Meurtres sur la Madison

Meurtres sur la MadisonLa Madison River a beau être le Graal des rivières à truites du Montana, lorsqu’on y pêche un cadavre, c’est à l’intrépide shérif Martha Ettinger que la prise revient. L’homicide semble évident, et la Royal Wulff plantée dans la lèvre boursouflée de la victime a tout d’une macabre signature. Alors qu’elle mène son enquête, Martha croise la route de Sean Stranahan, lui-même pêcheur, peintre et ex-enquêteur privé venu s’installer dans les Rocheuses à la suite d’une douloureuse séparation. Lui aussi est impliqué dans une affaire : la jeune et mystérieuse sirène du Sud, Velvet Lafayette, est venue troubler le paysage et l’a persuadé de partir à la recherche de son jeune frère disparu dans le coin. Ensemble, Martha et Sean vont remonter une piste glissante qui débouchera sur les zones d’ombre du “big business” du Montana : la pêche à la mouche.

Meurtres sur la Madison est la première aventure de Sean Stranahan et de Martha Ettinger. En faisant un petit tour sur internet, j’ai été consternée par certaines critiques négatives de ce livre lui reprochant de « parler trop de pêche ». Meurtres sur la Madison est un nature writing couplé d’une enquête, dont la pêche est le sujet principal. Juste avec le résumé, ça me paraît évident. Je ne pêche pas pour ma part et j’ai trouvé ce livre passionnant. J’ai appris plein de choses dont certains aspects écologiques liés à la pêche et à la maladie du tournis chez les poissons.

Le roman se déroule dans le Montana aux bords de la Madison, une rivière reconnue pour la pêche. C’est un lieu très couru des passionnés. Le roman met en scène Sean Stranahan, un ancien détective privé beau comme tout, reconverti en peintre, sa deuxième passion après la pêche. Trois mois avant le début du livre, Sean venait de quitter le Vermont pour s’installer dans le Montana. Une rupture difficile l’a amené à se lancer véritablement comme artiste-peintre. C’est lorsqu’une belle femme réclame ses services en lui demandant de pêcher la truite pour elle que Sean se retrouve au cœur de l’enquête sur la mort d’un jeune pêcheur retrouvé dans la Madison.

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce roman, c’est le personnage de Martha Ettinger, une femme shérif, bien aimée dans sa communauté. Elle s’occupe de chevaux et d’animaux sur sa terre. Ce personnage est vraiment intéressant parce qu’il met en scène pour une fois une femme « réelle » et crédible, pas de celles que l’on voit dans les séries policières qui interceptent les criminels en talons aiguilles. Elle est sympathique, a de l’humour, est brillante et solide. Son travail est important pour elle, mais elle apprécie aussi son cadre de vie. C’est un personnage différent et agréable à retrouver parce que justement, ça nous change des shérifs alcooliques que l’on voit à profusion dans les romans policiers.

« Martha, se dit-elle, tu es un cœur solitaire. Tu nourris des poulets le matin et le soir tu brosses tes chattes et tu vas te coucher toute seule. La seule façon d’attraper un homme aussi beau que celui-là, c’est de l’arrêter.
Ce n’était pas une mauvaise idée. Arrête-le, songea-t-elle, puis saute-lui dessus et tire-lui les vers du nez. Demande-lui, par exemple, pourquoi, parmi tous les pêcheurs auxquels elle et Walt avaient parlé, il était le seul à avoir une Royal Wulff nouée à l’extrémité de son bas de ligne. »

Étonnamment, Sean croise le chemin de Martha à quelques reprises et elle l’invite à lui donner un coup de main, ce qu’il accepte. Ce n’est pas vraiment officiel, mais comme elle le dit si bien elle-même, elle est shérif et fait ce qu’elle veut. Elle a besoin de Sean et leur relation se modifie au cours du roman. Ils deviennent des alliés.

« Vous croyez que c’est facile d’être une femme shérif dans cet État? Si je n’étais pas exigeante avec moi-même, je ne porterais pas l’insigne. »

J’ai aussi beaucoup apprécié la présence d’Harold Little Feather, un pisteur blackfeet, qui est un personnage important pour l’enquête, mais très discret. J’espère qu’on le reverra dans les prochains romans, je trouve que c’est un personnage avec beaucoup de potentiel à développer. Il a un don et de la prestance, c’est indéniable. Même Martha n’est pas insensible à sa présence.

Avant tout, ce roman est écrit par un passionné de la pêche et ça se sent. Il tente de transmettre sa passion et nous offre de beaux paysages à travers son roman, ainsi que de belles descriptions de la nature et du bonheur d’être pêcheur. Le roman est aussi une vaste enquête qui prend des proportions démesurées et implique plusieurs acteurs du monde de la pêche à mesure que l’histoire avance. Il y a aussi toute la question touristique d’un lieu populaire envahit par les pêcheurs, de l’inflation des terres et des chalets qui bordent la rivière, en plus d’aborder certaines questions écologiques et éthiques par rapport aux poissons.

« Ce qu’il y a avec la pêche, c’est que ça donne de l’espoir. Chaque lancer apporte un peu d’espoir et si l’on peut se perdre dans cet espoir, alors les soucis et le chagrin s’évanouissent à l’arrière-plan. La tempête intérieure se calme pour un moment. »

L’univers de Keith McCafferty m’a rappelé un peu les romans de William G. Tapply et de C.J. Box, deux auteurs qui offrent aussi à leurs lecteurs des enquêtes dans des cadres naturels magnifiques. Ce premier tome d’une série qui en compte déjà plusieurs en anglais, vaut le détour. J’ai adoré cette histoire, qui est à la fois un roman un brin contemplatif sur la pêche à la mouche et une enquête policière menée par une femme qui ne s’en laisse pas imposer. J’ai le second tome dans ma pile à lire et j’espère vivement la traduction des autres livres de la série!

Meurtres sur la Madison, Keith McCafferty, éditions Gallmeister, 384 pages, 2018

7 réflexions sur “Meurtres sur la Madison

    • De mon côté, c’est mon genre préféré! Je trouve ça tellement ressourçant comme type d’ouvrage, même quand c’est couplé à une enquête. Il me semble que ça fait du bien de plonger dans la nature à travers les livres 😉

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  1. Trop de pêche !!?? M’enfin ! J’ai lu ce roman en novembre et j’ai adoré les personnages, le cadre, la pêche, et l’humour aussi ! J’attends la sorte en poche du second déjà traduit en français. Gallmeister, c’est du tout bon roman américain !

    Aimé par 1 personne

    • Je suis bien d’accord avec toi! Moi aussi j’ai adoré ce roman, le cadre, les personnages et l’humour. Je suis en train de lire le second et il me semble que c’est encore mieux! Peut-être parce que je connais déjà les personnages? Il y a plusieurs titres en anglais, j’espère qu’il seront traduits!

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