Un Noël au bord de la Tamise

Worm, un gamin des rues âgé de neuf ans, vit sur les rives de la Tamise et il n’a jamais passé un Noël en famille. Mais grâce à un petit boulot dans la clinique d’Hester Monk à Portpool Lane, la douce Miss Claudine Burroughs et Squeaky Robinson, un vieux comptable bougon, deviennent sa famille adoptive.
Quand Worm est témoin de l’enlèvement d’une belle jeune femme par deux voyous quelques jours avant Noël, éperdu, il demande de l’aide à Squeaky. Le vieil homme a autrefois possédé un bordel et il sait qu’il est dangereux de se mêler d’affaires louches comme celle-ci, mais il ne supporte pas l’idée de décevoir Worm ou de laisser le garçon voler au secours de la jeune femme tout seul. Cependant, les deux sauveurs improvisés ne s’attendaient pas à ce que la demoiselle en détresse ait la situation bien en main… et s’emploie à amener ses ravisseurs devant la justice pour des crimes bien pires que son kidnapping. Mais, il ne faut pas sous-estimer les deux truands, aussi fourbes que mortellement dangereux. Et peut-être que l’aide du cynique vieux Squeaky et du jeune Worm, gonflé d’optimisme, permettra au bien de triompher et d’éviter un terrible drame de Noël.

Un Noël au bord de la Tamise est le dernier livre que j’ai lu en 2020. J’avais très hâte de le lire puisque j’aime bien découvrir les contes de Noël qu’Anne Perry nous réserve en fin d’année. Ils ne sont pas toujours de qualité égale, mais c’est un rendez-vous que j’aime beaucoup malgré tout. Il y a certains titres que j’ai adoré, d’autres moins et il y en a trois que je n’ai pas lus parce qu’ils se déroulent sous le soleil et que ça ne m’intéresse pas vraiment. Pour moi, Noël est synonyme de neige ou à tout le moins, de froid! 

Si ses premiers contes d’il y a plusieurs années étaient plus festifs, maintenant je dirais que ça dépend des années. Par contre mes préférés figurent parmi les premiers contes qu’elle avait écrit au tout début. J’aimerais beaucoup d’ailleurs que l’éditeur les réédite. Je pense à La disparue de Noël par exemple ou au Voyageur de Noël. J’aimerais bien me les procurer et les relire. Qu’en est-il toutefois du conte de cette année, Un Noël au bord de la Tamise?

L’histoire est celle de Worm, neuf ans, un orphelin qui vivait dans la rue et à qui on a offert un foyer dans une clinique qui s’occupe des femmes égarées et des pauvres. Un jour qu’il se promène, il croise une jolie dame « aux cheveux plein de soleil », qui semble en difficulté. La scène le trouble beaucoup, il ne réussit pas à l’oublier. Il décide d’enquêter en entraînant le comptable de la clinique, Squeaky, dans une histoire bien dangereuse…

Afin de le détourner de toute cette histoire, Squeaky lui parle de Noël, une fête que Worm n’a jamais vraiment célébrée. C’est la première fois qu’il a un foyer et que Noël sera une vraie fête pour lui. Il y a donc deux parties qui alternent à cette histoire: les préparatifs de Noël instillés par Squeaky et l’enquête sur la dame en difficulté, qui semble être malmenée par des hommes rudes et bourrus. 

Un Noël au bord de la Tamise se déroule beaucoup dans les quartiers mal famés de Londres, à l’époque victorienne. On sent un peu l’ambiance d’époque, même si l’auteur ne nous plonge pas totalement dedans. Le roman est trop court pour que de longues descriptions recréent cette atmosphère particulière. C’est surtout la petite intrigue qui retient l’attention. On veut connaître le dénouement de l’enquête de Worm et Squeaky. 

Même si Worm célèbrera Noël pour la première fois et qu’il en découvre les rouages, l’ambiance n’est malheureusement pas très festive. Il y a des mentions de décorations, de souvenirs de Noël et de préparation à la fête, mais sans plus. J’aurais aimé que ce soit plus approfondit, surtout qu’avec le personnage de Worm l’occasion aurait été belle de prendre le temps de créer un vrai Noël en parallèle à l’enquête. Je regrette un peu que cet aspect soit juste survolé. 

« Il jeta un regard noir à l’enfant pour avoir soulevé le sujet. Maintenant, il allait devoir dénicher un arbre de Noël! Et tout ça était la faute du prince Albert qui avait ramené des idées allemandes en Angleterre parce qu’il avait épousé la reine! »

Ça arrive de plus en plus que certains des contes de Noël d’Anne Perry ne soient pas si ancrés dans la magie des fêtes. Comme je m’y attendais un peu, j’ai quand même eu du plaisir à découvrir cette petite histoire. Ça reste léger et court, donc pas très marquant, mais ce fut une lecture agréable. J’aime découvrir ce que l’auteur nous réserve à la fin de l’année dans ses contes de Noël. Ils ont toujours une petite morale et parlent bien souvent de deuxième chance et de rédemption, des sujets qui reviennent beaucoup dans ses histoires.

Ce qui m’a plu dans ce roman, ce sont les personnages de Worm et Squeaky. On ne peut que s’attacher au gamin, un garçon des rues curieux et empathique. Même le rude Squeaky est un personnage intéressant. S’il ne souhaite pas trop montrer ses sentiments, il n’en demeure pas moins qu’il a profité d’une seconde chance dans la vie et est devenu une bien meilleure personne.

« Ne pas respecter la promesse faite à un enfant était une chose épouvantable, pour ne pas dire impardonnable, et encore plus au moment de Noël. »

Un conte de Noël qui nous mène sur les traces de cambrioleurs et d’or disparu, dans les quartiers industriels au bord de la Tamise. J’ai bien aimé!

Un Noël au bord de la Tamise, Anne Perry, éditions 10/18, 160 pages, 2020

La veillée de Noël / Jack L’Éventreur

Veillée de Noel - Jack L'ÉventreurC’est une jeune femme tremblante et angoissée que le célèbre détective Sherlock Holmes reçoit dans son bureau du 221b Baker Street. Un meurtre va être commis chez elle durant la veillée de Noël et il est le seul à pouvoir l’empêcher…  

Depuis plusieurs mois, Jack l’Éventreur sème la terreur dans le quartier de Whitechapel. Et, si les prostituées paniquent en se demandant : serai-je sa prochaine victime ?, les femmes de bonne condition, elles, tremblent en osant à peine penser : serais-je son épouse ? 

Ces deux nouvelles écrites par Anne Perry sont parues dans la collection Langues pour tous chez Pocket Bilingue. Je l’avoue, ce n’est pas du tout l’aspect bilingue du texte qui m’a attirée, mais principalement les nouvelles, que je n’avais jamais eu l’occasion de lire. J’apprécie beaucoup les histoires d’Anne Perry et les deux qui sont présentées ici parle de deux personnages légendaires à leur façon: Sherlock Holmes pour la première histoire et Jack L’Éventreur pour la seconde.

Pour information, le livre est présenté en version bilingue anglais / français. La page de gauche reprend le texte original anglais et la page de droite, la version traduite en français. En bas de chaque page, des notes sur les mots et la traduction sont présentées. Je ne les ai pas lus, toutefois le concept me semble intéressant pour quelqu’un qui souhaite se familiariser avec la langue anglaise et lire des textes dans cette langue en comparant avec la traduction. De mon côté, je n’ai lu que le texte en français et c’est sur cette traduction que portera mon billet.

La recueil comprend donc deux histoires:

La Veillée de Noël (The Watch Night Bell)
Cette histoire s’inspire des aventures de Sherlock Holmes. Elle met donc en scène le célèbre détective et son acolyte le docteur Watson, qui reçoivent la visite d’une jeune femme paniquée, demandant leur aide. Elle parle beaucoup, son récit est décousu et Holmes est sur le point de perdre patience avec elle, croyant à tors qu’elle est « fragile » et qu’elle ne réclame son aide que pour un « différend familial ». Watson prend donc les devants et tente d’interroger la jeune femme. Le lecteur apprend, en même temps que Sherlock Holmes, que la jeune femme soupçonne qu’un crime sera bientôt commis à la résidence familiale…
L’histoire présente un revirement de situation très intéressant. Elle se déroule la veille de Noël, avec une atmosphère festive et plusieurs détails sur la fête en préparation ainsi que sur les traditions de la famille autour des festivités.

Jack L’Éventreur (Jack)
Le célèbre tueur en série terrorise tout Whitechapel, un quartier de Londres, en 1888. Gwen est mariée à un homme mesquin et violent, qui la traite comme une enfant et la rabroue constamment sur tout. Elle lui joue un mauvais tour pour s’offrir une petite vengeance personnelle, tour qui prend des proportions qu’elle ne soupçonnait pas. Quand son mari l’empêche d’aller rendre visite à une amie, elle décide avec cette dernière de mener l’enquête, leurs deux maris se retrouvant dans la ligne de mire de la police.
Dans cette histoire, c’est la suspicion qui est au centre de l’intrigue, terrorisant les femmes du quartier qui se demandent si Jack L’Éventreur ne serait pas l’un des leurs, quelqu’un qu’elles connaissent très bien…

J’ai beaucoup aimé la lecture de ces deux nouvelles. La Veillée de Noël est plus festive, même si on parle d’un acte criminel. Cette histoire ne jurerait pas parmi les Contes de Noël d’Anne Perry. J’ai même trouvé à cette nouvelle un côté plus festif que nombre des histoires de Noël de l’auteure publiées ces dernières années.

En ce qui concerne Jack L’Éventreur, je trouve que l’ambiance victorienne de l’époque et surtout la peur qui devait terroriser chaque femme à cette période trouble de l’Histoire est bien rendue. La peur est sans doute le thème central de la nouvelle. À noter que cette seconde histoire ne se déroule pas à Noël (mais ce n’est pas plus mal!)

Les deux nouvelles sont bien écrite et passionnantes. Les deux mettent en scène des femmes plus fortes qu’il n’y paraît, pour des raisons différentes dans les deux histoires. Ce recueil fut une très bonne lecture. J’ai adoré découvrir Anne Perry en nouvelliste et j’ose espérer qu’on aura droit éventuellement à un recueil de nouvelles plus substantiel. Si vous aimez l’auteure, ces histoires pourraient bien vous plaire!

La veillée de Noël (The Watch Night Bell) suivi de Jack L’Éventreur (Jack), Anne Perry, éditions Pocket Bilingue, 142 pages, 2017

Le curieux Noël de Mrs Ellison

curieux noel mrs ellisonQuand Mariah Ellison reçoit un sinistre cadeau de Noël, un boulet de canon, sur le pas de sa porte, elle se rappelle un meurtre, il y a vingt ans, qui a brisé l’une de ses plus fortes amitiés. Comprenant que cette vieille affaire semble refaire surface, elle se rend dans le Surrey, dans l’espoir de se réconcilier avec son amie, et de résoudre enfin le meurtre qui les a séparées. Mais les collines pittoresques du Surrey cachent bien des secrets, et des révélations choquantes pourraient rendre le Noël de Mrs Ellison tout à fait surprenant.  

J’aime beaucoup les contes de Noël d’Anne Perry. Il y a toujours une fin heureuse et une petite morale sur les secondes chances, la justice, la rédemption. C’est un thème très récurrent dans les romans de l’auteure, surtout ceux de Noël. Son passé apporte un certain éclairage sur son choix de mettre en avant ces thèmes. Elle réussit à en faire de belles histoires de Noël.

Ces dernières années, les histoires de la série des contes de Noël me semble moins festives et moins enneigées que ses toutes premières. Elles se déroulent dans des lieux plus exotiques (et plus chauds) et pour moi, ça ne correspond pas à l’image que je me fais de contes de Noël. J’ai besoin d’un peu de magie, de décorations et surtout, de neige.

La parution de cette année, Le curieux Noël de Mrs. Ellison, me tentait beaucoup car ce livre me semblait plus proche de l’esprit de ses premiers contes de Noël. J’aime aussi que l’auteure choisisse de mettre en scène dans ses histoires de fin d’année, des personnages secondaires que l’on retrouve dans les autres séries qu’elle écrit. Ici, c’est Mariah Ellison le personnage principal. Il s’agit de la grand-mère de Charlotte Pitt, héroïne de la première série qui a rendue Anne Perry célèbre.

Mariah Ellison est une vieille femme un peu aigrie, au caractère assez volontaire. Elle a eu une vie compliquée, faite d’humiliation et de violence, dont on apprend beaucoup au fil du roman. Elle vit maintenant chez sa petite-fille Emily, la sœur de Charlotte Pitt. Son caractère difficile la fait passer les Fêtes seule, dans la grande maison. Elle ne manque de rien, sauf peut-être de l’essentiel: la présence des gens. Et quelque chose pour réchauffer le cœur. La livraison d’un étrange paquet et la demande de Peter l’amène à partir dans le Surrey. C’est le moment pour Mariah de remuer les vieux souvenirs du passé et tenter de rendre la paix aux gens qui ont été mêlés à une très vieille histoire: un crime horrible qui est resté impuni. Noël, dit-on, est le moment des miracles et Mariah Ellison fera tout en son pouvoir pour que justice soit rendue. Et pour ne pas décevoir ceux qui ont réclamé sa présence.

L’intrigue du roman est assez intéressante pour qu’on ait envie de suivre Mariah et de comprendre comme elle les raisons qui avaient poussé l’avocat et ami de Mariah à choisir de ne pas représenter son client. Le temps des Fêtes est normalement un moment de réjouissances, sauf que le cœur n’y est pas. Le temps presse, il y a une enquête à mener et le caractère bien trempé de Mariah est parfait pour en venir à bout.

L’aspect festif du livre est présent surtout au début et à la fin du roman, par très petites touches. Au moins, il fait froid et on sent que c’est l’hiver. L’esprit de Noël m’a manqué un peu au centre du livre et dans le déroulement de l’intrigue. La fête reste très secondaire. Les bons sentiments, le courage et la soif de justice toutefois, en font une histoire typique de Noël. L’enquête n’est pas inintéressante même si elle n’est pas non plus flamboyante. C’est une lecture que j’ai aimé, qui est mieux que plusieurs des derniers contes de Noël qu’Anne Perry a pu écrire ces dernières années, sans être équivalent à ses premières histoires de Noël. Le personnage de Mariah Ellison contribue toutefois à rendre le roman intéressant.

L’enquête s’attarde principalement sur le crime odieux d’une jeune fille et l’on suit le déroulement avec curiosité. Il manque cependant un petit quelque chose. L’auteure aurait pu étoffer un peu plus autour de l’histoire du boulet de canon. Pour l’ambiance de Noël, il faut cependant gratter un peu, il n’y a que des allusions de temps en temps. Rien de véritablement festif. J’ai toutefois bien aimé cette petite scène de thé de Noël:

« Mariah descendit au salon. La pièce était décorée de bougies rouges de Noël, de guirlandes de feuillage et de rubans, de pommes de pin et de branches de houx saupoudrées de cheveux d’ange et d’une sorte de neige argentée. Le tout était joyeux sans être trop exubérant. Elle s’installa à l’une des petites tables, puis commanda du thé et des crumpets accompagnés de beurre et de miel. Tout cela serait délicieux, et lui redonnerait des forces avant qu’elle prenne des décisions. »

En quête de justice, Mariah Ellison accepte d’apporter son aide à son entourage pour rétablir les faits et sauver le nom de son ami et sa mémoire. À la veille de Noël, c’est un but très louable qui demande à Mariah bien des efforts. C’est une enquête qui se lit facilement, qui est assez agréable, mais qui n’est pas vraiment marquante.

Le curieux Noël de Mrs Ellison, Anne Perry, éditions 10/18, 160 pages, 2019