un gros manga de près de 360 pages. Il raconte l’histoire du professeur d’économie Nathaniel Peaslee, dont la vie a été tout à coup entièrement chamboulée. Du jour au lendemain, sa famille ne le reconnaît plus. On jurerait qu’il est devenu fou! Il s’intéresse à des domaines qui ne l’ont jamais intéressé et se passionne soudain pour les sciences occultes… Il est soudain très différent. Il comprend des langues inconnues et a l’air d’un parfait étranger aux yeux de son entourage. Son comportement particulier sèmera la division au sein de sa famille. Seul un de ses fils restera à ses côtés. 

Quand le manga débute, nous sommes au Massachusetts en 1908. Entre le travail tranquille d’un professeur d’université et une expédition dans le désert d’Australie-occidentale, l’histoire nous plonge dans le voyage dans le temps et le transfert de personnalité. Il y est aussi question d’amnésie, de visions et d’étranges souvenirs qui assaillent le professeur Peaslee. Toute sa vie, il travaillera à tenter de comprendre ce qu’il a vécu.

« Mon but en réalisant cette étude était de montrer comment les mythes et légendes pouvaient agir sur l’imaginaire et influencer notre psychisme. »

Comme tous les mangas de Gou Tanabe, Dans l’abîme du temps est une superbe adaptation. Le dessinateur réussit à rendre en image tout le côté sombre et effrayant des histoires de Lovecraft. C’est un véritable plaisir pour les yeux! Visuellement, le trait de crayon est époustouflant. En images, de cette façon, l’expérience de lecture donne encore plus le frisson. L’histoire se lit sans temps mort et on se laisse embarquer par l’imagination inquiétante de Lovecraft et le dessin magnifiquement détaillé de Gou Tanabe. On y retrouve comme toujours des thèmes chers à Lovecraft et des allusions à Edgar Allan Poe.

Vous ne connaissez pas encore ces mangas? C’est le moment de les découvrir puisqu’il y en a quelques uns de parus jusqu’à maintenant. Ils en valent vraiment la peine!

Ce titre faisait partie d’un coffret magnifique avec La couleur tombée du ciel. C’est vraiment un beau cadeau à offrir d’ailleurs (ou à garder pour soi ) tellement les livres sont d’une belle qualité. J’ai hâte d’en lire d’autres!

Dans l’abîme du temps, Gou Tanabe, d’après H.P. Lovecraft, éditions Ki-oon, 368 pages, 2019

L’étrange bibliothèque

L'Étrange BibliothèqueEntre rêve et cauchemar, Haruki Murakami nous livre une nouvelle inédite, hypnotique, grinçante, superbement mise en image par la talentueuse illustratrice allemande Kat Menschik, qui restitue à merveille l’inquiétante étrangeté de l’univers du maître.

Après avoir beaucoup aimé Birthday Girl, illustré par la même illustratrice, j’ai eu envie de lire un autre livre de Haruki Murakami dans la même collection. Si Birthday girl était une très bonne lecture, l’histoire de L’étrange bibliothèque est encore plus prenante et passionnante. Son petit côté fantastique et son ambiance sombre m’ont beaucoup plu.

L’histoire est celle d’un jeune garçon qui va à la bibliothèque. Il retourne ses livres au comptoir de prêt et tout ce qui se déroule autour de lui est plutôt étrange. Le jeune garçon a une question à poser au personnel de la bibliothèque et la dame de l’accueil l’envoie au sous-sol. C’est à partir de là que l’histoire singulière du garçon débute.

« Le vieillard se tourna  vers moi et se redressa de toute sa taille. Subitement, il était très grand. Sous ses longs sourcils blancs, ses yeux luisaient comme ceux d’une chèvre à l’approche de la nuit. »

Cette nouvelle est magnifiquement illustrée et les images s’intègrent pleinement à l’histoire. Elles représentent à merveille l’esprit du livre. Elles sont soignées et réalisées avec soin. Elles collent à l’atmosphère qui se dégage de cette nouvelle.

J’aime beaucoup l’écriture de Haruki Murakami et je dois dire qu’ici, la traduction est impeccable. L’étrange bibliothèque est une histoire fantastique et sombre où tout est un peu étrange et inquiétant. Le côté fantastique est original avec des personnages particuliers.

C’est une lecture courte, mais très plaisante à lire. Malgré le côté mystérieux et noir, le livre est très accessible, même à des adolescents. Surtout que le personnage principal de l’histoire est un jeune lui-même qui vivra une aventure pour le moins très spéciale. Le choix d’illustrer cette histoire est une excellente idée puisqu’on plonge totalement dans l’esprit du livre et des lieux.

Une lecture que j’ai apprécié et que je recommande. En tant que lecteur, les histoire de bibliothèques sont attirantes, surtout quand elles nous mènent dans des salles et des couloirs mystérieux. Ici, Murakami nous propose un voyage très étrange et particulier. C’est donc une très bonne lecture!

L’étrange bibliothèque, Haruki Murakami, illustrations de Kat Menschik, éditions Belfond, 58 pages, 2015