Recettes de chantiers et miettes d’histoire

Recettes de chantier et miettes d'histoireRaymonde Beaudoin a vécu une année dans un camp de bûcherons avec ses parents. Sa mère, Colette St-Georges, a toujours été fière de parler de son travail comme cook. C’est la tête haute qu’elle affirmait avoir cuisiné quotidiennement une tarte par homme, en plus des galettes et des gâteaux. Celles et ceux qui relevaient le défi de nourrir tous les jours une cinquantaine d’hommes héritaient d’une lourde tâche: les garder en bonne santé et leur offrir une cuisine roborative et goûteuse. Les recettes manuscrites de sa grand-mère et de sa mère, ramassées d’un camp à l’autre, d’une génération à l’autre et d’une famille à l’autre, s’avèrent révélatrices d’une véritable tradition culinaire. Ces recettes du terroir québécois sont faciles à réaliser et demandent peu d’ingrédients. Agrémenté de commentaires, d’anecdotes et de photos d’archives inédites, cet ouvrage est plus qu’un livre de cuisine. L’auteure y offre une incursion culinaire dans le temps et y invite le lecteur à s’attabler avec les bûcherons pour partager leur repas.

Recettes de chantiers et miettes d’histoire est un livre qui raconte les habitudes alimentaires de nos ancêtres. Le livre retrace ce qui se retrouvait autrefois sur les tables de nos camps de bûcherons. L’auteure nous parle du mode de vie, là-bas, en forêt, tout en nous partageant les recettes de sa grand-mère et de sa mère. Elle-même a vécu avec sa famille dans un camp de bûcherons.

Il s’agit d’un très beau livre que j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir surtout que j’adore cuisiner et j’adore l’histoire. La façon dont l’auteure nous parle des camps de bûcherons et du mode de vie est passionnante. Certaines recettes sont toujours très actuelles aujourd’hui et font partie de notre patrimoine culinaire, alors que plusieurs autres ont un petit côté nostalgique. L’auteure parle de l’éloignement de certains camps, de la difficulté de conserver les aliments. L’hiver et le froid devenaient alors un atout considérable. Avant l’hiver l’alimentation était beaucoup moins variée.

Dans le livre, on retrouve également des mots ou des expressions couramment utilisées à cette époque. L’ouvrage nous ouvre les yeux sur notre bagage culinaire qui a plusieurs origines intéressantes. Par exemple, l’orge et l’habitude de créer des desserts à l’avoine a été introduite dans notre alimentation par les écossais. Les fèves au lard à la mélasse nous ont été apportées par les américains. Les dumplings ajoutés aux mijotés de bœuf nous viennent des irlandais (c’est un de mes bons souvenirs d’enfance) alors que notre goût pour le sucre nous vient des britanniques. J’ai été agréablement surpris d’apprendre que le pudding chômeur, un dessert typique de chez nous, est un héritage des Mohawks. Les Premières nations nous ont transmit les particularités de la gomme de résineux pour toutes sortes d’applications: des vertus médicales à la bière d’épinette.

« Dans Flore Laurentienne, le frère Marie-Victorin a écrit à propos de l’épinette blanche que « sa résine est la plus ancienne gomme à mâcher ». »

Beaucoup de recettes sont accompagnées de photographies. L’auteure reprend aussi des photos d’époque, des anecdotes reliées à la famille vivant dans les camps. Plusieurs thèmes sont abordés, y compris l’évolution de la vaisselle pour accommoder la vie difficile des camps.

Un excellent livre, tout en couleurs, dont la lecture est plaisante et accessible à ceux qui s’intéressent à notre histoire. Je compte tester au fil des semaines plusieurs recettes qui m’ont interpellé ou d’en redécouvrir d’autres. Ce livre est une très belle découverte pour moi, j’en ai adoré la lecture. C’est une très belle façon de revisiter nos racines et notre histoire.

Recettes de chantiers et miettes d’histoire, Raymonde Beaudoin, Les éditions du Septentrion, 108 pages, 2019

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Le bestiaire des fruits

bestiaire des fruitsLa meilleure chose qui soit arrivée à Zviane, sur le plan gustatif, aura été de vivre à ville St-Laurent en 2001. Dans le supermarché où elle faisait son épicerie, elle est tombée sur des fruits… obscurs. Au péril de sa vie, elle a concocté ce savant traité qui vous fera tout connaître des fruits exotiques. Voici le guide le plus loufoque sur le ramboutan, le mangoustan ou le kaki jamais publié.

J’ai tellement ri en lisant cette BD! C’est drôle, plein d’humour tout en étant instructif. J’adore Zviane et je suis très sensible à son sens de l’humour. Elle n’a pas publié que des BD humoristiques. Les deuxièmes par exemple, est une BD érotique à la fois touchante et sacrément intelligente. Une oeuvre pleine de musique. Par contre, avec Le bestiaire des fruits, on est dans une autre facette du talent de Zviane.

Ici, elle raconte comment elle a décidé d’être une « samouraï des fruits » et de goûter à toutes sortes de fruits inconnus et étranges. Des fruits exotiques qu’on regarde à l’épicerie mais qu’on n’achète pas forcément parce qu’on ne les connaît pas. Pour la bonne cause, Zviane a acheté des fruits exotiques chaque semaine, les a goûté et leur a donné une note selon quatre critères: le goût, l’aspect, la propreté et la commodité. Chaque fruit est noté à la fin de la petite histoire qui raconte la rencontre de l’auteur avec le fruit. Naturellement, tout est fait avec humour.

Du durian en passant par le ramboutan, le kumquat, la nèfle, le kiwano, le magnifique pitaya et plusieurs autres, Zviane nous offre un récit loufoque sur sa découverte des fruits exotiques. La BD est vraiment drôle et j’ai adoré cette histoire, qui semble assez étrange à première vue. Un bestiaire des fruits? Et pourtant, c’est réellement excellent! Pour rigoler et découvrir au passage plein de fruits inconnus, c’est la BD qu’il vous faut! Les personnages sont expressifs, le dessin passe beaucoup de messages. Le texte est aussi parlant que le dessin.

J’ai passé un très bon moment, je vous conseille fortement cette histoire!

Le bestiaire des fruits, Zviane, éditions La Pastèque, 124 pages, 2014

Ma vie dans les bois t.2: Alimentation

Ma vie dans les bois 2Shin Morimura a à peine fini de construire sa maison que déjà de nouvelles problématiques font leur apparition ! La plus évidente étant forcément la question de l’autonomie alimentaire ! Fatiguée de manger des nouilles instantanées de piètre qualité, sa femme commence à lui faire des remarques. Entre redécouverte de la flore locale, mais aussi développement d’un potager et réflexions sur la vie animale, le couple d’aventuriers des temps moderne a du pain sur la planche !

Le premier tome de Ma vie dans les bois se terminait de façon surprenante. Maintenant, Shin doit apprendre à vivre avec la décision de sa femme et il est confronté à certaines problématiques auxquelles il n’avait pas forcément réfléchit. Comme par exemple, la question de l’argent, des dépenses quotidiennes, le fait d’exercer ou non un emploi.

« Dépenser le moins possible, c’est une des règles de la vie dans les bois! Notre société n’est pas adaptée à celui qui veut vivre en autarcie. Taxe immobilière, retraite, impôts locaux, etc. Ce n’est pas une plaisanterie, l’argent est indispensable. »

Ce second tome porte essentiellement sur l’alimentation. Si les joies du printemps font redécouvrir à Shin les plantes sauvages comestibles, sa gourmandise peut aussi le rendre malade! Il doit trouver des solutions pour avoir une alimentation plus variée et surtout, plus accessible. Surtout que Miki vient de lui interdire d’aller dépenser leur argent au restaurant! On choisit un mode de vie, on s’y tient!

Shin fera plusieurs expérimentations, de la cueillette au jardinage, jusqu’à la récolte tant attendue! Toutefois, rien ne sera facile pour Shin, qui a choisi de vivre à la dure et qui doit se débrouiller avec ses connaissances et peu de ressources. Devenir autosuffisant en matière de nourriture peut être assez complexe et c’est ce que va expérimenter Shin dans ce deuxième tome. Il passera de cueilleur à jardinier avant de devenir éleveur. C’est plutôt intéressant de le voir affronter les problèmes et trouver des solutions, toujours avec cette forme d’humour et d’honnêteté qui le caractérise.

On retrouve également dans ce tome, Kuma, le vieux grand-père chasseur d’ours qui débarque à tout moment pour donner un coup de main ou bien discuter avec Miki et Shin. Il est plutôt drôle comme personnage avec ses conseils et sa vitalité d’homme des bois. Il a bien souvent la réponse aux questions de Shin.

C’est aussi intéressant de voir l’évolution de leur vie en autarcie. Shin nous montre comment la campagne et le bois peuvent changer les gens, autant au niveau physique (voir le premier tome) qu’au niveau de l’alimentation. Le goût des produits de restauration ou de supermarché n’est pas tout à fait le même lorsqu’on s’habitue à des produits frais, qu’on cultive nous-même. Devoir tuer (plumer, dépecer et trancher) soi-même une bête pour avoir de la viande plutôt que de l’acheter au supermarché est également toute une expérience! Il parle aussi des changements au niveau de la consommation en général et d’un choix de vie plus authentique, plus porté sur ce qui est essentiel.

« Avoir toujours envie de nouvelles choses, alors que nous possédons tout ce dont nous avons besoin, n’est pas de tout repos, sans compter ce sentiment d’être toujours pressés et affairés. « 

Il y a beaucoup d’informations sur la façon dont s’y prennent Shin et Miki, leurs essais-erreurs et ce qu’ils découvrent. Le manga offre aussi de belles réflexions sur la nature, sur la place de l’homme, ainsi que sur la hiérarchie qui existe aussi chez les animaux et la flore. Shin a une belle histoire avec son chien et il parle beaucoup dans ce manga de la place qu’a tenu les chiens dans sa vie. C’est un bel hommage au meilleur ami de l’homme!

Finalement, le dernier tiers du manga est consacré à un projet un peu particulier qu’on a proposé à Shin… Vraiment, ce second manga est aussi drôle et agréable à lire que le premier. L’auteur a de l’imagination. Il m’a fait vraiment rire quand il imagine ses poules se battant pour un ver, en agressives prédatrices du temps de la préhistoire!

Comme dans le tome 1, on retrouve des photos de son aventure aux changements de chapitres. C’est un beau complément au manga. Son histoire racontée avec sincérité et humour est vraiment le point fort de ces mangas. J’ai un gros coup de cœur pour les histoires de Shin. À découvrir, assurément, si la vie en autarcie vous intéresse! On apprend des choses et c’est plutôt rigolo, en plus d’être une belle histoire qui met l’emphase sur l’écologie et une manière différente de vivre, plus en harmonie avec son environnement.

Lisez aussi mon avis sur le tome 1: Ma vie dans les bois: écoconstruction.

Ma vie dans les bois t.2: Alimentation, Shin Morimura, éditions Akata, 144 pages, 2017