Il faut prendre le taureau par les contes !

Il faut prendre le taureau par les contesIl porte son village comme une attache. De naissance. Saint-Élie de Caxton l’habite, autant que l’inverse, et se transvide dans sa tête en fables et légendes. Son village est vaste malgré sa petite taille et chargé d’un monde qui dépasse l’idée que l’on s’en fait. Aussi, son histoire, depuis les débuts jusqu’à demain, s’invente sur des personnages que la rumeur nourrit d’incroyable. Sur la route des oreilles, Fred Pellerin en transmet la surréalité. Saint-Élie de Caxton est son point de départ, son point de fuite mais, surtout, son point de retour.Il faut prendre le taureau par les contes !

Ça faisait un petit moment que je n’avais pas lu un livre de Fred Pellerin. J’avais très envie de me replonger dans son univers. Il faut prendre le taureau par les contes ! est un livre parfait pour renouer avec le monde merveilleux de Saint-Élie de Caxton.

Il faut prendre le taureau par les contes ! c’est l’histoire de Babine, le fou du village de Saint-Élie de Caxton, condamné à mort plusieurs fois, sauvé à la toute dernière minute. C’est aussi une petite parcelle de l’histoire d’Ésiméac, l’homme fort qui n’avait pas d’ombre. L’histoire de Babine s’entrecroise avec celle d’Ésimésac, qu’on retrouve aussi dans d’autres livres de Fred Pellerin. Il fut un temps ou chaque village avait son fou et Saint-Élie de Caxton n’était pas différent des autres village.

Pour écrire ce livre, l’auteur s’inspire de Roger Lafrenière, le fou du village où il vivait et qu’il a connu alors qu’il était enfant. Il lui dédie aussi son livre. Afin de colorer quelques portions de son récit, il lui a donné le surnom de Babine. 

Dans le monde de Fred Pellerin, l’imaginaire est vaste, les jeux de mots sont très riches et très représentatifs d’un monde merveilleux qui n’est pas très loin du monde réel. Quand on entre dans ses contes, on se retrouve dans un tout autre univers. Les jeux de mots et l’humour sont omniprésents. Fred Pellerin manie les mots et la langue française de façon admirable. Il nous raconte toutes sortes d’histoires étonnantes et passionnantes inspirées par le village et ses habitants.

« Quand le visage de ce bébé-là apparut au village, ça consterna d’une commotion tant il était lette. Sa mère le traînait partout, enrobé dans des guenilles. Les gens s’approchaient pour le voir et se décevoir. Puis on avait beau chercher, parce qu’on sait que les enfants sont toujours  beaux un minimum, il restait lette partout. Habituellement, on attend d’un petit qu’il présente un minimum acceptable. Au moins un grain de beauté. Mais lui, rien. Et je ne vous parle pas d’une laideur qui déclenche le « c’est-plate-pour-lui », mais plutôt de celle qui engendre un « c’est-l’fun-pour-nous-autres ». La seule vue de sa grimace semait crises d’asthme et d’hyperventilation, pour cause de rire. Plusieurs habitants de l’actuel village ont encore traces aux poumons des crampes de leurs ancêtres. »

Il y a de la magie presque tangible dans les histoires de Fred Pellerin. L’objet-livre en lui-même est magnifique, représentatif du contenu de l’histoire qui nous est racontée. Fred Pellerin est l’un de mes auteurs préférés. C’est un artiste multidisciplinaire, sensible, merveilleux et profondément inspirant. Il incarne le passé, les histoires de notre patrimoine, une parlure bien de chez nous. C’est une richesse que d’avoir un auteur comme lui au Québec. Il offre un nouveau souffle au conte et nous permet de nous plonger dans nos histoires passées. Il y a un immense travail de recherche et d’écriture dans ses ouvrages. Il nous permet de garder vive une mémoire et une richesse culturelle qui serait autrement sans doute perdue. Les contes, c’est l’histoire d’un peuple.

« L’amour, mon Babine, c’est un frisson dans la colonne vertébrale. Tu vas voir, tu vas le sentir. Si jamais ça te pogne, ça va te branler à partir du bas du dos, ça va te faire vibrer jusque dans la tête. L’amour, Babine, c’est un chatouillage vertical à double sens. »

Il faut prendre le taureau par les contes ! est un livre-cd, un objet qu’on a envie de conserver tant son contenu est riche. Dans l’ouvrage, on retrouve aussi des photos en noir et blanc tirées des archives du village. Au début du livre, l’auteur présente un bel hommage à sa grand-mère, qui racontait toujours beaucoup d’histoires. Une forme de passation du plaisir de raconter, de l’aînée au jeune garçon.

Les contes de village ont tous comme point commun le village de St-Élie de Caxton, sans doute le village québécois porté le plus par les histoires et l’imaginaire. Toujours avec beaucoup d’humour et des jeux de mots qui sont un vrai plaisir à découvrir.

Quelques mots sur le CD qui accompagne l’ouvrage. Il s’agit d’une lecture de l’histoire par Fred Pellerin. Bourré d’humour, le texte est enregistré un peu sous forme de spectacle. Si vous aimez vous faire raconter des histoires, avec l’ambiance qui l’accompagne, ce livre-cd est pour vous. Fred Pellerin offre une brillante performance, très agréable à écouter. Un monde imaginaire qui s’ouvre complètement devant nous, par le pouvoir des mots.

Un immense plaisir de lecture! Fred Pellerin est un incontournable à découvrir absolument!

En complément: 

Tout le long de ma lecture, j’ai eu envie de revoir les films qui ont été tirés des contes de Fred Pellerin. J’ai donc ajouté à ma pile à visionner, Babine et Ésimésac, que nous avons regardé l’un à la suite de l’autre, pendant une fin de semaine. Toujours d’excellents films. Les contes de village de Fred Pellerin sont très imagés et se prêtent merveilleusement bien à une adaptation au grand écran.

Il faut prendre le taureau par les contes!, Fred Pellerin, éditions Planète rebelle, 136 pages, 2003

 

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