Sainte Chloé de l’amour

mais il n’est rien qui puisse contenir les femmes amères
nos viscères sont bridés d’euphories dévastatrices
qui nous font roter quand elles remontent

L’autrice poursuit son exploration poétique du désir, de l’identité, du rapport à l’autre dans un recueil d’une impudeur ardente, et élégante. Dans des vers incarnés qui mettent la lecture sous tension, la réaction – genrée, raciste, sociale – continue de brutaliser l’intellect. Et cette fois, le désir d’élévation et la figure du féminin transcendé, pour le meilleur et pour le pire, entrent en scène.

Sainte Chloé de l’amour est un recueil de poésie très riche au niveau de l’écriture et des mots utilisés. La lecture est agréable et coule magnifiquement bien. Il y a quelques années, j’avais lu Fastes son quatrième recueil. Je l’avais vraiment adoré. J’avais donc très hâte de découvrir Sainte Chloé de l’amour, un recueil qui parle de la façon dont on se perçoit nous-mêmes, par rapport au regard des autres.

On retrouve dans ce texte beaucoup de références à l’identité. À ce qui nous forge étant petits puis à ce que l’on devient par la suite. La découverte de soi et le leg que l’on reçoit des autres. Chloé, elle, rêve de sainteté. Elle rêve d’être parfaite aux yeux des autres. Il y a, dans ses mots, toujours ce rapport à l’autre, cette question d’apparence et de ce qui en découle. La façon dont on est perçu par les autres qui peut façonner la façon dont on se perçoit nous-même. Ce rapport à l’autre et à l’identité est vraiment intéressant.

« ma joie est une épine entre deux vertèbres
arriverai-je à la déprendre un jour
pour m’en faire un médaillon
est-elle une fleur qui s’ouvrira
que dévorera-t-elle »

La poésie parle de ces petites cassures qui peuvent perturber la recherche de soi et le rôle que l’on se donne. C’est une poésie forte qui parle sans pudeur de la façon dont l’auteure habite son propre corps et sa sexualité. C’est aussi l’évolution de la perception de soi-même à travers les différentes étapes de la vie. Notre propre rapport aux autres et à nous-mêmes. 

À la lecture du recueil, on comprend toute la signification du titre particulier de ce livre. C’est une poésie originale et solide, féministe, dont l’écriture est ouverte et agréable à lire. Le travail de Chloé Savoie-Bernard est vraiment intéressant. C’est chaque fois un plaisir de découvrir ses mots. Elle pose un regard humain sur nous-mêmes. Elle se questionne sur notre façon de vivre dans le regard des autres. Une forme de critique de la société, mais présentée d’un point de vue plus intime. 

« le réel a trop de couches
pour qu’on en vérifie l’adhérence
je continue à payer mes amendes
à la bibliothèque
à me faire du café le matin

est-ce que la fin du monde est un espoir un moteur
ou simplement un lendemain de plus »

Un recueil de poésie vraiment très riche que j’ai grandement apprécié. Un livre qui aborde, comme souvent chez cette auteure, l’identité et le rapport au corps. Une poésie intelligente qui gagne à être découverte. Je vous conseille fortement ce recueil. J’avais aussi adoré Fastes son précédent livre.

Sainte Chloé de l’amour, Chloé Savoie-Bernard, éditions de l’Hexagone, 112 pages, 2021

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