Sukkwan Island

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. Mais la rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

Lors de sa sortie, Sukkwan Island a fait beaucoup de bruit. Je ne me sentais pas prête à le lire tout de suite même s’il est dans ma pile à lire depuis longtemps. J’ai donc attendu. C’est le second roman que je lis de David Vann, le premier était Aquarium et ça avait été un vrai coup de poing. Vann a le don de créer des événement,s qui surviennent dans le quotidien de ses personnages, et qui ont le pouvoir dévastateur d’une tornade. 

Sukkwan Island est divisé en deux parties. La première partie raconte l’installation d’un père et son fils sur une île sauvage d’Alaska loin de tout. Jim décide d’amener son fils de treize ans, Roy, vivre une année en marge du monde dans une cabane pour apprendre une vie différente. La nature sauvage dans sa plus grande splendeur et une aventure à vivre pour tous les deux. Mais Jim est mal organisé, Roy le réalise assez vite. Surtout que le temps change, que l’hiver arrivera. Jim improvise, il ne respecte pas ce qu’il avait convenu avant le départ. Il avait promit à la mère de Roy de revenir pour des vacances sur le continent et un retour à la civilisation quelques fois pendant l’année. Il avait aussi assuré qu’il ferait l’école à distance pour son fils. On réalise rapidement – et en même temps que Roy – que Jim ne sais pas vraiment comment se débrouiller, qu’il n’a pas d’organisation. Il est instable et il fait des fixations sur certaines choses. Son comportement est souvent imprévisible. Jusqu’à ce qu’un drame terrible survienne. On sait que quelque chose va arriver, c’est inévitable tant on sent que le monde bascule tranquillement au fil des pages. L’atmosphère change. On se sent un peu oppressé. Puis, de plus en plus. Mais la surprise est si forte qu’on reçoit ces quelques mots qui racontent le drame, au milieu du roman, comme une claque.

La seconde partie nous raconte la vie après ce drame. Jim est un personnage troublant, difficile à aimer, dur, malade, souffrant lui-même aussi sans doute. Il est confus et particulièrement marquant. Il se déresponsabilise, idéalise les choses, gère sa vie sur les lubies qui lui passent par la tête et échoue à peu près tout ce qu’il fait. Son personnage de père complètement démuni et perturbant est aussi fort – quoique bien différent – que le personnage de la mère dans Aquarium

« Il s’asseyait sous les arbres à une centaine de pas de là et se demandait comment il pourrait raconter tout cela. Il n’était pas sûr que son histoire soit compréhensible. Chaque événement rendait le suivant inévitable, mais l’ensemble ne faisait pas bonne impression. »

En plus du drame, ce roman aborde beaucoup de thèmes chers à l’auteur. Il parle de la relation père/fils, de la difficulté pour un enfant d’avoir un parent malade, irresponsable et perturbé. Mais le livre parle aussi d’un des grands combats de David Vann, la banalisation des armes à feu. Sukkwan Island est aussi un livre de nature writing qui nous raconte la vie loin de tout, la survie au quotidien, pour des gens mal équipés et mal préparés. Une nature magnifiquement cruelle.

Sukkwan Island est assurément un livre qu’on ne peut oublier. On vit une foule d’émotions en le lisant. C’est un roman qui porte à la réflexion et auquel on ne peut s’empêcher de penser après avoir tourné la dernière page… 

Sukkwan Island, David Vann, éditions Gallmeister, 208 pages, 2011

Les Rois du Yukon

Long de plus de trois mille kilomètres, le Yukon traverse le Canada et l’Alaska avant de se jeter dans la mer de Béring. Chaque été, depuis la nuit des temps, les saumons royaux (ou chinooks) remontent ses eaux pour retourner pondre et mourir sur leur lieu de naissance. C’est l’un des derniers endroits sauvages de la planète. En entreprenant ce long et difficile voyage en canoë afin d’accompagner les saumons dans leur migration, Adam Weymouth souhaitait constater les effets du réchauffement climatique sur une nature presque vierge et coupée de tout. A terme, c’est l’existence même du saumon royal qui est menacée, mais aussi celle des communautés autochtones qui dépendent de lui, et dont l’auteur dresse un portrait inoubliable. S’interrogeant sur notre relation de plus en plus complexe avec le monde vivant, il nous offre le récit captivant d’une aventure extraordinaire, et nous invite à une immersion élégiaque au cœur des mystères de la vie.

Coup de cœur pour ce livre vraiment passionnant qui est bien plus qu’un récit de voyage. L’auteur entreprend la traversée du Yukon en canoë, avec comme projet de suivre le saumon royal et d’aller à la rencontre des gens qui vivent le long du fleuve. Dans un décor encore sauvage et parfois impitoyable, Adam Weymouth entreprend de raconter les changements climatiques et la façon dont les communautés et le saumon en sont affectés. Il nous raconte également son voyage, d’un bout à l’autre du Yukon, jusqu’à son retour en Angleterre. La navigation en canoë, les rencontres au fil de l’eau, le camping, les orages, les ours, les soirées improvisées avec des gens du coin. 

« Si tu veux vraiment essayer de mieux comprendre le Grand Nord, me suis-je dit, alors peut-être devrais-tu partir à la recherche de l’une de ses espèces les plus caractéristiques avant qu’elle ne disparaisse à jamais. »

Un périple sur un si long cours d’eau, rythmé par les températures, le temps et les intempéries, demande une grande préparation. Cette partie du voyage nous est aussi racontée. Adam partira d’abord avec un ami, avant de pagayer seul un moment puis de retrouver sa compagne pour la fin du voyage. Le Yukon est un lieu magnifique, qui impressionne et qui donne un sentiment plus grand que nature. C’est aussi ce que nous raconte ce livre. La solitude face à un aussi grand territoire. Le voyage exaltant. L’aventure. 

Le Yukon c’est également son aspect touristique. Les vestiges de la ruée vers l’or. Dawson City. La moitié de la cabane de Jack London. Le fameux Sourtoe Cocktail, sorte de rite de passage qui consiste à boire un shooter contenant un orteil humain momifié. C’est aussi tout son aspect mythologique et ceux qui lui ont donné son image qui fait rêver. Les grands espaces. Les auteurs qui y sont passés. Ceux que l’on voit dans les émissions de télévision et qui nous montrent un Yukon grandiose et parfois effrayant. 

Comme le but premier de son voyage est de suivre aussi la progression du saumon, principalement le Royal (ou Chinook), plusieurs réflexions écologiques sont en lien avec ce poisson tant apprécié à travers le monde. Avec un recul qui m’a plu et sans jugement, Adam Weymouth raconte l’histoire du saumon, d’un point de vue biologique, mais aussi historique et folklorique. Aliment essentiel et mode de subsistance pour bien des habitants des berges du Yukon, le saumon est victime des changements climatiques, de la surpêche et de l’industrie. Weymouth tente de comprendre l’impact des modifications sur le territoire et le climat, ainsi que sur le poisson.

« C’est donc ainsi qu’est fait le caviar rouge: par des adolescents yupiks le soir après l’école, dans un Algeco barbouillé de sang au milieu d’un marécage boueux, avec les haut-parleurs qui crachent du Puff Daddy. »

Dans ce livre, la nature époustouflante côtoie les préoccupations écologiques. L’histoire évolue en parallèle aux récit des locaux, qu’ils soient autochtones ou qu’ils se soient installés dans la région pour fuir une vie qui ne leur convenait pas. La petite histoire des gens est souvent aussi intéressante que la grande. L’auteur prend le temps de les rencontrer, de les laisser raconter leur mode de vie, leurs expériences et la façon dont ils évoluent au bord du Yukon. Ces rencontres sont riches en anecdotes et en réflexions. Ce sont les gens qui font l’histoire en fin de compte.

Adam Weymouth réussit à combiner tout cela en nous offrant un texte qui se lit comme un roman d’aventure. C’est un constat de la façon dont fonctionne le Yukon et surtout, les saumons qui y vivent. Des œufs de saumons jusqu’au morceau de poisson acheté en Angleterre des mois plus tard, Weymouth nous raconte la vie sauvage et les contraintes du monde moderne, qui a un impact toujours grandissant sur les communautés autochtones qui vivent en bordure du Yukon et survivent grâce au saumon. Le poisson est désormais plus petit, plus rare, parfois la pêche est interdite, on constate un décalage des événements saisonniers et certaines communautés doivent être relocalisées à cause du niveau de l’eau qui ne cesse de monter. 

« Il n’y a plus guère de grandes migrations. Les colons européens ont décimé soixante millions de bisons au fil de leur progression à travers les Grandes Plains; il n’en reste plus que cinq mille aujourd’hui. Des nuées de tourtes voyageuses obscurcissaient autrefois le ciel des jours durant; la dernière est morte en 1900, l’espèce ayant été chassée jusqu’à son extinction. Du milliard de papillons monarques qui, chaque printemps, effectuaient le voyage du Mexique au Canada, seule une fraction a survécu à la perte de l’habitat, à l’usage des pesticides, aux parasites et au changement climatique. Qu’un animal puisse avoir besoin non seulement d’un biotope intact, mais également que nous lui accordions les vastes étendues de territoire nécessaires à sa migration semble être une exigence presque anachronique sur une planète aussi anthropocentrique que la nôtre, où l’homme se sent à l’étroit. »

L’ouvrage débute par un croquis expliquant le cycle des saumons ainsi qu’une carte du trajet parcouru par l’auteur. Pendant la lecture, je me suis amusée à suivre son périple pour mieux comprendre l’évolution de ce qu’il percevait au fil de son voyage: les changements dans la nature, les animaux, les gens et leur mode de vie, le changement vécu par les saumons. Son récit est l’histoire de la complexité d’un fleuve, de la vie qui l’agite et des gens qui y vivent.

Ce texte passionnant est une lecture vraiment intéressante à tous points de vue. J’ai adoré! Je ne peux que vous suggérer ce livre si les récits d’aventure, l’écologie et la nature vous intéresse.

Les Rois du Yukon: trois mille kilomètres en canoë à travers l’Alaska, Adam Weymouth, éditions Albin Michel, 336 pages, 2021

Les Étoiles, la neige, le feu

Pendant vingt-cinq ans, John Haines a vécu dans une cabane isolée au cœur des étendues vierges de l’Alaska, menant une existence rude et solitaire de pionnier moderne. Couper du bois, tracer une piste, piéger une marte, dépecer un élan, faire ses réserves de saumon : une vie simple, aventureuse et libre, au rythme d’une nature sauvage envoûtante. Avec sérénité, il transforme son expérience intime en un récit initiatique et intemporel, où le moindre événement trouve sa résonance en chacun de nous.

Les Étoiles, la neige, le feu de John Haines est une réédition de Vingt-cinq ans de solitude, le premier livre publié aux éditions Gallmeister en 2005. Cette fois, la traduction s’offre un titre plus proche de l’original, The Stars, the snow, the fire ainsi que de nombreuses illustrations au crayon de Ray Bonnell pour accompagner les mémoires de John Haines. 

J’ai pris mon temps pour lire ces mémoires. Ce livre s’y prêt bien, avec des chapitres autour de certains grands thèmes et de la construction du livre. John Haines raconte sa vie en Alaska comme trappeur, du moment où il s’y est installé jusqu’à la fin, ce qui représente plus ou moins vingt-cinq ans. Ses mémoires abordent toutes sortes de sujets, allant des animaux sauvages, du travail de trappeur, de l’organisation de la vie en Alaska, des cabanes et de la nature en général. 

« Dans ces bois, je vis mes rêves. De vieux rêves du Grand Nord, de vieilles histoires lues et intériorisées: histoires de neige et de chiens, d’élans et de lynx, de tout ce qui peuple encore ces lieux déserts. Rien de ce que j’ai fait jusqu’ici dans ma vie ne m’a apporté autant de satisfaction. »

Ces mémoires m’ont rappelé tout le plaisir que j’ai à regarder l’émission Les Montagnards, où nous suivons le quotidien de différents trappeurs. C’est ma série télé préférée. Ce livre y ressemble, avec un côté poétique et une vision de la nature à la fois touchante et aussi très lucide. L’Alaska en tant que trappeur, c’est la survie au quotidien. C’est d’affronter les éléments, la neige, la glace. C’est aussi tout le travail relié à la chasse, à la rencontre avec des animaux et à la pêche. Haines se questionne aussi beaucoup sur sa place dans la chaîne alimentaire et ce qu’il vit avec les animaux, ceux qui l’émerveille et ceux qu’il doit tuer pour survivre.

« … il m’est impossible de piéger et de tuer sans pensée ni émotion, et il se peut que chaque mise à mort m’inflige à moi aussi une blessure légère, peut-être fatale. »

J’ai noté de nombreux passages dans ce livre. Le texte m’a beaucoup touchée. John Haines observe ce qui se passe autour de lui et nous décrit son quotidien, fait de découvertes, d’expériences, d’observations. Son travail de trappeur est aussi dur que beau et lui permet certains moments hors du temps, où la nature prend toute la place. Il aborde son quotidien et le plaisir qu’il a à suivre les pistes d’animaux, de son apprentissage alors qu’il apprend à poser des pièges, jusqu’à son travail au fil des saisons selon ce que la nature a à offrir.

« L’année d’un trappeur possède un calendrier qui lui est propre et où chaque activité trouve sa place dans le rythme des mois et des jours. »

Son choix de vie est fait de solitude, de quelques amitiés impromptues avec ceux du coin et d’histoires de la région. Le travail est aussi une grande part de ses journées: se nourrir, faire un jardin, s’occuper de diverses tâches. C’est intéressant de découvrir de quoi est fait son quotidien. Lire ses mémoires, c’est cheminer à ses côtés, dans la nature sauvage de l’Alaska. 

« Je m’imaginais un homme menant la vie d’un sage au plus froid des terres, et qui suivrait chaque indice laissé par la neige, en écrivant un livre au fur et à mesure. Ce serait l’histoire de la neige, le livre de l’hiver. »

Les Étoiles, la neige, le feu, c’est la cruauté et l’émerveillement. C’est la vie sauvage à l’état pure. Ce livre est fabuleux. Je l’ai adoré. Il sent le vécu et l’expérience, il est rempli d’histoires et de récits, de cabanes et de neige glacée. Ray Bonnell a signé les nombreuses illustrations au crayon qui parsèment les chapitres. Cet artiste a un talent fou. Son travail est magnifique. Et que dire de cette couverture créée par Mathieu Persan? Visuellement, ce livre est magnifique. Et le texte l’est tout autant. 

Une lecture magnifique et touchante, à découvrir pour tous les amoureux des grands espaces.

Les Étoiles, la neige, le feu, John Haines, éditions Gallmeister, 256 pages, 2020

Passage en Alaska

Passage en Alaska«La mer me fait peur», avoue Jonathan Raban, navigateur hors pair, et c’est ce mélange d’angoisse et de fascination qui fait le prix de ce livre. À peine installé à Seattle, il décide de rejoindre à la voile Juneau, en Alaska : mille six cents kilomètres d’un entrelacs d’îles et de canaux aux eaux tourbillonnantes, traversés de courants dangereux, empruntés pourtant depuis des temps immémoriaux. Ici s’est épanouie la culture du canoë des peuples autochtones, avec leurs fabuleux masques peints, leur iconographie complexe, leurs histoires de dieux sous-marins aussi néfastes que retors. Trappeurs et autres coureurs des bois eurent tôt fait de s’engouffrer dans le sillage des premiers explorateurs, eux-mêmes bientôt suivis par des colons, des missionnaires, des anthropologues et des pêcheurs dont les histoires, les rêves, les conflits hantent parfois chaque pouce de terrain. Est-ce par nécessité de faire le point que Raban a levé l’ancre? Ou bien par besoin de s’immerger dans l’énigme de la mer, d’en recueillir l’écho dans les mythologies et les arts indiens, dans les journaux du capitaine Vancouver, dans la poésie et la peinture, dans la physique des vagues. Peu à peu, cette aventure dans le «Grand Dehors», au cœur de la nature sauvage, entraînera l’auteur dans des eaux plus profondes, plus sombres, plus personnelles qu’il ne l’avait imaginé, quand un drame imprévu bouleversera le déroulement du voyage et le précipitera dans une exploration des replis les plus secrets du cœur de l’homme.

Passage en Alaska avait tout pour me plaire. Ce gros pavé m’attirait beaucoup, essentiellement à cause de sa quatrième de couverture et de son thème. Naviguer dans le passage entre Seattle et Juneau m’apparaît comme un voyage fabuleux. L’idée que l’auteur en profite pour transmettre beaucoup d’informations, d’anecdotes historiques et sociales, ainsi que ses découvertes me plaisait aussi. Surtout que Jonathan Raban, en plus d’être écrivain, aime profondément les livres. Son bateau, abritant une bibliothèque faite de récits de voyage de toutes sortes, est invitant. Ma lecture cependant, ne s’est pas déroulée tout à fait comme je le prévoyais.

Le début du livre est intéressant. L’auteur raconte son appareillage et le début de son aventure, du choix de partir jusqu’aux adieux à sa famille et son départ sur l’eau. Rapidement, il nous raconte en parallèle toutes sortes d’anecdotes et de notes historiques sur les lieux, en commençant par la pêche à Seattle. On apprend des choses sur son fonctionnement, les gens qui en sont les principaux acteurs, et l’admiration de l’auteur pour ces travailleurs de la mer « à l’ancienne ».

« Dans le port de pêche de Seattle, le passé – et même le lointain passé – demeurait vivant et à pied d’oeuvre, bien plus que nulle part ailleurs dans une Amérique au regard fixé vers l’avenir. Un homme de mon âge y puisait un certain réconfort. J’aimais les bateaux, leurs noms évocateurs, leurs capitaines infiniment soigneux dans l’entretien de leur bord, et les bavardages aimables et discrets des gens de mer. »

Dès qu’il prend la mer, l’auteur nous parle autant des créatures marines que des villages qu’il croise sur sa route. Il aborde des anecdotes qu’il a déjà vécu, par exemple en assistant à des danses amérindiennes et partage avec nous des souvenirs. Il puise dans la littérature, les carnets de bord de navigateurs comme celui du capitaine Vancouver, pour faire un lien avec ce qu’il est en train de vivre sur l’eau.

« Par-dessus tout, la pêche en Alaska restait le dernier épisode de la conquête de l’Ouest, l’ultime western authentique. »

Il greffe à sa propre histoire toutes sortes d’anecdotes, des rencontres avec des gens, des extraits de journaux, des poèmes et des informations historiques. L’idée est très intéressante et, si le début me plaisait bien, j’ai peu à peu décroché au fil de ma lecture. Les informations transmises par l’auteur me donnaient l’impression de manquer de cohérence. J’ai eu beaucoup de mal avec la construction de ce livre. Ce n’est pas tout à fait un récit, ni tout à fait un livre d’histoire. Il y a peu de chapitres, le texte est dense. J’ai l’impression que tout déboule pêle-mêle pendant 558 pages et j’avais de plus en plus de mal à avancer.

Ce n’est pas parce que les informations ne sont pas intéressantes, mais c’est surtout parce que je trouve que la construction de cet ouvrage manque de structure. J’aime toujours apprendre de nouvelles choses, surtout quand il s’agit de l’Alaska, toutefois j’aime aussi que les informations puissent être retrouvées en feuilletant le livre et qu’elles soient partagées en tenant compte d’une certaine structure. J’avais l’impression de passer du coq à l’âne sans trop d’émotions.

De mon côté, cette façon d’écrire m’a moins plu et j’y ai été beaucoup moins sensible qu’avec d’autres livres que j’ai pu lire, rassemblant beaucoup d’informations sous forme de « récit », avec une certaine structure. Je sors donc de la lecture de cet ouvrage très déçue. J’en attendais beaucoup, puisque la parution d’un livre – peu importe sa forme – sur l’Alaska m’attire toujours. Cependant, j’ai eu énormément de mal à avancer dans ce livre, avec l’impression de me perdre dans les anecdotes de l’auteur.

Peut-être que ce livre aura plus de chance avec vous. De mon côté, c’est un rendez-vous manqué, malheureusement, même si l’Alaska est pourtant là, entre les pages. Ça ne m’a pas suffit…

Passage en Alaska, Jonathan Raban, éditions Hoëbeke, 560 pages, 2019

Contes Traditionnels du Pays des Glaces

Contes traditionnels du pays des glacesLes pays de glace : l’Alaska, le Groenland, la Sibérie, le Canada et leurs paysages, rudes et inhospitaliers, qui s’étendent à perte de vue… Le spectacle offert est source inépuisable de poésie : le retour du soleil après l’hiver obscur, les aurores boréales, la débâcle du printemps…Parmi les peuples inuits de ces froides contrées, on rencontre des chasseurs héroïques, de vieilles femmes ou des enfants souvent orphelins, des chamans aux pouvoirs magiques salvateurs ou dévastateurs.Malgré le climat, les animaux sont très nombreux et peuvent prendre à leur guise une allure humaine.Il nous faut un peu de persévérance et un œil aiguisé pour découvrir toutes les ressources cachées de ces pays de glace. Ces contes nous ouvrent les portes de régions «difficiles», parfois inexplorées. Ils nous dévoilent la vie d’un peuple habité par le courage et la détermination, mais surtout par l’amour et le besoin d’harmonie avec la nature qui l’entoure. Un beau voyage, un grand bol d’air frais et le frisson assuré !

Le Pays des Glaces, c’est en fait quatre endroits: l’Alaska, le Groenland, la Sibérie et le Canada. Dans chacun de ces lieux, les gens sont tous appelés « inuits » ce qui veut dire « être humain ». À l’époque les gens étaient plus nomades qu’aujourd’hui. Ce qui est très intéressant dans ces contes, c’est que plusieurs d’entre eux sont racontés dans plus d’un endroit différent. On peut donc supposer qu’ils ont tous un patrimoine commun, un imaginaire collectif qui s’étend au-delà des limites géographiques. Les histoires nous permettent donc de visualiser une vaste culture, bien plus grande et collective que ce que l’on peut imaginer, qui s’étend sur différents territoires. On sent beaucoup de similitudes entre les différents peuples car leurs modes de vie ont des points communs, même si chacun a ses particularité. Les valeurs et les idéologies sont semblables.

Il s’agit d’un très beau livre qui nous permet de comprendre la mentalité des différents peuples du froid. Ils appliquent beaucoup la devise « œil pour œil, dent pour dent ». Ce qui s’applique aussi à la relation entre l’homme et l’animal. Si l’animal prend soin d’eux, ils prendront soin de lui en retour.

Il y a justement un côté très fort racontant la proximité entre l’homme et l’animal. L’idée qu’un homme puisse se changer en animal, ou l’inverse, est très ancrée dans l’imaginaire de ces populations. La vengeance est un thème récurrent des contes, car elle fait partie de la mentalité de ces peuples, qui appliquent une certaine forme de justice dans leur mode de vie. Les contes n’en sont pas moins beaux pour autant. Il n’est pas seulement question de vengeance, même si celle-ci est un thème majeur. Il y a de belles histoires d’animaux, de famille, d’alliances, en lien avec leur vision des choses.

L’ouvrage compte dix-huit contes qui sont axés sur le mode de vie des peuples des glaces, sur leurs croyances. Ce sont des contes avec un brin de fantastique, qui se rapprochent des croyances de ces peuples. On apprend comment les aurores boréales ont été créées, comment le tonnerre et les éclairs ont commencé à faire leur apparition sur terre, pourquoi le chien jappe, comment certaines îles sont apparues et bien d’autres choses. Il s’agit d’un panorama de la mythologie de leur patrimoine. On comprend un peu mieux de quelle façon leurs croyances se sont dessinées au fil du temps.

Chaque conte débute par une petite définition de ce que sera le conte qui suivra. C’est un court résumé, qui explique aussi la provenance de l’histoire, afin de replacer le contexte de ce qui suivra. Chaque conte début également par une carte mettant en lumière la région d’où provient le conte. Le livre comprend beaucoup d’illustrations en noir et blanc. Même si elles sont très simples, elles illustrent bien l’essence même des histoires.

Le livre s’adresse à des lecteurs de tous les âges, qu’ils soient enfants ou adultes. Même s’il peut être lu par des enfants puisque l’écriture est assez simple et permet une bonne compréhension du texte, ce livre n’est pas enfantin et plaira tout autant aux adultes qui pourrons également l’apprécier. Ce fut d’ailleurs mon cas.

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui nous plonge dans l’imaginaire de chaque peuple, qui nous apprend plus de choses sur leur façon de voir la vie, le monde et sur la manière dont ils appréhendent ce qui les entoure. Leur imaginaire est riche, vraiment intéressant. Si vous pouvez mettre la main sur cet ouvrage, je vous en conseille fortement la lecture. J’ai passé un excellent moment. Ce livre est aussi une belle façon de découvrir la culture inuit.

Contes Traditionnels du Pays des Glaces, Delphine Gravier, éditions Milan, 144 pages, 2003