Révélation brutale

L’été s’achève et la nature réserve aux habitants de Three Pines un dernier éclat… terrifiant. Un mort est découvert dans l’endroit le plus vivant du village : le bistro d’Olivier. De prime abord, personne n’admet connaître le vieil ermite assassiné. Armand Gamache et son équipe reviennent dans les Cantons-de-l’Est pour sonder les strates de mensonges et de non-dits que dissimule le vernis idyllique des lieux. Des sentiers oubliés les conduisent au fond des bois, là où se cachent des secrets et des trésors honteux. Le chaos s’est infiltré dans cette beauté sauvage et ce qui attend l’inspecteur-chef n’est rien de moins qu’une révélation brutale.

Révélation brutale était la lecture de janvier pour le défi Un Penny par mois que j’organise. J’ai lu ce livre pour la première fois en 2012. À l’époque, il m’avait beaucoup troublée et je l’avais reçu comme un grand coup. Une « révélation brutale ». Voilà un roman qui porte vraiment bien son titre. Ma relecture m’a fait le même effet. C’est un coup de poing. Et ça l’est peut-être encore plus lorsqu’on lit les romans à la suite, comme on le fait pour le défi. Au fil des tomes, on s’attache énormément aux personnages. Ils ont tous quelque chose de particulier, d’unique, chacun a sa personnalité. On les aime. Tous. Avec leurs imperfections et leur qualités. Et cette histoire arrive comme un grand coup. Une claque.

Dans cette cinquième enquête, qui débute lors de la longue fin de semaine de la Fête du travail, on découvre à Three Pines le corps d’un vieil homme mort dans le bistro du village. Personne ne le connaît, personne ne l’a déjà vu. La mort a été violente et le lieu de la découverte mène à de nombreuses interrogations. Qui est suspect? Quelqu’un aura sûrement vu quelque chose? Le bistro est en plein village. Mais c’est comme si le cadavre était tombé du ciel. Personne ne sait ce qu’il fait là. L’enquête s’avère être très compliquée. L’équipe d’Armand Gamache débarque, fouille le quotidien des villageois, creuse profondément. Et déterre des choses terribles. Cet effet de surprise, cette façon de raconter l’histoire en mêlant les secrets et les mythes, tout cela nous mène à une enquête à la fois étrange et étonnante. J’étais accrochée aux mots de l’auteure, à l’enquête de Gamache et à ses réflexions pour tenter de savoir ce qui avait bien pu se passer. Assise au bout de mon siège, les pages défilaient. Ça été le cas en 2012 et encore aujourd’hui en relisant ce roman. Même si je connaissais l’histoire, les détails étaient loin dans ma tête. J’ai reçu cette histoire comme un coup de poing.

Je ne veux pas entrer dans les détails de l’intrigue, parce que c’est intéressant, selon moi, d’en savoir le moins possible lorsqu’on débute la lecture. Ce que je trouve fantastique avec ce roman, c’est qu’en plus d’être très troublant, il est drôle. Les dialogues sont vraiment savoureux, souvent cocasses. Les réparties sont bien choisies et ça me fait sourire chaque fois.

« -Je me demande ce que Gamache peut bien penser de nous, dit Myrna. Chaque fois qu’il vient ici, il y a un corps.
-Chaque village québécois a une vocation, répondit Clara. Certains fabriquent du fromage, d’autres du vin, d’autres encore de la poterie. À Three Pines, nous produisons des cadavres. »

Quant au personnage de Ruth, la vieille poète un peu folle qui se promène avec son canard à travers la ville, il est poussé à l’extrême. Elle est vraiment hilarante. Cet humour agréable contrebalance la noirceur de ce que Gamache et Beauvoir trouvent à Three Pines.

« En fait, c’était un des grands réconforts que lui procurait son travail: au moins, sa famille paraissait plutôt bien quand on la comparait avec des gens qui s’entretuaient vraiment, au lieu de seulement y penser. »

Ce que j’aime particulièrement dans les romans de Louise Penny, c’est l’omniprésence de l’art, de la culture, de la musique, de la peinture, de l’histoire. C’est d’autant plus vrai dans ce roman, puisqu’on y parle d’art en général, mais surtout de peinture et de sculpture, d’antiquités, de poésie, de musique. On y croise l’âme d’Emily Carr et d’Henry David Thoreau. C’est intéressant, prenant et moi, ça me fait encore plus d’effet que n’importe quel thriller. L’auteure aborde d’ailleurs dans ses remerciements à la fin, sa passion pour la poésie et parle des extraits de poèmes qu’on retrouve tout au long de son roman. C’est quelque chose qui me plaît d’ailleurs beaucoup dans ce livre.

Révélation brutale est, de tous les livres de Louise Penny que j’ai lu (je n’ai pas encore découvert ses derniers), celui qui m’a le plus touchée, bouleversée, mais paradoxalement, celui qui m’a le plus fait rire. C’est un livre où l’art et la culture ont une grande place, ce que j’ai particulièrement aimé. Il y est question de mythes, de secrets, d’histoires humaines. En 2012 je m’étais procurée la musique que l’agent Morin joue dans le roman, Colm Quigley. C’est une pièce au violon, que j’adore. Je trouve aussi que l’air s’accorde bien avec l’histoire de la cabane, de la solitude dont on parle dans le livre et des découvertes faites par l’équipe de l’inspecteur Gamache. Cette musique, je l’ai cette fois écoutée pendant ma lecture. C’était un accompagnement parfait.

Révélation brutale est un excellent roman, mais aussi une lecture troublante. L’auteure met à nu certains de ses personnages et les place dans une position de vulnérabilité. C’est à la fois triste, intrigant et prenant. Et puis le choc quand on comprend tout ce qui s’est passé…

« Le Chaos avait trouvé Three Pines et fondait sur le village. Tout ce qui représentait la sécurité, la douceur et la gentillesse était sur le point d’être emporté. »

On découvre également de nombreuses nouvelles facettes de plusieurs personnages. Comme à l’habitude, l’atmosphère est aussi réconfortante, même si c’est toujours un peu étrange de qualifier de cette façon un roman où l’on retrouve des crimes et des criminels. La description des plats que dégustent l’équipe de Gamache nous fait saliver alors que les références aux livres et à la librairie de Myrna donnent envie de s’installer à Three Pines… malgré les cadavres qui s’accumulent d’un tome à l’autre!

Ce roman est sans doute mon préféré jusqu’à maintenant car il suscite beaucoup d’émotions, tout en accordant une grande place à l’art et aux artistes.

Révélation brutale, Louise Penny, éditions Flammarion Québec, 480 pages, 2012

En plein cœur

Three Pines, dans les Cantons-de-l’Est, est un petit coin de paradis. Un matin, durant le week-end de l’Action de grâce, Jane Neal est trouvée morte dans les bois, le cœur transpercé. Le réveil est brutal pour cette communauté tranquille, car ce qui pourrait n’être qu’un bête accident de chasse laisse perplexe Armand Gamache, l’inspecteur-chef de la Sûreté du Québec dépêché sur les lieux. Qui pourrait bien souhaiter la mort de Jane Neal, cette enseignante à la retraite, artiste à ses heures, qui a vu grandir tous les enfants du village et qui dirigeait l’association des femmes de l’église anglicane ? En détective intuitif et expérimenté, Armand Gamache se doute qu’un serpent se cache au cœur de l’éden, un être dont les zones d’ombre sont si troubles qu’il doit se résoudre au meurtre. Mais qui ?

J’avais très envie de relire toute la série Armand Gamache enquête de Louise Penny et ce, depuis un bon moment. J’ai donc eu envie d’organiser un défi lecture: Un Penny par mois. C’est donc dans ce cadre que j’ai relu le premier volet des histoires se déroulant dans le petit village fictif de Three Pines. Il s’agit d’une troisième relecture pour moi. J’ai toujours adoré les livres de Louise Penny. Je l’avais découvert dans un article de journal à l’époque alors que ses romans n’étaient pas encore traduits. J’étais tellement contente quand une première traduction en français avait été annoncée. Je l’avais lu à sa sortie, en 2010. 

En plein cœur est la première enquête de l’inspecteur Armand Gamache. Elle se déroule à Three Pines, un petit village qu’on ne retrouve pas sur les cartes. C’est un lieu qu’on imagine magnifique, invitant, un petit village typique des Cantons-de-l’Est.

« Three Pines ne figurait sur aucune carte routière, trop loin des routes principales et même secondaires. Comme Narnia, on tombait généralement dessus par hasard, étonné qu’un village aussi âgé soit resté caché si longtemps dans cette vallée. Ceux qui avaient la chance de le dénicher en retrouvaient habituellement le chemin. L’Action de grâce, en octobre, était le moment parfait. L’air était habituellement pur et vif, les odeurs estivales des vieilles roses et des phlox étaient remplacées par celles, musquées, des feuilles d’automne, de la fumée de bois et de la dinde rôtie. »

Le ton est donné et l’ambiance bien en place. On a assurément envie de visiter Three Pines et de passer un moment avec les personnages imaginés par Louise Penny. Naturellement, cette série en est une d’enquêtes. Malgré les crimes et les meurtres – fortement concentrés pour un si petit village idyllique – l’écriture, la psychologie des personnages et de l’humain en général, la présence importante des fêtes et des saisons, nous donnent envie d’y rester.

En plein cœur raconte la découverte d’un corps dans les bois, dans la magnificence de l’automne. Jane, une ancienne institutrice appréciée dans sa communauté, est découverte sur un vieux sentier. La mort semble suspecte et c’est pourquoi on dépêche l’inspecteur-chef de la Sûreté du Québec sur les lieux, Armand Gamache. On aime tout de suite cet homme doux et gentil, fin psychologue, qui est cultivé, réfléchi, qui aime sa femme depuis trente-deux ans et prend soin de sa famille. Ça nous change beaucoup de tous ces inspecteurs de police tourmentés et alcooliques. Gamache et son équipe doivent donc élucider le crime. Mais qui donc, dans ce petit village chaleureux et charmant a bien pu vouloir la mort d’une gentille femme sans histoires?

En plein cœur est ce que l’on pourrait qualifier de polar réconfortant. C’est un roman où la psychologie humaine prend une grande place (comme toujours chez Louise Penny) et où les lieux agréables et réconfortants abondent: bistro très particulier qui donne envie de s’attarder, bonne bouffe, librairie, petite auberge, etc. Dans ses romans, l’art sous toutes ses formes et l’histoire prennent beaucoup de place. Ici, dans cette première enquête, il est surtout question d’artistes et d’arts visuels. On plonge dans une petite communauté d’artistes, on entrevoit leur travail et le statut différent de plusieurs des personnages qui sont artistes. C’est aussi une sorte d’hommage à l’art en général et aux émotions qu’il peut susciter. 

L’enquête s’intéresse aussi aux chasseurs, principalement à cause de l’arme du crime. L’automne, on le sait, les bois sont envahis par les chasseurs désireux de faire une belle prise. Il y a tout un monde qui gravite autour d’eux, du choix des armes, aux sentiers et à la façon de tirer. Il suffit de vivre dans un petit village où les camps de chasse sont légion pour y retrouver un peu de cette atmosphère automnale particulière. Gamache traque les criminels en s’attardant à la façon dont les gens se comportent entre eux.

« Je pense que bien des gens adorent leurs problèmes. Ça leur donne toutes sortes d’excuses pour éviter de grandir et de se mettre à vivre. »

Sans surprise, j’ai adoré ce roman, même après une troisième relecture. C’est pour l’atmosphère et les personnages si attachants (si imparfaits et si humains) qu’on lit Louise Penny. Un vrai plaisir! Il y a aussi une pointe d’humour que j’apprécie particulièrement dans ses livres.

« En vingt-cinq années passées à Three Pines, elle n’avait jamais, au grand jamais, entendu parler d’un crime. Si l’on verrouillait les portes, c’était uniquement pour empêcher les voisins de venir déposer chez soi des paniers de courgettes au moment de la récolte. »

Mais c’est aussi pour les enquêtes, qui nous amènent à sonder un peu l’âme humaine. Dans ce livre, Jane était sur le point de présenter un tableau au grand jour, elle qui avait toujours été une artiste très discrète. C’est intéressant de découvrir ce que cachent ses motivations et les liens avec l’enquête.

Le village compte une petite librairie que l’on imagine aisément, surtout en tant que lecteur. Voisine du bistro de Gabri et Olivier, tenue par Myrna, cette librairie est un lieu fascinant. Gamache y trouve refuge, pour réfléchir et discuter. J’aime aussi beaucoup ces références littéraires que l’on retrouve dans le roman: Virginia Woolf, Herman Melville, W.H. Auden. 

« Le mal n’est jamais spectaculaire et toujours humain. Il dort dans nos lits et mange à nos tables. »

J’ai passé à nouveau un excellent moment à Three Pines et je suis très contente de faire ces lectures en compagnie d’autres passionnés avec le défi Un Penny par mois. C’est un vrai plaisir que de replonger dans les enquêtes de l’inspecteur Gamache, de retrouver le petit village, ses habitants gentils et sympathiques, même si tout n’est pas toujours parfait. Malgré les crimes et les enquêtes, ce sont des livres dans lesquels on se sent bien, ce qui est plutôt paradoxal, mais totalement réjouissant. Le texte mise beaucoup sur l’atmosphère et sur ce qui rend la vie agréable.

Un roman parfait en cette période de l’année. Si vous ne connaissez pas encore Louise Penny, c’est le moment de vous lancer! 

À noter qu’une série est en cours de tournage qui s’intitulera Three Pines. Il n’y a pas encore de date de sortie connue. Un livre de recettes est également prévu éventuellement. Plein de belles choses seront donc à découvrir prochainement autour de l’univers de Louise Penny, pour notre plus grand plaisir!

En plein cœur, Louise Penny, éditions Flammarion Québec, 416 pages, 2013

La Mariée de corail

« Sous l’eau, elle semblait flotter. Maintenant, son vêtement lui colle à la peau comme une algue encombrante. Sous l’eau, elle aurait pu devenir du corail. On aurait fait des bijoux avec ses ossements. Mais elle a décidé de remonter vers la surface. » Quand Joaquin Moralès est appelé à enquêter sur la disparition d’une capitaine de homardier, il hésite : son fils vient tout juste de débarquer chez lui, soûl comme un homme qui a tout perdu. Mais lorsque le corps d’Angel Roberts est retrouvé, il ne tergiverse plus, car cette femme, c’est aussi la fille de quelqu’un. La mer, dans ce roman policier poétique, évoque la filiation et fait remonter à la surface les histoires de pêcheurs, véridiques ou réinventées, de Gaspé jusqu’au parc Forillon.

Je voulais lire Roxanne Bouchard depuis longtemps. Quand j’ai découvert Nous étions le sel de la terre, j’ai tout de suite su que c’était une auteure que j’allais aimer. La lecture de la seconde enquête de l’inspecteur Joaquin Moralès a confirmé ma première impression. J’adore la plume et la façon de raconter de l’auteure. Si j’avais adoré la première enquête, je crois que j’ai encore plus aimé celle-ci.

« Pour les pêcheurs, la richesse, c’est la mer. Les filets pleins, les cages lourdes, les reflets du soleil sur l’eau. Pour Clément Cyr, la mer était belle parce que, quand il levait la tête, parfois, il voyait le bateau de sa femme dans l’horizon. »

Dans la première enquête, nous faisions connaissance avec l’inspecteur Moralès, un Mexicain de Longueuil, exilé en Gaspésie après plusieurs années de travail en ville. Son couple bat de l’aile, rien ne va avec son épouse. Dans ce second livre, Moralès tente de s’adapter à son environnement. Il est un peu moins catalogué comme « le nouveau venu » et est moins maladroit. Il commence à se faire une place, sans la femme avec qui il a partagé presque toute sa vie. C’est alors que son fils Sébastien arrive à l’improviste, soûl et en colère. Il a quitté son chez-lui, son travail et sa blonde. Il n’a que ses casseroles de cuisinier et est accueillit par le silence d’un père qui ne sait pas lui parler. Sébastien bouille d’une colère contre son géniteur, à qui il attribue plusieurs de ses problèmes. Ces retrouvailles entre père et fils ne se feront pas sans flammèches.

C’est alors que Joaquin est mandaté pour s’occuper d’une nouvelle affaire. Le corps d’une capitaine de homardier est retrouvé. L’enquête s’immisce dans les histoires de familles de la région, fouille ce que les gens n’ont pas envie de laisser sortir au grand jour. Le monde de la pêche est difficile, les familles se battent pour survivre, malgré les quotas et les permis, malgré les rancunes et les jalousies passées. Tout le monde se connaît depuis toujours ce qui peut exacerber les l’animosité, mais aussi tisser la communauté de façon à ce que leur univers ne soit pas étalé sur la place publique. C’est une enquête difficile pour Moralès, qui doit aussi faire face à de nouveaux collègues difficiles.

La mariée de corail est un fabuleux roman policier sur la famille, sur ce qu’on lègue à ceux qui nous suivent et sur le désir de s’affranchir des erreurs passées. C’est un roman sur le silence et le bruit de la mer. Sur ce qu’on ne dit pas, par pudeur, par crainte, par maladresse. Comme avec la première enquête, la Gaspésie habite littéralement ce roman, elle enveloppe tout et s’incarne entre ce qu’un père et son fils ne se disent pas. J’ai trouvé ce livre encore plus profond que le premier, d’une façon différente. J’ai adoré la façon dont l’auteure décrit la relation entre Joaquin et Sébastien, ce qui les lie, l’idée qu’ils se font l’un de l’autre et la façon dont, tous les deux, vivent avec les racines mexicaines de Moralès. Cette seconde enquête est vraiment intéressante, les relations familiales étant au cœur de toute l’histoire, que ce soit dans la communauté de pêcheurs ou dans la vie privée de Moralès. Les liens entre les gens, les liens qui unissent les membres des différentes familles que l’on retrouvent dans le roman, sont au centre de l’intrigue et fournissent des points de vue différents sur la filiation.

« C’est ainsi qu’à cinquante-deux ans l’enquêteur Joaquin Moralès avait commencé à danser avec son fils, en pleine nuit, dans une cuisinette d’auberge. Il ignorait toujours ce que Sébastien fuyait ou venait chercher, mais n’était-il pas lui-même empli d’ombres tapies dans le silence? De désirs et de fuites? »

Ce qui est le plus beau avec cette série policière, c’est le texte. Un texte magnifique et poétique. La plume est belle sans bon sens, pleine d’images et de contemplation. La mer devient un personnage en soi qui prend une grande place dans le texte. Je suis d’ailleurs chaque fois étonnée, lorsque je lis les histoires de Moralès, d’être dans un roman policier. La plume est tellement différente des romans policiers auxquels nous sommes habitués. Ici, les mots et le texte ont autant d’importance que l’intrigue. Les lieux sont incarnés, profonds, vivants. Il y a toute une poésie qui habite les mots et les décors. L’atmosphère maritime nous suit bien longtemps après avoir tourné la dernière page.

« Depuis qu’il est en Gaspésie, la mer lui monte dans les veines. Froide et dure, boréale et spectaculaire. »

C’est le second roman de Roxanne Bouchard que je lis et encore une fois je me fais la réflexion que personne d’autre n’écrit comme elle. C’est un vrai plaisir de lecture, chaque fois. Une enquête aux effluves de bord de mer et d’eau salée. À lire! Assurément un beau coup de cœur!

Mon avis sur la première enquête de Joaquin Moralès:

La mariée de corail, Roxanne Bouchard, éditions Libre expression, 392 pages, 2020

Snapdragon

Une sorcière incomprise, une apprentie inattendue et un monstre effrayant qui rôde dans les bois… Il y a une sorcière dans la ville de Snap. Du moins, c’est ce qu’on dit. Mais en réalité, Jacks est seulement une vieille femme qui porte des crocs et vend des squelettes d’animaux écrasés sur Internet… après leur avoir fait subir un petit rituel pour apaiser leur esprit. Ça fait flipper, c’est sûr, mais Snap trouve ça aussi plutôt cool. Elles décident de s’associer : Jacks va apprendre à Snap comment prendre soin des bébés opossums qu’elle a recueillis, tandis que Snap aidera Jacks à faire son travail. Mais au fur et à mesure qu’elles apprennent à mieux se connaître, Snap réalise que Jacks pourrait en fait réellement pratiquer la magie… et qu’elle a des connections avec le passé de sa famille.

J’ai adoré cette lecture! Ce roman graphique est vraiment très intéressant à tous points de vue. Voilà une histoire qui met en scène des personnages tous très différents de ce que la société considère comme étant la norme. L’ambiance est aussi très particulière, un peu sombre, intrigante aussi, ce qui apporte beaucoup à l’histoire. C’est une petite pépite brute, différente de ce qui se publie aujourd’hui. Ça m’a beaucoup plu, cette façon de mettre en scène des personnages uniques, sans avoir cette impression qu’on force la note. L’auteure a fait un excellent travail de ce côté-là. Alors, de quoi parle cette bande dessinée?

Snapdragon est une jeune fille qui n’aime pas les trucs de filles, alors que celui qui deviendra son meilleur ami les adore. Snap vit seule avec sa mère et son chien à trois pattes. Elle fait la connaissance de Jacks, une sorcière qui vend des squelettes d’animaux écrasés sur internet. Alors que Snap découvre des bébés opossums orphelins, Jacks accepte de lui montrer comment en prendre soin. En échange, Snap va lui donner un coup de main dans son travail. Bien vite, elle réalise que Jacks est peut-être bien une vraie sorcière et qu’elles ont une histoire commune…

Jacks vit à l’écart, dans les bois. Elle n’a pas l’habitude de recevoir des visiteurs et sa rencontre avec Snap va changer beaucoup de choses dans sa vie. Peu à peu au fil des pages, le lecteur découvre également l’histoire familiale de Snap, d’abord avec cette légende assez étrange sur Tom le borgne, qui hante sa famille depuis des générations, puis avec une histoire plus personnelle. 

« J’imagine que tu t’es fait une idée des sorcières. Une idée basée sur les films que tu regardes. Elles sont diaboliques, effrayantes et horribles… Bin, c’est pas du tout ça. Ça n’a rien d’excitant. C’est un travail difficile et solitaire. Les sorcières ne rentrent pas dans les cases. De sorte que nous nous sommes toujours tenues à l’écart. »

J’ai adoré cette histoire originale qui sort des sentiers battus. Les personnages sont uniques, la différence est mise en avant et présentée de manière positive. Il y est beaucoup question d’identité. J’ai particulièrement aimé la façon dont l’auteure en parle. L’atmosphère est géniale, à la fois sombre et magique. Le dessin est coloré et dynamique. La bd se déroule en partie en automne et aborde même les fêtes d’Halloween et de Thanksgiving.

Définitivement, une superbe découverte!

Snapdragon, Kat Leyh, éditions Kinaye, 240 pages, 2021

Hôtel Heartwood t.1: Une maison pour Mona

Lorsqu’un très violent orage éclate dans la forêt, Mona la souris croit sa dernière heure venue. Elle trouve par hasard refuge au luxueux Hôtel Heartwood, caché au creux d’un arbre. Une foule d’animaux séjourne dans cet abri douillet pour l’automne. Pourtant, au cœur de ce tourbillon de lits moelleux, de biscuits tout justes sortis du four et de joyeux bals, une ennemie féroce attend Mona…

Je suis tombée sur le premier tome de la série Hôtel Heartwood un peu par hasard. En le commandant, je croyais lire une bande dessinée. J’ai donc été très surprise par le format du livre qui s’avère être en fin de compte… un roman jeunesse! La couverture est cartonnée, le format plutôt petit et il y a de bien jolies illustrations à l’intérieur. En fait, ce roman s’est avéré une bien belle surprise.

Une maison pour Mona est le premier tome de la série Hôtel Heartwood, qui reprend chacune des saisons. Il y a donc quatre tomes. Le premier se déroule à l’automne. Mona vient de perdre sa maison, inondée, et elle se retrouve seule dans la forêt à chercher un endroit où habiter. Elle traîne partout une valise en coquille de noix, gravée d’un cœur, souvenir de sa famille qu’elle a perdue. Un soir elle tombe sur l’Hôtel Heartwood, un endroit bien caché dans un arbre. Même si l’hôtel est complet, on lui offre l’hospitalité en échange de son travail, ce qu’elle accepte.

On ne lui fait pas forcément la vie facile tous les jours, mais Mona aime bien les lieux et elle s’attache à certains clients. Maladroite, du moins c’est ce qu’elle croit, une série d’événements vont la forcer à faire face à ses peurs et à affronter le danger avec beaucoup de courage pour une petite souris.

Ce premier tome est vraiment tout doux. Il met en scène toutes sortes de petits animaux en quête de sécurité. Il faut dire que la forêt est un lieu dangereux pour eux. Ils ne sont ni à l’abri des intempéries, ni protégés des prédateurs qui n’hésitent pas à les attaquer. L’hôtel Heartwood est un bel endroit, un refuge qui aime célébrer la gentillesse, offrir protection et tranquillité.

« Hôtel Heartwood, Hôtel Heartwood,
Où plumes et poils se soutiennent,

Où l’on oublie peurs et problèmes,
Où les ailes guérissent et la joie s’éveille. »

C’est aussi un lieu festif qui prend le temps de célébrer le passage des saisons et la venue d’événements ponctuels, comme l’arrivée de l’hiver ou la fête des lanternes. On y rencontre aussi plusieurs animaux différents qui amènent avec eux plusieurs événements et péripéties auxquels Mona doit faire face.

Ce premier tome s’achève sur l’arrivée de la neige, qui annonce le passage vers le tome 2 de la série, Un hiver si doux. Je l’ai lu récemment, afin d’être en accord avec les saisons. Je lirai le troisième tome au printemps et le quatrième à l’été.

L’univers créé par l’auteur est tout en douceur et rythmé par les saisons. C’est une belle petite lecture fort agréable. J’ai bien aimé ce moment passé à l’Hôtel Heartwood et je compte y revenir très bientôt!

Hôtel Heartwood t.1: Une maison pour Mona, Kallie George, Stephanie Graegin, éditions Casterman, 192 pages, 2018