Misfit City t.1

Lassée de sa vie étriquée dans sa ville natale perdue au milieu de nulle part, et agacée par la renommée du film culte qui y a été tourné (Les Gloomies… tu l’as vu ? C’est vraiment un classique, tu sais.), Wilder n’attend plus rien de nouveau de Cannon Cove. Elle veut à tout prix partir le plus rapidement possible, afin de pouvoir vivre des choses plus palpitantes, plus belles, et moins monotones… même si cela voudrait dire quitter ses meilleures amies. Mais lorsqu’elle découvre une carte aux trésors vieille de plusieurs siècles, elle va s’apercevoir qu’une VÉRITABLE aventure attendait de voir le jour dans sa petite ville pendant tout ce temps… et qu’elle a besoin de ses amies pour faire la lumière sur ce mystère !

Cette bande dessinée a été une vraie belle surprise! Misfit City met en scène un groupe de filles toutes très différentes. Chacune a sa personnalité propre et je les ai beaucoup appréciées car les auteurs de cette bd ne tombent pas dans la caricature. Ça fait du bien d’avoir des personnages féminins normaux qui vivent une vie normale… jusqu’à ce qu’elles se retrouvent impliquées dans une véritable chasse au trésor!

Les filles vivent dans un village qui doit sa renommée à un film, Les Gloomies, dont on ne peut que faire un parallèle amusant avec un film bien connu qui porte un nom semblable. Dans le monde de Misfit City, Les Gloomies a été un succès colossal et attire en masse les touristes dans le petit village de Cannon Cove.

« Cannon Cove, Oregon. Pays de forêts luxuriantes bordées par la mer, de légendes de pirates, d’huître goûteuses, et lieu de tournage d’un des films d’aventures pour enfants les plus aimés de tous les temps. L’endroit rêvé où passer sa jeunesse… c’est ce que pensent les gens qui ne sont pas d’ici. »

À Cannon Cove, la vie est plutôt tranquille. Les filles travaillent, passent le temps comme elles peuvent et se retrouvent le soir au musée, où travaille Macy, pour jouer au poker. Ce jour-là, on a légué à l’établissement une malle d’un vieux capitaine récemment décédé. En fouillant dans le coffre, le groupe entre en possession d’une vieille carte au trésor… qui est vite recherchée par d’autres personnes. Naturellement, qui dit carte au trésor dit aussi aventures, péripéties, intrigues, mystères et découvertes! 

Cette bd est totalement réjouissante! Les dialogues sont savoureux, le contexte de l’histoire avec son village un peu décalé m’a énormément plu et que dire de la chasse aux trésors! Une vieille carte à décrypter, des légendes de mer et de pirates, il y a de quoi instiller la curiosité. Même si les filles se trouvent trop vieilles pour ça, elles y prennent rapidement goût. Et comme lecteurs, nous aussi!

L’intrigue est intéressante puisqu’elle mêle à merveille les légendes d’un petit village côtier et les histoires de pirates. Même si les filles sont très occupées à la foire aux huître de cette année, elles tentent quand même de se renseigner un peu sur la mystérieuse carte et de démystifier les histoires qui leur sont racontées. Cannon Cove regorge de légendes et il y a quoi faire pour les amateurs de mystères. Surtout que ce premier tome se termine sur une scène surprenante et qu’on veut naturellement connaître la suite! 

J’ai vraiment adoré! Et là, j’attends avec impatience la sortie du second tome. Vous connaissez cette bande dessinée? Une petite chasse aux trésors, ça vous tente? Une galerie de couvertures en fin d’ouvrage complète la bande dessinée. En attendant la sortie du second tome par ici, je vous suggère vraiment de découvrir celui-ci. L’histoire est intrigante, bien menée et le contexte est à la fois plaisant, intrigant et réjouissant. Une bien bonne lecture!

Misfit City t.1, Kirsten Smith, Kurt Lustgarten, Naomi Franquiz, éditions Kinaye, 112 pages, 2020

Route End t.8

Alors que la famille Haruno est au plus bas, une révélation vient bouleverser l’intégralité de l’enquête… En effet, les meurtres que Masato aurait commis seraient en réalité des suicides. Pour le jeune homme, traumatisé par le violent décès de sa mère, un doux mensonge aurait été plus facile à accepter qu’une horrible vérité…
Malgré tout, d’autres interrogations subsistent, à commencer par la raison qui a poussé toutes ces personnes à en finir avec la vie. Quelque chose semble bien lier les victimes entre elles… mais quoi ?

Voici donc le huitième et dernier tome de la série Route End, série dont j’attendais le dénouement final avec beaucoup d’impatience! Ce tome est le plus gros de toute la série. Il permet de mieux comprendre les personnages et leurs motivations, de mieux saisir toute l’ampleur psychologique de l’accusé et de ce qu’il croit accomplir.

« Les angoisses que j’avais enfouies tout au fond de moi vont croître à mesure que mon bonheur grandit. Bientôt, je vais me rendre compte que je n’ai pas ma place ici. »

Ce qui est plutôt fascinant avec le déroulement de ce tome c’est la façon dont les morceaux du casse-tête se mettent en place. L’enquête s’est beaucoup éparpillée dans les tomes précédents à cause des différentes découvertes qui ont poussé les enquêteurs à suivre différentes pistes. Notre rencontre avec le suspect des meurtres, puis avec un étrange psychiatre, nous offre un autre regard sur toute l’intrigue… pour mieux nous permettre d’en comprendre toute la complexité et la portée auprès des victimes. L’intrigue a donc un côté un peu morbide, psychologiquement fascinant, qui fait de cette série – et de ce tome encore plus particulièrement – un véritable page-turner. 

« Ne perds pas de vue que si ta colère a longtemps été un soutien… elle ne te définie pas. »

Notre rencontre avec les autres personnages de l’histoire, dont Taji, est troublante aussi. Taji qui se sent coupable et impuissant, en colère également. Alors que le dénouement de l’histoire de End tire à sa fin, les personnages qui sont toujours en vie doivent se débattre avec leurs émotions difficiles à gérer. Surtout avec ce que l’on apprend dans ce tome, qui ne se contente pas de finaliser l’intrigue commencée dans les sept tomes précédents, mais qui offre aussi de nouvelles information pour faire avancer l’histoire, jusqu’au dénouement final!

J’ai adoré cette série, qui m’a tenue en haleine pendant de belles heures de lecture. J’ai trouvé que l’intrigue était suffisamment élaborée pour nous permettre de nous creuser la tête en avançant à travers l’histoire, tout en conservant un suspense intéressant. C’est une lecture vraiment prenante, souvent très intrigante d’un tome à l’autre et dont on suit les rebondissements avec beaucoup d’intérêt et de curiosité. 

Si vous aimez les histoires de tueur en série, les thrillers un peu macabre et les intrigues complexes, cette série manga est pour vous! 

Mon avis sur les autres tomes de la série:

Route End t.8, Kaiji Nakagawa, éditions Ki-Oon, 232 pages, 2020

Le disparu de Larvik

À Larvik, l’été est là. Six mois se sont écoulés depuis la disparition de Jens Hummel et son taxi sans qu’aucun indice n’ait permis de faire avancer l’enquête de Wisting. Sa fille, Line, est revenue s’installer dans cette jolie ville côtière, à deux pas de chez lui, et elle profite de son congé maternité pour retaper la maison qu’elle vient d’acheter. Coup sur coup, deux événements surviennent qui offrent à Wisting une nouvelle piste à suivre. Mais les fils que son équipe et lui tirent viennent fragiliser une autre affaire dont le procès doit commencer sous peu. Affrontant les réticences de sa hiérarchie, et malgré l’imminence de l’accouchement de Line, Wisting suit jusqu’au bout son instinct de flic.

C’est toujours un grand plaisir de voir une nouvelle enquête de William Wisting être publiée. J’avais très hâte de me plonger dans Le disparu de Larvik. Et ça été un excellent moment de lecture. Je trouve les romans de Jørn Lier Horst très intéressants en général au niveau de l’enquête et de la façon qu’a l’auteur d’amener ses intrigues. L’enquête donne toujours l’impression de partir dans tous les sens et d’être vraiment étrange, sans queue ni tête, avant que tout se mette en place. On n’en comprend les ramifications et les rouages qu’à la fin.

Il y a souvent plusieurs enquêtes qui s’entremêlent et c’est ce qui me plaît chez cet auteur. Les coïncidences et les intrigues qui se croisent et se nouent de plus en plus… avant que Wisting n’en comprenne toute la profondeur. Jørn Lier Horst crée des univers qui me plaisent et il construit ses histoires avec des éléments vraiment intrigants. Ici, la disparition d’un chauffeur de taxi qui s’est volatilisé tout d’un coup sans laisser de traces et un énorme coffre-fort boulonné au plancher, fermé à clé, dans une maison récemment acquise par une amie de Line Wisting. Les deux événements, qui ne semblent pas être liés, recèlent plusieurs mystères.

Depuis la dernière enquête, les personnages ont beaucoup évolués. Line est sur le point de devenir maman et ne travaille plus vraiment au journal, même si elle poursuit ses investigations comme pigiste et aussi, par curiosité. Elle ne peut s’empêcher de suivre l’actualité et de mettre son nez dans les affaires de son père. Surtout depuis ses retrouvailles avec Sofie, une ancienne amie d’école, qui se retrouve impliquée dans l’enquête en cours, entraînant Line avec elle. Toutefois, une belle amitié se développe entre les deux femmes, ce qui est salutaire pour chacune. 

William Wisting pour sa part, piétine depuis des mois à résoudre une disparition mystérieuse. L’enquête est au point mort et on reproche beaucoup à son service de police la lenteur à offrir un dénouement. Jusqu’à ce que viennent s’entremêler les fils d’une autre enquête, dont le procès est sur le point de commencer. C’est l’occasion pour Wisting de se remettre en question. Il se demande s’il n’a pas fait son temps, s’il n’est pas trop vieux et si certaines choses ne commencent pas à lui échapper…

« Wisting avait l’habitude de la critique et, d’ordinaire, cela le laissait froid, mais cette fois, il l’avait vécue différemment. C’était un rappel de leur échec. Très tôt, l’affaire Hummel avait suscité un trouble en lui, un sentiment insidieux de ne pas être à la hauteur. »

On essaie toutefois de lui mettre rapidement des bâtons dans les roues car sa droiture et sa soif de vérité, dérangent. Outre l’enquête qui prend tout son temps, il est sur le point de devenir grand-père, avec tous les sentiments que ça éveille en lui depuis le décès de sa femme. 

J’ai trouvé l’enquête de ce roman vraiment passionnante. Il y a plusieurs éléments mystérieux qui nous donnent matière à réflexion et qui apparaissent comme illogiques tant qu’ils ne sont pas dénoués. Comme bien souvent, l’auteur s’attarde sur ce qui se passe « en coulisses », qu’on parle de criminels ou de policier. Il y a tout le travail de recherche en amont avant l’accusation, l’enquête qui avance à tâtons, les découvertes et les manières d’entrecouper les différentes preuves pour construire un solide dossier. La fin est un peu brusque, mais les ramifications de l’enquête compensent beaucoup.

Il y est beaucoup question de justice et de la psychologie des témoins, ainsi que du travail d’enquête et de filature. On sent bien souvent derrière le personnage de William Wisting, l’ombre de Jørn Lier Horst qui a été dans le passé, un ancien inspecteur de police. Je trouve ces enquêtes à la fois passionnantes et intrigantes, ce qui fait de ce roman un livre qu’on ne veut pas lâcher pour connaître enfin le dénouement. 

« En trente-deux ans, la criminalité s’était transformée. L’attitude générale aussi. Globalement, par le passé, les gens venaient toujours relater à la police ce qu’ils avaient vu et entendu. Désormais, la police se heurtait de plus en plus fréquemment à un mur de silence, même quand les renseignements qu’elle recherchait étaient largement en périphérie d’un crime. »

Toute la série des enquêtes de William Wisting n’a pas été traduite. Les premiers livres ne le sont pas. Peut-être un jour! En attendant, pour suivre l’évolution du personnage dans ce qui a déjà été traduit, l’ordre est le suivant:

Il est toutefois possible de les lire dans le désordre ou alors de choisir l’enquête qui nous interpelle le plus. Je n’ai pas tout lu dans l’ordre et j’y ai quand même trouvé beaucoup de plaisir. 

En ce qui concerne Le disparu de Larvik, c’est une enquête que je ne peux que vous conseiller et Horst est un auteur à découvrir, surtout si vous aimez les inspecteurs récurrents. Le duo père et fille est original et me plaît définitivement beaucoup! J’ai bien hâte à la prochaine enquête.

Le disparu de Larvik, Jørn Lier Horst, éditions Gallimard, 480 pages, 2020

Allegheny River

Dans Allegheny River, animaux et humains cohabitent au fil du temps, dans un équilibre précaire, au sein d’une nature ravagée par la main de l’homme. Tour à tour épique et intimiste, c’est un univers de violence et de majesté qui prend vie sous la plume lyrique et puissante de ce jeune écrivain. Ce livre, récompensé par le prix Mary McCarthy, acquiert une dimension universelle, car si le monde qui y est décrit peut nous sembler lointain, une chose est certaine : il s’agit bien du nôtre. Singulières et puissantes, ces nouvelles, ancrées dans la région des Appalaches, résonnent d’une inquiétante actualité.

Ce recueil de nouvelles a été une excellente surprise. Toutes les histoires sont intéressantes et abordent des thèmes similaires. La nature est omniprésente, la chasse aussi est un thème récurrent. Il y a une certaine violence sourde qui gronde, au fond de chacune des histoires. Le moment singulier où quelque chose dérape et entraîne le personnage principal à la limite. Ou alors, un événement qui bouleverse le cours des choses pour le renverser à jamais. Toujours, cependant, la force de la nature et des animaux. Même quand les humains n’en comprennent ni la grandeur, ni la beauté (ou qu’au contraire, ils la comprennent trop bien…)

« Vous vous imaginez tous que ce pays vous appartient. »

Cette phrase résumerait bien cette lecture, parce qu’on y retrouve justement ce sentiment de possession de la nature dans plusieurs des histoires.

Le recueil contient neuf nouvelles, dont je vous offre un petit tour d’horizon:

Quelque chose d’indispensable
Cartwright vit sur la route. C’est un vendeur itinérant de matériel agricole. Il est jeune et sa compagnie l’envoie de plus en plus loin, dans des villages paumés, à l’écart. Cartwright n’a pas beaucoup de considération pour les fermiers qu’il rencontre et quand il tente d’en rouler un, les choses se compliquent pour lui…

Le couple
Cette nouvelle raconte le quotidien de Sull qui, depuis le départ de ses enfants du domicile familial a peu de centres d’intérêt à part la chasse. Braconnier, il n’hésite pas à tirer sur une espèce protégée…

Ressources naturelles
Cette histoire est un plaidoyer pour la nature et démontre la propension des hommes à vouloir gérer ce qui se passe dehors: les animaux (ici les ours), leur présence parmi nous et la façon qu’ont les gens de les percevoir lorsqu’ils deviennent ce qui est perçu comme étant une « menace ».

La saison de la Gauley
La Gauley est une rivière, souvent utilisée pour le rafting. Dans une région qui embauche peu, un entrepreneur a lancé sa propre compagnie pour accueillir les touristes et les guider sur la rivière. Jusqu’à ce qu’un terrible accident entraîne la noyade de deux d’entre eux et fasse basculer le fragile équilibre de la région.

Télémétrie
Un trio de scientifiques étudie les truites mouchetées. Ils ont installé un campement en pleine nature le temps de leur travail. Lorsqu’un étrange duo composé d’un père et sa fille vient s’installer près d’eux et que des objets commencent à disparaître, les choses tournent au vinaigre.

L’île au milieu de la grande rivière
En 1890, une île est réquisitionnée pour envoyer des malades afin de les placer en quarantaine. Un jeune garçon de la rive tombe amoureux d’une fille de l’île, après l’avoir vue soulever sa jupe pour lui. Il défiera les règles pour créer un contact avec elle.

La pierre branlante
Cette histoire est la plus courte du recueil. C’est une nouvelle particulière, une histoire de pierre branlante, d’oncle qui raconte des histoires et d’enfants qui les croient…

La lente bascule du temps
Nous sommes à l’époque des draveurs et du métier dangereux qu’ils exercent. Henry, un tout jeune homme, se présente pour un nouvel emploi, sur les conseils de son cousin. C’est une longue nouvelle qui raconte le mode de vie de ceux qui s’occupe du flottage et qui se battent pour garder leurs billots à flots… et à l’abri des voleurs. C’est aussi une histoire sur l’évolution des métiers et les changements au fil des ans.

Dans la deuxième circonscription
Cette dernière nouvelle raconte une chasse à l’ours et un mensonge qui prend toute la place et met tout le monde mal à l’aise. Avec pour toile de fond la famille et la politique.

Ce recueil m’a vraiment beaucoup plu. C’est l’un des très bon recueil de nouvelles que j’ai pu lire dans les derniers mois. Il y a un fil conducteur intéressant à ces histoires, où l’homme apparaît comme étant bien peu de choses face à la nature qui l’entoure. Dans ces nouvelles, les hommes sont bien souvent victimes de leurs décisions. Leurs vies sont compliquées, rudes et basculent souvent en mode survie. Les liens entre eux sont complexes et gérés par l’émotion. Ils en sortent bien souvent écorchés ou mal en point.

L’écriture de Matthew Neill Null est particulièrement maîtrisée. Toutes les nouvelles m’ont plu, même si elles sont bien différentes. Le propos reste le même: la nature versus l’homme. Les textes sont souvent touchants par leur justesse à mettre le doigt sur cette faille entre l’humain et sa façon de percevoir son environnement.

Un recueil que je vous conseille fortement si vous aimez les nouvelles. Celles-ci sont plus qu’excellentes. J’ai bien envie de découvrir le roman du même auteur, Le miel du lion, qui semble aborder des thèmes similaires.

Allegheny River, Matthew Neill Null, éditions Albin Michel, 288 pages, 2020

Le département des théories fumeuses

Anachronismes délicieux, comiques coups du sort et hybridations improbables composent, entre autres rigolotes anomalies, l’ADN de l’humour de Tom Gauld. Armé de son crayon et d’un large spectre de références qui vont de l’époque victorienne au monde des Jedi et des épées laser, l’inimitable bédéiste dessine un monde décalé d’une apparente simplicité, mais d’une lucidité désarmante.

Ce que je peux aimer le travail de Ton Gauld! Chaque annonce d’un nouvel ouvrage est un bonheur assuré. J’ai un faible principalement pour les planches parues dans les journaux et revues, plutôt que pour ses ouvrages qui racontent une seule et même histoire. J’avais donc eu un gros coup de cœur pour Vous êtes tous jaloux de mon jetpack ainsi que En cuisine avec Kafka. Ce nouveau livre de Tom Gauld, Le département des théories fumeuses, n’a pas fait exception. Surtout que les thèmes abordés me plaisent beaucoup. 

D’abord parues dans la revue New Scientist, les planches que l’on retrouve dans Le département des théories fumeuses mêlent sciences et humour. L’auteur d’ailleurs dédie son livre à son grand-père biologiste. Gauld aborde ici les sciences sous toutes ses formes, de l’anthropologie aux nanorobots, en passant par la métaphysique et la recherche. Il parle souvent de la petite faille qui fait que l’expérience n’a pas forcément été à la hauteur des espérances. C’est plein d’humour et j’aime sa vision des choses ainsi que sa façon particulière de dessiner. Ses planches sont facilement reconnaissables dans le paysage artistique. L’humour qu’il apporte avec ses petites histoires est à la fois subtile, très drôle et vraiment intelligent. 

« La réalité est une illusion créée entièrement dans l’esprit humain, mais c’est le seul endroit où on sert un café potable. »

Il offre plusieurs niveaux de lecture et nombreuses de ses planches mêlent des allusions culturelles ou littéraires. Avec le thème de la science, il aborde autant des blagues spécifiques à la profession, ou à l’incompréhension des gens envers les scientifiques. Il y a aussi un côté rigolo où il jette un regard à la fois critique et humoristique sur les expériences scientifiques. Je pense à cette dualité entre science et science-fiction, qui ne peut que nous soutirer un sourire. C’est ce qui me plaît chez lui. Sa façon unique de créer de l’humour tout en abordant des thématiques scientifiques et littéraires est tout simplement délicieuse. Il peut également s’inspirer de la littérature et créer une toute autre histoire à la sauce scientifique. Il mêle les technologies et les époques, pouvant dessiner par exemple, les réactions des gens sur les réseaux sociaux, à l’époque de la publication de L’origine des espèces de Darwin. Des anachronismes qui font sourire.

« Regardons le bon côté: la théorie des mondes multiples suggère qu’il y a une réalité où cette expérience s’est très bien déroulée »

Tom Gauld est un auteur que j’adore. J’ai particulièrement aimé ma lecture de Le département des théories fumeuses. Je trouve son humour intelligent et très à propos. Ici, il parle principalement de science: évolution, recherches, paléontologie, théories, avec un côté geek et plusieurs références à la culture populaire. Un vrai bonheur pour l’esprit!

Le département des théories fumeuses, Tom Gauld, éditions Alto, 160 pages, 2020