Agathe

AgatheSoixante-douze ans passés, un demi-siècle de pratique et huit cents entretiens restants avant la fermeture de son cabinet : voilà ce qu’il subsiste du parcours d’un psychanalyste en fin de carrière. Or, l’arrivée imprévue d’une ultime patiente, Agathe Zimmermann, une Allemande à l’odeur de pomme, renverse tout. Fragile et transparente comme du verre, elle a perdu l’envie de vivre. Agathe, c’est l’histoire d’un petit miracle, la rencontre de deux êtres vides qui se remplissent à nouveau. Anne Cathrine Bomann signe ici un roman intelligent et inattendu, décortiquant avec tendresse les angoisses humaines : être, devenir quelqu’un, désirer et vieillir. Serait-il possible de découvrir enfin de quoi on a vraiment peur ?

Agathe est un court roman qui se lit d’une traite. Le narrateur est psychanalyste. Il compte prendre sa retraite à soixante-douze ans. Il lui reste donc vingt-deux semaines de travail et 800 rencontres avec ses patients. Il compte le nombre d’entretiens restant, leitmotiv qui ponctue le roman. Il a grande hâte de partir. On s’imagine qu’il a eu une vie bien remplie et qu’il veut profiter du temps qu’il lui reste pour faire des choses seulement pour lui-même. Sauf que le jour où sa secrétaire, Madame Surrugue, prend un rendez-vous pour une nouvelle patiente très insistante, sa vie va être bouleversée. Le psychanalyste est un peu en colère, mais cette nouvelle patiente impose sa présence. Elle s’appelle Agathe et elle n’a plus envie de vivre.

« Encore 688 consultations. À cet instant, j’avais le sentiment que c’étaient 688 de trop. »

Le psychanalyste tente de la repousser, mais il accepte finalement de la recevoir jusqu’à son départ à la retraite. Agathe, qui n’a pas un passé médical facile, ne demande de toute façon qu’une seule chose: parler à quelqu’un. Et c’est lui qu’elle a choisi.

Le quotidien du psychanalyste est donc fait de ces rencontres avec ses patients, pour qui il commence à ressentir moins de bienveillance qu’avant. La seule personne qu’il apprécie réellement, c’est Agathe. Au même moment, Madame Surrugue quitte le cabinet subitement. Ces changements soudains dans la vie du psychanalystes sont de petites ondes de choc dans son quotidien réglé comme du papier à musique.

« Je réalisai que j’avais nourri l’idée que la vraie vie, la récompense de tout ce labeur, m’attendait quand je prendrais ma retraite. Mais assis là, j’étais fichtrement incapable de voir ce que cette vie contiendrait qui vaudrait la peine de s’en réjouir. »

Plus le roman avance, plus on réaliste que la vie que mène le psychanalyste est loin d’être pleinement satisfaisante. Qui du thérapeute ou de la patiente a le plus besoin de trouver un sens à son existence? C’est un peu la question en filigrane du très beau roman que nous offre Anne Cathrine Bomann qui aborde la vieillesse, le deuil, la solitude, la vie.

Ce livre est à la fois touchant et étonnant. Émouvant et grave. Il y a quelque chose dans ce texte qui vient nous chercher, qui prend un peu aux tripes, mais avec une certaine douceur, avec une forme de retenue tout comme le sont les personnages du roman.

« Comment aide-t-on un homme inconnu à bien mourir lorsqu’on n’arrive même pas à vivre sa propre vie? »

Le questionnement existentiel sur la vie, la mort et ce que l’on choisi de faire de ce moment qui nous est alloué. C’est un roman sur le profond désir de profiter de la vie, de donner une utilité à ce que nous sommes, d’exister et de ne pas être invisible. Ni à ses propres yeux, ni à ceux des autres.

Le roman baigne dans une forme de douce mélancolie. Le thème n’est pas à priori joyeux, mais la vie étant faite de petites bulles de bonheur et d’énergie, certains moments du roman sont beaux, lumineux. Comme de petits éclats de soleil pendant l’orage.

Un texte court, mais bouleversant, tant les questions qu’il pose et les thèmes qu’il aborde sont universels et totalement humains. Une très jolie découverte.

Agathe, Anne Cathrine Bomann, éditions La Peuplade, 176 pages, 2019

10 réflexions sur “Agathe

    • C’est un très beau livre, une belle découverte! Je te souhaite une très bonne lecture.
      (Oui les immenses PAL on connaît! 😉 Je crois que c’est le lot de beaucoup de lecteurs, mais c’est tellement plaisant d’avoir plein de livres à découvrir!)

      J'aime

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