Borealium tremens

borealium tremensDavid Gagnon veut rénover la Maison brûlée, dont il hérite à la mort de son grand-oncle, une maison-fantôme comme les autres dans le fond d’un rang de Saint-Christophe-de-la-Traverse. Il veut aussi y cultiver la terre et y terminer son roman, malgré les menaces d’expropriation, les voix qui vibrent, les hallucinations, les racines qui gagnent du terrain, les tiques et l’hiver féroce. Engoncé dans son tombeau de bois pourri, dans l’alcool et dans les archives de sa famille, le jeune écrivain est appelé à accomplir la prophétie sauvage, celle qui avait autrefois animé Auguste et plusieurs autres avant lui, et qui animera ceux qui ne sont pas encore nés.

J’ai adoré ce roman de Mathieu Villeneuve. J’avais beaucoup d’attentes. Le titre, le thème, le sujet et la publicité me donnaient une bonne impression du roman. Je n’ai vraiment pas été déçue, bien au contraire!

Voilà un livre étrange, intrigant, inquiétant, plein de bois, de terre, de folie. Un livre qui ne plaira certainement pas à tout le monde, mais qui a été un beau coup de cœur pour moi. Borealium tremens (sorte de folie du nord) s’inspire de l’expression delirium tremens, état délirant associé au sevrage d’alcool. Ici, c’est toute la folie qui s’empare de David, alors qu’il hérite d’un bout de terre, au Saguenay. Le bois, la vieille maison brûlée, l’alcool en quantité, la folie… tout devient le cadre parfait pour que quelque chose d’étrange et d’inquiétant se produire. David prend possession de la maison et repousse tout et chacun pour partir en quête de ses ancêtres, cultiver son lopin de terre envahi par les peupliers et rénover une maison qui s’effondre de plus en plus.

Ce roman est étrange parce que l’histoire qui débute normalement, commence peu à peu à s’enfoncer dans les délires de David, reliés aux légendes, aux croyances, aux traces laissées par ses ancêtres. On ne sait plus ce qui est réel de ce qui ne l’est plus, mais c’est cet aspect si particulier qui fait de ce livre un vrai envoûtement. J’ai adoré l’écriture, l’odeur de bois, qui se dégage de ces pages. Les lieux sont tellement imagés et bien décrits qu’on s’y croirait. C’est un roman de la terre version contemporaine, où l’ombre des contes ainsi que les esprits des premiers colons planent quelque part au-dessus des pages.

C’est un roman maîtrisé, particulier, que j’ai vraiment aimé. Naturellement, il faut être prêt à être déstabilisé par le texte, à se laisser porter par la folie de David pour l’apprécier. Chaque fois que je m’installais avec ce roman j’avais l’impression de partir très loin et j’ai vraiment adoré cette lecture.

« Dans les campagnes du nord du lac Saint-Jean, les souvenirs hantent le présent, les morts de la route arpentent les fossés, les maisons anciennes appartiendront toujours à ceux qui les ont bâties. Le poids de toute l’Amérique profonde, sa démesure, sa solitude, voûte les épaules, creuse les joues, durcit les regards. La neige et les canicules donnent soif toute l’année. Le Nord, ici, est la frontière du monde. » 

Un coup de cœur pour ce livre si particulier, si prenant, à la fois étrange et un peu inquiétant. À découvrir assurément!

Borealium tremens, Mathieu Villeneuve, éditions La Peuplade, 366 pages, 2017

4 réflexions sur “Borealium tremens

  1. Hummm. Je ne sais pas si j’aimerais ce roman. Le thème est attirant, par contre quand tu parle de délire, est-ce une écriture telle quelle? C’est à dire un ‘délire d’écrivain’? 🙂

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