Une brève histoire des Indiens au Canada

À Toronto, une volée d’Indiens en pleine migration se frappent contre les gratte-ciel de Bay Street et retombent sur le pavé, comme autant d’oiseaux assommés, pour le plus grand étonnement des hommes d’affaires de passage. Heureusement que deux employés de la ville, Bill et Rudy, sont là pour les étiqueter et les relâcher dans la nature, après les avoir soignés. Un bébé blanc arrivé par erreur par la poste est offert comme premier prix au bingo hebdomadaire dans une réserve indienne, même si la plupart des joueurs préféreraient remporter le deuxième prix, qui est une camionnette. Voici quelques-unes des situations qu’on trouve dans ce recueil de Thomas King, qui y donne libre cours à la mordante ironie caractérisant son œuvre. Ces vingt nouvelles sont autant de pavés jetés dans la mare des bons sentiments et des conceptions préfabriquées touchant les Autochtones. Elles sont surtout de délicieux morceaux de fiction, où l’intelligence du propos le dispute à la malice du conteur.

J’aime beaucoup Thomas King. Plus je découvre ses écrits, plus j’apprécie sa façon de voir les choses, ironique et mordante. Je le trouve drôle et impertinent. Il dit les choses qu’il ne faut pas dire. Il est rafraîchissant. 

J’avais envie, dans le cadre de Mai en nouvelles, de découvrir Thomas King sous la forme d’écrits courts. J’ai donc choisi de lire le recueil de nouvelles Une brève histoire des indiens au Canada. Le livre porte très bien son titre, même si notre premier réflexe est de penser qu’il s’agit d’un essai. En vingt nouvelles, toutes bien différentes, Thomas King parle de la façon dont les autochtones ont été traités ou sont traités au Canada. 

Il utilise la fiction avec énormément d’ironie pour parler de la relation entre les blancs et les autochtones. Des réserves en passant par l’assimilation, le racisme, la culture, la Loi sur les indiens, ces nouvelles forment un recueil très éclectique. Le style est mordant, comme souvent chez King, mais les histoires sont très différentes. Certaines sont ancrées dans le quotidien alors que d’autres sont beaucoup plus métaphoriques. Derrière ses textes de fiction, on ressent la critique virulente des réserves, de la façon dont le pays a toujours tenté d’effacer la présence autochtone. Thomas King a une plume intelligente et un talent certain pour marquer les esprits. 

Si un ou deux textes m’ont laissée perplexe, la plupart m’ont beaucoup plu et je dirais même que certains sont d’extraordinaires métaphores pleines d’ironie sur la condition difficile des peuples autochtones. Je pense à la nouvelle qui ouvre le recueil et dont le livre porte le titre. Elle fait à peine cinq pages, mais c’est un extraordinaire coup de poing. Idem pour celle qui parle de « chasse aux aînés », de l’homme qui collectionne les « Indiens » sous la forme d’un parc jurassique autochtone ou des « sujets ennemis du pays ». D’autres sont plus légères ou racontent simplement le quotidien. La plupart sont des critiques de la société moderne, de la façon dont l’homme traite la nature et le monde autour de lui. 

« -Les animaux sont devenus une nuisance publique et une menace pour la santé, déclara le maire. Il faut trouver un moyen de les refouler dans la forêt.
-C’est ce que j’ai essayé de vous faire comprendre, dit l’Indien. Il n’y a plus de forêts. »

Thomas King a beaucoup écrit. Son parcours comme auteur est également très intéressant. Son style est unique. Qu’il écrive un essai, un roman, un polar, des nouvelles ou de la poésie, on retrouve son regard acéré et plein d’humour sur le monde qui nous entoure. 

Un auteur que j’aime de plus en plus au fil de mes lectures et que je lis chaque fois avec grand plaisir.

Une brève histoire des Indiens au Canada, Thomas King, éditions du Boréal, 296 pages, 2014

6 réflexions sur “Une brève histoire des Indiens au Canada

  1. ravie que cela t’ait plu tout autant ! oui, j’aime beaucoup son regard – un ami Paiute m’a dit il y a quelques années que lorsqu’il avait dit qu’il était « Indien Païute  » l’Américain lui avait répondu qu’il les croyait tous morts depuis longtemps… .

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