Les biscuits Leclerc: Une histoire de cœur et de pépites

Fondée en 1905, la biscuiterie François Leclerc est inextricablement liée à l’histoire du Québec, dont elle épouse et reflète les évolutions. Pour rivaliser avec une concur­rence féroce, pour surmonter tour à tour des incendies, des guerres mondiales et des crises économiques, pour saisir les occasions offertes par la mécanisation, ­l’essor des ­médias publicitaires et les développements informatiques, les générations successives de la famille Leclerc ont dû redoubler d’ingéniosité et de persévérance. Qu’est-ce qui explique cette histoire de succès? Quels furent les choix, les écueils et les bons coups? Quelles leçons tirer de cette expérience plus que centenaire?

Il y a quelques années, j’avais lu un ouvrage de Catherine Ferland, sur la Corriveau, co-écrit avec son conjoint Dave Corriveau. J’avais beaucoup aimé cette lecture et j’avais bien envie de découvrir un autre ouvrage de l’auteure. Si j’ai eu envie de lire Les biscuits Leclerc c’est parce qu’il s’agit d’une entreprise québécoise, fondée chez nous, qui est demeurée québécoise. Rien de plus triste que d’apprendre qu’une entreprise d’ici a vendu ses avoirs à un acheteur d’un pays étranger. Chaque fois, ces nouvelles me brisent le cœur, surtout quand il s’agit d’entreprises connues, bien établies ici depuis des années. Le cas de la biscuiterie Leclerc est intéressant puisque cette entreprise familiale, même si elle a pris de l’expansion au fil des ans, est encore bien établie chez nous et appartient toujours aux Leclerc. 

On ne présente plus les biscuits Leclerc qui trônent sur nos tables depuis 1905. Des biscuits pour le thé, en passant par ceux à la gelée, l’offre de la biscuiterie a beaucoup évolué avec les années. L’entreprise a fait des choix intéressants et a testé plusieurs nouveaux produits, des céréales aux barres tendres en passant par les iconiques biscuits au chocolat frappés du dessin du château Frontenac. Ce biscuit a d’ailleurs détrôné le célèbre whippet! La petite boîte orange connue aujourd’hui sous le nom Célébration est reconnaissable au premier coup d’œil sur les tablettes des épiceries.  Autrefois nommée Frs. Leclerc, la biscuiterie a bien changée depuis sa fondation, tout en gardant ses valeurs familiales et sociales. C’est sans doute ce qui rend la lecture de ce livre intéressante.

L’ouvrage nous offre une mise en contexte de l’époque et du parcours du fondateur, François Leclerc. De la généalogie de la famille en passant par les grandes transformations sociales, l’ouvrage aborde différents thèmes autour de la fondation de l’entreprise. Les premiers pas, naturellement, ainsi que les embûches, souvent reliés aux coûts des produits et aux incendies. Il y a la guerre et ses répercussion, la Grande Dépression, la récession, les années folles, les grandes révolutions, l’avènement de l’informatique et les changements au sein de la famille. Des événements qui ont contribués à changer certaines façons de faire et à implanter encore plus solidement les produits sur les tables québécoises. On réalise qu’aujourd’hui, nous ne sommes pas les premiers à promouvoir l’achat local. Déjà, dans les années 30 et 40, on incitait la population à faire preuve de civisme et de patriotisme en consommant des produits de chez nous, pour préserver les entreprises et les emplois. 

La biscuiterie, même si elle a connu une grande expansion et vend dans de nombreux pays, est toujours dans la même famille et appartient toujours à des québécois. On apprend beaucoup d’anecdotes sur l’évolution de l’entreprise. Leclerc a été la première biscuiterie à avoir confectionné des produits pour les marques maison de grandes épiceries. À l’époque, c’était pour la chaîne Steinberg. L’entreprise a même ouvert un musée pendant un temps et offrait des parcours scolaires et des activités d’un jour. Un autre point que j’ai trouvé très intéressant: Leclerc a aussi fait l’acquisition de ses propres terres pour produire son avoine et ses pommes! Une belle façon de poursuivre son expérience commerciale en étant à la source même de sa production.

C’est un ouvrage que j’ai beaucoup apprécié, rempli de belles photos d’archives et d’extraits issus des publicités d’époque et de catalogues. L’auteure retrace le parcours du fondateur de la biscuiterie et nous permet aussi d’apprendre plus de choses sur le quotidien des gens au début des années 1900. Le contexte social est tout aussi passionnant que l’évolution du commerce de François Leclerc.

En refermant le livre on se dit qu’il y a de quoi être fiers de cette belle entreprise familiale bien de chez nous!

Les biscuits Leclerc: Une histoire de cœur et de pépites, Catherine Ferland, éditions du Septentrion, 224 pages, 2020

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