Nous étions le sel de la mer

Ce matin-là, Vital Bujold a repêché le corps d’une femme qui, jadis, avait viré le cœur des hommes à l’envers. En Gaspésie, la vérité se fait rare, surtout sur les quais de pêche. Les interrogatoires dérivent en placotages, les indices se dispersent sur la grève, les faits s’estompent dans la vague, et le sergent Moralès, enquêteur dans cette affaire, aurait bien besoin d’un double scotch.

Nous étions le sel de la mer est un livre dont j’entends parler depuis très longtemps. J’avais beaucoup d’attentes et j’espérais moi aussi être emballée par ce livre. En fait, j’ai adoré cette lecture qui nous amène littéralement en Gaspésie. On sent l’odeur de la mer, le bruit des vagues, l’atmosphère des petits villages, les histoires de pêche et les secrets bien enfouis.

Dans ce roman, qu’on pourrait qualifier « d’enquête policière poétique », on suit plusieurs personnages qui vivent en Gaspésie ou qui viennent d’y arriver. Il y a les pêcheurs, le restaurateur, le curé, l’aubergiste, la touriste. Catherine se promène sur la plage, fait la connaissance des gens qui vivent au bord de la mer et reste discrète sur son passé. Chacun a ses motivations et ses secrets. La mer est là, offerte aux pêcheurs, propice à la réflexion ou tombeau pour certains marins malchanceux. C’est un lieu qu’on ne peut fuir, beau, tragique, bouleversant. La façon qu’a l’auteure de raconter la mer, la façon dont ses personnages la perçoive et ne peuvent s’en détacher, donne aux lieux une impression enveloppante. J’ai adoré cette ambiance. 

« Cyrille, il disait que la mer était une courtepointe. Des morceaux de vagues attachés par des fils de soleil. Il disait qu’elle avalait les histoires du monde et les digérait longuement, dans son ventre cobalt, pour n’en renvoyer que des reflets déformés; il disait que les événements des dernières semaines sombreraient lentement dans la pénombre de la mémoire. »

Ce matin-là, on repêche dans les filets le corps d’une femme, connue pour sa fougue, son esprit d’aventure, ses longs départs en bateau et sa propension à virer le cœur des hommes à l’envers. Ce décès bouleverse tout le monde: les hommes qui l’ont aimée, celle qui la recherche, les autorités. Débarque alors l’enquêteur Joaquin Moralès, mexicain de Longueuil, qui essaie de dénouer les fils de ce décès tout en essayant de garder la tête hors de l’eau alors que son couple part à la dérive… Pas toujours très habile, ayant un tout autre mode de vie en ville et perturbé par ce qui se passe dans sa vie personnelle, il a l’impression d’arriver dans un autre monde qu’il ne comprend pas. Ses méthodes ne fonctionnent pas et on apprend peu à peu, au fil des pages, à connaître cet inspecteur un peu brusque et maladroit, arrivé un beau jour du Mexique. Malgré sa rudesse, j’ai aimé ce personnage car il est différent de ceux que l’on retrouve dans les livres policiers. En fait, tout le roman est différent de ce qu’on s’attend à voir dans un roman d’enquête. C’est sans doute pour cela qu’il m’a autant plu. J’aime aussi beaucoup le titre si poétique et imagé du roman. Nous étions le sel de la mer

« La Gaspésie, c’est une terre de pauvres qui a juste la mer pour richesse, pis la mer se meurt. C’est un agrégat de souvenirs, un pays qui ferme sa gueule pis qui écœure personne, une contrée de misère que la beauté du large console. Pis on s’y accroche comme des hommes de rien. Comme des pêcheurs qui ont besoin d’être consolés. »

Le ton est intrigant. Les dialogues sont colorés, bien de chez nous. C’est vivant. Les chapitres se promènent à travers le temps et les personnages. Peu à peu, on découvre l’histoire de la région et surtout de ses habitants. J’ai tellement aimé ce roman! La plume unique de Roxanne Bouchard, sa façon de raconter la mer et le cœur de ses personnages. C’est beau, coloré, doux-amer, un brin mélancolique, juste ce qu’il faut pour avoir l’impression de vibrer au rythme des vagues et des événements. Le genre de livre qu’on a envie d’étirer un peu, pour y rester plus longtemps. Heureusement, les deux autres enquêtes de Moralès m’attendent dans ma pile à lire. Je suis très emballée par cette série et j’ai bien hâte de lire les autres romans.

À découvrir, assurément!

Nous étions le sel de la mer, Roxanne Bouchard, éditions VLB, 360 pages, 2014

3 réflexions sur “Nous étions le sel de la mer

  1. Pingback: La Mariée de corail | Mon coussin de lecture

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