Les liens du sang t.1

les liens du sang 1Vue de l’extérieur, la famille du jeune Seiichi est des plus banales : un père salarié, une mère au foyer, une maison dans une ville de province… L’adolescent va à l’école, joue avec ses amis, est troublé quand il pose les yeux sur la jolie fille de la classe. Tout est normal… ou presque. Il ne s’en rend pas compte lui-même, mais sa mère le couve beaucoup trop. Seiko traite encore son fils comme un bébé et, avec un mari toujours absent, son monde est d’autant plus centré autour de Seiichi. Ce dernier est incapable de résister : il se laisse lentement emprisonner dans le cocon. Trop jeune, il ne décèle pas la folie cachée derrière l’amour maternel. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard…

Les liens du sang est l’histoire d’une relation malsaine entre une mère et son fils. En fait, Seiko traite son fils comme un jeune enfant. Elle le surprotège, fait des choix pour lui, prend des décisions à sa place et dirige un peu trop son quotidien. Seiichi est un jeune garçon gentil, qui se plie aux demandes de sa mère. Il ne réalise pas vraiment que sa mère est un peu étrange. Mine de rien, avec l’absence de son mari, Seiko s’accapare Seiichi qui représente le centre de son univers.

Au début du manga, on sent que Seiko est une mère un peu protectrice, mais on ne comprend pas vraiment à quel point elle peut être dangereuse. En apparence, la vie familiale semble parfaite. Une mère gentille, un père travaillant, un petit garçon soucieux de plaire à ses parents. Quand le cousin de Seiichi lui fait réaliser que sa mère est bizarre, certains souvenirs semblent affluer dans son esprit et il commence à observer les agissements de sa mère. C’est une randonnée en famille qui va porter le coup fatal à la folie de Seiko…

Ce manga est assez intéressant. Cette histoire m’a sans cesse rappelée un vieux film que je regardais quand j’étais adolescente, Le bon fils. L’histoire ne se ressemble pas, mais le fond, la folie cachée d’un membre de la famille, m’y faisait beaucoup penser. L’esprit du manga est un peu le même d’ailleurs, quoique j’ai trouvé le début un peu long. La mise en place de cette relation malsaine est peu marquée lorsqu’on commence le livre. On sent qu’il y a quelque chose mais c’est très (trop?) léger. J’aurais aimé une relation un peu plus marquée. Il manque un petit quelque chose dans l’évolution des personnages et dans les souvenirs de Seiichi qui surviennent tout à coup.

Les dernières pages se bousculent et c’est là que tout se joue. C’est frappant et glaçant. On s’attend à quelque chose, mais jamais à ça. Je dirais que l’intérêt du manga tient beaucoup dans ses toutes dernières pages. Le reste, par moment, m’a semblé un peu long. J’ai mis beaucoup de temps à m’intéresser aux personnages et à être réellement intriguée. Je dirais que la fin est assez frappante, mais que l’essentiel du manga m’a laissée un peu indifférente.

Je ne pense donc pas poursuivre cette série, parce que personnellement j’aime les histoire plus tranchées, j’aime une évolution de l’intrigue moins longue à se mettre en place et moins effacée. La fin, cependant, est géniale dans sa folie. L’histoire est dérangeante. C’est donc un manga qui pourrait plaire à beaucoup de lecteurs, mais qui ne m’a peut-être pas suffisamment accrochée pour continuer.

Les liens du sang t.1, Shuzo Oshimi, éditions Ki-oon, 216 pages, 2019

Hiver: cinq fenêtres sur une saison

Hiver cinq fenêtres sur une saisonCinq fenêtres grand ouvertes sur la plus austère des saisons, comme autant de façons d’en proposer une histoire sociale et culturelle. Cet essai, poétique et abondamment documenté, puise dans l’art, le sport, l’urbanisme et l’histoire pour décrire les mille facettes de l’hiver: le chauffage au charbon, le patin, l’art romantique, les grandes explorations polaires, les fêtes de fin d’année, la littérature russe, l’art pictural japonais, le hockey ou la retraite de Russie de Napoléon. Avec élégance et érudition, Adam Gopnik sonde aussi les sentiments et attitudes qu’inspire l’hiver et montre comment ceux-ci changent avec le temps et la distance, donnant ainsi à lire une représentation commune et humaine du froid et de la neige. L’hiver, qu’on ne trouve jamais aussi beau qu’à travers les fenêtres givrées d’une demeure chaude et protectrice, évoque aussi une grande vérité anthropologique: c’est toujours de l’intérieur que nous appréhendons le mieux le monde extérieur.

J’aime passionnément l’hiver, tout comme Adam Gopnik. Ce livre avait donc tout pour m’attirer et je n’ai vraiment pas été déçue. C’est même un gros coup de cœur! Hiver: cinq fenêtres sur une saison, porte merveilleusement bien son titre. Choisir d’écrire un livre sur cette saison souvent perçue comme austère, à une époque où une grande majorité des gens préfèrent l’été, c’est un beau défi… qui a été parfaitement relevé par l’auteur.

Tout d’abord, cet ouvrage aborde l’hiver avec un regard nouveau, d’un point de vue différent. À travers cinq grands thèmes – les cinq fenêtres – l’auteur entreprend de nous offrir un nouveau regard sur cette saison autrefois perçue comme froide, mortelle, très peu invitante. C’est lorsque l’hiver ne devient plus seulement une histoire de survie, mais aussi un moment pour profiter des joies de la neige tout en chérissant la chaleur d’un foyer bien chauffé, que la perception de l’hiver s’est mise à changer.

Les cinq chapitres de cet ouvrage nous présentent l’hiver sous différents aspects. La première fenêtre, L’hiver romantique, s’attarde sur la perception au fil des ans de cette saison froide. L’auteur nous parle des romantiques, de la perception de l’hiver dans la littérature, des changements qui sont survenus au fil des ans sur notre façon de vivre l’hiver. Avec le chauffage central et des moments pour relaxer, l’hiver passe de saison dure et austère à une saison où il fait bon mettre le nez dehors.

« La conquête de l’hiver, en tant qu’acte à la fois physique et imaginaire, est l’un des grands chapitres de la renégociation des frontières du monde, des lignes que nous tirons entre la nature et les sentiments qu’elle nous inspire, qui caractérise l’ère moderne. »

De William Cowper à Vivaldi, en passant par Krieghoff, Schubert, Debussy, Andersen et même Wilson Bentley le premier photographe connu de flocons de neige, l’auteur nous fait visualiser la façon dont la perception de l’hiver a modifié la musique, les arts, la littérature, la culture. Ma plus belle découverte via cet ouvrage a été Fanny Hensel et sa série d’œuvres saisonnières pour piano. C’était la petite sœur de Mendelssohn.

La seconde fenêtre est celle de L’hiver radical. On y parle de Frankenstein, de Glenn Gould, d’Harry Somers, un compositeur canadien et d’Edgar Allan Poe. Pourquoi? Parce qu’il y est question du deuxième thème de ce livre: les expéditions polaires. Pôle Sud, Pôle Nord, qu’est-ce qui a poussé l’homme à vouloir sans cesse explorer et tenter sa chance dans des déserts de glace où il n’y avait bien souvent rien? Qu’est-ce qui nous pousse encore à lire aujourd’hui ces récits d’aventure en rêvassant? Ce chapitre parle de John Ross, Sir John Franklin, E.K. Kane, Apsley Cherry-Garrard, Sir Falcon Scott, Frederick Cook, Robert Peary, Robert Scott, Roald Amundsen, Ernest Shackleton. Un chapitre sur la folie et le courage, sur l’attrait des grands espaces glacés et vierges. Un chapitre totalement passionnant qui nous donne envie de lire tous ces récits d’explorateurs téméraires.

La troisième fenêtre est celle de L’hiver réparateur. L’hiver des célébrations. Noël comme fête hivernale par excellence et sans doute l’une des célébrations les plus importantes à travers le monde. De quelle façon l’hiver a pu devenir l’hôte d’une fête lumineuse et pleine de promesses? De quelle façon Noël est maintenant ce qu’elle est, une fête axée sur les présents, la neige, les amis et la famille? Il y est question des saturnales et des calendes, du solstice d’hiver et de Yule, de Charles Dickens, de la Trève de Noël, de la poésie, de l’époque victorienne où tout a changé, de la laïcité, du message de Noël, des cantiques, du caricaturiste Thomas Nast et de la façon dont Noël s’est peu à peu transformée en commerce. Passionnant portrait social, ce chapitre nous éclaire sur la façon dont nous célébrons en plein cœur de la saison froide.

« Si la planète a mondialisé Noël, Noël a étendu l’hiver au monde entier. La fête d’hiver a conquis désormais l’ensemble du continent: la neige artificielle, les faux glaçons, le givre tant prisé par Goethe vaporisé sur des fenêtres californiennes en l’honneur d’une déité germanique que Goethe n’aurait pas pu imaginer: le père Noël. »

La quatrième fenêtre est celle de L’hiver récréatif. Les sports d’hiver en général et le hockey plus précisément. On y parle de musique qui rend hommage au patinage et de tableaux qui ont été créés avec le même but. Lorsque les plaisirs des sports d’hiver ont été découverts, ils ont fait de la saison froide une saison de jeux et de vitesse. Une saison qui bouge. Les ponts de glace permettaient des déplacements impossibles pendant la saison chaude. Les patinoires offraient des lieux de rencontres inestimables. On en apprend plus sur la création du hockey et sur les sports d’équipes qui se sont développés. L’invention du week-end a contribué à nous offrir plus de moments de loisirs. Un chapitre où l’on croise Samuel Pepys tout autant que Maurice Richard.

La cinquième et dernière fenêtre est celle de L’hiver remémoré. On y parle d’urbanisme, de villes d’été et de villes d’hiver, de la ville souterraine, de la voiture en hiver, de la littérature et de la musique. On y parle de l’hiver comme lieu de mémoire et de souvenirs.

« L’hiver ajoute de la profondeur et de l’obscurité à la vie ainsi qu’à la littérature, et dans l’été sans fin des tropiques ni la pauvreté ni la poésie […] ne semblent capables de profondeur: la nature y est trop exultante, trop résolument extatique, comme sa musique. Une culture centrée sur la joie est forcément superficielle. » – Walcott

Poèmes polaires et cinéma se côtoient dans ce chapitre, au son d’une musique pleine de souvenirs. Ce chapitre nous parle également d’écologie. De cette perte du froid, de ce droit au froid. De la disparition des neiges d’antan comme souvenir collectif et de l’hiver dans notre imaginaire. De l’hiver comme saison en voie de disparition…

« L’hiver, la saison qu’il fallait endurer, est désormais la saison qu’il faut préserver. »

Ce livre a été un gros coup de cœur. Quand je l’ai terminé, mon livre avait des airs d’arc-en-ciel avec des post-it à toutes les pages. J’avais envie de noter toutes sortes de passages qui me plaisaient ou me parlaient. J’avais envie de partager des réflexions autour de moi. J’ai lu ce livre en accompagnant ma lecture des tableaux mentionnés dans l’ouvrage, en écoutant la musique dont on fait mention, en faisant également quelques recherches sur ce qui m’était moins familier, tout au long de ma lecture. L’ouvrage présente plusieurs poèmes et aborde toujours l’hiver d’un point de vue social et culturel, ce qui en fait un essai particulièrement parlant. C’est un ouvrage dont la forme donne envie d’aller plus loin, de faire des découvertes. Les références aux peintres, aux compositeurs, aux musiciens, aux écrivains, sont nombreuses et passionnantes. On retrouve du bien beau monde entre les pages de ce livre et des gens qui ont façonné la façon dont l’hiver a été perçu et vécu à leurs époques respectives.

Hiver: cinq fenêtres sur une saison est un livre qui se lit avec grand plaisir et qui permet un autre regard sur la saison froide. Ce que nous raconte Gopnik nous permet également de mieux réaliser à quel point l’hiver est important, voire essentiel.

« Privée du souvenir de l’hiver, du Nord, de la neige, du cycle des saisons, notre civilisation perdra également au change, et cette perte sera aussi lourde, à sa manière, que celle subie par les Inuits. »

Gopnik aime l’hiver. Moi aussi. Ce livre est un brillant essai sur le bonheur du froid, sur le droit au froid, sur l’évolution de sa perception à travers le temps.

À découvrir, assurément! À noter au passage la traduction impeccable de Lori Saint-Martin et Paul Gagné.

Hiver: cinq fenêtres sur une saison, Adam Gopnik, Lux éditeur, 296 pages, 2019

Game of Thrones – Les storyboards

Game of Thrones les storyboardsPlongez dans l’univers magnifique de Game of Thrones !
Découvrez les coulisses et les storyboards des épisodes iconiques de la série la plus primée de tous les temps. Accompagnés d’archives et de commentaires du directeur artistique de la série, William Simpson, plongez-vous dans l’univers flamboyant et foisonnant de Game of Thrones ! Un beau livre officiel et unique, rempli d’inédits et d’infos, des saisons 1 à 7, pour tous les fans de Game of Thrones !

La première chose qui nous vient en tête quand on tient ce livre entre nos mains, c’est à quel point l’objet est magnifique. L’ouvrage se présente dans un coffret cartonné. En le sortant de sa boîte, l’image en couleur d’un marcheur blanc est reproduite sur la couverture. Le format est intéressant, la couverture est solide et les pages sont en papier épais. C’est un ouvrage magnifique parfait pour les fans de l’univers qui souhaitent un très beau livre de type collectionneur. Parfait aussi pour offrir en cadeau à quelqu’un qui a adoré la série et s’intéresse au cinéma par exemple.

Les storyboards sont de William Simpson. Il s’agit de tout le travail graphique en amont, avant le tournage de la série. C’est un travail essentiel avant de savoir ce qui sera filmé, comment seront perçues les scènes de la série et de quoi auront l’air les différents plans ainsi que les séquences de l’histoire.

J’ai eu beaucoup de plaisir avec ce livre puisque les planches me rappellent mes cours de cinéma. Le travail de William Simpson est fascinant. Il est le premier illustrateur de la série, sans même savoir (au début du moins) qu’il travaillait sur Game of Thrones. Et ce n’est sans doute pas une surprise si je dis que mes croquis préférés sont les scènes enneigées, celles du Mur, les scènes d’hiver bien glaciales et celles avec les Marcheurs blancs. Bref, toutes les scènes où tout le monde gèle sous de gros manteaux de fourrure! William Simpson a beaucoup de talent pour mettre sur papier l’idée générale que se font les réalisateurs des séquences qui seront filmées. C’est vraiment intéressant que son travail soit accessible aux fans et que l’on puisse en profiter.

Game of Thrones – Les storyboards présente le travail de Simpson à travers les sept premières saisons. On peut peut-être reprocher au livre d’avoir été publié un peu trop tôt et de ne pas contenir les dessins de la huitième et dernière saison, toutefois le plaisir est tout de même bien présent. On découvre un peu cet ouvrage comme un cadeau. Chaque saison est préalablement résumée, puis suivent les storyboards. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec ce procédé, les storyboards se présentent comme des cases de bandes dessinées, démontrant ce que l’on verra à l’écran. Il n’y a pas de dialogue, tout est centré sur l’image et sur quelques indications pour la caméra.

Les planches sont divisées par épisodes. De courts textes ont été ajoutés par l’auteur Michael Kogge, expliquant de façon très brève l’atmosphère et les grands événements représentés dans les dessins. On peut regretter peut-être que le texte dans cet ouvrage soit très concis, cependant l’expérience de lecture est surtout visuelle. Le texte s’en tient toutefois à l’essentiel et on peut en apprendre un peu plus sur le travail de William Simpson et sur les choix qui ont été faits pour telle ou telle scène, ou alors pour un épisode précis. Par exemple, Kogge nous informe lorsque des changements sont survenus entre la création du storyboard et ce que l’on voit à l’écran. Il peut s’agir de scènes qui n’ont pas été tournées, ont été replacées ailleurs ou alors d’angles de vue qui ont été modifiés.

J’ai apprécié les commentaires de Simpson disséminés ici et là à travers l’ouvrage. Il nous parle entre autres – toujours brièvement – de la scène d’ouverture où nous rencontrons les marcheurs blancs. Cette scène reste parmi mes préférées et est aussi celle qui a mit la machine en branle pour la grande saga Game of Thrones. L’auteur nous parle également un peu de logistique, du fait qu’un storyboard demeure un plan de départ et que des choix doivent parfois être faits tout au long du tournage, par exemple à cause de lieux de tournage ou de contraintes budgétaires. Plus les saisons avancent, plus les défis sont nombreux.

Même s’il y a peu de texte (j’aurais aimé avoir encore plus de détails), ce livre a été un grand bonheur de lecture. J’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir les premières scènes de Game of Thrones, la vision de Simpson et de ce que l’équipe souhaitait retrouver à l’écran. Si ce genre d’ouvrage vous intéresse, si la saga a été l’une de vos séries préférée et si le travail dans le domaine du cinéma vous parle, c’est un livre qui vous plaira assurément!

Game of Thrones – Les storyboards, Michael Kogge & William Simpson, 404 éditions, 320 pages, 2019

Contes Traditionnels du Pays des Glaces

Contes traditionnels du pays des glacesLes pays de glace : l’Alaska, le Groenland, la Sibérie, le Canada et leurs paysages, rudes et inhospitaliers, qui s’étendent à perte de vue… Le spectacle offert est source inépuisable de poésie : le retour du soleil après l’hiver obscur, les aurores boréales, la débâcle du printemps…Parmi les peuples inuits de ces froides contrées, on rencontre des chasseurs héroïques, de vieilles femmes ou des enfants souvent orphelins, des chamans aux pouvoirs magiques salvateurs ou dévastateurs.Malgré le climat, les animaux sont très nombreux et peuvent prendre à leur guise une allure humaine.Il nous faut un peu de persévérance et un œil aiguisé pour découvrir toutes les ressources cachées de ces pays de glace. Ces contes nous ouvrent les portes de régions «difficiles», parfois inexplorées. Ils nous dévoilent la vie d’un peuple habité par le courage et la détermination, mais surtout par l’amour et le besoin d’harmonie avec la nature qui l’entoure. Un beau voyage, un grand bol d’air frais et le frisson assuré !

Le Pays des Glaces, c’est en fait quatre endroits: l’Alaska, le Groenland, la Sibérie et le Canada. Dans chacun de ces lieux, les gens sont tous appelés « inuits » ce qui veut dire « être humain ». À l’époque les gens étaient plus nomades qu’aujourd’hui. Ce qui est très intéressant dans ces contes, c’est que plusieurs d’entre eux sont racontés dans plus d’un endroit différent. On peut donc supposer qu’ils ont tous un patrimoine commun, un imaginaire collectif qui s’étend au-delà des limites géographiques. Les histoires nous permettent donc de visualiser une vaste culture, bien plus grande et collective que ce que l’on peut imaginer, qui s’étend sur différents territoires. On sent beaucoup de similitudes entre les différents peuples car leurs modes de vie ont des points communs, même si chacun a ses particularité. Les valeurs et les idéologies sont semblables.

Il s’agit d’un très beau livre qui nous permet de comprendre la mentalité des différents peuples du froid. Ils appliquent beaucoup la devise « œil pour œil, dent pour dent ». Ce qui s’applique aussi à la relation entre l’homme et l’animal. Si l’animal prend soin d’eux, ils prendront soin de lui en retour.

Il y a justement un côté très fort racontant la proximité entre l’homme et l’animal. L’idée qu’un homme puisse se changer en animal, ou l’inverse, est très ancrée dans l’imaginaire de ces populations. La vengeance est un thème récurrent des contes, car elle fait partie de la mentalité de ces peuples, qui appliquent une certaine forme de justice dans leur mode de vie. Les contes n’en sont pas moins beaux pour autant. Il n’est pas seulement question de vengeance, même si celle-ci est un thème majeur. Il y a de belles histoires d’animaux, de famille, d’alliances, en lien avec leur vision des choses.

L’ouvrage compte dix-huit contes qui sont axés sur le mode de vie des peuples des glaces, sur leurs croyances. Ce sont des contes avec un brin de fantastique, qui se rapprochent des croyances de ces peuples. On apprend comment les aurores boréales ont été créées, comment le tonnerre et les éclairs ont commencé à faire leur apparition sur terre, pourquoi le chien jappe, comment certaines îles sont apparues et bien d’autres choses. Il s’agit d’un panorama de la mythologie de leur patrimoine. On comprend un peu mieux de quelle façon leurs croyances se sont dessinées au fil du temps.

Chaque conte débute par une petite définition de ce que sera le conte qui suivra. C’est un court résumé, qui explique aussi la provenance de l’histoire, afin de replacer le contexte de ce qui suivra. Chaque conte début également par une carte mettant en lumière la région d’où provient le conte. Le livre comprend beaucoup d’illustrations en noir et blanc. Même si elles sont très simples, elles illustrent bien l’essence même des histoires.

Le livre s’adresse à des lecteurs de tous les âges, qu’ils soient enfants ou adultes. Même s’il peut être lu par des enfants puisque l’écriture est assez simple et permet une bonne compréhension du texte, ce livre n’est pas enfantin et plaira tout autant aux adultes qui pourrons également l’apprécier. Ce fut d’ailleurs mon cas.

J’ai beaucoup aimé cette lecture qui nous plonge dans l’imaginaire de chaque peuple, qui nous apprend plus de choses sur leur façon de voir la vie, le monde et sur la manière dont ils appréhendent ce qui les entoure. Leur imaginaire est riche, vraiment intéressant. Si vous pouvez mettre la main sur cet ouvrage, je vous en conseille fortement la lecture. J’ai passé un excellent moment. Ce livre est aussi une belle façon de découvrir la culture inuit.

Contes Traditionnels du Pays des Glaces, Delphine Gravier, éditions Milan, 144 pages, 2003

 

Thornhill

ThornhillMary a habité là pendant des années. Entre ses murs, elle a vécu les pires moments de sa vie. Ella, elle, ne peut s’empêcher d’observer cet étrange endroit depuis sa chambre. La nuit, elle se demande ce qu’il cache. Certains ne voient en lui qu’un vieil orphelinat. D’autres sont au courant de son secret… Mais tout le monde connaît son nom. Thornhill.

Je ne connaissais rien de ce roman avant de mettre la main dessus. J’ai été tout de suite attirée par l’objet-livre: couverture rigide, pages noires et blanches, tranches du livre noires. Il y a quelque chose de très « halloweenesque » dans l’apparence de ce roman qui pousse à le découvrir. J’ai lu le résumé, qui me donnait l’impression que j’allais lire une histoire terrifiante, quelque chose d’un peu effrayant, de gothique ou en lien avec un lieu hanté. C’est très attirant. Sauf que ce livre n’est pas du tout ce à quoi je m’attendais…

Il y a certaines choses que j’ai adoré dans ce roman, mais en général l’histoire ne m’a pas plu plus que cela. Commençons par les points positifs. L’objet en lui-même est magnifique, tout en noir et blanc. J’ai aussi beaucoup aimé la présentation, qui me rappelle les très beaux livres de Brian Selznick, en alternant le texte et l’image. Ici, l’image raconte une histoire, autant que les portions de texte, un peu comme le fait très bien Selznick.

Le roman nous présente deux fillettes. Mary, qui écrit son journal en 1982 et vit à Thornhill, un vieil orphelinat. Son histoire, ce sont les portions de texte. Et il y a Ella, qui vient d’aménager en face de Thornhill et qui découvre peu à peu l’histoire de Mary. Ella vit en 2017 et son histoire est uniquement racontée en images. Les chapitres alternent entre les deux. Le résumé, l’apparence du livre et même l’avertissement au début des données de publication (Ce livre peut provoquer des frissons de peur), me donnaient l’impression que j’allais ouvrir un roman d’horreur. C’est un peu le cas, mais pas au sens où je le comprenais.

Thornhill est l’histoire d’un harcèlement psychologique intense envers une fillette différente, coincée dans un orphelinat où chacun lui fait la vie dure. Même les intervenants se fichent d’elle et ne font rien. La manipulation, l’humiliation, les moqueries, sont le lot quotidien de Mary. Pour rester saine d’esprit, la fillette frappée de mutisme sélectif, construit des poupées et des figurines. Sa chambre de l’orphelinat en est remplie. Dans le livre, elle raconte ce qu’elle vit jour après jour, la façon dont Elle, la harcèle. La façon dont Mary vit avec ce fardeau, sa tristesse, son malheur. Le fait qu’elle n’en parle à personne et qu’elle continue de subir. Nuit et jour, Elle la harcèle. Elle c’est sa harceleuse, mais elle n’a pas de nom.

« Les coupures sur mes mains et mes pieds guérissent. Les signes extérieurs de ce qui m’est arrivé sont en train de s’effacer. Mais à l’intérieur, je suis brisée. »

De l’autre côté de la rue, des années plus tard, Ella part en exploration à Thornhill. Elle découvre l’histoire de Mary. Elle tombe sur des poupées, laissées ici et là dans les jardins et dans la demeure. Elle entreprend de les restaurer et de les retourner à sa propriétaire. Ella est aussi seule que pouvait l’être Mary.

La seule chose qui adoucit la vie de Mary, c’est d’avoir accès au jardin. Comme elle lit beaucoup, il y a plusieurs référence au livre Le jardin secret de Frances Hodgson Burnett. Mais même le jardin lui sera enlevé. C’est ce que j’ai trouvé lourd finalement dans l’histoire. Tout s’acharne continuellement sur Mary et elle ne fait que subir et subir.

Thornhill est en fait une histoire de grande solitude, de harcèlement physique et psychologique, de colère, de tristesse et d’injustice. Je m’attendais à lire quelque chose de fantastique (oui, il y a un brin de fantastique, mais encore là pas dans le sens où je m’y attendais) tout comme je ne m’attendais pas à une histoire de harcèlement. Je n’avais pas particulièrement envie de lire ça, des scènes d’agression qui se poursuivent jour après jour alors que Mary ne dit rien et que personne n’intervient. Même si c’est un problème dont on doit parler, un thème qu’il est essentiel de retrouver dans la littérature, j’ai eu un malaise avec cette histoire parce que ce n’est pas ce que je m’attendais à y trouver et pas particulièrement le genre d’histoire que j’avais envie de lire. Même chose pour les poupées. Je n’ai pas vraiment d’intérêt pour ces objets et je n’avais pas particulièrement envie de lire une histoire où elles sont au centre du roman.

Je m’attendais donc à toute autre chose en lisant ce livre, de là ma grande déception. En connaissant à l’avance les thèmes abordés, je ne l’aurais sans doute pas lu. J’ai peut-être mal interprété la quatrième de couverture, mais je m’attendais à une histoire de fantôme effrayante… J’ai tout de même aimé la fin, qui laisse un sous-entendu intéressant. Reste que Thornhill est un endroit terrifiant, surtout lorsqu’on lit les dernières pages. L’histoire, cependant, n’est pas vraiment ce que j’espérais.

Vous avez lu ce livre? Vous l’avez aimé? Est-ce que vous vous attendiez à autre chose en le lisant?

Thornhill, Pam Smy, éditions du Rouergue, 544 pages, 2019