Élise sur les chemins

Élise vit dans la colline, au sein d’une famille libertaire parfois sauvage, souvent joyeuse. Ce qu’elle sait, elle l’a appris de ses frères et sœurs, des arbres et des sentes, des rivières et des combes. Mais un jour, sur les conseils d’une femme-serpent, la jeune fille quitte ses terres pour retrouver deux aînés vagabonds. Elle se lance ainsi à la découverte d’un monde où réel et fantastique se mêlent amoureusement.

J’avais lu, il y a quelques temps, De pierre et d’os de la même auteure et je l’avais beaucoup apprécié. La sortie de ce nouveau titre était l’occasion de la relire. Et j’ai beaucoup aimé!

Élise sur les chemins est un roman très poétique, écrit en vers. Il s’inspire librement de la vie familiale d’un personnage qui a réellement existé: Élisée Reclus, un écrivain et géographe français. L’histoire s’inspire de la vie de sa famille, plutôt particulière, qui vit recluse dans les bois. Une famille nombreuse marquée par de nombreux bouleversements. Dès le début du livre, la maman fait l’école dans la forêt, où elle enseigne la botanique et les bienfaits de ce qui les entoure. Elle leur apprend aussi ce qu’ils doivent craindre et de quoi ils doivent se méfier. La nature prend une place très importante dans l’histoire. La mère éduque ses enfants en fonction de leur milieu de vie et de la forêt. Jusqu’à ce que les aînés quittent le foyer pour aller en ville. 

Onésime écrit à sa famille, mais ils sont sans nouvelles d’Élisée. Le jeune homme a un esprit aventurier. Il a profité de son absence pour voyager, partir à l’aventure et faire des découvertes. Il aime apprendre, chanter et voir de nouvelles choses. 

Ce roman a aussi un côté fantastique. Alors que ses frères sont partis, Élise recevra la visite de la Vouivre, une femme serpent, sorte de personnage mythique qui l’informe que ses frères sont en danger et qu’elle doit les sauver. Ils pourraient être sous l’emprise des cousines de la femme serpent. Élise sur les chemins est un roman poétique qui prend des allures de conte, avec un personnage fantastique et mystérieux. La Vouivre offre des outils à Élise pour combattre les cousines et permettre à son frère de rentrer. Le roman s’inscrit donc un peu comme une quête pour Élise qui doit sauver son frère.

« Je ne regarde pas dans les trous
Parce que ses petits yeux gris, je m’en fous
Je veux voir la jeune femme en flammes
Celle qui s’enroule autour des arbres
Je sais qu’elle me voit
Qu’elle est quelque part
Puisque c’est elle qui m’envoie
À la rencontre d’Élisée »

J’ai aimé cette lecture qui mêle à la fois la poésie et le fantastique, qui se déroule en pleine nature et qui s’apparente un peu aux contes. L’auteure nous raconte en même temps l’histoire d’une famille qui vit loin de la civilisation et parle du parcours de ses membres. Le côté fantastique est surprenant mais je l’ai apprécié puisqu’il mêle la poésie au roman et en même temps, s’inspire librement du parcours familial d’un personnage réel. J’ai apprécié le fait qu’il s’agisse d’un roman en vers, ce qu’on retrouve finalement assez peu dans la littérature. L’écriture est magnifique.

C’est assurément un roman différent et ça m’a beaucoup plu! J’ai très envie de découvrir maintenant Née contente à Oraibi, sans doute l’un de ses livres qui m’attire le plus. 

Élise sur les chemins, Bérengère Cournut, éditions Le Tripode, 176 pages, 2021

De pierre et d’os

De pierre et d'osDans ce monde des confins, une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuit de sa famille. Uqsuralik se voit livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n’a d’autre solution pour survivre que d’avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extrêmes, le chemin d’une quête qui, au-delà des vastitudes de l’espace arctique, va lui révéler son monde intérieur.

De pierre et d’os est un roman que j’ai beaucoup vu sur les réseaux sociaux et qui m’attirait bien. Je n’ai vraiment pas été déçu! Cette lecture s’est avérée être à la hauteur de mes attentes.

L’aventure commence alors que la banquise se fend dans un grondement sourd, séparant Uqsuralik des siens et de l’igloo familial. La jeune fille se retrouve seule, à l’écart de ce qu’elle connaissait. Elle devra donc, avec ses chiens, affronter en solitaire le grand froid arctique, la solitude, la faim. Elle devra apprendre à survivre.

« Je suis à nouveau seule sur le territoire. À la recherche de baies et de petit gibier. Je dors sur des tapis de mousse quand il y en a, ou parmi les saules nains. Il fait chaud – trop chaud parfois. Cela n’est pas bon. Les moustiques m’assaillent et j’ai peur que les maladies fondent sur moi. Ikasuk pleure certains soirs. Je me demande si les esprits ne rôdent pas. »

À travers son périple, elle fera des rencontres difficiles et d’autres, plus accueillantes. Elle sera confrontée à la jalousie, à la haine, à la méchanceté, à la mort; mais également à la bonté, à l’entraide, aux saisons rigoureuses, à la dynamique familiale, à la chasse et à la bienveillance.

À travers ce roman on apprend beaucoup sur les coutumes, le côté vestimentaire, les nombreuses croyances, la chasse, la pêche, le côté nomade des Inuits, les abris, la mentalité de cette tribu et la dure réalité de ce mode de vie sur un territoire qui nous paraît inhospitalier. Pourtant, c’est peut-être là que se trouve l’exemple de la plus pure liberté. Les Inuits ont besoin des uns et des autres, mais la terre où ils vivent les rend libres, même s’ils doivent affronter les rigueurs parfois cruelles de ce coin du monde.

« Sans couteau à neige, avec mon seul ulu, je construis un abri de fortune, empilant des pierres. Je comble les trous par des éclats de vieille glace. J’ai des graviers sous les ongles et des écorchures aux doigts. Le premier soir, je suce mon sang en regardant la voûte céleste. »

Il y a d’ailleurs de sublimes passages dans ce roman. Les nombreux chants particuliers, mais combien beaux et poétiques, utilisés par les Inuits pour exprimer une joie, faire un aveu, pour révéler une vision ou même pour confronter quelqu’un d’autre dans un désaccord, sont fascinants. Le côté hospitalier de ce peuple qui accueille les voyageurs, peu importe qui ils sont. L’aspect spirituel est très développé. Les Inuits ont des visions chamaniques impressionnantes annonçant des événements qui se concrétisent. C’est un peuple nomade, composé de chasseurs, qui cueillent aussi beaucoup de plantes et de baies en été. Ce peuple partage son territoire avec les animaux, les esprits et les éléments.

Le monde des esprits est très présent dans le quotidien des Inuits et dans leur façon de vivre. Selon les différentes périodes de l’année, les croyances sont très liées aux lieux de chasse. Les esprits peuvent se manifester à certains d’entre eux. Leurs croyances leur donnent accès à des visions spirituelles très fortes et très imagées. L’idée de réincarnation est très ancrée chez ce peuple et l’auteure nous le fait vivre à travers ses personnages. C’est à la fois passionnant et captivant.

La richesse de la culture Inuit est vraiment bien décrite. Le travail de recherche de l’auteure est impressionnant. Les personnages sont habités par tout ce qui guide ce peuple, par les coutumes et le quotidien magnifiquement décrit. Avec le personnage de Uqsuralik, Bérengère Cournut nous transporte dans un autre monde, un monde glacial où les esprits sont maîtres du territoire. Les habitants ont donc intérêt à respecter les coutumes et à ne pas froisser les esprits. Plusieurs de leurs gestes vont dans ce sens, en mettant en avant leurs convictions et la foi qu’ils ont dans les esprits. Par exemple, l’utilisation d’une même lance de chasse pour les animaux marins ou terrestres par exemple, est totalement prohibée, afin de ne pas déplaire aux esprits.

De pierre et d’os est un très beau roman qui aborde un monde qui nous est majoritairement inconnu. Le texte nous permet d’aborder l’histoire d’un peuple, d’apprendre à connaître ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient. On découvre dans ce très beau roman le quotidien à la fois rude, mais profondément riche en histoires, du peuple inuit.

Le roman nous permet de suivre le destin de cette jeune fille devenue femme, qui chasse, se démarque de son peuple par son travail, ses capacités et ses agissements. Uqsuralik est un personnage féminin très fort qui tente de briser certaines idées préconçues et de se faire une place comme femme et chasseuse. C’est vraiment intéressant de suivre son histoire et de découvrir toute la profondeur des personnages.

C’est une lecture très fluide, très imagée. J’ai beaucoup aimé ce livre, j’y ai découvert un monde fascinant et passionnant. Je relirai assurément cette auteure. J’ai bien envie de poursuivre ma découverte avec Née contente à Oraibi, qui aborde aussi le quotidien d’un autre peuple, les Hopis.

Un petit mot également sur la couverture de De pierre et d’os que je trouve aussi splendide! À la fin du roman, on retrouve des photos d’époque qui illustrent bien l’histoire qui nous a été racontée.

Un roman que je vous conseille fortement, qui peut être lu par des jeunes comme par des adultes, avec un grand plaisir!

De pierre et d’os, Bérengère Cournut, éditions Le Tripode, 219 pages, 2019