Le journal d’Alphonse

journal d'alphonseAlphonse Béliveau est âgé de 24 ans lorsqu’il s’engage dans l’aviation. Le jour de son départ pour l’Angleterre, le 3 mai 1942, il entreprend la rédaction d’un journal qu’il destine à sa mère au cas où il perdrait la vie. Peu de militaires ont eu le loisir — ou la persévérance — de s’adonner à la rédaction d’un journal. On y lit donc, non sans émotions, les états d’âme d’Alphonse Béliveau, son quotidien, sa traversée en mer, ses appréhensions de la mort et bien d’autres détails d’une grande valeur historique.

Le livre débute par un avant-propos qui parle d’Alphonse Béliveau qui s’est enrôlé en 1940. Il s’est entraîné au Canada avant d’être envoyé en Angleterre. L’historien Jean Thibault qui annote le journal d’Alphonse, relate la guerre en Europe de 1939 à 1942, la façon dont les Allemands avancent dans leur conquête. Suit une courte biographie d’Alphonse Béliveau, son apprentissage des rudiments militaires.

Alphonse débute son journal au moment où il part pour l’Europe. C’est un document rare, étant donné le peu de temps alloué aux militaires pour leurs loisirs, la censure qui est en place en ce qui concerne le courrier et les journaux, ainsi que les moments de pratique et la guerre. Les écrits d’Alphonse ont traversés le temps et se sont rendus jusqu’à nous. Il écrivait ce journal pour sa mère, au cas où il ne reviendrait pas. Très catholique, Alphonse fait de plus en plus allusion à sa mort et au fait qu’il pourrait ne pas revenir, priant et demandant la paix à Dieu.

Ce journal, conçu comme un véritable carnet et en ayant l’apparence, nous apprend énormément de choses sur le quotidien des militaires, sur la vie à cette époque et sur la façon dont la guerre était vécue par quelqu’un comme Alphonse. Le livre reproduit l’écriture manuscrite d’Alphonse et l’historien Jean Thibault ajoute des notes à la fin de certains paragraphes, nous éclairant sur différents aspects abordés par Alphonse ou sur la période historique où son journal se déroulait.

Alphonse Béliveau œuvrait dans l’aviation. Il avait donc un bon poste, mangeait mieux que ses compatriotes militaires surtout lors de la traversée en bateau, était souvent mieux logé, plus instruit. Il a étudié la théologie et a été professeur de mathématiques. Cette instruction se ressent dans son journal. À travers la lecture de ce carnet, on remarque rapidement qu’Alphonse ne percevait peut-être pas la pleine réalité de la guerre, puisque ses conditions de vie pour la traversée par exemple, ressemble beaucoup plus à des vacances. C’est quand il sera confronté aux bombardements qu’il prendra conscience de toute l’ampleur de ce qui se joue autour de lui.

« À minuit moins quart j’allais sur le pont; il faisait très noir; à peine une couple d’étoiles perçant les nuages, et la lune rouge et flamboyante. Flamboyante est le mot, car les nuages et le brouillard lui donnaient une apparence d’un immense incendie dans le lointain. »

Cet ouvrage a été une fabuleuse lecture pour moi. C’est un coup de cœur, tant au niveau du contenu que de l’objet, qui nous donne l’impression de tenir entre nos mains un véritable carnet. L’ouvrage se lit d’ailleurs comme tel. L’écriture est sympathique, on s’y sent très proche, puisque l’auteur nous fait vivre à travers son histoire ce qui s’est réellement passé à ce moment, dans sa vie. Les entraînements en aviation, ses pratiques, la découverte de l’Angleterre, les différentes cultures, la religion, sa fiancée, les rationnements, les conditions de vie et son environnement. Nous avons l’impression d’être à ses côtés. Alphonse est très attachant et son carnet est touchant surtout parce qu’on sait qu’il ne reviendra jamais de la guerre.

Ce document d’exception est le journal d’un homme ayant vécu pendant cette période clé de l’histoire. Les notes de l’historien nous aide à avoir une meilleure compréhension du texte et de ce qu’Alphonse pouvait vivre à ce moment-là comme militaire et aviateur.

Un ouvrage que je conseille fortement. C’est un des livres que j’ai aimé le plus découvrir. Un véritable plaisir de lecture, en plus d’être un ouvrage précieux comme témoignage de toute une époque. À lire absolument!

Le journal d’Alphonse, Alphonse Béliveau, Jean Thibault, Société d’histoire de Drummondville, 124 Pages, 2011

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Ma vie dans les bois t.7: Le retour du printemps

ma vie dans les bois 7L’hiver s’en est allé… Et avec le retour des beaux jours, la faune et la flore se réveillent. Malgré des années à vivre dans les bois, Shin et Miki restent émerveillés par la beauté de ce renouveau ! Mais le quotidien est parfois difficile. Aussi, Miki demande à son époux de lui construire un nouveau loft, pour qu’elle puisse profiter des ses loisirs dans le calme.

Un nouveau tome de Ma vie dans les bois, c’est un petit plaisir chaque fois! J’adore cette série manga différente et rafraîchissante. Elle touche naturellement à une corde sensible chez moi: la vie en forêt, la recherche de l’autonomie et les préoccupations écologiques. Shin Morimura me rejoint beaucoup dans sa façon de penser: une pensée visant la durabilité de l’écosystème, même quand il va à la pêche ou gère son poulailler et la rotation de ses poules dans le but de se nourrir.

Dans ce septième tome, l’hiver est terminé et laisse place à l’éclatement du printemps! Nouvelles pousses, jardinage, Shin et Miki font aussi face aux sangliers qui dévastent tout sur leur passage! Le printemps, c’est aussi le retour des allergies saisonnières et le moment d’attirer des oiseaux chez soi, mais le couple n’a pas plus de chance de ce côté-là. Shin raconte avec lucidité et humour leurs aventures qui sont parfois plutôt rigolotes.

Miki reproche aussi à Shin de passer tout son temps à construire des cabanes en rondins sur leur bout de montagne… mais demande alors à en avoir une à elle pour pouvoir travailler sur son métier à tresser tranquillement. On en apprend un peu plus sur elle, sur son enfance et la vie qu’elle avait en ville. La construction de la cabane occupe une grande partie de ce septième tome et Shin nous raconte de façon détaillée la façon dont il s’y prend, ainsi que ses moyens pour se procurer les matériaux. Si on s’intéresse à l’autarcie et à ce mode de vie, c’est réellement passionnant!

L’auteur nous parle aussi des invasions de punaises, des mantes religieuses, des serpents, du poulailler, de la récupération comme moyen écologique de diminuer la surconsommation.

« Le déchet est le symbole de l’époque moderne et de la société de consommation. Plus on consomme, plus on jette, plus il y a d’objets en abondance et plus on perd la valeur des choses. Et comme on utilise moins de personnel partout, même l’humain est considéré comme un déchet. »

La dernière portion du manga raconte une partie de pêche dans un coin reculé à la recherche des ombles sauvages, qui prend une tournure inattendue pour Shin, digne d’un véritable jeu de survie! Campement, escalade, confrontation entre pêcheurs, écologie et cuisine sont abordés dans ce chapitre.

Le manga est complété comme d’habitude d’une page de « journal » avec photos de la vie de l’auteur et d’un chapitre bonus sur les chiens.

Un bon manga, comme chaque fois! Si vous ne connaissez pas encore cette série et que l’écologie et l’autarcie vous intéressent, c’est une lecture parfaite pour vous!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Bonne lecture!

Ma vie dans les bois t.7: Le retour du printemps, Shin Morimura, éditions Akata, 172 pages, 2019

Ma vie dans les bois t.6: Pêche hivernale

ma vie dans les bois 6L’hiver est tombé sur le Japon… Mais ne croyez pas qu’il n’y a rien à faire d’autre que de rester cloîtré chez soi, au coin du feu, en cette froide saison. Non, plutôt que de se tourner les pouces à se morfondre en attendant le retour des beaux jours, Shin décide de se lancer dans de nouvelles expériences : il se lance cette fois-ci dans la pêche hivernale !

Le manga commence tout d’abord en automne, alors que Shin et Miki nous expliquent la cueillette des ignames, principalement des petits tubercules comestibles qui poussent à la base des feuilles. On apprend comment ils les repèrent et la façon d’en faire la cueillette. Le tubercule est aussi comestible mais sa cueillette est un vrai parcours du combattant! Ce qui laisse naturellement place à quelques scènes humoristiques dont Shin a le secret!

Puis enfin, c’est l’hiver! Shin pense s’installer tranquillement chez lui en attendant la belle saison, mais c’est sans compter l’arrivée inopinée du « boss », le mentor de pêche de Shin, déjà rencontré dans les autres tomes de la série. Il propose la pêche hivernale: ils iront pêcher le wakasagi, un poisson introduit dans la région comme attrait touristique pour la pêche récréative. Ce qui ne devait être à la base qu’un joyeux passe-temps pour rapporter de la nourriture supplémentaire sur la table devient un véritable défi!

Shin et le Boss rencontrent un jeune garçon, Gon, alors qu’ils testent leur matériel et s’exercent à pêcher sur une plateforme flottante en attendant la formation de la glace. Frondeur, un peu mal poli, celui-ci pêche accompagné de son grand-père et perçoit l’activité comme un jeu high-tech en pleine nature. La confrontation se solde en véritable pari de celui qui pêchera le plus de poissons, Gon avec sa canne électronique, Shin et le Boss avec des cannes fabriquées à la main.

C’est à cette aventure de performance et au travail de création de cannes à pêche que nous amène Shin dans cette histoire hivernale de pêche sur la glace. La confrontation finale se jouera entre les deux hommes et le garçon, par une journée d’hiver rude et glacée.

Autour de ce pari enfantin, Shin amène une réflexion sur les traditions versus les produits de haute technologie. C’est aussi l’occasion de confronter deux générations différentes à travers une même passion et de tester leurs connaissances en bricolage afin de réussir la canne parfaite.

Comme toujours, un tome instructif, plein d’humour et qui se lit avec grand bonheur. Est-ce que j’ai déjà dit que j’adorais cette série? Je vous laisse découvrir mes autres billets sur les tomes précédents, afin de vous convaincre que ce manga vaut largement le détour!

Bonne pêche!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Quelques mots de la postface, extrait d’un livre de Michio Hoshino:

« La nature nous a toujours un peu enseigné les réussites et échecs d’une vie la plus éloignée des normes sociales. »

Ma vie dans les bois t.6: pêche hivernale, Shin Morimura, éditions Akata, 160 pages, 2018

Ma vie dans les bois t.5: La faune dans tous ses états

ma vie dans les bois 5Plus les années passent, et plus Shin et sa femme deviennent des experts de la vie en autarcie ! Accompagné de son nouveau chien, le quinquagénaire continue d’explorer les joies de son quotidien : entre pèche et potager, mais aussi récolte de miel ou sanglier, le mangaka des bois n’a pas fini d’en apprendre sur la richesse de la nature.

Ce cinquième tome de la série Ma vie dans les bois aborde principalement le thème des animaux (mammifère, poissons et insectes). Ceux qu’on garde comme compagnons, ceux qu’on élève pour la nourriture ou que l’on pêche, ceux qui nous envahissent et de qui on doit se défendre.

La première partie parle surtout des chiens de Shin et Miki. Ceux qui sont passés dans leur vie, celui qu’ils ont maintenant et l’adoption d’un tout nouveau petit chien, ainsi que de la place de chacun au sein de la famille, incluant Miki « qui gère et qui fait peur »! Shin a toujours beaucoup d’humour pour nous raconter son quotidien.

La seconde partie du livre parle de la pêche, mais surtout, de ce que ça prend pour devenir un bon pêcheur. Avec son maître de pêche, Shin va construire et travailler à créer la meilleure canne à pêche possible. Le récit de leur travail, de la recherche du bambou parfait au séchage qui dure des années, jusqu’aux matériaux choisis et à la cuisson est totalement fascinant. Quand, enfin, les cannes sont créées, il faut aller les tester sur un vrai plan d’eau! Shin n’est certainement pas au bout de ses surprises!

La troisième portion du manga aborde les envahisseurs, des insectes qui se défendent et attaquent, jusqu’aux bêtes qui dévastent les jardins, en passant par les poules, les œufs et l’apiculture. Beaucoup de thèmes sont abordés et c’est avec intérêt qu’on les découvre.

Un petit clin d’œil à la façon dont Shin gère la mort de ses chiens, qui reposent toujours sous un arbre et ça m’a beaucoup touchée. Il parle toujours de ses animaux familiers avec une grande sagesse et beaucoup d’empathie.

Tous les tomes comportent des extraits de lettres et des photos de la vraie vie de Shin et Miki et ce cinquième tome ne fait pas exception. Il y a aussi un message écologique dans chacun des tomes, que ce soit au niveau de la consommation, de la mort des écosystèmes, des tragédies écologiques.

Comme d’habitude, je ne peux que vous conseiller cette série de mangas. C’est toujours excellent, captivant et vraiment intéressant à découvrir. Chaque tome est un véritable bonheur de lecture, surtout si vous aimez la nature et les récits sur l’autosuffisance.

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Ma vie dans les bois t.5: La faune dans tous ses états, Shin Morimura, éditions Akata, 160 pages, 2018

Ma vie dans les bois t.4: La triple catastrophe

ma vie dans les bois 4Le 11 mars 2011. Ce jour-là, Shin et sa femme se lèvent comme d’habitude. Cela fait quelque temps désormais qu’ils vivent dans la montagne. Mais quand, à 14H46, ils sentent une terrible secousse, ils ne s’imaginent pas encore de la catastrophe mondiale qui s’annonce. En effet, à cent kilomètres de là où ils vivent se trouve la centrale de Fukushima Daichi. Frappée par le séisme, puis par la déferlante du tsunami, la centrale nucléaire s’emballe. Quel impact aura cette crise écologique sur leur quotidien ?

Un beau jour alors qu’ils sont tranquillement chez eux, dans les bois, Shin et Miki ressentent des secousses de plus en plus violentes. Après un peu de répit, les secousses recommencent. Ils sont isolés, ne savent pas trop ce qui se passent et doivent constater les dégâts. Comme ils n’ont pas la télé, Shin décide d’aller explorer pour savoir ce qui s’est passé. Il n’ira pas bien loin: les routes se sont effondrées et sont impraticables. C’est alors qu’ils apprennent pour le tsunami et les problèmes reliés à la centrale nucléaire.

Les radiations sont une des répercussions les plus insidieuses de cette catastrophe. Inodore, incolore, on ne les voit pas, mais elles imprègnent tout: les arbres, les plantes, la nourriture, le jardin, les animaux, les humains… Comment continuer à vivre en harmonie avec la nature quand tout ce qu’on porte à sa bouche est un risque potentiel? Comment poursuivre ce mode de vie en harmonie avec son environnement quand l’environnement justement, est gravement atteint? Voilà le propos de ce quatrième tome, les questionnements, les inquiétudes et les solutions apportées par Shin et Miki.

« Une vie trop commode nous rend incompétents. »

Shin nous raconte le quotidien dans un printemps tourmenté qui n’a pas été de tout repos. Sa façon d’affronter la catastrophe c’est d’utiliser ce qui est considéré comme n’étant plus bon (pierres trouvées à la décharge suite à l’effondrement d’immeubles, bois de sa montagne qui a été victime des radiations, etc.). C’est pour lui une façon de contrer la tragédie.

« Ignorant l’agitation du pays, la nature suit son cours comme si rien ne s’était produit, de façon providentielle. »

Shin et Miki tentent, malgré tout, de reprendre leur quotidien comme à l’habitude. La façon pour Shin d’y faire face est d’avoir des projets. Ce tome se concentrera sur la création de toilettes extérieures et d’un four en pierres. Comme bien souvent, les collègues de Shin du magazine où il publie ses mangas seront de la partie!

Ce tome aborde la façon dont on peut faire face à une catastrophe, en continuant à vivre et en ayant des projets, tout en étant une prise de conscience de la qualité de vie et de l’écologie lors de grands changements.

« Si les gens étaient moins matérialistes et se préoccupaient moins de leurs envies, ils seraient plus libres, plus forts et plus maîtres de leurs vies, j’en suis convaincu. »

Comme toujours, le propos de Shin Morimura sonne juste. Le manga a beaucoup d’humour et la nature est omniprésente. Les chapitres sont entrecoupés de lettres sous forme de journal et de photos. À la fin du manga, il y a aussi la petite histoire de Yakumo Koizumi et de son texte Un Dieu vivant. C’est vraiment une histoire intéressante qui trouve un écho dans le récit de Shin Morimura.

C’est donc encore une fois un excellent manga que je vous invite à découvrir si la vie dans les bois, l’autosuffisance et l’écologie vous intéresse. C’est sans doute ma série de mangas préférée jusqu’à maintenant, peut-être parce que le thème me parle beaucoup!

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Ma vie dans les bois t.4: La triple catastrophe, Shin Morimura, éditions Akata, 144 pages, 2018