Ma vie dans les bois t.3: Fumage et fumées

Ma vie dans les bois 3Shin Morimura et sa femme s’habituent à peu à leur nouvelle vie, et commencent même à mieux connaître l’environnement qui les entourage. Mais pour accéder à l’autonomie alimentaire, cultiver un potager ne suffit pas ! En effet, pour vivre au fil des saisons, se posent les questions de la cuisine, mais aussi et surtout de la conservation des aliments… Le couple a décidément encore beaucoup de travail !

L’été commence à s’en aller doucement et l’automne pointe le bout du nez. C’est la saison du fumage qui débute pour Shin et Miki. À l’aide de chutes de bois, Shin a construit lui-même son fumoir sous le regard incrédule de Miki. Comment pourront-il fumer leurs aliments à l’aide d’une simple boîte? Miki me fait souvent sourire puisqu’elle pose les questions que le lecteur se pose. Toutefois, comme d’habitude, Shin a un projet bien plus grand que de fumer simplement du maquereau ou du bacon…

Avec tout ce que rapportera Shin, lui et sa femme nous parlent de la façon dont ils vont apprêter leurs futurs repas. Si on s’intéresse à la cuisine et au fumage des aliments, c’est un manga très intéressant et très instructif.

« Je fais comme si j’étais maître dans l’art du fumage, mais il s’agit de mon premier de A à Z. »

Shin raconte la façon dont il a construit son fumoir et les différents types de fumages pour les aliments. J’aime beaucoup sa vision des choses. Il pêche pour se nourrir, mais a aussi un grand respect pour les animaux qu’il tue et pour la nature en général. Ce troisième tome aborde beaucoup la question de la pêche et la conservation des prises. C’est intéressant et ça donne envie de s’essayer à différentes techniques.

Shin n’est pas le plus doué pour la pêche et la façon dont il nous raconte ses erreurs, l’attente du poisson et sa difficulté à pêcher alors que tout le monde y arrive est pleine d’humour. Sa vision de lui-même et de son travail pour mener une vie autosuffisante est très lucide. J’aime beaucoup sa façon de raconter. Les réflexions qu’il amène autour de la nature, de la société, des choix de vie sont particulièrement justes.

« On ne fait que nous parler de progrès tout le temps… mais il existe beaucoup de choses qui ne changent jamais et qui sont formidables, magnifiques, et rendent heureux. »

Après quelques chapitres sur la pêche, le livre aborde aussi le thème des champignons (de la cueillette à la dégustation) et du charbon. Ce sont de gros projets dans lesquels se lance Shin. Cultiver ses propres champignons et faire lui-même son charbon. Des techniques qui ne sont plus couramment connues aujourd’hui.

Toujours accompagné de textes de l’auteur et de photographies à chaque chapitre, ce troisième manga aborde un autre aspect de la vie en autarcie et est toujours aussi captivant!

« Il n’y a ni progrès ni succès sans travail et erreurs. »

Vraiment, cette série vaut la peine si vous vous intéressez à l’autosuffisance et à la vie dans les bois. Une vie différente, en marge de la société. Le sympathique Shin (et son humour) est aussi pour beaucoup dans le plaisir de découvrir son aventure dans les bois!

Ma vie dans les bois t.3: Fumage et fumées, Shin Morimura, éditions Akata, 144 pages, 2018

Publicités

Ma vie dans les bois t.2: Alimentation

Ma vie dans les bois 2Shin Morimura a à peine fini de construire sa maison que déjà de nouvelles problématiques font leur apparition ! La plus évidente étant forcément la question de l’autonomie alimentaire ! Fatiguée de manger des nouilles instantanées de piètre qualité, sa femme commence à lui faire des remarques. Entre redécouverte de la flore locale, mais aussi développement d’un potager et réflexions sur la vie animale, le couple d’aventuriers des temps moderne a du pain sur la planche !

Le premier tome de Ma vie dans les bois se terminait de façon surprenante. Maintenant, Shin doit apprendre à vivre avec la décision de sa femme et il est confronté à certaines problématiques auxquelles il n’avait pas forcément réfléchit. Comme par exemple, la question de l’argent, des dépenses quotidiennes, le fait d’exercer ou non un emploi.

« Dépenser le moins possible, c’est une des règles de la vie dans les bois! Notre société n’est pas adaptée à celui qui veut vivre en autarcie. Taxe immobilière, retraite, impôts locaux, etc. Ce n’est pas une plaisanterie, l’argent est indispensable. »

Ce second tome porte essentiellement sur l’alimentation. Si les joies du printemps font redécouvrir à Shin les plantes sauvages comestibles, sa gourmandise peut aussi le rendre malade! Il doit trouver des solutions pour avoir une alimentation plus variée et surtout, plus accessible. Surtout que Miki vient de lui interdire d’aller dépenser leur argent au restaurant! On choisit un mode de vie, on s’y tient!

Shin fera plusieurs expérimentations, de la cueillette au jardinage, jusqu’à la récolte tant attendue! Toutefois, rien ne sera facile pour Shin, qui a choisi de vivre à la dure et qui doit se débrouiller avec ses connaissances et peu de ressources. Devenir autosuffisant en matière de nourriture peut être assez complexe et c’est ce que va expérimenter Shin dans ce deuxième tome. Il passera de cueilleur à jardinier avant de devenir éleveur. C’est plutôt intéressant de le voir affronter les problèmes et trouver des solutions, toujours avec cette forme d’humour et d’honnêteté qui le caractérise.

On retrouve également dans ce tome, Kuma, le vieux grand-père chasseur d’ours qui débarque à tout moment pour donner un coup de main ou bien discuter avec Miki et Shin. Il est plutôt drôle comme personnage avec ses conseils et sa vitalité d’homme des bois. Il a bien souvent la réponse aux questions de Shin.

C’est aussi intéressant de voir l’évolution de leur vie en autarcie. Shin nous montre comment la campagne et le bois peuvent changer les gens, autant au niveau physique (voir le premier tome) qu’au niveau de l’alimentation. Le goût des produits de restauration ou de supermarché n’est pas tout à fait le même lorsqu’on s’habitue à des produits frais, qu’on cultive nous-même. Devoir tuer (plumer, dépecer et trancher) soi-même une bête pour avoir de la viande plutôt que de l’acheter au supermarché est également toute une expérience! Il parle aussi des changements au niveau de la consommation en général et d’un choix de vie plus authentique, plus porté sur ce qui est essentiel.

« Avoir toujours envie de nouvelles choses, alors que nous possédons tout ce dont nous avons besoin, n’est pas de tout repos, sans compter ce sentiment d’être toujours pressés et affairés. « 

Il y a beaucoup d’informations sur la façon dont s’y prennent Shin et Miki, leurs essais-erreurs et ce qu’ils découvrent. Le manga offre aussi de belles réflexions sur la nature, sur la place de l’homme, ainsi que sur la hiérarchie qui existe aussi chez les animaux et la flore. Shin a une belle histoire avec son chien et il parle beaucoup dans ce manga de la place qu’a tenu les chiens dans sa vie. C’est un bel hommage au meilleur ami de l’homme!

Finalement, le dernier tiers du manga est consacré à un projet un peu particulier qu’on a proposé à Shin… Vraiment, ce second manga est aussi drôle et agréable à lire que le premier. L’auteur a de l’imagination. Il m’a fait vraiment rire quand il imagine ses poules se battant pour un ver, en agressives prédatrices du temps de la préhistoire!

Comme dans le tome 1, on retrouve des photos de son aventure aux changements de chapitres. C’est un beau complément au manga. Son histoire racontée avec sincérité et humour est vraiment le point fort de ces mangas. J’ai un gros coup de cœur pour les histoires de Shin. À découvrir, assurément, si la vie en autarcie vous intéresse! On apprend des choses et c’est plutôt rigolo, en plus d’être une belle histoire qui met l’emphase sur l’écologie et une manière différente de vivre, plus en harmonie avec son environnement.

Lisez aussi mon avis sur le tome 1: Ma vie dans les bois: écoconstruction.

Ma vie dans les bois t.2: Alimentation, Shin Morimura, éditions Akata, 144 pages, 2017

Ma vie dans les bois t.1: Écoconstruction

ma vie dans les bois 1Cela fait bientôt trente ans que Shin Morimura est auteur de mangas. S’approchant de la cinquantaine, et tandis qu’il vient de mettre un point final à sa dernière série fleuve, son éditeur lui demande de trouver une nouvelle idée originale pour son prochain titre. D’abord en manque d’inspiration, le dessinateur va finalement se lancer dans un projet « un peu » fou : partir vivre dans la montagne, sans eau courante ni électricité, et raconter son nouveau quotidien en manga ! Sa femme finira par le suivre, malgré « quelques » appréhensions… De la construction de leur maison en bois jusqu’au difficile apprentissage de l’autonomie alimentaire, suivez l’incroyable vie de ce couple plus tout à fait comme les autres !

Ce manga a été écrit pour moi! Le thème, assurément, a tout pour me plaire puisque je vis aussi dans le bois. Peut-être pas tout à fait comme ce mangaka, mais je me suis beaucoup retrouvée dans les aventures qu’il raconte, puisque ma démarche se rapproche un peu de la sienne, quoique différemment.

Shin Morimura vit en ville. Il travaille beaucoup, cherche à gagner toujours plus d’argent et à acquérir toujours plus de choses. Jusqu’au jour où il est fatigué de tout cela. Il est en surpoids, pas en forme, se sent constamment sollicité. La société actuelle ne lui convient plus. Épuisé, il a envie d’autre chose. Quand l’histoire commence et que l’auteur nous la raconte, il a 55 ans et vit dans le bois depuis huit ans. Il s’inspire de son histoire personnelle pour écrire ce manga, avec une grande sincérité et beaucoup d’humour, ce qui nous le rend toute suite sympathique.

Quand le déclic se fait, l’auteur vient de terminer une série et son éditeur lui en demande une autre « encore meilleure ». Il n’a pas d’inspiration et sent un peu la lassitude pointer le bout de son nez. C’est là qu’il se dit que de vivre différemment pourrait être intéressant. Avec sa femme, il part à la recherche d’un endroit où vivre, mais c’est soit hors de prix, soit beaucoup trop densément peuplé. Ils décident donc d’y aller en toute simplicité. Un bout de montagne, dans une forêt laissée en friche depuis des années. Le terrain coûte une bouchée de pain et l’auteur en fait l’acquisition immédiatement. La « vraie vie » peut commencer!

« Une journée entière pour extirper de terre la souche d’un maigrichon cerisier sauvage… Je comprends maintenant ce que veut dire « prendre racine ». Voici l’essence de la vie en montagne!! Un cerisier sauvage m’a fait entrevoir ce qu’impliquait vraiment cette existence. »

J’ai beaucoup rit en lisant ce manga parce que ce que l’auteur raconte, sonne juste. Ça sent le vécu et les anecdotes sont parfois rigolotes. La femme de Shin Morimura, Miki, est sympathique et elle taquine beaucoup son mari sur ses drôles d’idées. Je l’aime bien, même si elle doute de lui. Elle est la raison, alors que Shin rêve, perdu dans ses idées romantiques de vie des bois. Elle tente de le résonner et ça le rend encore plus convaincu qu’il réussira.

« L’ignorance rend décidément invincible! »

Dans ce premier tome, Shin Morimura nous raconte le moment où il a laissé tomber son boulot, s’est installé dans une tente de fortune pour déboiser un petit bout de terrain où construire sa future maison. Par moments, il est mal organisé et ça ne fonctionne pas comme il veut. Il n’a plus de réseau, mange toujours la même chose et « oublie » de donner des nouvelles à sa femme restée en ville. Elle débarque d’ailleurs à sa tente en trouvant qu’il ne sent pas très bon! Cependant, elle est plutôt émerveillée de voir que cette lubie de « retour à la nature » est toujours plus présente chez son mari et qu’il est déterminé à s’approprier un petit coin de terre.

« Face à cette montagne, je n’ai éprouvé aucune inquiétude… au contraire. Je me suis senti étrangement bien. »

Ce manga a été une très belle surprise parce qu’en plus d’aborder un sujet qui me parle – la vie dans les bois, l’autarcie, la nature, la recherche d’une vie plus proche de la nature – c’est un livre débordant d’humour. J’ai souvent sourit en lisant les aventures de Shin et de Miki. De l’étonnement à la passion, ils passent par toutes sortes d’émotions et de sentiment envers ce qui deviendra leur nouveau milieu de vie.

Le premier volet s’attarde essentiellement sur la recherche d’un lopin de terre, sur le défrichage et la construction de la maison, avec tous les obstacles, les coûts et le travail que cela implique. On suit essentiellement Shin, alors que sa femme reste un peu à l’écart (mais va lui rendre visite juste pour voir comment se développe la nouvelle passion de son mangaka préféré). Le bonheur et le dévouement dont fait preuve Shin face à son projet sont communicatifs.

« Selon moi, le « prêt-à-penser » est encore une autre forme de servitude. Pour gagner en liberté, les hommes ont tout intérêt à revenir à plus de simplicité. »

J’ai aussi beaucoup aimé qu’à travers les chapitres, une lettre de l’auteur soit reproduite, avec des photos de son travail sur sa terre. Ça donne encore plus de poids à l’expérience. La fin m’a un peu surprise mais laisse présager des anecdotes amusantes pour la suite!

Un manga que je vous conseille fortement si l’appel du bois vous anime. C’est intéressant et drôle à la fois. J’ai vraiment adoré cette lecture, c’est une excellente découverte!

Ma vie dans les bois t.1: Écoconstruction, Shin Morimura, éditions Akata, 144 pages, 2017

Jours barbares

jours barbares photoLe surf ressemble à un sport, un passe-temps. Pour ses initiés, c’est bien plus : une addiction merveilleuse, une initiation exigeante, un art de vivre. Élevé en Californie et à Hawaï, William Finnegan a commencé le surf enfant. Après l’université, il a traqué les vagues aux quatre coins du monde, errant des îles Fidji à l’Indonésie, des plages bondées de Los Angeles aux déserts australiens, des townships de Johannesburg aux falaises de l’île de Madère. D’un gamin aventureux, passionné de littérature, il devint un écrivain, un reporter de guerre pour le New Yorker. À travers ses mémoires, il dépeint une vie à contre-courant, à la recherche d’une autre voie, au-delà des canons de la réussite, de l’argent et du carriérisme ; et avec une infinie pudeur se dessine le portrait d’un homme qui aura trouvé dans son rapport à l’océan une échappatoire au monde et une source constante d’émerveillement. 

J’avais très envie de lire Jours barbares dont j’entends beaucoup parler depuis un moment. Sous-titré Une vie de surf, ces mémoires du journaliste William Finnegan du New Yorker se lisent comme un roman. Je ne pensais pas me laisser happer aussi facilement par le récit qu’il nous fait de son enfance, son adolescence, ses vagabondages à l’âge adulte et sa vie professionnelle, toujours en étant rythmé par le surf. Le livre est passionnant et je crois que c’est essentiellement dû à la façon qu’a Finnegan de raconter. Ça se lit tellement bien, on entre dans ses souvenirs, on le laisse nous parler avec lucidité de son parcours, des lieux qu’il a habité, de ses premiers pas dans la vie adulte et de ses premier balbutiements en tant que journaliste.

Jour barbares débute en 1966. William a 14 ans. C’est un expatrié – à cause du travail de son père – qui vient d’arriver à Hawaï et qui surfe depuis trois ans déjà.

« Je n’ai même pas envisagé, serait-ce fugacement, que je pouvais avoir le choix entre surfer et m’en abstenir. »

Il nous parle de son excitation de surfer à Hawaï, mais aussi des problèmes d’intégration quand on est un haole (un non-autochtone). Il y est beaucoup question de racisme par exemple, mais aussi de l’histoire du surf, de la culture hawaïenne et des peuples autochtones de l’île.

C’est d’ailleurs sans doute un des aspects vraiment très intéressant du livre, cette remise en contexte, dans la société où se déroule le récit, de ce qui se passait à cette époque-là. Il aborde de grandes questions comme la ségrégation raciale, l’apartheid, les droits civiques, la politique, l’environnement, tout en gardant comme fil conducteur le surf. J’aime les gens passionnés, leur façon de parler de leur passion, la lumière qui les anime , peu importe ce qui les fait vibrer. Finnegan réussit à nous transmettre cette étincelle à travers les hauts et les bas reliés à la pratique de ce sport, devenu une véritable religion.

Le livre est à la fois un récit de voyage, une autobiographie, un ouvrage sportif, un roman, un livre sociologique, ce qui en fait une lecture passionnante, à la fois instructive et divertissante. L’ouvrage regorge de références intéressantes. Beaucoup liées au monde du surf, naturellement, mais aussi de films et de musique. Il contient énormément de références littéraires, de James Michener en passant par Moby Dick. Il y a également des références à Jack Kerouac, ce qui m’a réjouie, mais pas vraiment étonnée! En tombant sous le charme de cet écrivain-phare de la Beat Generation, Finnegan et un ami décident de traverser les États-Unis. Le voyage est au cœur de sa vie, même si le surf demeurera toujours en première place. C’est d’ailleurs le surf qui pousse au voyage.

« Nous étions des bêtes curieuses, des émissaires, un objet d’amusement. Personne ne comprenait ce que nous cherchions. Nous regrettions de n’avoir pas emporté au moins un magazine de surf. Les livres de poche imbibés de pluie au fond de nos sacs à dos ne nous étaient visuellement d’aucun secours. (Tolstoï ne surfait pas.) »

William Finnegan signe un très beau livre et retrace des moments qui sont importants afin de comprendre aussi le monde, ainsi que la société américaine. Le surf est toujours là, jamais très loin, mais l’auteur a tout de même vécu beaucoup de choses. Il a longtemps vibré uniquement pour le surf, de voyages en voyages, avant de faire toutes sortes de boulots alimentaires, d’écrire, d’être libraire, d’enseigner, puis de devenir journaliste et correspondant de guerre, mari et père de famille.

Le livre est complété par un glossaire du surf en fin de volume, glossaire grandement apprécié quand on n’est pas soi-même surfer. Des photographies en noir et blanc agrémentent chaque début de chapitres. Je trouve que cet ajout est un petit plus au plaisir de découvrir l’histoire de l’auteur et de le suivre dans ses voyages de surf un peu partout dans le monde.

« …le surf devint pour moi un excellent refuge, un rempart contre tout conflit – une raison de vivre, dévorante, physiquement épuisante et riche de joies. Il traduisait aussi très clairement – par sa futilité vaguement hors-la-loi, son renoncement à tout travail productif -, le désamour que je ressentais vis-à-vis du système. »

Voyages, d’ailleurs, qui n’ont pas toujours été de tout repos, qui l’ont éloigné de sa famille, l’ont parfois rendu malade et ont créé un grand décalage entre lui et les autres personnes qu’il côtoyait avant. Par moment d’ailleurs, l’appel des vagues a été moins fort que d’autres centres d’intérêt, comme le journalisme par exemple, qui lui permet de découvrir d’autres mondes, mais le surf est toujours là, même quand la passion est moins vive. En tournant la dernière page, je réalise que le sous-titre du livre, Une vie de surf, prend vraiment tout son sens.

Je ne crois pas qu’on doive surfer pour apprécier ce livre. Oui, l’auteur parle beaucoup de nombreux aspects de ce sport: les planches, les vagues, les modes au fil du temps, les spots pour surfer, les communautés de passionnés, les dangers et la dopamine qui sont en ligne directe avec le fait de monter sur une planche. Mais c’est avant tout un récit qui est passionnant dans son contexte social, politique et culturel de l’époque.

J’étais certaine d’aimer ce livre lorsque je l’ai commencé, mais je ne pensais pas prendre autant de plaisir à le lire. Je pouvais dévorer une centaine de pages par jour, attendant toujours le moment de reprendre l’histoire. C’est fluide, bien écrit (et bien traduit), amusant par moments. J’ai appris beaucoup de choses, d’abord sur le surf, un sport qui m’intéresse bien, mais que je n’ai jamais pratiqué. Il y a également beaucoup d’informations sur l’époque, la façon dont le surf était vécu et perçu, mais aussi l’évolution de la société en général. Jour barbares est bien plus qu’un livre sur le surf, bien plus aussi que des mémoires. C’est à la fois le récit d’une grande passion, les mémoires d’un écrivain de talent et un portrait fascinant de la société de 1966 à 2015.

Aujourd’hui paraît au Québec la version poche du livre de William Finnegan, Jours barbares. C’est une excellente occasion de découvrir ce livre fabuleux! Je vous le suggère fortement. D’ailleurs, la chaleur actuelle se prête bien à cette lecture. C’est un livre qui sent l’été et qui donne envie d’eau et de soleil.

Ce livre a remporté le Prix Pulitzer 2016 dans la catégorie Mémoires et le Prix America 2017.

Jours barbares, William Finnegan, éditions du sous-sol, 528 pages, 2017

M pour Mabel

m pour mabelEnfant, Helen rêvait d’être fauconnier. Elle nourrit des années durant son rêve par la lecture. Devenue adulte, elle va avoir l’occasion de le réaliser. De manière brutale et inattendue, son père, journaliste qui a marqué profondément sa vision du monde, s’effondre un matin dans la rue. Terrassée par le chagrin, passant par toutes les phases du deuil, le déni, la colère, la tristesse, Helen va entreprendre un long voyage physique et métaphysique. Elle va se procurer un rapace de huit semaines, le plus sauvage de son espèce, Mabel. Réputé impossible à apprivoiser. Elle va s’isoler du monde, de la ville, des hommes. Et emprunter un chemin étonnant.

M pour Mabel est un livre étonnant. Une sorte d’hybride entre le roman, l’autobiographie, le traité de fauconnerie et qui propose à travers son histoire, une biographie commentée de l’auteur T.H. White (Terence Hanbury White). Qui est White? Nul autre que le créateur du roman reprit par Walt Disney pour créer… Merlin l’enchanteur!

À la mort de son père, journaliste et photographe, Helen Macdonald ne va pas très bien. Elle doit retrouver un sens à sa vie et vivre avec le deuil d’un homme qu’elle chérissait. Elle adopte donc un autour, Mabel, qu’elle entraîne pour la chasse. Et elle nous raconte son histoire parallèlement à ses relectures d’ouvrages de fauconnerie. C’est là qu’intervient la vie de T.H. White, qui a aussi élevé des rapaces. S’il ne s’y prend pas toujours correctement, son histoire reste intéressante et Helen commente son propre travail en réponse aux interrogations de White à l’époque de l’écriture de son livre.

Ce roman peut sans doute déstabiliser plus d’un lecteur à cause de son sujet, la fauconnerie, qui ne rejoint pas forcément tout le monde (alors que moi, ça me passionne!) et de par sa construction, qui n’est pas du tout linéaire. De mon côté, c’est cette surprise dans le récit, dans la forme et la façon de traiter son sujet, en mêlant les genres, qui m’a beaucoup plu.

Un livre que je conseille pour vivre un contact littéraire rapproché avec un autour et l’univers de la fauconnerie, tout en se plongeant dans la littérature et l’histoire de T.H. White. Un beau tour de force de la part de l’auteur!

M pour Mabel, Helen Macdonald, éditions 10/18, 408 pages, 2017