Allegheny River

Dans Allegheny River, animaux et humains cohabitent au fil du temps, dans un équilibre précaire, au sein d’une nature ravagée par la main de l’homme. Tour à tour épique et intimiste, c’est un univers de violence et de majesté qui prend vie sous la plume lyrique et puissante de ce jeune écrivain. Ce livre, récompensé par le prix Mary McCarthy, acquiert une dimension universelle, car si le monde qui y est décrit peut nous sembler lointain, une chose est certaine : il s’agit bien du nôtre. Singulières et puissantes, ces nouvelles, ancrées dans la région des Appalaches, résonnent d’une inquiétante actualité.

Ce recueil de nouvelles a été une excellente surprise. Toutes les histoires sont intéressantes et abordent des thèmes similaires. La nature est omniprésente, la chasse aussi est un thème récurrent. Il y a une certaine violence sourde qui gronde, au fond de chacune des histoires. Le moment singulier où quelque chose dérape et entraîne le personnage principal à la limite. Ou alors, un événement qui bouleverse le cours des choses pour le renverser à jamais. Toujours, cependant, la force de la nature et des animaux. Même quand les humains n’en comprennent ni la grandeur, ni la beauté (ou qu’au contraire, ils la comprennent trop bien…)

« Vous vous imaginez tous que ce pays vous appartient. »

Cette phrase résumerait bien cette lecture, parce qu’on y retrouve justement ce sentiment de possession de la nature dans plusieurs des histoires.

Le recueil contient neuf nouvelles, dont je vous offre un petit tour d’horizon:

Quelque chose d’indispensable
Cartwright vit sur la route. C’est un vendeur itinérant de matériel agricole. Il est jeune et sa compagnie l’envoie de plus en plus loin, dans des villages paumés, à l’écart. Cartwright n’a pas beaucoup de considération pour les fermiers qu’il rencontre et quand il tente d’en rouler un, les choses se compliquent pour lui…

Le couple
Cette nouvelle raconte le quotidien de Sull qui, depuis le départ de ses enfants du domicile familial a peu de centres d’intérêt à part la chasse. Braconnier, il n’hésite pas à tirer sur une espèce protégée…

Ressources naturelles
Cette histoire est un plaidoyer pour la nature et démontre la propension des hommes à vouloir gérer ce qui se passe dehors: les animaux (ici les ours), leur présence parmi nous et la façon qu’ont les gens de les percevoir lorsqu’ils deviennent ce qui est perçu comme étant une « menace ».

La saison de la Gauley
La Gauley est une rivière, souvent utilisée pour le rafting. Dans une région qui embauche peu, un entrepreneur a lancé sa propre compagnie pour accueillir les touristes et les guider sur la rivière. Jusqu’à ce qu’un terrible accident entraîne la noyade de deux d’entre eux et fasse basculer le fragile équilibre de la région.

Télémétrie
Un trio de scientifiques étudie les truites mouchetées. Ils ont installé un campement en pleine nature le temps de leur travail. Lorsqu’un étrange duo composé d’un père et sa fille vient s’installer près d’eux et que des objets commencent à disparaître, les choses tournent au vinaigre.

L’île au milieu de la grande rivière
En 1890, une île est réquisitionnée pour envoyer des malades afin de les placer en quarantaine. Un jeune garçon de la rive tombe amoureux d’une fille de l’île, après l’avoir vue soulever sa jupe pour lui. Il défiera les règles pour créer un contact avec elle.

La pierre branlante
Cette histoire est la plus courte du recueil. C’est une nouvelle particulière, une histoire de pierre branlante, d’oncle qui raconte des histoires et d’enfants qui les croient…

La lente bascule du temps
Nous sommes à l’époque des draveurs et du métier dangereux qu’ils exercent. Henry, un tout jeune homme, se présente pour un nouvel emploi, sur les conseils de son cousin. C’est une longue nouvelle qui raconte le mode de vie de ceux qui s’occupe du flottage et qui se battent pour garder leurs billots à flots… et à l’abri des voleurs. C’est aussi une histoire sur l’évolution des métiers et les changements au fil des ans.

Dans la deuxième circonscription
Cette dernière nouvelle raconte une chasse à l’ours et un mensonge qui prend toute la place et met tout le monde mal à l’aise. Avec pour toile de fond la famille et la politique.

Ce recueil m’a vraiment beaucoup plu. C’est l’un des très bon recueil de nouvelles que j’ai pu lire dans les derniers mois. Il y a un fil conducteur intéressant à ces histoires, où l’homme apparaît comme étant bien peu de choses face à la nature qui l’entoure. Dans ces nouvelles, les hommes sont bien souvent victimes de leurs décisions. Leurs vies sont compliquées, rudes et basculent souvent en mode survie. Les liens entre eux sont complexes et gérés par l’émotion. Ils en sortent bien souvent écorchés ou mal en point.

L’écriture de Matthew Neill Null est particulièrement maîtrisée. Toutes les nouvelles m’ont plu, même si elles sont bien différentes. Le propos reste le même: la nature versus l’homme. Les textes sont souvent touchants par leur justesse à mettre le doigt sur cette faille entre l’humain et sa façon de percevoir son environnement.

Un recueil que je vous conseille fortement si vous aimez les nouvelles. Celles-ci sont plus qu’excellentes. J’ai bien envie de découvrir le roman du même auteur, Le miel du lion, qui semble aborder des thèmes similaires.

Allegheny River, Matthew Neill Null, éditions Albin Michel, 288 pages, 2020

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