J’parle tout seul quand Jean Narrache

Jean Narrache, c’est le poète canadien qui a chanté à la manière de Jehan Rictus, nos us, nos coutumes, nos défauts, voire nos vices, mais toujours en un style mordant, alerte, subtil et de bon aloi. La publication de ce volume le sort encore une fois de l’ombre où il se terre depuis quelques années, pour rappeler à la génération nouvelle que nous avons des poètes authentiques et que nos valeurs canadiennes sont toujours là.

J’ai trouvé ce livre dans une vente d’occasion. Le titre et la couverture m’ont tout de suite attirés alors je l’ai acheté. Mon édition a été publiée en 1961. À noter le prix d’époque, un dollar, qu’on aperçoit sur la couverture qui apparaît en bas à droite. Quand on va dans une vente de livres, on souhaite toujours faire de belles trouvailles et parfois, un petit bijou se révèle à nous. Celui-ci en faisait partie. Maintenant que je l’ai lu, je peux dire que le texte m’a énormément séduit et j’ai passé un excellent moment de lecture à découvrir Émile Coderre.

L’auteur nous transporte au cœur du quotidien du personnage de Jean Narrache qui, à travers plusieurs petits contes poétiques, nous raconte sa vie de gueux et la misère qu’il voit autour de lui. Tantôt humoristiques, tantôt touchants, les textes de ce recueil sont un vrai plaisir à découvrir aujourd’hui.

La langue utilisée est savoureuse, d’époque et c’est intéressant de voir le regard de Jean Narrache sur la vie quotidienne et la pauvreté qui sévit dans la ville. Il fait aussi une critique de la société et des richesses inaccessibles au commun des mortels. Déjà, il faisait le constat des inégalités sociales, des gens très riches qui s’enrichissent sur le dos des plus pauvres et de ceux qui peinent à joindre les deux bouts. Ses poèmes brossent un portrait social de son époque et de la difficulté pour bien du monde à se loger, se nourrir ou à trouver suffisamment d’argent pour vivre.

L’auteur écrit avec modestie, il prévient même ses lecteurs, s’il en a (ce qu’il met même en doute), qu’il ne peut pas écrire de plus beaux vers que ce qu’il offre dans son recueil. J’ai trouvé sa poésie vraiment belle. Il vient nous chercher à travers toute une gamme d’émotions. Il écrit avec humour, mais aussi avec une grande sensibilité. Certains textes sont profondément touchants et émouvants. L’écriture captive énormément, surtout à cause du rythme des poèmes et du langage utilisé. La lecture est très prenante. On s’accroche à ces textes pour découvrir à la fois l’originalité de ses poèmes et la façon dont il dresse le portrait de son époque.

« C’est moi, bon Saint François d’Assise,
M’sembl’ qu’on peut s’comprendr’ tous les deux,
T’étais pauvr’ puis poèt’, à c’qu’ils disent;
Tu vois, moi, j’rim’ puis j’suis quêteux.

C’est pourtant vrai, t’étais poète!
Pauvr’ mais l’coeur toujours su’ la main;
T’aimais les oiseaux puis les bêtes…
Qui sont moins bèt’s que l’genre humain. »

Il aborde la société et la pauvreté à travers de nombreux sujets, allant de la politique, du partage, de la douleur et de la religion. C’est en lisant ces poèmes qu’on réalise que la mentalité humaine n’a pas vraiment changée au fil des époques. C’est un portrait intéressant et encore tellement actuel de l’humain. On passe du rire aux larmes. Un poème nous fait sourire, le suivant nous tire les larmes aux yeux. Quand un auteur réussit à nous présenter le monde dont il parle et qu’il suscite autant d’émotions, c’est signe d’un grand talent. Je crois qu’il avait pour but de toucher le lecteur pour sensibiliser les gens à la pauvreté et à leur comportement face aux gens moins nantis qu’eux.

« Nos députés, c’est des lumières
qui m’font penser aux mouch’s à feu.
Y’ont tout leur éclat dans l’derrière
et ça éclair’ rien qu’les suiveux. »

J’aimerais beaucoup trouver d’autres livres d’Émile Coderre. J’ai adoré sa plume, j’espère pouvoir en lire d’autres un jour. Je trouve que c’est un auteur qui devrait grandement être réédité. Je considère ces textes comme des classiques qu’on devrait redécouvrir aujourd’hui. Il serait même intéressant de rééditer ses textes avec des mises en contexte et des notes. C’est un auteur qu’on devrait lire assurément.

Un livre qui sera très précieux dans ma bibliothèque que je relirai assurément.

J’parle tout seul quand Jean Narrache, Émile Coderre, éditions de l’Homme, 143 pages, 1961

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