Little Tulip

Emprisonné en même temps que ses parents, c’est à l’âge de sept ans que Pavel découvre l’enfer du goulag. Séparé des siens, il doit apprendre à survivre seul.
Quelques années plus tard, il connaît bien les règles qui régissent son univers : la violence permanente, l’incurie des gardiens, la toute-puissance des chefs de gangs. Il sait que s’endurcir ne suffit pas. Grâce à ses talents de tatoueur, il obtient la protection de Kiril-la-Baleine et s’intègre dans l’univers cruel des caïds. Mais dessiner pour le diable a toujours un prix…

L’histoire de Little Tulip débute à New York en 1970. Paul, tatoueur, fait aussi des croquis des criminels pour la police d’après les descriptions des témoins. La ville est alors en proie à un assassin sadique qui signe ses crimes en laissant un bonnet de père Noël sur les lieux de son meurtre. On suit l’enquête qui est en cours et le travail de Paul, qui contribue à aider la police avec ses dessins, tout en poursuivant son travail comme tatoueur. La bande dessinée nous plonge ensuite dans le passé de Paul et oscille entre le passé et le présent pour nous raconter son histoire.

Vers l’âge de six ans, Paul émigre avec ses parents à Moscou. Son père est un artiste, un dessinateur, dont le rêve le plus cher était d’étudier le décor de cinéma avec Sergei Eisenstein. Il lui apprenait le dessin à lui aussi. En 1947, la vie de Paul et celle de ses parents prend une tournure sinistre. Une nuit alors qu’ils dorment, la police Russe cogne à leur porte. Ils sont arrêtés pour espionnage et embarqués dans un train en direction de Kolyma où ils seront enfermés dans des camps de travail, séparément.

Cette bande dessinée nous plonge à l’époque de Staline et à tout ce que les gens pouvaient vivre à ce moment-là. C’est une bande dessinée historique, qui nous amène littéralement dans les camps. J’ai trouvé ce livre vraiment très intéressant, même si plusieurs scènes sont très dures. Passage à tabac, pédophilie, viols, le monde de Little Tulip est très noir et très dur. Cependant, le dessin adoucit un peu les choses et le personnage principal, Paul, rend le texte très agréable à lire et à découvrir. La présence de l’art, du dessin, dans la vie de Paul lui permet de toucher à une forme de liberté, de faire la coupure entre la violence du monde réel et la douceur qu’apporte l’évasion du dessin. C’est la raison pour laquelle le dessin devient important pour Paul, la raison centrale de sa survie, jusqu’à la fermeture des camps et son voyage vers New York.

Le trait de crayon est superbe, il relate très bien l’instant présent, sans forcément devoir ajouter plus de texte que nécessaire pour recréer l’atmosphère des camps et la vie difficile de Paul. C’est une histoire qui vient forcément nous chercher par ses thèmes: la dureté de la vie, la recherche de la liberté, l’art. 

« Je perfectionnais mes talents de dessinateur. Le papier étant chose rare, certaines gouvernantes me prêtaient leur dos. Mes dessins épousaient les formes de leur corps et avaient, me disaient-elles, la vertu de calmer leurs douleurs. »

La liberté est aussi le désir profond de survivre et donc, pour les jeunes du goulag d’entrer dans un gang afin d’avoir une vie meilleure. Cette bande dessinée est un bel exemple du fait que l’on peut parler de tout, quand c’est bien fait. Les auteurs réussissent à nous plonger dans un monde très noir, tout en portant un beau message d’espoir: l’art qui permet d’accéder à une forme de liberté.

J’ai eu un beau coup de cœur pour Little Tulip. C’est une histoire dure, qui vaut toutefois la peine d’être découverte. J’ai énormément apprécié ma lecture et j’ai grandement aimé la beauté du trait de crayon. Je découvre avec cette histoire, autant la plume du scénariste que le travail du dessinateur.

C’est donc une belle découverte et je suis assez choyé en ce début d’année dans mes choix de bandes dessinées et de romans graphiques. Mes lectures sont excellentes.

Little Tulip est venu me chercher parce que cette histoire démontre la part sombre des hommes en période de guerre ou lors de conflits et fait briller un peu d’espoir. 

Little Tulip, Jérôme Charyn, François Boucq, éditions Le Lombard, 88 pages, 2014

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