Écotopia

Trois États de la côte ouest des États-Unis — la Californie, l’Oregon et l’État de Washington — décident de faire sécession et de construire, dans un isolement total, une société écologique radicale, baptisée Écotopia. Vingt ans après, l’heure est à la reprise des liaisons diplomatiques entre les deux pays. Pour la première fois, Écotopia ouvre ses frontières à un journaliste américain, William Weston. Au fil des articles envoyés au Times-Post, il décrit tous les aspects de la société écotopienne : les femmes au pouvoir, l’autogestion, la décentralisation, les vingt heures de travail hebdomadaire et le recyclage systématique. D’abord sceptique, voire cynique, William Weston vit une profonde transformation intérieure. Son histoire d’amour intense avec une Écotopienne va le placer devant un dilemme crucial : choisir entre deux mondes.

J’ai bien aimé ma découverte du roman utopique Écotopia de Ernest Callenbach. Ce roman, qui se déroule dans un hypothétique futur, m’attirait beaucoup. Trois états américains, s’inspirant alors du Québec ayant quitté le Canada, décident de se séparer aussi et de fonder Écotopia, une sorte de société écologique radicale. Vingt ans plus tard, un journaliste américain y est envoyé afin de faire un grand reportage sur ce pays qui provoque les plus folles rumeurs.  Tombé passionnément amoureux d’une femme écotopienne, William va devoir choisir: rester ou repartir?

Écrit en 1975, ce roman raconte un monde utopique où l’écologie, la nature, le temps, les relations ouvertes et sincères sont au cœur du quotidien. Le recyclage est un vrai mode de vie, les gens ne travaillent que vingt heures par semaine, le quotidien est mené à un autre rythme que le nôtre et que le reste de la planète. Les relations amoureuses et sexuelles sont très libres, le concept de la famille est élargi et tout ce qu’on achète est pensé pour être recyclé. On est très loin du mode de vie américain.

Ce que William découvre en allant à Écotopia est un choc. Pas parce que cette société est si effroyable qu’on le raconte, mais parce qu’il commence à en voir les bons côtés. À prendre goût à cette nouvelle façon de vivre. Écotopia n’est pas parfait. Il existe une face sombre à ce monde utopique. Cependant, par rapport à notre course effrénée pour travailler et gagner toujours plus d’argent, à notre productivité infernale, à notre consommation hallucinante et aux déchets que nous produisons, Écotopia est un monde tout de même très attirant. Et William commence à se remettre complètement en question à force d’y vivre, même si ça bouscule ses valeurs et son mode de vie habituel.

« Les Écotopiens sont imbattables pour transformer quasiment n’importe quelle situation en un moment de plaisir, d’amusement et souvent d’intimité. »

Ce roman est encore très actuel et aurait pu être écrit aujourd’hui. J’ai trouvé passionnant l’idée d’un tel lieu de vie où les objets peuvent être compostés et recyclés à l’infini, où les gens savent jardiner dès l’enfance, fabriquent leurs vêtements, n’utilisent pas la voiture et plantent des fleurs ^dans les trous des routes. Pour apprendre aux gens d’où vient ce qu’ils utilisent, chacun doit travailler en forêt avant de pouvoir acheter du bois, afin qu’ils comprennent bien tout ce qui se cache derrière une simple planche. Les priorités des écotopiens sont axées sur le plaisir et sur l’humain plutôt que sur la performance et la production. L’idée d’un monde plus vrai est très alléchante.

La particularité de ce roman est que sa construction alterne entre les articles de journaux écrits par William et son carnet de notes personnel. Le texte est donc très descriptif et le ton assez froid. C’est loin d’être inintéressant, mais la lecture est très journalistique. On y aborde tous les aspects d’Écotopia: la politique, la scolarité, l’environnement, le rôle des hommes et des femmes, la sexualité, le travail, les coutumes, les arts, les loisirs, la famille. Il y a assez peu d’action. C’est un roman qui raconte la découverte d’un nouveau monde par les yeux d’un personnage qui apparaît au départ plein de préjugés et qui fait le constat d’un mode de vie bien différent de celui que nous connaissons. William décrit ce qu’il voit, commente aussi en fonction de ses valeurs. Ce roman se lit comme un reportage. 

« … l’homme n’est pas fait pour la production, contrairement à ce qu’on avait cru au XIXe siècle et au début du XXe. L’homme est fait pour s’insérer modestement dans un réseau continu et stable d’organismes vivants, en modifiant le moins possible les équilibres de ce biotope. »

De mon côté, j’ai trouvé que l’angle de vue était intéressant. Différent. Ce choix nous donne l’impression de découvrir Écotopia aux côtés de William. Comme si on lisait le journal et ses articles. On fait l’apprentissage des particularités d’Écotopia par les textes de William. Cependant, les idées qui y sont développées sont passionnantes et poussent à la réflexion. Le texte sous forme d’articles permet sans doute d’en dire plus, de décrire plus en détails le mode de vie des écotopiens et de confronter cette « nouvelle » réalité à la nôtre.

J’ai beaucoup aimé cette lecture. Dans les notes de ce roman, j’apprends qu’Ernest Callenbach connaissait Edward Abbey. Je n’en suis pas surprise. Les deux ont définitivement beaucoup de choses en commun!

Écotopia, Ernest Callenbach, éditions Folio, 336 pages, 2021

2 réflexions sur “Écotopia

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