Le ciel en blocs

à la chaîne ils nous remplacent
une main / des jambes / une tête
il suffit d’arracher là
où ça commence à vivre

Les yeux toujours ouverts d’une figurine se posent sur le monde de
plastique qui l’entoure. Elle n’y trouve que les constructions figées
d’une existence usinée. Un jour, elle voit surgir une volée d’outardes.

Le ciel en blocs est un recueil de poésie que j’ai vraiment apprécié et une très belle découverte. Je l’ai lu d’une traite puis j’ai senti le besoin de le relire le lendemain matin afin de mieux m’imprégner des mots. L’écriture est très fluide, la plume est particulière. C’est la première fois que je lis cette auteure, qui a une plume poétique très caractéristique. On sent son empreinte. L’auteure a aussi écrit Le lièvre d’Amérique que ma co-blogueuse a lu. En lisant avec elle quelques passages de Le ciel en blocs, elle a tout de suite reconnu le style de l’auteure et la présence de thèmes similaires. 

Le ciel en blocs est un très beau recueil de poésie qui offre un regard profond sur une ville figée par les blocs qui délimitent un espace intérieur, vide. Alors qu’au delà de ce périmètre, une nouvelle vision s’active: l’imagination, la nature et la possibilité de s’émerveiller. Le ciel en blocs est un recueil en quatre parties qui incite le lecteur à aller au-delà des limites qu’il s’impose.

« on s’entête à construire
les mêmes familles
les mêmes bungalows
les mêmes châteaux
il manquerait juste un chien qui aboie
pour se donner un peu de crédibilité »

Chaque partie du recueil aborde des thèmes autour de la vie quotidienne, du quotidien qui étouffe la vision de la nature et l’imagination. 

Le corps est la partie « vide » de l’histoire. On voit les mur, on entend la nature, les outardes au loin, mais on ne les voit pas. C’est un peu une vision limitée de l’espace de vie, de la ville, qui masque tout ce qu’il y a autour. L’image d’un mur de blocs, revient bien souvent.

Le bureau aborde le travail. La vie active, professionnelle. Quelque chose de plus mécanique, de plus froid. C’est une façon d’éteindre l’étincelle de vie qui pourrait contrecarrer la productivité. C’est une coupure avec les plaisirs de la vie et de la nature.

La corde c’est une image très forte d’une corde qui tombe du ciel. La corde est vue seulement par la narratrice. Elle prend le temps de regarder au loin et d’utiliser la corde pour prendre son envol vers la liberté, vers un autre monde.

Les voisins viennent d’arriver dans le quartier. Ils sont différents et tout le monde les espionne. Ils vivent, imaginent, jouent, sont en symbiose avec leur environnement, croient à la nature. 

La poésie de ce recueil raconte le constat d’un nouveau recommencement. La vie quotidienne a besoin d’être embellie. La narratrice éprouve le besoin de se libérer de ce vide quotidien pour enfin se remplir de tout ce qui compte réellement. Elle s’offre une nouvelle vision sur les gens qui l’entourent, sur son environnement. Une vision sans limite ni préjugés, qui agrémente forcément la vie. Le ciel en blocs fait constamment le parallèle entre la vie quotidienne, la façon dont elle est vécue dans nos villes bétonnées, avec nos visions resserrées, et la construction d’un monde nouveau, d’où les blocs. Les gens se fabriquent des clôtures et s’y cloisonnent.

C’est un très beau texte qui m’a d’ailleurs incité à chercher d’autres titres de la même auteure afin de la relire éventuellement. Il s’agit donc pour moi d’une très belle découverte et d’une plume particulièrement intéressante. Je recommande naturellement la lecture de ce livre, bien accessible. 

Le ciel en blocs, Mireille Gagné, éditions de l’Hexagone, 80 pages, 2020

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