Le dernier baiser

Le dernier baiserLancé sur la piste d’un romancier en cavale, le privé C.W. Sughrue atterrit dans un bar décati de Californie, où l’écrivain se soûle à la bière, un bulldog alcoolique à ses pieds. Comme il devient disponible, la barmaid le charge d’une nouvelle enquête : retrouver sa fille Betty Sue, qui s’est volatilisée dix ans auparavant. Sughrue a envie d’un peu de compagnie ; il embarque donc romancier et bulldog dans son périple. Sans prévoir sa fascination grandissante pour la disparue ni les ramifications sans fin de cette affaire où tous semblent se jouer de lui.

Le dernier baiser est ma première rencontre avec l’univers et la plume de James Crumley, un auteur américain issu de « l’école du Montana ». Il a écrit plusieurs romans et nouvelles, des scénarios et deux séries policières mettant en scène des détectives privés: la série Milo Milodragovitch et la série C.W. Sughrue. Le dernier baiser fait partie de cette dernière et est la première aventure de Sughrue.

Sughrue est un anti-héros tout ce qu’il y a de plus cliché, du moins seulement en apparence. Ancien militaire, il est porté sur la bouteille et les femmes compliquées. Sauf que Crumley a un don certain pour raconter des scènes complètement loufoques et étranges. Ce qui fait de ce roman un polar au parfum vieillot (il est paru en 1978 en langue originale) teinté d’humour, tant dans les dialogues que dans les événements qu’il raconte.

« Les détectives privés sont censés retrouver les personnes disparues et résoudre les crimes. Dans celle-ci, jusque-là, c’était moi qui avait commis tous les crimes… »

Sughrue a été engagé par la femme d’un écrivain, pour retrouver ce mari qui a déserté pour faire la tournée des bars. Sur la route dans sa vieille voiture adorée, le détective a pour mission de retracer Trahearne et de contacter sa femme lorsque ce sera fait. Il l’intercepte dans un bar, mais ne fait jamais les choses comme les autres. C’est en créant une bagarre monstre où tout le monde tire sur tout le monde, qu’il fini par se retrouver au chevet de Trahearne à l’hôpital, à qui on doit enlever de la grenaille dans le derrière. Par la suite, Sughrue prend la route, bien malgré lui, avec cet écrivain en manque d’inspiration et un bulldog alcoolique qui s’est accaparé la banquette arrière de la voiture et refuse de bouger. Les trois comparses partent donc à la recherche de la fille de la tenancière de bar. De lieux mal famés en personnes peu fréquentables, Sughrue fait enquête pour retrouver une trace de Betty Sue, disparue il y a plus de dix ans.

« La jeunesse survit à tout. Aux rois, à la poésie, à l’amour. À tout sauf au temps. »

Sughrue est un homme à la vie grise, qui recherche volontairement l’action. Il boit trop, fréquente trop de bars, couche avec les mauvaises femmes (ou toutes les femmes qui le veulent bien), se fait parfois tirer dessus ou malmener, se retrouve de temps à autre en cellule, met son nez dans les affaires des autres. Son travail l’amène à côtoyer des gens douteux.

« Là où il y a de l’argent, il y a de la saleté, et quand vous travaillez de mon côté du monde, vous devez vous attendre à rencontrer ce genre de gens. »

Le roman est une sorte de road trip qui mène le détective sur les traces d’une fille disparue. En écumant tous les endroits où elle a pu passer et en parlant aux gens qui l’ont connue, l’auteur construit peu à peu son intrigue et agrémente son histoire d’humour noir et de scènes cocasses. Si vous appréciez les romans d’enquête au charme suranné, à une époque où les lois semblaient plutôt laxistes, vous devriez bien accrocher au style de James Crumley. On ne se doute jamais où il va nous mener, ni ce que l’on va trouver sur le chemin de ses personnages, au fil des pages. Les rebondissements sont nombreux et les scène assez noires côtoient bien l’humour déjanté dont Crumley peut faire preuve. Il n’y a qu’à penser à Fireball, le bulldog alcoolique qu’on retrouve toujours un peu partout, au moment où l’on s’y attend le moins!

« La liberté n’est que le nom qu’on donne au fait de n’avoir rien à perdre. »

J’ai bien aimé cette lecture, qui me sort définitivement de mes lectures habituelles. J’ai aimé cet humour un peu déplacé, les lieux parfois sordides où traîne Sughrue et les scènes rocambolesques que vivent les personnages. C’est un roman intéressant, avec lequel j’ai passé un bon moment. Je ne lirais pas forcément plusieurs livres de cet auteur à la suite, mais de temps en temps, je trouve que c’est une lecture parfaite pour lire un autre genre de polar. L’atmosphère particulière, teintée d’humour noir et les caractéristiques de Sughrue y sont pour beaucoup dans le plaisir de lecture de ce roman. J’aime définitivement beaucoup les anti-héros!

Le dernier baiser, James Crumley, Éditions Gallmeister, 336 pages, 2019

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