Vivre une vie philosophique, Thoreau le sauvage

Vivre une vie philosophique Thoreau le sauvageMichel Onfray propose un manifeste pour une vie philosophique libre, telle que H. D. Thoreau l’émule et ami de Ralph Waldo Emerson l’a pratiquée, du côté de Concord, en Amérique du Nord, au milieu du XIXe siècle. Ce livre est un hommage en même temps qu’une percutante introduction à la vie et à l’oeuvre de ce « penseur des champs » ou « romantique indien », solitaire et rebelle, qui a prôné toute sa vie une existence farouchement libre. Le philosophe dégage un portrait double de Thoreau, écologiste et libertaire et, par-delà, celui d’un modèle de vie où la pensée contemplative associée à l’action créent les conditions d’une existence authentique. Un modèle auquel Michel Onfray s’apparente, qui invite chaque philosophe et chacun d’entre nous à mettre en adéquation sa pensée et ses actions.

Vivre une vie philosophique, Thoreau le sauvage est un livre qui nous a tout de suite attiré tous les deux. Nous l’avons donc lu ensemble et nous en avons énormément discuté. Le propos de Michel Onfray ainsi que la pensée de Thoreau nous rejoint beaucoup. Dans cet ouvrage, on retrouve à la fois de grands pans de la vie de Thoreau, ses idées sur la société et l’analyse de Michel Onfray. Cet essai, quoique très court, est fort intéressant. C’est un livre qui a trouvé beaucoup d’échos pour nous deux, tant sur la vision de la vie qui y est présentée, de la place de la nature, du fait de choisir de ne pas voyager, sur la vie effrénée que mènent la plupart des gens sans savoir s’arrêter ni prendre le temps de le faire. Il y a beaucoup à découvrir chez Thoreau et Michel Onfray met ici en lumière des aspects très importants de l’idéologie de ce philosophe américain.

« Thoreau incarne un romantisme qui n’est ni celui de la forêt noire allemande ni celui des gibets jacobins français, mais celui des sagesses indiennes. Ses forêts ne sont pas taillées par le concept ou cisaillées par l’idée; sa solitude n’est pas plaintive et geignarde, il ne propose ni de rire ni de pleurer, il regarde et voit ce que peu de Blancs voient, mais ce que tous les Indiens perçoivent. »

Le début du livre commence par nous parler de philosophie en général, de la façon dont la philosophie était étudiée et démontrée en Europe, ainsi que la façon dont elle était pratiquée en Amérique. L’ouvrage aborde beaucoup la notion de grand homme versus de petit homme pour finalement en venir à Thoreau.

« Le plus grand des grands hommes est souvent celui qui, pour les autres, ne passe pas pour tel, mais ne fait pas de bruit et traverse son existence sur la pointe des pieds ontologiques. »

Thoreau était très intelligent et prônait plutôt la vraie vie. Il n’y a rien de mieux que de se frotter à ce qui nous entoure pour bâtir une forme de vie philosophique et y trouver sa place. C’est une nouvelle vision de la philosophie, une nouvelle façon de la pratiquer également. Thoreau n’est pas confiné à un bureau à réfléchir, il sort voir la nature pour alimenter sa réflexion.

« Car la philosophie, pour lui, n’est pas l’art d’écrire des livres, mais celui de les vivre… »

Thoreau était un battant, préférant le silence et le calme, mais tenant tête au gouvernement qui œuvrait pour les guerres et l’injustice, afin de faire savoir ses positions et sa vision des choses. C’est un homme qui se battait pour bien des causes, mais celles-ci avaient toutes un point commun: la liberté et l’indépendance. C’était le cas des causes entourant l’humain, les animaux, la nature, la forêt.

Il avait une belle philosophie de la vie, que ce soit pour la protection de la nature, la vie des Amérindiens, le combat contre l’esclavage. Nous avons appris plusieurs choses sur Thoreau en rapport aux Premières nations. Il existe une grande quantité de notes pour un ouvrage qu’il devait faire paraître sur les Amérindiens. Il est malheureusement décédé avant d’avoir pu le faire publier. Petit déception. Ça aurait été tellement intéressant de le lire sur le sujet!

Nous avons chacun un parcours différent quant à notre approche de Thoreau. Todd ne connaissait pas vraiment Thoreau avant de lire cet ouvrage, alors qu’Alaska a beaucoup lu sur cet auteur. Toutefois, nous avons pu apprécier tous les deux cet essai qui aborde la vie philosophique en général, mais principalement en se basant sur Henry David Thoreau comme philosophe. Un philosophe de la nature, épris de justice et libertaire. Nous avons été sensibles tous les deux au travail de Michel Onfray et aux réflexions qu’il apporte. Après avoir lu ce livre, nous avons envie de lire et relire Thoreau pour en découvrir encore plus. Il y a de nombreuses références à ses ouvrages les plus connus, comme Walden, mais aussi à ses textes sur l’esclavage et à son Journal par exemple. Onfray donne envie de puiser encore plus dans les écrits de Thoreau.

La nature était très importante pour lui et ce qu’elle avait à lui apprendre était tout aussi primordial. Il nous enseigne l’importance que la nature devrait avoir dans la société au lieu de notre façon de nous comporter avec elle: la détruire pour utiliser l’espace qu’elle occupe. Ce propos est encore plus saisissant aujourd’hui lorsqu’on réalise ce que l’homme fait de la nature. On perd une forme de sagesse que la nature pourrait nous transmettre alors que nous sommes en train de la faire disparaître. Les mots de Thoreau et sa philosophie de vie aujourd’hui prennent encore tout leur sens.

« Pour Thoreau, la nature est une fin en soi et non un moyen pour parvenir à plus qu’elle. »

À la fois essai, livre de philosophie, portrait d’un homme et de la nature, cet ouvrage est passionnant, captivant et vraiment très intéressant. Il saura toucher les lecteurs de Thoreau, mais aussi ceux qui ne l’ont jamais lu, ceux qui souhaitent le découvrir et ceux qui aspirent à une vie plus essentielle, axée sur la nature et ce qui compte réellement. Une vie philosophique. Une vie simple. Une vie libre.

Un beau coup de cœur pour nous deux que ce bel essai de Michel Onfray. Un livre très abordable par sa façon de nous être raconté. À découvrir absolument!

Vivre une vie philosophique, Thoreau le sauvage, Michel Onfray, Le Passeur éditeur, 113 pages, 2018

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Terminal Grand Nord

terminal grand nordAvril 2012. Les corps de Natasha et de sa sœur Gina sont retrouvés aux abords d’un sentier de motoneige de Schefferville. L’inspecteur Émile Morin, dépêché sur place par un gouvernement qui craint le scandale, a beau fouiller, personne ne se rappelle avoir croisé les deux jeunes Innues originaires de Maliotenam, quelques centaines de kilomètres plus au sud. Devant une situation où s’entremêlent des réalités culturelles, sociales et politiques complexes, se frayer un chemin vers la vérité n’est pas chose simple. L’inspecteur emmène donc avec lui son bon ami l’écrivain Giovanni Celani, un habitué de la région, pour l’aider à naviguer dans le climat de tension de cet ancien eldorado minier. Leurs théories seront constamment ébranlées par les phrases cryptiques de Sam, un Innu de la réserve voisine, philosophe à ses heures et gardien des secrets de chacun. Alors qu’émergent regrets et demi-vérités, l’inspecteur Morin devra trouver à qui s’allier pour empêcher que l’horreur ne se répète.

Terminal Grand Nord aborde un thème criant d’actualité: les crimes ou les disparitions de femmes autochtones et l’injustice dans les procédures judiciaires ou gouvernementales.

La construction du roman est assez intéressante, passant d’un personnage à un autre, changeant de narrateur au fil des pages. On a également droit à des extraits d’émissions de radio, de courriels et d’échanges divers entre les personnages. Ça m’a rappelé un peu les romans de Jean-Jacques Pelletier. Les chapitres sont courts et l’intrigue avance donc rapidement.

L’histoire se rapporte plutôt au roman noir qu’au roman policier. Même si les enquêteurs se mobilisent pour résoudre la disparition des deux jeunes filles, c’est principalement l’aspect social et politique de ce monde fermé qu’est une ville comme Shefferville qui est abordé.

« En hiver, la nuit dure toute la journée ou presque, c’est surréel. On dirait que le train arrive sur la lune, mais pour être exact, il arrive au beau milieu de nulle part. C’est tellement perdu qu’à moins de voler ou de marcher pendant des jours pour voir ses semblables, on est pris ici. Aucune route ne se rend à Schefferville. Je me suis toujours demandé si c’était parce qu’on n’en valait pas la peine. »

Un détail qui a joué dans mon choix de lecture pour ce livre c’est qu’il se déroule en hiver. Les lieux sont assez rudes et j’ai adoré le contexte décrit dans le roman. Il fait froid, il neige, les descriptions hivernales et la température jouent un rôle dans la difficulté pour les enquêteurs à faire leur travail. La tristesse des parents des deux filles disparues est très poignante et certains chapitres sont aussi très beaux et très humains, ce qui contraste avec l’injustice et la violence latente qui se produit en silence.

« -Vous pensez que ces filles pourraient dénoncer les policiers qui ont abusé de leur pouvoir?
-Êtes-vous fou? Pensez-y deux secondes. On est enfermés ici. Si tu dénonces une police, tu vas aller t’adresser à son chum police. Qu’est-ce qu’il va faire? Il va venir t’intimider. C’est de même que ça fonctionne. Personne fait confiance à personne. Ça fait que les filles, elles endurent pis, pour endurer, ben elles boivent encore plus. Un vrai cercle vicieux. »

Le point négatif que j’ai trouvé à ce roman, c’est le choix d’ajouter les notes et réflexions du personnage de Giovanni. Par moments, c’est lui qui parle et raconte. J’ai été beaucoup moins réceptive à son histoire, qui ne m’intéressait pas vraiment. Parti il y a treize ans en laissant tout derrière lui, il accompagne l’inspecteur Émile Morin sur les lieux de l’enquête, ce dernier espérant faciliter son arrivée dans ce microcosme. Je l’avoue, ce personnage m’a beaucoup moins intéressée que le travail (et le personnage) d’Angelune par exemple ou que d’autres personnages. J’ai préféré l’histoire de Sam que j’ai adoré. C’est d’ailleurs un personnage plutôt marginal et différent, qui lit Machiavel dont on retrouve plusieurs citations au début des chapitres. Sam m’a d’ailleurs beaucoup plu avec sa propension à avoir réponse à tout et à se mêler de ce qui se passe autour de lui.

« -Qu’est-ce que tu fais à Schefferville, Sam?
-J’observe le temps.
-Tu veux dire que tu le perds?
-C’est ton interprétation de la chose. Toi, tu penses que tu perds pas le tien? Depuis hier, tu te démènes comme un bon. L’efficacité des Blancs. Je vous appelle « les grouillants ». « 

Le roman est parfois un peu brut et certains dialogues moins fluides, mais c’est un premier roman qui est plutôt réussit, avec lequel j’ai passé un bon moment de lecture. L’enquête est intrigante et on tient à savoir ce qui a pu se passer avec les deux jeunes filles. Les lieux et le fait que l’histoire se déroule dans une sorte de huis-clos créé par l’effet de « village » m’a beaucoup plu. L’aspect social qui colle beaucoup à l’actualité est sans doute le point fort du roman.

« -Vous sous-entendez que c’est notre système qui a créé ces monstres?
-Non, je dis que les proies sont tombées dans le piège des monstres, comme vous les appelez, parce que tout un système les y ont amenées. »

Avec Terminal Grand Nord, Isabelle Lafortune nous offre une incursion dans un monde refermé sur lui-même, isolé. Une société qui vit à l’écart et où les secrets grandissent dans l’ombre…

Terminal Grand Nord, Isabelle Lafortune, XYZ éditeur, 347 pages, 2019

Simetierre

simetierreLouis Creed, un jeune médecin de Chicago, vient s’installer avec sa famille à Ludlow, petite bourgade du Maine. Leur voisin, le vieux Jud Crandall, les emmène visiter le pittoresque « simetierre » où des générations d’enfants ont enterré leurs animaux familiers. Mais, au-delà de ce « simetierre », tout au fond de la forêt, se trouvent les terres sacrées des Indiens, lieu interdit qui séduit pourtant par ses monstrueuses promesses. Un drame atroce va bientôt déchirer l’existence des Creed, et l’on se trouve happé dans un suspense cauchemardesque…

La sortie du film Cimetière vivant, dont Simetierre est l’adaptation au cinéma, m’a donné envie de découvrir ce roman de Stephen King. Je lis King depuis deux ans environ et j’adore ses livres. Il y a quelque chose de très prenant, de fantastique dans sa façon de décrire les personnages, qui les rend consistants et qu’ils « existent ». Dans sa façon de nous les présenter, nous nous attachons à eux, même quand ils font des choix discutables.

« C’est le 24 mars 1984 que Louis Creed connut sa dernière journée de véritable bonheur. « 

King aborde toujours une panoplie de thèmes profonds, bien plus qu’il n’y paraît et Simetierre n’y a pas fait exception. En filigrane du roman se posent de grandes questions sur la vie et la mort. Louis Creed vivra des moments de grande souffrance et il tente de faire ce que tout père de famille tenterait de faire: rechercher la vie qui existait avant le drame.

« Peut-être que j’ai fait ça parce qu’il vaut parfois mieux faire comprendre aux enfants qu’il y a des états pires que la mort. »

Simetierre est un livre très effrayant. Pas forcément parce qu’il fait peur au premier degré. De ce côté, Ça était pour moi encore plus terrifiant. Dans Simetierre, King aborde le thème de la mort et du deuil. Ce sont des questions qui reviennent très souvent dans le roman et c’est aussi sur ces questions que démarre la trame du livre. D’abord avec Ellie, la fillette qui a une sorte de sensibilité aux choses et qui anticipe la mort de son chat. Elle pose aussi beaucoup de questions sur ce qui arrive après la mort et est confrontée à certains départs dans son entourage qui la rendent plus éveillée à ce sujet. Elle pose beaucoup de questions à son père médecin. Il y a également l’expérience terrifiante vécue par Rachel, la femme de Louis, qui est très marquante. Plusieurs personnages meurent ou sont déjà morts quand l’histoire commence. Sans parler du premier jour de travail de Louis, qui vire au cauchemar…

« Et de toutes les questions que l’on peut se poser à ce sujet, la plus terrifiante est sans doute celle de savoir la quantité d’horreur qu’un esprit humain peut endurer en demeurant intégralement lucide. »

La mort et le deuil sont des thèmes qui sont au cœur de la vie humaine. C’est d’ailleurs l’un des plus grands mystères de la vie. C’est l’inconnu. On sait qu’on y passera tous. C’est sans doute pourquoi ce roman est si terrifiant: il baigne dans une forme d’horreur psychologique qui donne la chair de poule. Parce que King joue avec cette peur qu’ont tous les humains à différents degrés. Devoir affronter la mort, ne pas l’accepter, essayer de faire son deuil… Une histoire vieille comme le monde qui prend des proportions terrifiantes lorsque King s’en mêle et nous offre un roman d’horreur intelligent et percutant. Il y est beaucoup question de limites à ne pas franchir. On peut y voir un parallèle entre les croyances et le côté sacré des rituels funéraires, ainsi qu’une forme de questionnement sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

« Ces choses-là sont secrètes, Louis… Un cœur d’homme a un sol plus rocailleux… aussi rocailleux que celui du cimetière des Micmacs. On y fait pousser ce qu’on peut… et on le soigne. »

Comme souvent chez cet auteur, il y a un côté surnaturel ou fantastique à certaines explications. Ici, il s’inspire de croyances amérindiennes et du Wendigo par exemple, pour faire intervenir encore plus de matière à nous donner le frisson. D’ailleurs, si le sujet de cette créature vous intéresse, je vous conseille un roman jeunesse, La colline, assez intéressant qui met justement en scène cette créature.

« Cet endroit… aussitôt que vous y avez mis le pied, il prend possession de vous… et vous vous inventez les intentions les plus louables du monde afin d’avoir un prétexte pour y retourner… »

Plus je découvre King, plus je réalise qu’il y a beaucoup de messages derrière ses histoires. Il ne fait pas de l’horreur pour de l’horreur. Il a toujours abordé des thèmes « difficiles » même quand ce n’était pas vraiment l’époque de remettre certaines choses en question. C’est ce que j’aime chez lui.

cimetiere vivant

Cette lecture a été très prenante, très intrigante. J’ai vraiment aimé ce roman. J’avais donc très envie de voir la toute dernière adaptation au cinéma. Il faut savoir que ce n’est pas une adaptation à proprement parler, mais plutôt un film qui s’inspire du roman.

J’y suis allée aujourd’hui. J’ai bien aimé le film. Il y a des changements majeurs entre le livre et le film, mais j’ai trouvé que dans l’ensemble, le scénario respectait l’idée générale du livre. La fin est différente, sauf qu’on revient en quelque sorte à la même chose que l’idée originale de King. Les deux œuvres traitent de la mort et du deuil d’un enfant. Je regrette seulement que le film ne laisse pas plus de temps à la relation entre Louis et son voisin, afin qu’on ait l’impression qu’ils sont de véritables amis. Je trouve dommage qu’on ne sente pas du tout ce lien spécial dans le film. Dans l’ensemble cependant, c’est un bon film, divertissant. Par contre, lisez le livre! Il en vaut vraiment la peine.

En attendant, je vous conseille ce roman, totalement addictif et très particulier. La petite note au début du livre prend tout son sens quand on tourne la dernière page…

« La mort est un mystère, et la sépulture un secret. »

De là, il n’y a qu’un pas pour en faire un roman où l’horreur est palpable et Stephen King réussit avec brio!

Simetierre, Stephen King, éditions Le livre de poche, 636 pages, 2003

Montana

MontanaEn route pour rendre visite à un ami, Tex Willer découvre les lieux d’un carnage. Une tribu indienne au complet a été massacrée par le redoutable Tirrell et ses hommes de main, trafiquants de fourrure. Refusant de laisser un tel crime impuni, Tex décide de les traquer.

Le personnage de Tex Willer existe depuis 1948 et est culte en Italie, où plusieurs scénaristes et illustrateurs se sont intéressés à lui. Il existe des centaines d’histoires de ce personnage, d’abord publiées sous forme de fascicules. Je n’avais jamais lu une histoire de Tex Willer avant de repérer celle-ci, créée par Giulio de Vita et Gianfranco Manfredi. Ils font revivre le personnage dans ce western hivernal sous forme de one-shot qui a tout d’un fabuleux récit d’aventure.

« Territoire du Montana. Le climat le plus inhospitalier d’Amérique. On peut commencer la journée en chevauchant sous un ciel serein… pour ensuite se trouver enveloppé, quelques heures plus tard, par le vent glacial du nord! »

En route donc pour le Montana! Tex chevauche dans les magnifiques paysages de cet état américain, en route pour voir un ami. La découverte qu’il fait l’amènera à suivre les traces de trafiquants, à se battre contre un ours, à tenter de cerner les gens et leurs potentielles attaques, avant de reprendre la route pour retrouver Birdy, son grand ami. On a apprend d’ailleurs à travers certains souvenirs de Tex pourquoi Birdy mène maintenant la vie qu’il a en ce moment.

Pendant son voyage, la nuit a apporté avec elle beaucoup de neige. Les paysages sont à couper le souffle et l’illustrateur les rend magnifiquement bien. Visuellement, c’est une bande dessinée vraiment agréable à découvrir. Le dessin est soigné, très réaliste et vraiment très beau.

Tex retrouve son ami, qui s’occupe maintenant du poste de traite le plus éloigné de l’American Fur Company. Il est en territoire indien, mais n’avait jamais eu de problèmes avant l’arrivée de Tirrell, une brute sanguinaire aux décisions qui ont de graves conséquences. Il est dangereux et Tex devra l’affronter…

Montana est un western classique, avec juste ce qu’il faut d’histoire et d’action pour être captivante. J’ai passé un excellent moment avec Tex et Birdy. La présence amérindienne, les grandes chevauchées dans des paysages enneigés époustouflants et l’univers de la traite des fourrures avaient tout pour me plaire. Ce fut donc une excellente lecture! Si les mêmes auteurs décident de reprendre le personnage de Tex et de lui offrir d’autres aventures, je suis preneuse!

Montana, Giulio de Vita & Gianfranco Manfredi, éditions Le Lombard, 48 pages, 2018

Cheval indien

cheval indienEnfermé dans un centre de désintoxication, Saul Cheval Indien touche le fond et il semble qu’il n’y ait plus qu’une seule issue à son existence. Plongé en pleine introspection, cet Ojibwé, d’origine Anishinabeg du Nord ontarien, se remémore à la fois les horreurs vécues dans les pensionnats autochtones et sa passion pour le hockey, sport dans lequel il excelle. Saul, confronté aux dures réalités du Canada des années 1960-1970, a été victime de racisme et a subi les effets dévastateurs de l’aliénation et du déracinement culturels qui ont frappé plusieurs communautés des Premières Nations.

Cheval indien est sans doute le livre le plus poignant et le plus touchant que j’ai pu lire sur les pensionnats indiens. La force du texte, son aspect poétique et l’écriture à la première personne en font un roman particulièrement puissant. L’auteur aborde le thème difficile des pensionnats indiens en parlant des séquelles et des traumatismes vécus à travers différentes générations: ceux qui y sont allés et qui en reviennent brisés, ceux qui ont perdu leur culture et ceux, comme la grand-mère de Saul, qui tentent de perpétuer les croyances et l’héritage des Anciens.

« Tout ce que je savais d’indien est mort à l’hiver 1961, celui de mes huit ans. »

Saul est un jeune amérindien qui, à cause des blancs, vit peu à peu l’éclatement de sa famille. Les débuts du roman nous racontent la vie familiale de Saul, dans la nature. Leurs croyances, les traditions de leur peuple, la façon de vivre, les techniques pour manger, se loger et vivre ensemble.

« Keewatin. C’est le nom du vent du nord. Les Anciens lui donnaient un nom parce qu’ils voyaient en lui un être vivant, une créature comme les autres. Le Keewatin prend naissance à la lisière des terres sans arbres et serre le monde entre ses doigts cruels, nés dans le sein glacé du pôle Nord. Le monde ralentit peu à peu son rythme afin que les ours et autres créatures qui hibernent remarquent l’inexorable progression du temps. »

La nature est importante, mais elle devient peu à peu le seul endroit où se cacher des blancs. La fuite devient le cœur de leur quotidien, jusqu’à ce que leur course en pleine nature se termine pour lui au pensionnat indien, où l’on tente de « casser » l’Amérindien en chacun des enfants, afin de les rendre « dignes de recevoir la bénédiction de Dieu ». Sévices, agressions, humiliations, travail forcé, coups, viols, les pensionnats indiens sont de véritables nids à torture. Les pages qui en parlent, le font avec une écriture sobre, troublante. Richard Wagamese réussit à rendre ces passages poignants. Pas parce que c’est raconté crûment, mais plutôt parce que c’est raconté avec talent et émotion, dans une langue qui nous prend aux tripes.

« J’ai été amené au pensionnat indien de St. Jerome. J’ai lu quelque part qu’il existe dans l’Univers des trous qui avalent toute la lumière, tous les corps. St. Jerome a éteint la lumière de mon monde. Derrière moi, tout ce que je connaissais s’est volatilisé dans un bruissement audible, celui de l’orignal qui disparaît au milieu des épinettes. »

Saul nous parle de ce qu’il voit et de la façon dont il tente de survivre. Sa rencontre avec le jeune prêtre Leboutilier et sa passion pour le hockey le sauveront de l’enfer du pensionnat et causeront du même coup, sa perte. Le hockey agit, du moins au début, comme un exutoire et une façon de se défouler.

« M’efforçant d’assimiler les moindres nuances du sport, j’avais l’impression de voler, de traverser le ciel sur de larges ailes. J’adorais cette sensation. J’étais un petit garçon avec des patins trop grands pour lui. Dans le monde du hockey, j’ai trouvé un chez-moi. »

Le sport comme soupape à l’horreur. Sauf que c’est aussi un monde terrible que celui du hockey, sport que ce sont approprié les blancs. Les moqueries, les bagarres, l’intimidation et la violence sont terriblement injustes. Saul se referme, devient plus agressif et le sport perd peu à peu de sa saveur.

Le roman suit Saul de l’enfance jusqu’à la mi-trentaine, du pensionnat aux équipes de hockey, en passant par la grande ville, ses addictions et ses tentatives pour se sortir des blessures qui l’accablent. Son parcours est à la fois intéressant et effrayant. Lucide, calme, profondément blessé, il nous raconte la façon dont il a tout misé sur la fuite pour tenter de survivre. Il révèle certaines choses à la fin du roman et tente enfin de mettre des mots sur ce qui l’a brisé. La chute a été douloureuse, mais il a beaucoup travaillé à tenter de se relever.

Le personnage de Saul est attachant, émouvant, droit et honnête. On ne peut que l’apprécier et vivre avec lui toute la gamme des émotions qu’il traverse. Sa passion pour le hockey est contagieuse, salvatrice, mais la vie au pensionnat est faite de violence et d’injustices. C’est difficile, souvent poignant, mais la beauté du texte et sa poésie sont deux éléments importants de ce roman.

Malgré l’histoire terrifiante derrière les pensionnats indiens, l’écriture de Wagamese est magnifique. Il nous fait comprendre le parcours de Saul et les conséquences psychologiques sur son personnage. Difficile de ne pas être touché et de ne pas se sentir concerné par ce très sombre épisode de notre histoire. De ce côté, l’auteur réussit un vrai tour de force. Parler d’un sujet très dur avec poésie et sensibilité.

Cheval indien est un roman très puissant, troublant, que chacun devrait lire pour mieux aborder l’histoire terrible des pensionnats indiens et comprendre toutes les conséquences que ça a pu avoir sur les enfants qui y ont été amenés. Des conséquences qui ont des ramifications importantes à travers les années et qui rendent complexe la possibilité pour ces jeunes devenus adultes de se construire une vie « normale ». En parler en parallèle du hockey est une bonne idée puisque c’est sans doute un des livres les plus intéressant que j’ai pu lire sur le sujet. Pour les amateurs, on retrouve d’ailleurs plusieurs mentions à des grands du hockey qu’admire Saul: Yvan Cournoyer, Maurice « Rocket » Richard, Jean Béliveau. On y parle de La Soirée du hockey, des Canadiens et des Maple Leafs. On y découvre cependant à quel point ce sport était réservé aux blancs et impitoyable envers les équipes amérindiennes…

Je vous recommande chaudement ce livre, qui m’a fait passer par toute une gamme d’émotions. Je le trouve essentiel. Lisez-le.

Le livre a été adapté au cinéma. J’ai le film à la maison et je compte le regarder bientôt. Je viendrai sans doute ajouter quelques mots dessus quand je l’aurai vu. En attendant, je vous laisse la bande annonce:

Ce livre est paru en Europe sous le titre Jeu blanc (avec un autre traducteur). Si vous avez accès aux deux éditions, lisez plutôt celle parue chez XYZ éditeur. La traduction de Lori Saint-Martin et Paul Gagné est vraiment parfaite. J’ai eu la chance de pouvoir comparer des passages de l’autre édition grâce à une amie française. Même si le texte se ressemble, je préfère la traduction bien de chez nous. La puissance du texte me semble beaucoup plus forte. N’hésitez même pas!

Cheval indien, Richard Wagamese, XYZ éditeur, 265 pages, 2017