La Rivière en hiver

Des rapaces parcourent le ciel, des chiens gambadent et des couguars se tapissent parmi les arbres. Les plaines sont balayées par les vents, les forêts sont lugubres ou enchanteresses et quand il ne neige pas, c’est qu’il va neiger. Dans La Rivière en hiver, Rick Bass se consacre aux fluctuations météorologiques, à la terre et à ceux qui l’habitent, solitaires et touchants.
Que les hommes affrontent la nature ou la négligent, cette dernière les fascine au point de leur couper le souffle. Et si ses personnages s’adonnent à des activités quotidiennes – pister un élan, veiller sur un énorme poisson-chat ou trouver le parfait sapin de Noël – celles-ci se transforment, sous la plume de Rick Bass, en une expédition aux allures mythologiques parfois périlleuse, toujours mémorable.

J’aime énormément Rick Bass. Winter, le récit de son installation dans un coin reculé du Montana en plein hiver est mon livre préféré. J’étais donc impatience de découvrir Bass comme auteur de nouvelles avec La rivière en hiver. J’ai beaucoup aimé ce recueil, même si contrairement à ce que je croyais, les nouvelles ne se déroulent pas toutes en hiver et ne sont pas non plus des histoires en pleine nature, en mode survie, un peu comme pouvait l’être Winter. C’est peut-être la seule petite déception que j’ai eu, qui a vite été effacée par le talent certain de Rick Bass pour les nouvelles. Il crée de petits mondes qui se suffisent à eux-mêmes et nous les raconte avec un sens du récit assez extraordinaire. Il a le don de nous plonger dans des histoires qui prennent une ampleur incroyable. C’est assez fascinant.

« … un rayon de lumière dorée a illuminé la forêt à nos pieds. Ce rayon était la seule chose visible dans l’orage. Le vent soufflait vers le nord, dans la direction où nous allions, et durant un bon moment le rayon de lumière s’est déplacé avec nous. Il révélait à mesure d’autres pans de la même forêt intacte, non coupée. Et il donnait l’impression que cette forêt non coupée ne se terminerait jamais. »

Toutes les nouvelles de ce recueil ont pour thème la nature, de façon plus ou moins sauvage, et de la relation ambiguë que l’homme entretient avec elle, qu’il chasse l’élan, parte en voyage ou soit en quête d’un sapin de Noël. Le recueil comprend huit nouvelles, toutes très différentes tant dans la longueur que dans les sujets abordés. Chacune des histoires raconte la relation de l’homme avec un élément de la nature, sa façon de se comporter avec elle. Il peut faire partie intégrante de la vie naturelle qui s’agite autour de lui (comme dans Élan), l’utiliser et en subir les foudres (comme dans L’arbre bleu) ou l’exploiter (Chasseur de baux) et en constater les dégâts (Coach). Voici un petit résumé des nouvelles du recueil:

Élan
La saison de chasse se termine et le narrateur, novice dans la région, n’a pas de viande pour passer l’hiver. Avec l’aide d’un voisin, il essaie d’apprendre à chasser et fait la dure expérience de se battre pour survivre. Cette nouvelle est assez extraordinaire et l’image assez marquante de l’expérience que décrit Rick Bass.

Ce dont elle se souvient
Lily et son père partent sur la route, visitent différents lieux, font du camping et affrontent une violente tempête. À cette période, le père de Lily commençait tout juste à perdre la mémoire. Cette histoire est ce dont Lily se souvient.

L’arbre bleu
Wilson et ses filles s’en vont en forêt pour couper leur sapin de Noël. Il fait noir, il fait froid. Au retour, la camionnette ne veut plus démarrer. La forêt, source du rêve de Wilson, devient alors inquiétante…

Chasseur de baux
Un jeune homme, devenu chasseur de baux, rachète les terres des gens afin d’y forer le pétrole qui s’y trouve. Il nous parle de son travail, de son couple et de l’obsession de son patron pour un terrain qu’il veut absolument acquérir pour la compagnie.

La rivière en hiver
Brandon a quinze ans et il a perdu son père dans un accident, sur la rivière. Avec des gens de sa communauté, il décide de récupérer le camion de son père, englouti par l’eau et la glace.

Coach
À la suite d’une petite controverse, Coach, entraîneur de basket, doit trouver un nouvel emploi pour continuer à bénéficier de l’assurance pour sa mère malade avec qui il vit. 

Guide du Pérou et du Chili à l’usage d’un alcoolique
Un bûcheron fauché qui ne peut plus travailler et qui est très porté sur la bouteille, décide de partir en voyage avec ses filles, pour leur offrir au moins cela avant qu’elle soient trop vieilles et quittent la maison familiale. 

Histoire de poisson
Dans les années soixante, un jeune garçon doit surveiller un énorme poisson offert à son père en guise de paiement.

J’ai apprécié toutes les nouvelles de ce recueil, avec une préférence pour Élan, L’arbre bleu et La rivière en hiver. Ce sont celles où la nature est la plus omniprésente. J’ai beaucoup aimé aussi Chasseur de baux et Coach, qui sont des histoires plus axées sur les conséquences écologiques des bêtises des hommes. Histoire de poisson, dont la chute est excellente, et Ce dont elles se souvient sont un peu différentes des autres. Quant à Guide du Pérou et du Chili à l’usage d’un alcoolique, c’est l’histoire que j’ai le moins aimée. C’est aussi la plus longue du recueil, ce qui me laisse penser que je préfère peut-être quand Rick Bass fait dans l’histoire courte. Il me semble qu’il y réussit mieux. Un thème qui revient souvent dans les huit nouvelles: le temps qui passe, les ravages du temps, les différentes périodes de la vie et la mémoire. On en retrouve des traces dans chacune des histoires.

« J’avais créé tout cela, j’étais responsable du monde que je contemplais à présent. Cette pensée m’a donné le vertige. »

Rick Bass a écrit mon livre préféré, Winter. Il a aussi écrit plusieurs autres ouvrages. Avec La rivière en hiver il nous offre des nouvelles qui prennent vie et il donne une ampleur à ce qui ne serait que de simples histoires sous la plume de quelqu’un d’autre. Je relirai assurément d’autres de ses nouvelles car une chose est certaine, il sait raconter. Et il le fait vraiment très bien.

La Rivière en hiver, Rick Bass, Christian Bourgois éditeur, 224 pages, 2020

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