Le Feu sur la montagne

Toute sa vie, John Vogelin a vécu sur son ranch, une étendue de terre desséchée par le soleil éclatant du Nouveau-Mexique et miraculeusement épargnée par la civilisation. Un pays ingrat mais somptueux, qui pour lui signifie bien davantage qu’une exploitation agricole. Comme chaque été, son petit-fils Billy, douze ans, traverse les États-Unis pour venir le rejoindre. Cette année-là, Billy découvre le ranch au bord de l’insurrection : l’US Air Force s’apprête à réquisitionner la propriété afin d’installer un champ de tir de missiles. Mais le vieil homme ne l’entend pas ainsi. Et Billy compte bien se battre à ses côtés.

Plus je découvre Edward Abbey, plus j’aime ce que je lis. Il a un style bien à lui, où la nature prime sur la bêtise humaine. Même si ses ouvrages – romans ou essais – ont été écrits il y a des années, son propos est criant d’actualité et toujours bien ancré dans les préoccupations écologiques d’aujourd’hui. Si son essai Désert solitaire, sorte de plaidoyer pour la protection de la nature, demeure l’un de mes livres préférés, j’ai énormément aimé ma lecture de Le feu sur la montagne. J’avais très hâte de le découvrir et je n’ai pas été déçue. C’est une belle et triste histoire, très humaine.

L’histoire raconte un été très particulier dans la vie d’un grand-père et de son petit-fils. John Vogelin a passé toute sa vie sur son ranch, au Nouveau-Mexique. Lieu de paysages désertiques et de chevaux. Chaque été il accueille son petit-fils Billy, un jeune garçon tête de mule comme son grand-père. Avec Lee, un ami de John, le trio s’occupe de l’exploitation agricole. Le travail est dur, l’atmosphère est caniculaire et sablonneuse, mais on aime ce coin de pays ou on le déteste. John Vogelin fait partie de ceux qui l’adorent et qui veulent y vivre toute leur vie. Tout cela cependant, est sur le point de changer. Le gouvernement a décidé d’exproprier tout le monde pour en faire un champ de tir de missiles. Les voisins de John ont plié bagages un à un, mais il n’est pas question que le vieil homme parte, peu importe l’offre qu’on lui fait. Alors il décide de se battre.

« Mais à qui appartient cette lumière? Cette montagne? Cette terre? Qui possède cette terre? Réponds à ça, vieux cheval. L’homme qui en a le titre de propriété? L’homme qui la travaille? L’homme qui l’a volée en dernier? »

Vogelin est un personnage fort intéressant. On le voit parfois bourru, avec son entourage. Il tient aussi à ses valeurs. Le droit de vivre là où son père a vécu avant lui. Le droit de poursuivre ses activités sur son ranch. Avec son petit-fils, il partage de très beaux moments. La venue du garçon chaque été est un grand plaisir pour tous les deux. Ils passent de bons moments, travaillent fort, et Billy redécouvre chaque fois la beauté de la nature. Cet été prendra toutefois toutes les apparences d’une vraie guerre, entre Vogelin et le gouvernement. 

J’ai beaucoup aimé cette lecture. On y retrouve l’esprit rebelle de Edward Abbey et cette idée de résistance contre l’ordre établi. La relation de John et de Billy est très belle. Billy étant encore un enfant, tout le monde tente de le mettre à l’écart. Mais c’est un entêté, comme son grand-père. Il ne s’en laisse pas imposer! Dans ce roman, Abbey parle de la nature et de son importance dans la vie de ceux qui l’aiment et s’y sont installés. Ce texte m’a beaucoup émue ainsi que les personnages, qui tentent de faire valoir leurs droits. Les lieux décrits par l’auteur sont magnifiques, entre les randonnées à cheval et la nature, aussi époustouflante qu’aride.

« Lumineux, lumineux Nouveau-Mexique. Dans la lumière éclatante, chaque roche, chaque arbre, chaque nuage et chaque montagne existait avec une sorte de force et de clarté qui paraissait non pas naturelle mais surnaturelle. Pourtant, tout suscitait en moi une sensation de territoire connu, de pays des rêves, d’une terre où je vivais depuis toujours. »

On retrouve dans ce roman les thèmes chers à Edward Abbey: la grandeur de la nature, la façon dont les humains la malmène, la désobéissance civile et le fait de se battre pour ce à quoi l’on tient. Il y a un beau message dans ce roman. La fin est aussi marquante que le texte et la relation entre un grand-père et son petit-fils est racontée de belle façon. Au fond, Billy et John se ressemble énormément. C’est très touchant. 

« Je pourrais citer mille choses que j’ai vues et que je n’oublierai jamais, mille merveilles et mille miracles qui touchaient mon cœur en un point que je ne maîtrisais pas. »

Une bien belle lecture et des personnages qui tiennent tête, jusqu’au bout. À découvrir si vous ne connaissez pas encore l’auteur. 

Le Feu sur la montagne, Edward Abbey, éditions Gallmeister, 256 pages, 2020

Une réflexion sur “Le Feu sur la montagne

  1. Pingback: Le feu sur la montagne, Edward Abbey – Pamolico – critiques romans, cinéma, séries

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s