Les grandes marées

les grandes maréesUne nuit, Miles O’Malley, treize ans, se faufile hors de chez lui pour aller explorer les étendues du Puget Sound à marée basse. Il fait une découverte qui lui vaut une célébrité locale. Certains se demandent quand même si cet adolescent imaginatif n’est pas un affabulateur ou… peut-être même davantage ? En fait, Miles est surtout un gosse qui s’apprête à grandir, passionné par l’océan, amouraché de la fille d’à côté et inquiet à l’idée que ses parents divorcent. Alors que la mer continue à abandonner des présents issus de ses profondeurs mystérieuses, Miles se débat avec la difficulté d’entrer dans le monde des adultes.

J’ai lu ce livre paru sous un autre titre, il y a dix ans. J’en gardais un bon souvenir, un peu flou, mais je ne pensais pas que cette relecture me plairait autant! La belle couverture des éditions Gallmeister y a été pour beaucoup dans mon choix d’ouvrir ce livre, de même que l’idée de (re)lire un livre qui parlerait de bord de mer, de bestioles et d’eau. Parfait pour l’été!

J’ai dévoré le roman en quelques heures. J’avais du mal à le lâcher, parce que c’est un roman à la fois passionnant et intelligent, une belle histoire sur l’adolescence et la difficulté de faire face aux changements. Le livre est beau, c’est plein de tendresse et c’est parfois même très drôle.

Miles est un adolescent de presque quatorze ans, qui n’en parait même pas dix. Il est petit, minuscule pour son âge et tout le monde le lui dit. Y compris son père qui le mesure avec acharnement tous les mois avec la hantise de ne jamais le voir grandir. Miles est différent, passionné par le monde marin. Lecteur acharné, il souffre d’insomnie. Quand il ne dort pas, il lit ou part en kayak dans la baie pour explorer. Sa meilleure amie est une vieille dame, une ancienne médium de qui il prend soin. Il fantasme sur son ancienne gardienne, une fille plus âgée que lui. Et il a une fascination et une admiration sans frontières pour Rachel Carson, une biologiste marine et écologiste, décédée bien avant la naissance de Miles.

Le jour où Miles découvre quelque chose qui ne devrait théoriquement pas se trouver dans la baie, sa vie commence à changer. Parce que Miles passe beaucoup de temps au bord de l’eau et il découvre beaucoup de choses… Bientôt, les journalistes, les chaînes de télé, les sectes et les profiteurs, débarquent dans sa baie pour le voir, l’interroger, le suivre. Il y a des passages vraiment très drôles, quand Miles est exaspéré par la bêtise des gens et qu’il les mène un peu en bateau. D’ailleurs, l’auteur réussit bien à doser l’émotion, l’humour, la tendresse dans ce livre, avec un jeune personnage intelligent et terriblement attachant. J’ai ris et j’ai été émue.

Avec Les grandes marées, Jim Lynch nous offre une belle histoire sur l’adolescence, sur le fait de grandir et de changer, mais aussi une réflexion écologique sur la vie des fonds marins, sur la nature dont ne s’occupe pas toujours bien l’homme, sur les petites choses qui enflamment les gens et peuvent faire tourner un grain de sable en un vrai raz-de-marée médiatique.

Les adultes dans le roman, je pense aux parents de Miles, ne sont pas toujours équilibrés. Les O’Malley sont sur le point de divorcer et ils sont loin d’être des modèles parentaux parfaits. Ils ne comprennent absolument pas leur fils et ne prennent pas le temps de le faire. D’autres adultes sont plus ouverts et accueillent la présence de Miles comme une bénédiction.

« Voilà à quoi se résumait la paternité à mes yeux: intervenir de temps à autre, juste pour mettre en garde vos enfants contre des choses qu’ils maîtrisent mieux que vous. »

Miles a peur de perdre sa baie, de devoir partir, de la voir se modifier et être envahie par les riches, les curieux, des gens qui ne savent pas en profiter. On sent un véritable amour de la nature dans ce livre, une certaine poésie pour la beauté de la mer et les secrets qu’elle recèle, que la majorité des gens ne remarque même pas.

« Ce que j’avais observé n’était qu’une infime partie de la vie nouvelle qui bouillonnait dans nos eaux, et si j’en avais vu plus que la plupart des gens, c’était uniquement parce que j’étais le seul à regarder. »

La science et les fonds marins ne sont jamais très loin dans le livre, puisque c’est la grande passion de Miles. Le livre sent la mer, l’eau salée et les berges qui grouillent de vie.

J’ai aimé à peu près tout de ce roman. Les personnages sont beaux, même Phelps l’obsédé, ou Angie la musicienne bipolaire dont Miles est amoureux. La vieille Florence est touchante et même si elle et Miles ont une grande différence d’âge, ils sont de grands amis. Malgré elle, la vieille femme fait peser sur Miles beaucoup de responsabilités, mais le jeune garçon les endosse et leur relation est belle et pleine de tendresse.

« Rien de tout cela ne me faisait douter de Florence. Il me suffisait d’observer ses yeux. Ils reflétaient la lumière selon une multitude d’angles, si bien qu’il était impossible de dire si c’était vous, derrière vous ou à l’intérieur de vous qu’elle regardait. De plus, elle me perçait à jour mieux que quiconque. En sa présence, je prenais garde à ne pas penser trop fort. »

Je me suis sentie proche du personnage de Miles dans ce roman. Je comprenais sa solitude d’être différent et de s’intéresser à des choses qui n’intéressent personne. Je suis née au bord du Fleuve. Quand j’étais petite, je voulais devenir océanographe. La majorité des gens à qui je le disais, me regardait bizarrement. L’autre moitié ne savait pas de quoi je parlais. Le roman m’a donc vraiment passionnée, toutes ces informations sur les bêtes marines, leurs modes de vie, leurs particularités. J’aurais pu « écouter » Miles me raconter tout ça pendant des heures. L’auteur a donc créé un petit personnage plus que crédible et particulièrement attachant. On comprend pourquoi les gens dans le livre boivent littéralement ses paroles!

J’ai envie de lire à nouveau Jim Lynch. Si tous ses livres sont comme celui-là, j’en veux encore et encore. Un beau coup de cœur pour moi que ces Grandes marées. Un livre parfait pour l’été, à découvrir.

Ce livre est paru précédemment aux éditions Fides (pour le Québec) et aux éditions Les deux terres (pour l’Europe) en 2008 sous le titre À marée basse.

Les grandes marées, Jim Lynch, éditions Gallmeister, 288 pages, 2018

13 réflexions sur “Les grandes marées

  1. Alaska!!! Tu es en train de mettre le trouble dans mes goûts littéraires! Vraiment, je pense que j’aimerais.. peux-tu croire? J’aime bien ces romans près de plans d’eau. Dirais-tu que c’est une comédie dramatique ou une comédie humaine simplement? Combien de pages au fait?

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    • Semer le trouble! Rien de moins! Alors sache que j’en suis contente 😁 Ce n’est pas une comédie en fait, même si certains passages sont drôles. Je dirais que c’est un roman de nature writing qui laisse une large part à l’humain, à l’adolescence. C’est beau. Essaie, tu m’en redonneras des nouvelles 😉
      Le livre fait 288 pages. Je l’indique toujours à la fin du billet 😉

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  2. J’ai beaucoup aimé ce roman, bien plus que  » Face au vent » le dernier de l’auteur. J’ai tout aimé dans ce livre : les décors, le thème et les personnages que je trouve vraiment aboutis. Ah oui, tu voulais être océanographe ? j’imagine la réaction des gens qui devait plus ou moins être la même que moi quand je leur disais que je voulais vivre dans un chalet isolé dans la montagne avec des biquettes et des abeilles 🙂

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    • Face au vent me tente quand même beaucoup. Qu’est-ce qui t’a moins plu?
      Je trouve aussi que Les grandes marées est très abouti. C’est un roman parfait!
      Les métiers particuliers ou les aspirations à d’autres modes de vie ont le don de susciter des réactions d’incompréhension. Heureusement, on ne s’y attarde pas 😉

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  3. Tu m’as définitivement convaincue. Prochain achat.
    Je suis entourée d’océan depuis que je suis petite, j’adore… mais ne quittes pas ta région , hein stp ! J’aime trop tes photos de montagne !!!

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    • Je suis contente de t’avoir donné envie! C’est un beau livre j’espère que tu l’aimeras. Tu es diras ce que tu en penseras.
      J’adore l’eau aussi, mais je ne quitterais pas ma forêt. J’adore le bois.
      Merci en tout cas pour tes commentaires sur mes photos, ça me fait vraiment très plaisir! 😊

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  4. « À marée basse », « Les grandes marées ». Étonnant choix de traduction, ces deux extrêmes.
    Quoique tu en parles magnifiquement bien, je passe mon tour. Beaucoup trop aquatique-marin-scientifique pour moi. N’empêche, le portrait de cet adolescent pique ma curiosité. Et cette couverture… Bref, je suis en plein dilemme!

    Océanographe! Je t’imagine bien. Moi, je voulais être… gardienne de phare! Rien de moins!

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    • Je préfère le premier titre, À marée basse, qui pour moi est plus représentatif. Mais Les grandes marées colle aussi pour certaines raisons.
      J’ai toujours aimé qu’on me parle de bestioles, marines ou pas. Du coup cet aspect-là m’a beaucoup plu.
      C’est un beau livre, qui sait peut-être que tu aimeras!
      Gardienne de phare est pas mal non plus! Malheureusement tu serais sans doute au chômage aujourd’hui 😉

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  5. Pingback: Face au vent | Mon coussin de lecture

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