À petits pas lents

Nous avançons à petits pas lents dans le monde du haïku, le temps d’apprendre à voir et à partager la vision, le temps de maîtriser les règles pour ensuite les trans­cender. À petits pas lents, le temps aussi de transposer l’art ancestral du haïku à notre contexte occidental et moderne. 

À petits pas lents est un livre qui me tentait beaucoup. J’aime lire des collectifs de temps à autre, je trouve que c’est une belle façon de découvrir de nouveaux auteurs. J’étais certain de bien apprécier ce recueil mais celui-ci a été au-delà de mes attentes. C’est un excellent recueil de haïkus, qui m’a beaucoup plu.

L’auteure qui a dirigé le recueil explique le cadre particulier d’un camp littéraire où les haïkistes ont expérimenté une nouvelle forme de travail et de perfectionnement, une approche différente de la poésie et du choix des poèmes à regrouper dans le recueil. Même si les thèmes sont variés, dans des univers très différents, chacun a pu contribué à peaufiner les textes des autres.

« une forme ailée
glisse sur la neige

silence du faucon »

Le recueil regroupe sept auteurs. Nous découvrons donc sept univers différents, mais qui se complètent d’une certaine façon. Le quotidien, la nature humaine, les voyages, les passions, l’émerveillement, les souvenirs de pêche et le littoral sont les thèmes abordés par les haïkistes dans ce très beau recueil. Cette lecture m’a permis de découvrir sept auteurs de grand talent que je n’avais jamais lu. Comme dans tout recueil, on a nos petites préférences. Les petits drames du quotidien de Gilbert Banville est assurément mon préféré et c’est lui qui ouvre le recueil. Si tous les poèmes m’ont bien plu, j’ai particulièrement accroché à ses mots, ainsi qu’à ceux de Monique Lévesque et ses souvenirs de pêche ainsi que Gérard Pourcel, et ses pensées sur la nature humaine.

« balade sur le lac
le sillage de la chaloupe
soulève les nuages »

J’ai beaucoup aimé le fait qu’on nous présente des auteurs aux intérêts différents. Ça amène beaucoup plus de couleur au livre et je crois même que je préfère cette façon de faire, qui nous projette dans plusieurs univers. Cette façon de créer un collectif évite le piège de la monotonie et d’une impression trop linéaire, trop semblable. La variété offre un contenu assurément gagnant car on sent un renouvellement tout au long du recueil. Les mots qu’ils nous offrent nous permettent de mieux nous projeter dans le cadre décrit par les auteurs. Le drame et l’humour se côtoient, l’émerveillement et la variété sont bien présents.

« longue nuit d’insomnie
le sourire de mon dentier

dans un verre d’eau »

Le livre offre une présentation individuelle pour chaque auteur, qui permet de comprendre ce qui a inspiré le haïkiste. Ces portraits permettent sans doute de mieux appréhender les haïkus et de comprendre l’univers de l’auteur avant de lire sa poésie. Ils nous offrent une immersion dans l’imaginaire de l’auteur. J’ai beaucoup apprécié pour ma part, je trouve que ça apporte un gros plus au recueil. En tant que lecteur c’est toujours plaisant d’en apprendre plus sur les auteurs. C’est le second recueil collectif de haïkus que je lis publié chez David éditions et je salue cette forme de présentation qui me plait énormément.

À petits pas lents est un recueil très varié, qui nous offre des haïkus sur plusieurs thèmes: la nature, la philosophie, l’humour, le quotidien, les voyages. Les poèmes sont très imagés. Ces haïkus sont un vrai plaisir de lecture!

À petits pas lents, collectif sous la direction de Francine Chicoine, éditions David, 142 pages, 2021

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