De la maladie

Dans ce court texte écrit en 1926 pour la revue de T. S. Eliot, Virginia Woolf s’interroge sur cette expérience particulière dont personne ne parle, dont le langage peine à rendre compte mais que tout le monde connaît : la maladie. Lorsqu’on tombe malade, constate-t-elle, la vie normale interrompt son cours réglé pour laisser place à un état de contemplation où le corps reprend ses droits et où l’univers apparaît soudain dans son indifférence totale à la vie humaine.

Depuis ma découverte de Mrs Dalloway à la fin de l’adolescence, j’ai toujours eu un faible pour Virginia Woolf. Je n’ai pas lu toute son œuvre, mais je trouve son travail intéressant. La biographie de l’auteure aussi est fascinante. De la maladie est un tout petit livre, un court texte, un essai, écrit par Woolf à la demande de T.S. Eliot pour une revue et paru en 1926.

C’est un livre vers lequel je reviens toujours lorsque je suis malade. Ayant été opérée ce printemps et au repos forcé pendant un mois, j’ai tout de suite repensé à ce livre dans ma bibliothèque et j’ai eu envie de le relire, encore une fois. C’est d’ailleurs la quatrième fois que je le lis. Woolf a connu plusieurs fois la maladie pendant sa vie. Elle a aussi eu de longues périodes où elle a été réduite à être un témoin immobile du monde. Elle a connu des épisodes sombres de dépression majeures. Elle s’est d’ailleurs suicidée à l’âge de 59 ans.

Dans ce texte, elle parle de la position du malade, forcé de s’arrêter, alors que le reste du monde s’agite. Elle parle de la maladie, certes, mais aussi de beaucoup d’autres choses: de la nature, du paradis, de la littérature, de la création. C’est un texte introspectif, mais également très ouvert. Le malade, arrêté, est alors sensible à tout ce qui se déroule autour de lui. Il est plus réceptif à certaines choses, comme la nature qui bouge tout doucement. Il est plus réceptif à certaines lectures ou œuvres que la maladie prédispose à accueillir. C’est un texte court, mais ça me plait définitivement beaucoup.

« Chacun recèle en lui une forêt vierge, une étendue de neige où nul oiseau n’a laissé son empreinte. »

Une relecture qui m’a fait du bien. C’est étonnant comment je me sens apaisée après l’avoir lu, chaque fois. Pourtant ce n’est pas un texte qu’on qualifierait de réconfortant. C’est peut-être simplement parce qu’il participe à la déculpabilisation du malade de ne pas être « actif » alors que sa condition ne le lui permet pas. C’est un sujet fort peu traité d’ailleurs, autant à l’époque de Virginia Woolf que dans notre société actuelle axée sur la performance et la productivité à tout prix. 

« Il est admirable de relever que les poètes tirent la religion de la nature, que les gens vivent à la campagne pour que les plantes leur enseignent la vertu. »

De la maladie est un texte peu connu, sans doute assez mineur dans l’œuvre de Virginia Woolf, mais que moi j’aime particulièrement et que je prends plaisir à relire chaque fois.

De la maladie, Virginia Woolf, éditions Rivages, 59 pages, 2007

2 réflexions sur “De la maladie

    • Je crois que c’est un texte très mineur et peu connu de son œuvre. J’ai toujours aimé ce livre. J’espère qu’il te plaira même s’il est très court.
      Merci pour tes bons mots, je vais effectivement très bien ☺️

      Aimé par 1 personne

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