La dame blanche

«Derrière la porte fermée à clé de sa chambre, Emily écrit des textes dont la grâce saccadée n’a d’égale que celle des proses cristallines de Rimbaud. Comme une couturière céleste, elle regroupe ses poèmes par paquets de vingt, puis elle les coud et les rassemble en cahiers qu’elle enterre dans un tiroir. « Disparaître est un mieux. » À la même époque où elle revêt sa robe blanche, Rimbaud, avec la négligence furieuse de la jeunesse, abandonne son livre féerique dans la cave d’un imprimeur et fuit vers l’Orient hébété. Sous le soleil clouté d’Arabie et dans la chambre interdite d’Amherst, les deux ascétiques amants de la beauté travaillent à se faire oublier.»

J’ai lu Emily Dickinson pour la première fois à la fin de l’adolescence. Sa poésie m’avait beaucoup marquée. Son histoire aussi. Depuis peu, je me replonge dans son univers avec des textes qui s’inspirent de sa vie pour raconter ce qu’elle a été. J’ai d’abord été charmée par le magnifique roman de Dominique Fortier, Les villes de papier, que je ne peux que vous conseiller tant ce livre est un petit bijou. J’ai eu un gros coup de cœur pour la poésie et la beauté de ce roman. J’ai ensuite eu envie de découvrir la vision de Christian Bobin sur Emily Dickinson.

La dame blanche est un ouvrage qui a certains points en commun avec Les villes de papier. Les deux présentent un point de vue oscillant entre réalité et fiction, sur la vie et le parcours d’Emily Dickinson. J’ai trouvé Les villes de papier plus doux et plus cristallin. La dame blanche est aussi intéressant, mais sur d’autres aspects.

Le livre débute le 15 mai 1886 alors que la mort vient de s’emparer de l’âme d’Emily. C’est l’occasion pour l’auteur de nous faire découvrir la vie de la poétesse. Il s’intéresse à la femme qu’elle a été, mais aussi à tout ce qui touche son univers familial: les membres de la famille Dickinson, la maison où elle vivait, les rares amis et cette allusion au mariage. Une vie, dans l’ensemble, presque invisible.

« Il n’y a pas de plus grande joie que de connaître quelqu’un qui voit le même monde que nous. »

La dame blanche a été une belle lecture, un autre point de vue sur la vie d’Emily Dickinson. Ce roman m’apparaît toutefois moins lumineux que celui de Dominique Fortier par exemple. Je n’ai pas eu tout à fait le même coup de cœur pour l’histoire de Christian Bobin. Il est d’ailleurs peut-être difficile de ne pas faire de comparaison entre les deux œuvres, puisque les deux s’inscrivent dans la forme d’un roman biographique, entre poésie, réalité et fiction.

« Le mot juste, chaque fois qu’on le trouve, illumine le cerveau comme si quelqu’un avait appuyé sur l’interrupteur à l’intérieur du crâne. L’écriture est à elle-même sa propre récompense. »

La dame blanche m’a semblé être un roman plus axé sur la vie extérieure d’Emily, ses relations avec sa famille et la façon dont elle vivait parmi les autres. Avec Les villes de papier, j’ai eu l’impression d’être beaucoup plus dans l’âme d’Emily, ses sentiments, ses envies, ses pensées. L’angle de l’écriture est fort différent, même si le sujet est similaire. Les deux livres sont donc intéressants à lire, pour des raisons différentes.

Il y est beaucoup question ici du père d’Emily, de sa façon de gérer la famille et de sa relation avec sa fille. Leur vision de la vie est différente, leur façon de l’aborder également. La vie familiale est en fait au cœur de ce roman.

« Chacun dans cette famille est roi de son propre royaume. »

Il y a aussi la sœur d’Emily, protectrice, son frère et sa belle-sœur. Si proches et si loin d’Emily. Leurs discordances d’idées et de mode de vie les gardent par moments éloignés de la poétesse pendant de nombreuses années.

« Soit on adore le monde (l’argent, la gloire, le bruit), soit on adore la vie (la pensée errante, la sauvagerie des âmes, la bravoure des rouges-gorges). Juste une question de goût. »

Après la mort de son père, Emily adopte le blanc. De là, le titre du livre. La contemplation et la maison deviennent les cadres de sa vie. Christian Bobin souligne l’agoraphobie comme condition. La vie de Dickinson, avec ses particularités, est souvent particulière et étonnante. C’est peut-être la raison pour laquelle tant de livres ont été écrits à son sujet.

Elle demeure, malgré tout, un mystère.

La dame blanche, Christian Bobin, Éditions Gallimard, 136 pages, 2007

3 réflexions sur “La dame blanche

  1. Pingback: Car l’adieu, c’est la nuit | Mon coussin de lecture

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s