Catamount t.1: la jeunesse de Catamount

Catamount 1En pleine conquête de l’Ouest, la famille Osborne recueille un nouveau né, seul survivant d’une caravane de colons massacrés par les Cheyennes. L’enfant s’appellera Catamount. Des années plus tard, Catamount est devenu un cavalier et un tireur hors pair grâce à la formation d’un vieux trappeur « Pad l’efflanqué »… Mais son destin va basculer lorsque son chemin croisera celui de Black possum, le chef cheyenne coupable du massacre de ses parents.

Catamount est une bande dessinée librement adaptée de l’oeuvre d’Albert Bonneau. Catamount signifie « chat sauvage ». Il s’agit en fait d’un cougar communément appelé « lion des montagnes ». J’ai lu que l’auteur avait emprunté le terme à Fenimore Cooper dans Le dernier des Mohicans. On a donc tout de suite une petite idée du genre de bande dessinée que l’on s’apprête à lire en ouvrant La jeunesse de Catamount.

Je dois l’avouer, ce premier tome d’une série a été une belle surprise! Je m’attendais à aimer Catamount, mais pas à ce point. Déjà, le dessin est sublime. Soigné, détaillé, des couleurs dominent certaines parties de l’histoire pour marquer un peu plus intensément l’action qui s’y déroule. On entre tout de suite dans l’époque, soit en 1870, quelque part entre le Colorado et le Nebraska, alors que fait rage la guerre entre les Blancs et les Amérindiens.

On suit la vie d’une famille qui tente sa chance dans de nouvelles terres riches de promesses, qui doit affronter les attaques d’Indiens et se battre pour survivre. C’est aussi l’histoire d’une vengeance, celle de Black Possum, un « peau-rouge » qui s’en prend à la famille de Catamount. Le jeune homme, qui a grandit depuis le début de l’histoire, en fera une affaire personnelle…

La jeunesse de Catamount nous entraîne dans un véritable western, rempli d’action. On découvre dans ce premier tome la jeunesse et l’enfance de Catamount, la façon dont il a été découvert par ses parents adoptifs et la tragique histoire de sa famille. Nous avons aussi un bel aperçu de l’homme qu’il deviendra.

Cette BD est vraiment passionnante! C’est un travail minutieux qu’a fait Benjamin Blasco-Martinez avec l’oeuvre d’Albert Bonneau. Il n’y a pas de temps mort, il y a beaucoup d’action et le dessin est magnifique.

Une bande dessinée à découvrir si vous aimez les histoires de l’Ouest et les westerns. L’histoire de Catamount est aussi intéressante que le dessin est beau. Un premier tome qui promet pour la suite. À lire!

Catamount t.1: la jeunesse de Catamount, Benjamin Blasco-Martinez & Albert Bonneau, éditions Petit à petit, 64 pages, 2017

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Métis

MétisDe courts tableaux tissent ce roman autobiographique dans lequel un adolescent porte un regard lucide et émouvant sur l’histoire peu commune de sa famille métisse, au milieu du siècle dernier. Avec justesse et authenticité, il témoigne de la vie en territoire algonquin, à l’époque des camps de bûcherons, et dresse un portrait saisissant de ceux qu’il côtoie quotidiennement.

Métis est un livre qui nous permet de vivre aux côtés d’une famille métisse dont le père est amérindien et la mère québécoise. Le personnage principal est bien sûr le fils, Pierre (Pien), mais son père, Shipouln (qui veut dire Jean-Paul en français) est toujours présent tout au long de l’histoire. Il est le lien entre la compagnie forestière, les bûcherons et les Algonquins. Pierre est très proche de son père et intéressé par ses racines, les coutumes algonquines et le mode de vie de ce peuple qui est aussi le sien. Il a un énorme intérêt pour tout ce que son père peut lui apprendre. La mère de Pierre est catholique et très pratiquante alors que le père du jeune homme a pour Dieu, la nature. Les conjoints, dans leurs différences frappantes, se respectent l’un l’autre.

À travers l’enfance de Pierre, le lecteur peut vivre les moments importants du quotidien des Amérindiens et des Métis, dont la vie n’était pas facile. Ça nous permet de voir les deux mondes, celui des Blancs et celui des Amérindiens. Les mentalités d’un peuple versus celles de l’autre. Il y a aussi tout le côté familial d’une enfance passé entre les coutumes et particularités de deux peuples différents et c’est ce qui donne au roman tout le plaisir qu’on a à le lire.

« Le gouvernement veut que je dise que je suis canadien. Je ne suis pas canadien. Je ne suis pas indien non plus, je n’habite pas les Indes. On nous appelle « Indiens » par erreur. Nous ne sommes pas des Sauvages non plus. Nous sommes des gens civilisés. Nous avons notre culture, nos langues, nos valeurs, notre patrimoine, nos croyances. Notre pays à nous, les Premières Nations, c’est l’Amérique du Nord. Nous sommes des Nord-Américains. »

Le roman, en partie autobiographique, aborde les relations des deux peuples. La vie des bûcherons est aussi au cœur du livre, puisque ceux-ci travaillent dans les forêts bordant la réserve. Les Amérindiens on un souci de la nature que l’homme blanc n’a pas nécessairement. On parle aussi de la trappe, de la drave, des pensionnats indiens, de la religion, mais également des… comics books!

La nature est importante dans ce roman, mais également tout l’aspect spirituel qui y est rattaché. L’auteur brosse ici le portrait d’une nature souvent saccagée par les Blancs, malmenée et décimée. Le roman est à la fois un hommage à la nature et, aussi, un constat écologique sur ce que devient la forêt à force d’en puiser toutes les ressources et d’y laisser toutes sortes de déchets.

Il y a de magnifiques passages entre Pierre et son père, où l’homme explique au garçon toutes sortes de choses sur la vie, sur la faune et la flore. C’est un excellent raconteur. Les histoires prennent d’ailleurs beaucoup de place dans l’histoire. Les personnages sont très attachants et leurs émotions sont communicatives.

Métis est assurément un coup de cœur que je vais garder précieusement dans ma bibliothèque tant j’ai adoré cette lecture. Je compte d’ailleurs le relire. Avec ce roman, je découvre Michel Noël et ce ne sera assurément pas ma dernière lecture de cet auteur. Métis est un roman émouvant, magnifique, poétique, instructif, drôle et merveilleusement bien écrit. C’est un roman familial, accessible aux jeunes comme aux adultes. J’ai fait un très beau voyage dans le temps en lisant ce livre. J’ai vécu une belle brochette d’émotions.

Un livre à lire et à découvrir assurément!

Métis, Michel Noël, éditions Bayard Canada, 251 pages, 2019

Vivre une vie philosophique, Thoreau le sauvage

Vivre une vie philosophique Thoreau le sauvageMichel Onfray propose un manifeste pour une vie philosophique libre, telle que H. D. Thoreau l’émule et ami de Ralph Waldo Emerson l’a pratiquée, du côté de Concord, en Amérique du Nord, au milieu du XIXe siècle. Ce livre est un hommage en même temps qu’une percutante introduction à la vie et à l’oeuvre de ce « penseur des champs » ou « romantique indien », solitaire et rebelle, qui a prôné toute sa vie une existence farouchement libre. Le philosophe dégage un portrait double de Thoreau, écologiste et libertaire et, par-delà, celui d’un modèle de vie où la pensée contemplative associée à l’action créent les conditions d’une existence authentique. Un modèle auquel Michel Onfray s’apparente, qui invite chaque philosophe et chacun d’entre nous à mettre en adéquation sa pensée et ses actions.

Vivre une vie philosophique, Thoreau le sauvage est un livre qui nous a tout de suite attiré tous les deux. Nous l’avons donc lu ensemble et nous en avons énormément discuté. Le propos de Michel Onfray ainsi que la pensée de Thoreau nous rejoint beaucoup. Dans cet ouvrage, on retrouve à la fois de grands pans de la vie de Thoreau, ses idées sur la société et l’analyse de Michel Onfray. Cet essai, quoique très court, est fort intéressant. C’est un livre qui a trouvé beaucoup d’échos pour nous deux, tant sur la vision de la vie qui y est présentée, de la place de la nature, du fait de choisir de ne pas voyager, sur la vie effrénée que mènent la plupart des gens sans savoir s’arrêter ni prendre le temps de le faire. Il y a beaucoup à découvrir chez Thoreau et Michel Onfray met ici en lumière des aspects très importants de l’idéologie de ce philosophe américain.

« Thoreau incarne un romantisme qui n’est ni celui de la forêt noire allemande ni celui des gibets jacobins français, mais celui des sagesses indiennes. Ses forêts ne sont pas taillées par le concept ou cisaillées par l’idée; sa solitude n’est pas plaintive et geignarde, il ne propose ni de rire ni de pleurer, il regarde et voit ce que peu de Blancs voient, mais ce que tous les Indiens perçoivent. »

Le début du livre commence par nous parler de philosophie en général, de la façon dont la philosophie était étudiée et démontrée en Europe, ainsi que la façon dont elle était pratiquée en Amérique. L’ouvrage aborde beaucoup la notion de grand homme versus de petit homme pour finalement en venir à Thoreau.

« Le plus grand des grands hommes est souvent celui qui, pour les autres, ne passe pas pour tel, mais ne fait pas de bruit et traverse son existence sur la pointe des pieds ontologiques. »

Thoreau était très intelligent et prônait plutôt la vraie vie. Il n’y a rien de mieux que de se frotter à ce qui nous entoure pour bâtir une forme de vie philosophique et y trouver sa place. C’est une nouvelle vision de la philosophie, une nouvelle façon de la pratiquer également. Thoreau n’est pas confiné à un bureau à réfléchir, il sort voir la nature pour alimenter sa réflexion.

« Car la philosophie, pour lui, n’est pas l’art d’écrire des livres, mais celui de les vivre… »

Thoreau était un battant, préférant le silence et le calme, mais tenant tête au gouvernement qui œuvrait pour les guerres et l’injustice, afin de faire savoir ses positions et sa vision des choses. C’est un homme qui se battait pour bien des causes, mais celles-ci avaient toutes un point commun: la liberté et l’indépendance. C’était le cas des causes entourant l’humain, les animaux, la nature, la forêt.

Il avait une belle philosophie de la vie, que ce soit pour la protection de la nature, la vie des Amérindiens, le combat contre l’esclavage. Nous avons appris plusieurs choses sur Thoreau en rapport aux Premières nations. Il existe une grande quantité de notes pour un ouvrage qu’il devait faire paraître sur les Amérindiens. Il est malheureusement décédé avant d’avoir pu le faire publier. Petit déception. Ça aurait été tellement intéressant de le lire sur le sujet!

Nous avons chacun un parcours différent quant à notre approche de Thoreau. Todd ne connaissait pas vraiment Thoreau avant de lire cet ouvrage, alors qu’Alaska a beaucoup lu sur cet auteur. Toutefois, nous avons pu apprécier tous les deux cet essai qui aborde la vie philosophique en général, mais principalement en se basant sur Henry David Thoreau comme philosophe. Un philosophe de la nature, épris de justice et libertaire. Nous avons été sensibles tous les deux au travail de Michel Onfray et aux réflexions qu’il apporte. Après avoir lu ce livre, nous avons envie de lire et relire Thoreau pour en découvrir encore plus. Il y a de nombreuses références à ses ouvrages les plus connus, comme Walden, mais aussi à ses textes sur l’esclavage et à son Journal par exemple. Onfray donne envie de puiser encore plus dans les écrits de Thoreau.

La nature était très importante pour lui et ce qu’elle avait à lui apprendre était tout aussi primordial. Il nous enseigne l’importance que la nature devrait avoir dans la société au lieu de notre façon de nous comporter avec elle: la détruire pour utiliser l’espace qu’elle occupe. Ce propos est encore plus saisissant aujourd’hui lorsqu’on réalise ce que l’homme fait de la nature. On perd une forme de sagesse que la nature pourrait nous transmettre alors que nous sommes en train de la faire disparaître. Les mots de Thoreau et sa philosophie de vie aujourd’hui prennent encore tout leur sens.

« Pour Thoreau, la nature est une fin en soi et non un moyen pour parvenir à plus qu’elle. »

À la fois essai, livre de philosophie, portrait d’un homme et de la nature, cet ouvrage est passionnant, captivant et vraiment très intéressant. Il saura toucher les lecteurs de Thoreau, mais aussi ceux qui ne l’ont jamais lu, ceux qui souhaitent le découvrir et ceux qui aspirent à une vie plus essentielle, axée sur la nature et ce qui compte réellement. Une vie philosophique. Une vie simple. Une vie libre.

Un beau coup de cœur pour nous deux que ce bel essai de Michel Onfray. Un livre très abordable par sa façon de nous être raconté. À découvrir absolument!

Vivre une vie philosophique, Thoreau le sauvage, Michel Onfray, Le Passeur éditeur, 113 pages, 2018

Terminal Grand Nord

terminal grand nordAvril 2012. Les corps de Natasha et de sa sœur Gina sont retrouvés aux abords d’un sentier de motoneige de Schefferville. L’inspecteur Émile Morin, dépêché sur place par un gouvernement qui craint le scandale, a beau fouiller, personne ne se rappelle avoir croisé les deux jeunes Innues originaires de Maliotenam, quelques centaines de kilomètres plus au sud. Devant une situation où s’entremêlent des réalités culturelles, sociales et politiques complexes, se frayer un chemin vers la vérité n’est pas chose simple. L’inspecteur emmène donc avec lui son bon ami l’écrivain Giovanni Celani, un habitué de la région, pour l’aider à naviguer dans le climat de tension de cet ancien eldorado minier. Leurs théories seront constamment ébranlées par les phrases cryptiques de Sam, un Innu de la réserve voisine, philosophe à ses heures et gardien des secrets de chacun. Alors qu’émergent regrets et demi-vérités, l’inspecteur Morin devra trouver à qui s’allier pour empêcher que l’horreur ne se répète.

Terminal Grand Nord aborde un thème criant d’actualité: les crimes ou les disparitions de femmes autochtones et l’injustice dans les procédures judiciaires ou gouvernementales.

La construction du roman est assez intéressante, passant d’un personnage à un autre, changeant de narrateur au fil des pages. On a également droit à des extraits d’émissions de radio, de courriels et d’échanges divers entre les personnages. Ça m’a rappelé un peu les romans de Jean-Jacques Pelletier. Les chapitres sont courts et l’intrigue avance donc rapidement.

L’histoire se rapporte plutôt au roman noir qu’au roman policier. Même si les enquêteurs se mobilisent pour résoudre la disparition des deux jeunes filles, c’est principalement l’aspect social et politique de ce monde fermé qu’est une ville comme Shefferville qui est abordé.

« En hiver, la nuit dure toute la journée ou presque, c’est surréel. On dirait que le train arrive sur la lune, mais pour être exact, il arrive au beau milieu de nulle part. C’est tellement perdu qu’à moins de voler ou de marcher pendant des jours pour voir ses semblables, on est pris ici. Aucune route ne se rend à Schefferville. Je me suis toujours demandé si c’était parce qu’on n’en valait pas la peine. »

Un détail qui a joué dans mon choix de lecture pour ce livre c’est qu’il se déroule en hiver. Les lieux sont assez rudes et j’ai adoré le contexte décrit dans le roman. Il fait froid, il neige, les descriptions hivernales et la température jouent un rôle dans la difficulté pour les enquêteurs à faire leur travail. La tristesse des parents des deux filles disparues est très poignante et certains chapitres sont aussi très beaux et très humains, ce qui contraste avec l’injustice et la violence latente qui se produit en silence.

« -Vous pensez que ces filles pourraient dénoncer les policiers qui ont abusé de leur pouvoir?
-Êtes-vous fou? Pensez-y deux secondes. On est enfermés ici. Si tu dénonces une police, tu vas aller t’adresser à son chum police. Qu’est-ce qu’il va faire? Il va venir t’intimider. C’est de même que ça fonctionne. Personne fait confiance à personne. Ça fait que les filles, elles endurent pis, pour endurer, ben elles boivent encore plus. Un vrai cercle vicieux. »

Le point négatif que j’ai trouvé à ce roman, c’est le choix d’ajouter les notes et réflexions du personnage de Giovanni. Par moments, c’est lui qui parle et raconte. J’ai été beaucoup moins réceptive à son histoire, qui ne m’intéressait pas vraiment. Parti il y a treize ans en laissant tout derrière lui, il accompagne l’inspecteur Émile Morin sur les lieux de l’enquête, ce dernier espérant faciliter son arrivée dans ce microcosme. Je l’avoue, ce personnage m’a beaucoup moins intéressée que le travail (et le personnage) d’Angelune par exemple ou que d’autres personnages. J’ai préféré l’histoire de Sam que j’ai adoré. C’est d’ailleurs un personnage plutôt marginal et différent, qui lit Machiavel dont on retrouve plusieurs citations au début des chapitres. Sam m’a d’ailleurs beaucoup plu avec sa propension à avoir réponse à tout et à se mêler de ce qui se passe autour de lui.

« -Qu’est-ce que tu fais à Schefferville, Sam?
-J’observe le temps.
-Tu veux dire que tu le perds?
-C’est ton interprétation de la chose. Toi, tu penses que tu perds pas le tien? Depuis hier, tu te démènes comme un bon. L’efficacité des Blancs. Je vous appelle « les grouillants ». « 

Le roman est parfois un peu brut et certains dialogues moins fluides, mais c’est un premier roman qui est plutôt réussit, avec lequel j’ai passé un bon moment de lecture. L’enquête est intrigante et on tient à savoir ce qui a pu se passer avec les deux jeunes filles. Les lieux et le fait que l’histoire se déroule dans une sorte de huis-clos créé par l’effet de « village » m’a beaucoup plu. L’aspect social qui colle beaucoup à l’actualité est sans doute le point fort du roman.

« -Vous sous-entendez que c’est notre système qui a créé ces monstres?
-Non, je dis que les proies sont tombées dans le piège des monstres, comme vous les appelez, parce que tout un système les y ont amenées. »

Avec Terminal Grand Nord, Isabelle Lafortune nous offre une incursion dans un monde refermé sur lui-même, isolé. Une société qui vit à l’écart et où les secrets grandissent dans l’ombre…

Terminal Grand Nord, Isabelle Lafortune, XYZ éditeur, 347 pages, 2019

Simetierre

simetierreLouis Creed, un jeune médecin de Chicago, vient s’installer avec sa famille à Ludlow, petite bourgade du Maine. Leur voisin, le vieux Jud Crandall, les emmène visiter le pittoresque « simetierre » où des générations d’enfants ont enterré leurs animaux familiers. Mais, au-delà de ce « simetierre », tout au fond de la forêt, se trouvent les terres sacrées des Indiens, lieu interdit qui séduit pourtant par ses monstrueuses promesses. Un drame atroce va bientôt déchirer l’existence des Creed, et l’on se trouve happé dans un suspense cauchemardesque…

La sortie du film Cimetière vivant, dont Simetierre est l’adaptation au cinéma, m’a donné envie de découvrir ce roman de Stephen King. Je lis King depuis deux ans environ et j’adore ses livres. Il y a quelque chose de très prenant, de fantastique dans sa façon de décrire les personnages, qui les rend consistants et qu’ils « existent ». Dans sa façon de nous les présenter, nous nous attachons à eux, même quand ils font des choix discutables.

« C’est le 24 mars 1984 que Louis Creed connut sa dernière journée de véritable bonheur. « 

King aborde toujours une panoplie de thèmes profonds, bien plus qu’il n’y paraît et Simetierre n’y a pas fait exception. En filigrane du roman se posent de grandes questions sur la vie et la mort. Louis Creed vivra des moments de grande souffrance et il tente de faire ce que tout père de famille tenterait de faire: rechercher la vie qui existait avant le drame.

« Peut-être que j’ai fait ça parce qu’il vaut parfois mieux faire comprendre aux enfants qu’il y a des états pires que la mort. »

Simetierre est un livre très effrayant. Pas forcément parce qu’il fait peur au premier degré. De ce côté, Ça était pour moi encore plus terrifiant. Dans Simetierre, King aborde le thème de la mort et du deuil. Ce sont des questions qui reviennent très souvent dans le roman et c’est aussi sur ces questions que démarre la trame du livre. D’abord avec Ellie, la fillette qui a une sorte de sensibilité aux choses et qui anticipe la mort de son chat. Elle pose aussi beaucoup de questions sur ce qui arrive après la mort et est confrontée à certains départs dans son entourage qui la rendent plus éveillée à ce sujet. Elle pose beaucoup de questions à son père médecin. Il y a également l’expérience terrifiante vécue par Rachel, la femme de Louis, qui est très marquante. Plusieurs personnages meurent ou sont déjà morts quand l’histoire commence. Sans parler du premier jour de travail de Louis, qui vire au cauchemar…

« Et de toutes les questions que l’on peut se poser à ce sujet, la plus terrifiante est sans doute celle de savoir la quantité d’horreur qu’un esprit humain peut endurer en demeurant intégralement lucide. »

La mort et le deuil sont des thèmes qui sont au cœur de la vie humaine. C’est d’ailleurs l’un des plus grands mystères de la vie. C’est l’inconnu. On sait qu’on y passera tous. C’est sans doute pourquoi ce roman est si terrifiant: il baigne dans une forme d’horreur psychologique qui donne la chair de poule. Parce que King joue avec cette peur qu’ont tous les humains à différents degrés. Devoir affronter la mort, ne pas l’accepter, essayer de faire son deuil… Une histoire vieille comme le monde qui prend des proportions terrifiantes lorsque King s’en mêle et nous offre un roman d’horreur intelligent et percutant. Il y est beaucoup question de limites à ne pas franchir. On peut y voir un parallèle entre les croyances et le côté sacré des rituels funéraires, ainsi qu’une forme de questionnement sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

« Ces choses-là sont secrètes, Louis… Un cœur d’homme a un sol plus rocailleux… aussi rocailleux que celui du cimetière des Micmacs. On y fait pousser ce qu’on peut… et on le soigne. »

Comme souvent chez cet auteur, il y a un côté surnaturel ou fantastique à certaines explications. Ici, il s’inspire de croyances amérindiennes et du Wendigo par exemple, pour faire intervenir encore plus de matière à nous donner le frisson. D’ailleurs, si le sujet de cette créature vous intéresse, je vous conseille un roman jeunesse, La colline, assez intéressant qui met justement en scène cette créature.

« Cet endroit… aussitôt que vous y avez mis le pied, il prend possession de vous… et vous vous inventez les intentions les plus louables du monde afin d’avoir un prétexte pour y retourner… »

Plus je découvre King, plus je réalise qu’il y a beaucoup de messages derrière ses histoires. Il ne fait pas de l’horreur pour de l’horreur. Il a toujours abordé des thèmes « difficiles » même quand ce n’était pas vraiment l’époque de remettre certaines choses en question. C’est ce que j’aime chez lui.

cimetiere vivant

Cette lecture a été très prenante, très intrigante. J’ai vraiment aimé ce roman. J’avais donc très envie de voir la toute dernière adaptation au cinéma. Il faut savoir que ce n’est pas une adaptation à proprement parler, mais plutôt un film qui s’inspire du roman.

J’y suis allée aujourd’hui. J’ai bien aimé le film. Il y a des changements majeurs entre le livre et le film, mais j’ai trouvé que dans l’ensemble, le scénario respectait l’idée générale du livre. La fin est différente, sauf qu’on revient en quelque sorte à la même chose que l’idée originale de King. Les deux œuvres traitent de la mort et du deuil d’un enfant. Je regrette seulement que le film ne laisse pas plus de temps à la relation entre Louis et son voisin, afin qu’on ait l’impression qu’ils sont de véritables amis. Je trouve dommage qu’on ne sente pas du tout ce lien spécial dans le film. Dans l’ensemble cependant, c’est un bon film, divertissant. Par contre, lisez le livre! Il en vaut vraiment la peine.

En attendant, je vous conseille ce roman, totalement addictif et très particulier. La petite note au début du livre prend tout son sens quand on tourne la dernière page…

« La mort est un mystère, et la sépulture un secret. »

De là, il n’y a qu’un pas pour en faire un roman où l’horreur est palpable et Stephen King réussit avec brio!

Simetierre, Stephen King, éditions Le livre de poche, 636 pages, 2003