La Vénus de Botticelli Creek

Dans la vallée de la Madison, une femme s’est volatilisée, et, cette nuit-là, le hurlement des loups en a réveillé plus d’un. Nanika Martinelli, surnommée “la Vénus de Botticelli Creek”, est une jeune guide de rivière aux cheveux roux qui attire les clients comme les mouches attirent les truites. Lancée à sa recherche dans les montagnes enneigées, le shérif Martha Ettinger découvre avec effroi le corps d’un homme empalé sur les bois d’un cerf géant. Accident ou meurtre ? Serait-ce une piste pour retrouver la disparue que tout le monde croit dévorée par un loup ? Aidée de son ami peintre, pêcheur et privé occasionnel, Sean Stranahan, Martha devra se confronter à un groupe fanatique de défense des animaux, le Clan du Loup à trois griffes, et à leur meneur au charisme destructeur. Dans leur enquête la plus dangereuse à ce jour, Martha Ettinger et Sean Stranahan jouent les agents doubles face à des humains qui masquent mal leur sauvagerie.

J’adore cette série et j’étais plus que ravie de pouvoir lire la troisième aventure de Martha et Sean, découverts dans Meurtres sur la Madison puis dans Les Morts de Bear Creek. Avant toute chose, sachez que ce genre de série peut se lire dans l’ordre ou dans le désordre. Ce ne sont pas des tomes qui se suivent forcément, mis à part que, comme bien souvent dans ce genre de série, les personnages évoluent d’un livre à l’autre. Il est donc encore plus agréable de découvrir toutes les aventures dans l’ordre, mais on peut aussi choisir une histoire qui nous interpelle plus et la lire sans problème. 

Dans cette troisième histoire, nous retrouvons nos personnages habituels: la shérif Martha, Sean le beau pêcheur/peintre/détective, Harold le pisteur et Sam le guide de pêche. On croise aussi rapidement quelques membres du Club des menteurs et monteur de mouches, rencontrés dans l’enquête précédente.

Cette fois, Martha est appelée sur les lieux d’une disparition. Une naturaliste et guide de pêche manque à l’appel. Elle ne s’est pas présentée à une réunion de travail et même si elle avait prolongé la randonnée qu’elle avait décidé de faire, elle aurait dû être rentrée depuis longtemps. C’est lorsque Martha tombe sur le cadavre d’un cow-boy empalé sur des bois de cerf que les choses se compliquent dangereusement pour elle et son équipe.

Ce roman est très intéressant car, outre l’enquête autour de la disparition de la jeune femme et le cadavre de l’homme empalé, il aborde la question de la réintroduction des loups dans les Rocheuses. Il y est question des clans écologistes qui sont pour, de ceux qui veulent protégé leur bétail et qui sont contre, ainsi que tous ceux qui évoluent entre les deux, selon leur pensée et leur mode de vie. Les loups sont au centre du roman de plusieurs façons. Ils sont au cœur de l’enquête, puisqu’ils semblent y avoir eu des contacts rapprochés entre eux et les victimes. Ils représentent aussi une image très forte dans l’imaginaire et la mythologie. 

« « Lire le livre blanc » était une expression qu’Harold tenait de son grand-père, lequel lui avait appris à lire les traces laissées sur les premiers escarpements de la chaîne de montagnes bordant la réserve Blackfeet. « Lire le livre blanc » permettait de déchiffrer les histoires gravées dans la neige, les pages tournées par chaque animal qui vaquait à ses occupations quotidiennes. Qui est venu ici, quel est son nom, qui craint-il, entre les dents de qui est-il mort? Au début de l’automne, le livre comportait de nombreuses pages vierges, tandis que d’autres étaient écrites d’une encre qui s’effaçait, la neige tombant puis disparaissant, souvent au cours de la même journée. »

Le travail de Martha et de son équipe se complique beaucoup car la disparition de la jeune femme est plutôt étrange. Sean remonte la piste jusque chez le père de la disparue, alors que Martha suit les traces que la jeune femme a laissé ici et là, dans les différents emplois qu’elle a occupé. Des histoires issues du passé refont surface et des lettres anonymes écrites avec du sang sont envoyées à certains groupes bien ciblés…

L’enquête devient complexe car Sean et Martha marchent sur un chemin miné. C’est une enquête dangereuse que de tenter de retracer la jeune femme et d’enquêter sur ceux qui l’ont côtoyée et la connaissent bien. Plus les recherches avancent, plus les fils se nouent et se compliquent. D’autant plus que la sœur de la disparue est dans les parages et qu’elle décide d’engager Sean pour la retrouver… Il se retrouve rapidement coincé entre deux feux.

« Tu n’as pas de portable. Tu n’as pas de montre. Ta boîte aux lettres est sous un rocher et tu sens le chat mort. Ah, et les toilettes sont au bout du sentier. J’ai l’impression que tu t’engages à nouveau dans des années de perdition. »

Comme à l’habitude, les personnages apportent un plus à cette histoire. Certains dialogues sont assez drôles et Martha est une femme revêche qui ne s’en laisse pas imposer. On dirait par moments une ourse grognonne et elle me plaît beaucoup. Sean, toujours égal à lui-même, tombe facilement amoureux et essaie de ménager tous et chacun, tout en menant sa petite enquête de son côté, à la demande de Martha. Elle et Sean sont d’ailleurs tellement différents, que leur duo est aussi improbable qu’il fonctionne finalement à merveille. C’est ce que j’aime de ces personnages. Ils ont leurs qualités et leurs défauts, mais s’apportent énormément l’un l’autre, malgré (ou avec) leurs différences. On croise Walt, l’aide de Martha et Sam qui a le don de se mettre les pieds dans les plats.

« Elle entendit un bruit de chasse d’eau. Sam apparut à la porte du dortoir. Il était en caleçon et grattait les poils sur sa poitrine, tel un chasseur néandertalien se réveillant un matin dans un Starbuck. »

J’aime aussi beaucoup le contexte des enquêtes créées par Keith McCafferthy. La Madison, lieu de pêche par excellence, les montagnes, les bêtes sauvages qui ne sont jamais très loin, les petits détails également concernant l’environnement et la nature. J’ai vraiment aimé cette lecture et j’étais très contente de retrouver Sean et Martha. Ce sont des personnages très intéressants qu’il est bon de retrouver d’une enquête à l’autre. D’autant plus que c’est la période idéale pour lire ce livre qui se déroule à l’automne, à l’aube des premières neiges. Un excellent roman! 

Mon avis sur les autres aventures de Sean et Martha:

  1. Meurtres sur la Madison
  2. Les Morts de Bear Creek

La Vénus de Botticelli Creek, Keith McCafferty, éditions Gallmeister, 384 pages, 2020

Une réflexion sur “La Vénus de Botticelli Creek

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