Un activiste des Lumières

un activiste des lumièresMarcus Rediker trace le portrait d’une magnifique figure de la lutte pour l’abolition de l’esclavage. Né en 1682 en Angleterre, Benjamin Lay fut tour à tour berger, gantier, marin. Il vécut dans la campagne de l’Essex, à la Barbade puis dans une habitation troglodyte aux environs de Philadelphie. Influencé par le radicalisme des premiers Quakers, il acquit très tôt la conviction de l’égalité de tout être humain et n’eut de cesse d’exiger la libération immédiate et sans conditions de tous les esclaves, à une époque où l’abolitionnisme restait très minoritaire. Activiste de la première heure, cet homme singulier (qui était de petite taille) n’hésitait pas à choquer ses contemporains, usant de tous les moyens d’action pour bouleverser les conventions sociales, et ébranler les consciences. Il interrompait les offices, organisait des happenings, où il éclaboussait de faux sang les propriétaires d’esclaves. Il dérangeait. On le moqua. Mais son nom bientôt fut sur toutes les lèvres, des plus puissants aux plus humbles…

Un activiste des Lumières est une biographie passionnante qui nous permet de découvrir un personnage historique qui a marqué son époque, mais qui demeure tout de même très peu connu aujourd’hui.

Benjamin Lay était un Quaker, avec les premiers principes de cette religion. Les principes des premiers Quakers étaient antinomismes. Ils croyaient à l’égalité de tous, même si cela devait porter leur cause au-dessus des lois. Benjamin Lay voyait ce qu’il se passait dans le monde, voyait l’esclavage être accepté, la convoitise être vécue quotidiennement par ses membres et pour lui, même si la loi tolérait certaines choses, ce qui brimait la justice et le droit de chacun ne devait pas être toléré.

« Il n’hésitait pas à désigner les coupables du doigt, et il insistait sur le fait que la possession d’esclaves et le quakerisme étaient résolument incompatibles. « Pas de justice, pas de paix. » Tel était le message que portait Benjamin. »

Benjamin Lay, même s’il souffrait de nanisme et d’une autre maladie qui lui courbait le dos, il ne se laissait jamais intimider. Les puissants et les riches ne réussissaient pas à le faire taire. Il disait toujours ce qu’il pensait tout haut. Il n’hésitait pas à se battre pour défendre les causes auxquelles il croyait. L’égalité trônait tout en haut de ses valeurs. Bien avant que ce soit remit en question, Lay refusait l’esclavage et prônait la liberté de tout homme. Il était abolitionniste bien avant son temps. Il écrivit sur le sujet pour tenter de faire bouger les mentalités. Benjamin exigeait l’affranchissement de tout esclave sur le champ. Il militait en ce sens. C’était un petit homme de stature, mais un grand homme en ce qui concerne ses batailles et ses revendications. Il était intransigeant envers ce qu’il croyait juste, tout comme son épouse, avec qui il partageait les mêmes idées. C’était une abolitionniste convaincue et étonnamment, elle était pasteur de sa communauté.

Il est bien sûr souvent question de religion dans l’ouvrage, mais comme le personnage avait des croyances très importantes, cela nous permet de mieux comprendre Benjamin Lay. C’est aussi un portrait intéressant de l’époque de Benjamin. Il était radical et souvent flamboyant dans sa façon d’illustrer ses idées, souhaitant marquer les esprits et choquer les gens pour faire changer les mentalités.

Son contact le plus marquant avec l’esclavage fut quand Lay déménagea à la Barbade et vit des choses qu’il ne pouvait tolérer. Ses croyances en la vie et en la justice, ainsi qu’aux qualités prônées par sa religion, mais non respectées par les esclavagistes, le marqua durablement. Il parlait haut et fort de ses idées et il était si dérangeant que les hauts dirigeants des quakers, ayant souvent eux-mêmes des esclaves, ont régulièrement tenté de l’exclure de leur cercle.

« « On a souvent reproché aux écrivains qui ont employé leur plume à la défense des Noirs, de n’avoir pas été témoins de leurs souffrances. On ne pouvait faire ce reproche à Benjamin Lay. […]. » L’expérience de Benjamin à la Barbade, qui y abandonna bien vite son « habitation, par l’horreur que lui inspira le traitement affreux sous lequel les esclaves gémissaient » et où il avait développé des relations personnelles avec des individus asservis, fit qu’il « ne cessa toute sa vie de prêcher et d’écrire pour l’extirpation de l’esclavage ». »

Berger, gantier, marin, écrivain, militant, Benjamin Lay a porté quantité de chapeaux et a vécu en de nombreux endroits. C’est sans doute ce qui modela sa vision du monde et des gens. C’était un homme qui se considérait comme « illettré » même s’il a écrit énormément. Lay était un autodidacte. On suppose que c’est sur les bateaux, pendant les temps libres, qu’il apprit sans doute à écrire.

Anecdote intéressante: l’image reproduite en page couverture est la seule que nous ayons de Benjamin Lay. Il ne souhaitait pas qu’on le représente en image, c’était pour lui contraire aux doctrines de sa religion. C’est la femme de Benjamin Franklin, un grand ami de Lay, qui commanda le portrait.

Au-delà de l’aspect biographique du personnage que fut Benjamin Lay, on apprend beaucoup sur l’esclavage, sur l’histoire, sur les Quakers. Lay s’est battu pour l’égalité en général, pour le droit des êtres vivants. Il s’insurgeait contre le travail harassant de ceux qui récoltait le thé ou qui travaillait dans le sucre pour que les gens aisés puissent en profiter. Il était végétarien bien avant l’heure et croyait à l’égalité des animaux comme des hommes. C’est quand sa femme est décédée qu’il est devenu encore plus radical: il fabriquait ses vêtements en lin, vivait dans une grotte tapissée de livres, écrivait entre deux moments de jardinage et prônait le végétarisme. Avec l’argent amassé avec ses écrits, il aida les gens à mieux vivre et donna ses avoirs aux veuves par exemple, qui ne recevaient pas d’aide.

Avec Un activiste des Lumières, l’auteur a voulu nous montrer l’esclavage de l’époque et la façon dont les abolitionnistes vivaient l’opprobre de la société. Lay, devant ces injustices, prônait ses convictions avec ardeur. Le livre est très bien documenté, la traduction est agréable. J’ai adoré cette biographie car le personnage de Benjamin Lay est un homme captivant, bien en avance sur son époque. Un personnage vraiment intéressant à découvrir. Ce livre tente de réhabiliter ce personnage méconnu qui a apporté sa pierre à l’édifice de la justice humaine.

Le livre est complété par un cahier d’illustrations au centre, de cartes et de portraits.

Un beau coup de cœur et une excellente découverte que cet ouvrage de Marcus Rediker.

Un activiste des Lumières, Le destin singulier de Benjamin Lay, Marcus Rediker, éditions du Seuil, 288 pages, 2019

Une réflexion sur “Un activiste des Lumières

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