Les Meurtres du Red Power

Chinook est dans un état d’effervescence peu habituel : Noah Ridge, chef du Red Power Movement, sera de passage dans la ville afin de faire la promotion de son plus récent essai. Pour Thumps DreadfulWater, la venue du célèbre activiste réveille de mauvais souvenirs, car les deux hommes ont milité ensemble dans leur jeunesse à Salt Lake City au moment où Lucy Kettle, une femme très influente au sein du mouvement, avait mystérieusement disparu. Au fait des accointances de Thumps, le shérif Hockney offre à l’ex-policier de reprendre du service pendant la visite du leader, se doutant que le séjour de ce dernier ne sera pas de tout repos. Déjà des menaces de mort pèsent sur sa tête et, le jour même de son arrivée, un ancien agent du FBI – qui avait enquêté voici un quart de siècle dans l’affaire Kettle – est trouvé sans vie dans une chambre de motel de la ville. Accompagné de son nouvel adjoint, Hockney décide de rencontrer aussitôt l’activiste à l’hôtel où il est descendu. Or, pour Thumps qui se demande si Ridge le reconnaîtra après tout ce temps, c’est un autre fantôme de son passé qui apparaît derrière la porte de la chambre : Dakota Miles, son ex-flamme… et très bonne amie de Lucy Kettle !

Les Meurtres du Red Power est la seconde enquête de Thumps DreadfulWater, un ancien policier devenu photographe suite à un grand drame. Ce personnage est intéressant car il est Cherokee et que les romans abordent en filigrane des enquêtes, les problématiques liées à la vie dans les réserves. Il est intéressant de voir le personnage évoluer, mais les livres peuvent vraiment se lire séparément sans problème, chaque roman est une enquête complète. 

Dans cette enquête, nous sommes en plein hiver glacial, ce que déteste DreadfulWater qui grelotte tout le temps et rêve du printemps. Noah Ridge, activiste et chef du Red Power Movement, arrive à Chinook pour faire la promotion de son nouveau livre. DreadfulWater l’a connu dans sa jeunesse quand ils militaient ensemble. Leur relation n’a pas duré longtemps, puisque DreadfulWater ne partageait pas toujours le même avis que Noah concernant les revendications et surtout, la façon de les faire. Il avait finalement décroché. À l’époque, Lucy Kettle, militante influente de leur groupe avait également disparu, créant un choc et beaucoup de questions au sein du mouvement. DreadfulWater réalise bien vite que les fantômes du passé sont aussi ceux qui l’aideront à résoudre les crimes sur lesquels il enquête. 

L’arrivée de Noah Ridge à Chinook fait donc remonter de vieux souvenirs que DreadfulWater aimerait mieux oublier. Les choses se compliquent quand Ridge reçoit des menaces, que le FBI s’intéresse soudainement à lui et fouine dans son entourage et que les cadavres s’accumulent. À la demande du shérif, DreadfulWater est alors promu adjoint le temps de dénouer les fils de l’enquête, ce qui ne fait pas vraiment son affaire. Il aspire bien souvent à une vie tranquille, sans crime à résoudre, mais son expérience fait de lui un allié de choix dans la résolution d’une enquête. Surtout ici, alors qu’il est question de rivalité et de vengeance au sein d’un mouvement de revendication autochtone.

« Thumps avait pris le complexe en grippe. La construction d’un immeuble de copropriétés doublé d’un casino au milieu d’une forêt à laquelle absolument rien ne manquait l’irritait au plus haut point. Peut-être le photographe en lui était-il las de voir des clôtures, des lignes électriques et des autoroutes dans son objectif. Peut-être aussi était-ce la conviction qu’il avait que le complexe, aussi prospère soit-il, ne ferait sans doute rien pour améliorer la vie des gens. »

J’ai bien aimé cette seconde enquête, tout comme la précédente que j’avais lue. L’intrigue contient des rebondissements intéressants, mais c’est encore et toujours le talent pour les dialogues de Thomas King qui me plait le plus. Sa façon d’amener les éléments de l’enquête et l’humour qu’il glisse ici et là, que ce soit dans les dialogues, les événements ou la personnalité de ses personnages, en font toujours des textes très plaisants à lire.

« Nous avons donc affaire, résuma Thumps pour lui-même, à un gaucher sans pièce d’identité qui s’est tiré une balle dans la tête de la main droite et, après sa mort, a déplacé un objet sur la table de travail. »

L’auteur, tout comme son personnage, est autochtone. Il parle de la réalité des Premières nations et y mêle habilement beaucoup d’humour. Ici, DreadfulWater se bat littéralement contre l’hiver, avec son manteau pas suffisamment chaud, sa voiture frileuse qui tombe en panne tout le temps et refuse de démarrer, son passage au café de Al où Archie, le libraire, pige tout le temps dans son assiette et mange tout son déjeuner avant lui. Si DreadfulWater me plaît beaucoup, les personnages secondaires que crée Thomas King sont complets et les réparties toujours amusantes. Par exemple, j’adore Moses, le sage de la réserve qui accueille sur ses terres les roulottes en fin de vie et semble toujours tout savoir avant tout le monde, ou Beth la médecin légiste qui pratique son métier au sous-sol de sa maison. J’aime vraiment retrouver tout ce beau monde d’un livre à l’autre car on s’attache beaucoup à cette communauté.

Thomas King est vraiment un auteur que j’apprécie beaucoup, peu importe s’il écrit des romans, du policier, des nouvelles ou des essais. Il a un style particulièrement agréable à lire. Vivement la troisième enquête qui est à paraître en mars. J’ai hâte!

Mon avis sur Meurtres avec vue si vous avez envie de découvrir une autre enquête de DreadfulWater. 

Les Meurtres du Red Power, Thomas King, 374 pages, 2021

4 réflexions sur “Les Meurtres du Red Power

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