Ce matin

Un peu avant l’aurore, au moment d’ouvrir les yeux, un homme sent que quelque chose d’extraordinaire va bientôt se produire. Il se lève, avance vers la fenêtre. Soudainement tout s’ouvre. Il sort. Une lumière mystérieuse l’éblouit. À ce moment précis, il sait que, désormais, tout sera changé. Rien ne sera plus jamais pareil. Un recueil envoûtant sur le désir, l’attente, la fascination, l’éblouissement, la peur et la transformation soudaine. Quelque chose qui annonce le début ou la fin de quelque chose…

Ce matin est une poésie particulièrement belle, tant par la justesse de sa plume que par la grandeur de son message qui nous incite à franchir les clôtures qui nous apparaissent comme inaccessibles. Devant tout ce qui nous semble fermé, il y a toujours des failles. Quand on trouve ces failles, on réussit à foncer et à s’offrir une forme de liberté. Ici, il s’agit de la liberté d’expression, qui offre au narrateur, l’occasion de s’épanouir. 

Il nous est tous déjà arrivé à certains moments, d’avoir nombre de choses à extérioriser. Cependant, alors que notre profondeur intérieure s’apprête à s’exprimer, un barrage se dresse devant nous. C’est un peu ce que raconte l’auteur, toujours en parallèle avec le réveil de la nature, un matin. Plume à la main, celle-ci refuse tout mouvement, comme enfermée dans un refus timide de s’exprimer alors que l’auteur ressent pourtant une soif de crier. Puis, comme par magie, juste devant lui, s’entrebâille une fenêtre permettant aux rayons du soleil et à la fraicheur du matin de pénétrer dans la pièce. Une invitation à sortir de sa coquille pour explorer les horizons, un moment soudain qui permet enfin la liberté. Un espace infini.

Ce matin est conçu en trois chapitres. Le premier, intitulé Le vide, raconte ce mutisme, cette inertie. C’est une forme de blocage, face à tout ce que le narrateur a envie d’exprimer. Ici, c’est le néant. Le vide qui fait trembler le cœur. Qui empêche de s’exprimer.

Le second chapitre, L’ouverture, est le constat et la réflexion que quelque chose doit changer. C’est une déconstruction pour mieux revenir à la vie. C’est l’éveil vers ce matin qui offre une nouvelle chance, l’ouverture à une nouvelle possibilité.

Le troisième chapitre s’appelle La vérité. C’est là que tout prend forme. C’est l’art d’habiter l’instant. Tout se met en place. C’est une renaissance et une libération. 

« Ce bruit
à la fois de l’intérieur

et de l’extérieur
active le diapason de la parole
à l’aurore
ce que le jour a en réserve
pour faire vaciller
le premier rayon sur la peau
tout comme l’animal trépigne
ou la fleur palpite
dans la féroce tendresse
de la rafale »

Le texte est d’une infinie beauté. Les mots et les images utilisés par l’auteur sont d’une grande puissance.  La couverture du livre est aussi superbe, très représentative du texte. Les parallèles entre la nature et l’éveil au monde est d’une force très évocatrice. C’est vraiment magnifique!

Un auteur que je découvre et que j’ai bien envie de relire. 

Ce matin, Paul Savoie, éditions David, 78 pages, 2020

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