La Bête de Buckingham Palace

Alfred a 12 ans et il n’est rien de moins que l’héritier de la couronne d’Angleterre. Mais par malheur, l’époque qui l’a vu naître est celle de la nuit perpétuelle : désastre écologique, trahison et tyrannie… Nous sommes en 2120 et si la royauté a survécu à la disparition du soleil et à la quasi destruction de Londres, elle vit enfermée à Buckingham Palace, sous le joug d’un tyran qui prétend la protéger contre de soi-disant révolutionnaires. Lorsqu’Alfred voit sa mère la reine, accusée d’être leur complice, se faire arrêter par les gardes, il retrouve son cœur de Lion et décide avec ses faibles forces et peu d’alliés de révéler le vrai visage du Lord Protecteur…

J’avais beaucoup aimé Le Monstre des glaces du même auteur. C’était une lecture amusante et impertinente. J’avais donc bien hâte de découvrir La bête de Buckingham Palace qui me semblait dans le même esprit. Si l’histoire est très différente, les deux romans ont beaucoup de points en commun. Tous les deux mettent en scène un personnage différent. L’auteur leur fait vivre des aventures dans un cadre semblable: on côtoie la royauté et les codes de conduites qui y sont reliés. Si Le Monstre des glaces se déroulait à l’époque victorienne, La Bête de Buckingham Palace nous parle du futur. 

Alfred est prince. Maladif, assoiffé de lecture, il n’est jamais sorti du palais. Il faut dire que nous sommes en 2120, que Londres est à feu et à sang, et que la ville est en ruines. Il se passe de drôles de choses au palais. Alfred ne reconnaît pas son père qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Le conseiller du roi prend beaucoup (trop?) de place au royaume. Les révolutionnaires se battent pour tenter de survivre dans une ville qui n’en est plus une. Quand la reine est arrêtée, Alfred doit faire quelque chose. Et il ne s’attend certainement pas à vivre toutes les aventures qui l’attendent!

« Depuis les événements catastrophiques qui avaient plongé le royaume dans l’obscurité, le roi s’était énormément appuyé sur son grand conseiller pour gérer les problèmes de ce terrifiant nouveau monde. D’année en année, il était devenu de plus en plus effacé, comme s’il s’était retiré au fond de lui-même. »

La bête de Buckingham Palace est un roman jeunesse abondamment illustré par Tony Ross, avec une police de caractère qui change au fil des péripéties. Quand les personnages sont plongés dans le noir, les pages sont… noires! On suit le destin d’Alfred, bien inconscient de ce qui se déroule en dehors du palais. C’est une époque de guerres, de révolution, de courage et d’affrontements. Malgré tous les malheurs qui s’abattent sur Alfred, l’auteur amène certaines scènes loufoques, d’étranges robots qui s’occupent du palais et beaucoup d’action.

 » Autrefois, le palais était un sanctuaire. Aujourd’hui, c’était une forteresse. »

Si j’ai préféré Le monstre des glaces, à cause de l’époque victorienne et des clins d’œil amusants concernant les conventions de l’époque que le personnage principal s’amuse à confronter, La Bête de Buckingham Palace est intéressant pour sa mise en place d’un monde futuriste où les robots côtoient la pauvreté et la révolte du peuple. Cette histoire se lit avec plaisir. Le côté mythologique, avec certaines créatures dont la bête du titre, est très présent dans ce roman. C’est un roman sur la tyrannie, la résistance, la justice et la rébellion. On se retrouve dans le futur, alors que le pays est plongé dans un hiver éternel, dans une Angleterre fort différente de celle que nous connaissons. 

La Bête de Buckingham Palace, David Walliams, éditions Albin Michel, 480 pages, 2020

Le journal d’Alphonse

journal d'alphonseAlphonse Béliveau est âgé de 24 ans lorsqu’il s’engage dans l’aviation. Le jour de son départ pour l’Angleterre, le 3 mai 1942, il entreprend la rédaction d’un journal qu’il destine à sa mère au cas où il perdrait la vie. Peu de militaires ont eu le loisir — ou la persévérance — de s’adonner à la rédaction d’un journal. On y lit donc, non sans émotions, les états d’âme d’Alphonse Béliveau, son quotidien, sa traversée en mer, ses appréhensions de la mort et bien d’autres détails d’une grande valeur historique.

Le livre débute par un avant-propos qui parle d’Alphonse Béliveau qui s’est enrôlé en 1940. Il s’est entraîné au Canada avant d’être envoyé en Angleterre. L’historien Jean Thibault qui annote le journal d’Alphonse, relate la guerre en Europe de 1939 à 1942, la façon dont les Allemands avancent dans leur conquête. Suit une courte biographie d’Alphonse Béliveau, son apprentissage des rudiments militaires.

Alphonse débute son journal au moment où il part pour l’Europe. C’est un document rare, étant donné le peu de temps alloué aux militaires pour leurs loisirs, la censure qui est en place en ce qui concerne le courrier et les journaux, ainsi que les moments de pratique et la guerre. Les écrits d’Alphonse ont traversés le temps et se sont rendus jusqu’à nous. Il écrivait ce journal pour sa mère, au cas où il ne reviendrait pas. Très catholique, Alphonse fait de plus en plus allusion à sa mort et au fait qu’il pourrait ne pas revenir, priant et demandant la paix à Dieu.

Ce journal, conçu comme un véritable carnet et en ayant l’apparence, nous apprend énormément de choses sur le quotidien des militaires, sur la vie à cette époque et sur la façon dont la guerre était vécue par quelqu’un comme Alphonse. Le livre reproduit l’écriture manuscrite d’Alphonse et l’historien Jean Thibault ajoute des notes à la fin de certains paragraphes, nous éclairant sur différents aspects abordés par Alphonse ou sur la période historique où son journal se déroulait.

Alphonse Béliveau œuvrait dans l’aviation. Il avait donc un bon poste, mangeait mieux que ses compatriotes militaires surtout lors de la traversée en bateau, était souvent mieux logé, plus instruit. Il a étudié la théologie et a été professeur de mathématiques. Cette instruction se ressent dans son journal. À travers la lecture de ce carnet, on remarque rapidement qu’Alphonse ne percevait peut-être pas la pleine réalité de la guerre, puisque ses conditions de vie pour la traversée par exemple, ressemble beaucoup plus à des vacances. C’est quand il sera confronté aux bombardements qu’il prendra conscience de toute l’ampleur de ce qui se joue autour de lui.

« À minuit moins quart j’allais sur le pont; il faisait très noir; à peine une couple d’étoiles perçant les nuages, et la lune rouge et flamboyante. Flamboyante est le mot, car les nuages et le brouillard lui donnaient une apparence d’un immense incendie dans le lointain. »

Cet ouvrage a été une fabuleuse lecture pour moi. C’est un coup de cœur, tant au niveau du contenu que de l’objet, qui nous donne l’impression de tenir entre nos mains un véritable carnet. L’ouvrage se lit d’ailleurs comme tel. L’écriture est sympathique, on s’y sent très proche, puisque l’auteur nous fait vivre à travers son histoire ce qui s’est réellement passé à ce moment, dans sa vie. Les entraînements en aviation, ses pratiques, la découverte de l’Angleterre, les différentes cultures, la religion, sa fiancée, les rationnements, les conditions de vie et son environnement. Nous avons l’impression d’être à ses côtés. Alphonse est très attachant et son carnet est touchant surtout parce qu’on sait qu’il ne reviendra jamais de la guerre.

Ce document d’exception est le journal d’un homme ayant vécu pendant cette période clé de l’histoire. Les notes de l’historien nous aide à avoir une meilleure compréhension du texte et de ce qu’Alphonse pouvait vivre à ce moment-là comme militaire et aviateur.

Un ouvrage que je conseille fortement. C’est un des livres que j’ai aimé le plus découvrir. Un véritable plaisir de lecture, en plus d’être un ouvrage précieux comme témoignage de toute une époque. À lire absolument!

Le journal d’Alphonse, Alphonse Béliveau, Jean Thibault, Société d’histoire de Drummondville, 124 Pages, 2011