Z comme Zacharie

Z comme ZacharieSur la terre ravagée par un cataclysme, Ann reste seule dans sa vallée miraculeusement épargnée. Avec quelques animaux, la petite ferme, elle redécouvre le travail danse la nature comme avant les machines. Mais il y avait un autre survivant… Est-ce la promesse d’une vie à deux où tout peut renaître ? Ou bien l’inconnu porte-t-il avec lui une menace plus redoutable que celle des radiations mortelles?

Robert Leslie Carroll Conly était journaliste pour National Geographic. Comme son contrat ne l’autorisait pas à publier pour un autre éditeur, il commença à écrire des livres sous le nom de Robert C. O’Brien. Principalement des livres jeunesse. À la base, Z comme Zacharie devait être un livre pour adulte, mais il a été publié sous l’étiquette « roman jeunesse ». Il est paru à titre posthume, un an après la mort de l’auteur. C’est sa femme et sa fille qui en ont terminé l’écriture d’après les notes qu’il avait laissé.

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Écrit au début des années 70, ce roman post-apocalyptique est plutôt intéressant, même s’il a un peu vieillit. Je m’y suis intéressée en tombant sur le film qui en a été adapté. Je ne l’ai pas encore vu car je souhaitais lire le roman en premier. Par contre, les premières images que j’en ai semblent assez différentes quant à la dynamique des personnages dans le film. Ils semblent être trois alors que dans le livre, il n’y a que deux personnages.

Dans le roman, écrit sous forme de journal, nous suivons Ann Burden, une jeune fille de seize ans. Le monde dans lequel elle vit est dévasté par la radioactivité. On ne sait pas grand chose de cette catastrophe, si ce n’est que ça se déroule après la guerre et que tout, ou presque, semble avoir subit des radiations. Ann se retrouve seule sur la ferme familiale, dans une vallée toujours verte et sensiblement encore viable et en bonne santé. Elle tente de survivre et son quotidien se partage entre les animaux de la ferme, les cultures, le magasin et le temple. Le reste est mort et il n’y a personne d’autre. Jusqu’à ce jour où elle aperçoit quelqu’un qui semble avancer tranquillement dans la vallée.

C’est à l’arrivée de cet homme que tout change pour Ann. Ce qu’elle attendait de la présence d’un autre être humain, ce qui avait nourri ses rêves d’adolescente de ne pas terminer sa vie seule au monde, semble se concrétiser. Cependant, elle se retrouve vite à devoir s’occuper de l’homme surgit de nulle part et leur relation prend une tournure inattendue, voire inquiétante…

« Je vis dans la peur constante d’être repérée et pourchassée. »

L’idée derrière le roman est vraiment intéressante et l’auteur réussit à nous faire vivre plusieurs émotions aux côtés d’Ann. On voit rapidement que ce roman a été écrit à une autre époque et que les rêves qui animent Ann – fonder une famille, devenir enseignante, s’occuper d’enfants, se marier ainsi que l’aspect religieux – a un petit côté suranné, tant dans les dialogues que dans l’apparente docilité de la jeune fille. Ça peut sembler agaçant au début, mais en replaçant le roman dans son contexte, Ann se révèle assez forte et décidée. Elle sait ce qu’elle ne veut pas ou ne peut pas accepter. C’est aussi pour son petit côté un peu vieillot que le roman se lit aujourd’hui avec plaisir.

L’histoire est racontée par Ann, sous forme de journal personnel. Les entrées sont datées, mais sans année. Le roman laisse donc penser que l’auteur souhaitait conserver un flou quant au moment exact des événements. Ils pourraient se passer à n’importe quelle époque. Dans son journal, Ann parle de l’inconnu, John, un chercheur spécialiste de la contamination radioactive. Elle parle de son arrivée et de la grande solitude qu’elle ressentait à l’idée de se croire seule au monde. Elle parle des solutions qu’elle tente de mettre en place pour survivre et améliorer son quotidien sans épuiser les ressources qu’elle a sous la main.

« Même après tout ce temps, j’ai encore du mal à admettre que je ne serai rien du tout, que je n’aurai jamais aucun métier, que je n’irai nulle part et ne ferai rien, sinon ce que je fais ici. »

Z comme Zacharie est un roman que j’ai trouvé intéressant à lire, surtout parce que l’auteur réussit à garder un certain suspense quant à ce qui va se passer entre Ann et le nouveau venu. Sa vie sur la ferme va changer du tout au tout et pourtant, elle demeure forte et n’est pas amère. Elle croit qu’il y a quelque chose de beau au-delà des difficultés qu’ils peuvent traverser, même quand la vie semble anéantie partout autour d’elle. C’est un personnage plein de gentillesse, qui pense bien souvent aux autres avant elle-même.

J’ai hâte de voir l’adaptation du film car je crois qu’avec la vision d’aujourd’hui, il y a sûrement une idée intéressante à en tirer. De mon côté, ce livre m’a beaucoup plu. Il semble introuvable aujourd’hui et n’a jamais vraiment été réédité. C’est pourtant une histoire plutôt captivante, qui aborde l’écologie, la survie, la vie quotidienne sur la ferme quand les ressources sont très limitées. C’est également un beau portrait de jeune femme, surtout pour son époque, qui met en lumière de belles qualités: la gentillesse, le don de soi et la débrouillardise.

Une belle lecture.

Z comme Zacharie, Robert C. O’Brien, éditions Le livre de poche, 317 pages, 1986

Ma vie dans les bois t.2: Alimentation

Ma vie dans les bois 2Shin Morimura a à peine fini de construire sa maison que déjà de nouvelles problématiques font leur apparition ! La plus évidente étant forcément la question de l’autonomie alimentaire ! Fatiguée de manger des nouilles instantanées de piètre qualité, sa femme commence à lui faire des remarques. Entre redécouverte de la flore locale, mais aussi développement d’un potager et réflexions sur la vie animale, le couple d’aventuriers des temps moderne a du pain sur la planche !

Le premier tome de Ma vie dans les bois se terminait de façon surprenante. Maintenant, Shin doit apprendre à vivre avec la décision de sa femme et il est confronté à certaines problématiques auxquelles il n’avait pas forcément réfléchit. Comme par exemple, la question de l’argent, des dépenses quotidiennes, le fait d’exercer ou non un emploi.

« Dépenser le moins possible, c’est une des règles de la vie dans les bois! Notre société n’est pas adaptée à celui qui veut vivre en autarcie. Taxe immobilière, retraite, impôts locaux, etc. Ce n’est pas une plaisanterie, l’argent est indispensable. »

Ce second tome porte essentiellement sur l’alimentation. Si les joies du printemps font redécouvrir à Shin les plantes sauvages comestibles, sa gourmandise peut aussi le rendre malade! Il doit trouver des solutions pour avoir une alimentation plus variée et surtout, plus accessible. Surtout que Miki vient de lui interdire d’aller dépenser leur argent au restaurant! On choisit un mode de vie, on s’y tient!

Shin fera plusieurs expérimentations, de la cueillette au jardinage, jusqu’à la récolte tant attendue! Toutefois, rien ne sera facile pour Shin, qui a choisi de vivre à la dure et qui doit se débrouiller avec ses connaissances et peu de ressources. Devenir autosuffisant en matière de nourriture peut être assez complexe et c’est ce que va expérimenter Shin dans ce deuxième tome. Il passera de cueilleur à jardinier avant de devenir éleveur. C’est plutôt intéressant de le voir affronter les problèmes et trouver des solutions, toujours avec cette forme d’humour et d’honnêteté qui le caractérise.

On retrouve également dans ce tome, Kuma, le vieux grand-père chasseur d’ours qui débarque à tout moment pour donner un coup de main ou bien discuter avec Miki et Shin. Il est plutôt drôle comme personnage avec ses conseils et sa vitalité d’homme des bois. Il a bien souvent la réponse aux questions de Shin.

C’est aussi intéressant de voir l’évolution de leur vie en autarcie. Shin nous montre comment la campagne et le bois peuvent changer les gens, autant au niveau physique (voir le premier tome) qu’au niveau de l’alimentation. Le goût des produits de restauration ou de supermarché n’est pas tout à fait le même lorsqu’on s’habitue à des produits frais, qu’on cultive nous-même. Devoir tuer (plumer, dépecer et trancher) soi-même une bête pour avoir de la viande plutôt que de l’acheter au supermarché est également toute une expérience! Il parle aussi des changements au niveau de la consommation en général et d’un choix de vie plus authentique, plus porté sur ce qui est essentiel.

« Avoir toujours envie de nouvelles choses, alors que nous possédons tout ce dont nous avons besoin, n’est pas de tout repos, sans compter ce sentiment d’être toujours pressés et affairés. « 

Il y a beaucoup d’informations sur la façon dont s’y prennent Shin et Miki, leurs essais-erreurs et ce qu’ils découvrent. Le manga offre aussi de belles réflexions sur la nature, sur la place de l’homme, ainsi que sur la hiérarchie qui existe aussi chez les animaux et la flore. Shin a une belle histoire avec son chien et il parle beaucoup dans ce manga de la place qu’a tenu les chiens dans sa vie. C’est un bel hommage au meilleur ami de l’homme!

Finalement, le dernier tiers du manga est consacré à un projet un peu particulier qu’on a proposé à Shin… Vraiment, ce second manga est aussi drôle et agréable à lire que le premier. L’auteur a de l’imagination. Il m’a fait vraiment rire quand il imagine ses poules se battant pour un ver, en agressives prédatrices du temps de la préhistoire!

Comme dans le tome 1, on retrouve des photos de son aventure aux changements de chapitres. C’est un beau complément au manga. Son histoire racontée avec sincérité et humour est vraiment le point fort de ces mangas. J’ai un gros coup de cœur pour les histoires de Shin. À découvrir, assurément, si la vie en autarcie vous intéresse! On apprend des choses et c’est plutôt rigolo, en plus d’être une belle histoire qui met l’emphase sur l’écologie et une manière différente de vivre, plus en harmonie avec son environnement.

Lisez aussi mon avis sur le tome 1: Ma vie dans les bois: écoconstruction.

Ma vie dans les bois t.2: Alimentation, Shin Morimura, éditions Akata, 144 pages, 2017