Pax et le petit soldat

paxLa guerre est imminente. Lorsque le père de Peter s’engage dans l’armée, il oblige son fils à abandonner Pax, le renard qu’il a élevé depuis le plus jeune âge et envoie le garçon vivre chez son grand-père à cinq cent kilomètres de là. Mais Peter s’enfuit à la recherche de son renard. Pendant ce temps, Pax affronte seul les dangers d’une nature sauvage et se trouve confronté à ceux de son espèce.

Quel beau roman! Je l’ai récupéré rapidement à la biblio avant qu’il soit en circulation et je l’ai lu pratiquement d’un coup. L’histoire est à la fois belle et touchante, humaine et remplie de beaucoup de belles réflexions.

Peter est un jeune garçon qui a élevé un renard. Quand il est forcé de l’abandonner, il ne confronte pas son père à ce sujet et il s’en veut terriblement. Il décidera d’aller retrouver son renard et il s’enfuit de chez son grand-père. Sauf que sa route, tout comme celle de Pax, est parsemée de rencontres et d’embûches.

Le roman est construit en alternance, un chapitre nous parle de l’histoire de Peter, le suivant c’est celle de Pax. L’auteure décrit le parcours du renard en mettant en évidence la façon de communiquer de cet animal et c’est très intéressant à lire. Peter de son côté est en mode fuite, mais il n’ira pas bien loin puisqu’il lui arrive un accident regrettable. Cet incident lui permettra cependant de rencontrer Vola, un personnage qui deviendra très important dans la vie de Peter. Il passera un certain temps avec elle dans sa cabane. Elle agit avec lui comme une sorte de mentor et par la suite, comme une amie. C’est un personnage en marge de la société comme je les aime, qui va apprendre beaucoup à Peter, mais à qui le jeune garçon va aussi beaucoup apporter.

Ce roman est une belle fable sur la vie, sur les choix que l’on fait (ou ceux que l’on ne fait pas), sur notre façon de choisir notre vie, notre fardeau, ceux qui nous accompagnerons ou pas. C’est aussi une histoire qui démontre également que rien ne nous oblige à suivre les traces de nos parents ou à être comme eux. Je trouve toujours que c’est très intéressant de retrouver ce genre de propos dans un roman jeunesse. Les adultes ne détiennent pas la vérité. Ils peuvent se tromper ou ne pas agir correctement.

J’ai lu beaucoup de livres qui parlent de la guerre, car c’est aussi un des sujets principaux du roman, mais c’est la première fois que je lis un roman qui aborde la guerre du point de vue animal et des conséquences d’une guerre sur la nature par exemple. Car Pax et le petit soldat est aussi et avant tout un livre sur la beauté et la cruauté de la nature, sur la vie, sur les hommes aussi et leurs agissements qui ne sont pas toujours en phase avec l’environnement, alors qu’ils le devraient.

Un coup de cœur que je conseille à tous, enfant ou adulte. Très émouvant!

La couverture de ce roman est magnifique. Nous la devons au travail de l’excellent Jon Klassen que j’aime beaucoup! Le roman comporte également quelques illustrations, du même artiste.

Je vous laisse sur un extrait qui m’a particulièrement touchée et qui sonne si juste:

« -J’ai même plus que ce dont j’ai besoin. J’ai trouvé la paix ici.
-Parce que c’est si tranquille?
-Non. Parce que je suis exactement là où je dois être, et que je fais exactement ce que je dois faire. C’est ça, la paix. »

Ce livre est lauréat du Prix des libraires du Québec 2018, en littérature jeunesse. Un prix amplement mérité! (il en a d’ailleurs remporté pleins d’autres, ici et ailleurs.)

Pax et le petit soldat, Sara Pennypacker, éditions Gallimard Jeunesse, 320 pages, 2017

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Nouvelles

IMG_0245« Il y avait à l’hôtel quatre-vingt-dix-sept publicistes de New York. Comme ils monopolisaient les lignes interurbaines, la jeune femme du 507 dut patienter de midi à deux heures et demie pour avoir sa communication. Elle ne resta pas pour autant à ne rien faire. Elle lut un article d’une revue féminine de poche intitulée « Le sexe, c’est le paradis ou l’enfer ». Elle lava son peigne et sa brosse. Elle enleva une tache sur la jupe de son tailleur beige. Elle déplaça le bouton de sa blouse de chez Saks. Elle fit disparaître deux poils qui venaient de repousser sur son grain de beauté. Lorsque enfin le standard l’appela, elle était assise sur le rebord de la fenêtre et finissait de vernir les ongles de sa main gauche. »

Je viens de terminer ce recueil de nouvelles de J.D. Salinger qui m’attendait dans ma pile depuis quelques années. Ayant beaucoup aimé L’attrape-cœurs à l’époque (que je viens d’ailleurs de me procurer pour le relire éventuellement), j’attendais beaucoup de ces nouvelles. Je dois avouer qu’en tournant la dernière page, je me sens à la fois déçue et flouée.

La préface du livre, écrite par Jean-Louis Curtis, est plutôt intéressante. L’homme est très enthousiaste et il donne vraiment envie d’ouvrir le livre de Salinger. J’étais dans de bonnes dispositions pour aimer ce recueil, qui contient neuf histoires.

Le problème avec ces nouvelles, c’est qu’elles me laissent le sentiment d’être complètement inachevées. Je n’en comprends ni la forme, ni la raison d’être, ni le dénouement. C’est encore plus frustrant parce que Salinger excelle particulièrement dans la création des univers qu’il nous décrit. En peu de mots, peu de lieux et peu de descriptions, il a déjà placé ses personnages et leur a donné vie. On embarque totalement dans ce qu’il nous raconte parce qu’il est vraiment doué pour ça. Ses personnages sont vivants et ont une existence propre. Je dois lui accorder ce don-là.

Là où ça s’est gâté pour moi, ce sont les fins de ces nouvelles. J’ai l’impression que la plupart n’en ont pas. Chaque fois, les histoires me donnaient l’impression d’être excellentes, de m’embarquer très loin, avant de me laisser retomber sans rien me donner. Et à chaque nouvelle histoire, c’était la même chose. Vers la fin, j’étais plutôt lassée et j’avais hâte de terminer le livre.

Malgré cela, deux nouvelles se démarquent du recueil selon moi et ont une fin un peu plus punchée, comme je les aime. Un jour rêvé pour le poisson-banane est une histoire qui se termine en coup de poing et comme c’est la première du recueil, ça débutait bien ma lecture. La seconde, L’époque bleue de Daumier-Smith est vraiment intéressante par son contenu et son originalité. C’est une nouvelle qui aborde l’art et les cours par correspondance. Je l’ai trouvé très intéressante. La fin est moins punchée mais l’histoire est des plus captivantes.

Salinger en nouvelliste ne m’a pas réussit. Il me semble que ses histoires manquent de finition. C’est le sentiment que j’ai eu tout le long de ma lecture. Je le préfère largement en romancier. Nouvelles a été pour moi une rencontre ratée. Dommage.

Je participe à l’excellente initiative d’Electra et de Marie-Claude de lire des recueils de nouvelles en ce beau mois de mai. Ce livre a donc été lu dans le cadre de l’événement Mai en nouvelles.

Nouvelles, J.D. Salinger, Éditions Pocket, 281 pages, 1961

Donnacona

DonnaconaDonnacona est ma première rencontre avec la plume d’Éric Plamondon. Je ne l’avais encore jamais lu et j’ai choisi son recueil de nouvelles pour débuter. Je suis plutôt contente de cette lecture. J’ai très envie de voir ce qu’il nous réserve dans un roman par exemple. Je pense aussi à sa trilogie Hongrie-Hollywood express, Mayonnaise et Pomme S qui me fait de l’oeil depuis un moment.

Donnacona est un recueil de trois longues nouvelles qui racontent chacune une étape différente de la vie. La première, qui donne son titre au recueil, parle de l’enfance d’un groupe d’amis qui vivaient au bord de la rivière. Entre les bières, les amourettes et la pêche, c’est le portrait d’une région et d’une amitié qui se dessine. C’est sans doute la nouvelle la plus marquante du recueil. Un coup de poing.

Lendemain de pêche parle du début de la vie d’adulte, alors qu’un jeune homme travaille dans une pizzéria et rencontre le grand amour. C’est cet amour, intense, différent de tout ce qu’il a connu, mais un peu étrange qui amène le jeune homme à en parler à son frère. Ils passent la journée ensemble, vont pêcher, jouer au billard et manger. Les différences entre les deux sont flagrantes. Le texte est accompagné de quelques ébauches de poèmes.

Ristigouche est une étrange histoire. En la lisant j’avais l’impression parfois de me sentir un peu égarée. Il y est à la fois question de Pierre, dont la mère vient de mourir et qui a acheté avec l’argent de l’héritage « un pick-up, une tente-roulotte, un canot pneumatique et un équipement de pêche au saumon ». On nous raconte la vie de Pierre, mais surtout celle de sa mère et des ancêtres qui sont arrivés ici. Ces passages sont passionnants, mais la structure de cette nouvelle me laissait par moments un peu perplexe. On passe de l’un à l’autre sans prévenir, le tout entrecoupé des paroles d’une chanson (que je ne connaissais pas), Le petit avocat. Même si je vois un rapport avec ce qui se déroule dans le texte, je n’en ai pas compris l’utilité. Toutefois, j’ai trouvé la rencontre entre Pierre et le béluga vraiment intéressante. Une troisième nouvelle que j’ai un peu moins aimée, plus à cause de sa structure finalement, que de son contenu.

Malgré cela, j’ai bien aimé cette lecture, suffisamment pour me donner envie de relire l’auteur, dont j’ai déjà un second livre sous la main. Il y a une certaine tristesse dans ces nouvelles, une mélancolie assez touchante, avec sans cesse un regard en arrière, sur le passé.

« Tout s’est un peu arrêté ici. Peut-être que la fin du barrage résonne comme un appel. Quand j’ai appris la nouvelle, j’ai tout de suite eu besoin de revenir, d’être là et de voir de mes propres yeux. Je croyais trouver une réponse. Je crains d’atteindre une étape de la vie où les questions sur notre passé ne peuvent être que décevantes. Je commence à redouter cet âge où il ne reste plus que le souvenir de nos souvenirs. »

Voici un autre extrait très imagé:

« Il s’est réveillé avec sur la poitrine le poids d’un cachalot échoué. Il a ouvert les yeux. Le cachalot était là. Il était lourd, bien trop lourd, impossible de bouger. Ça sentait la mer, l’humidité. Ça remontait dans ses os. C’était un peu gluant. Une odeur de poisson se mêlait aux cris des mouettes. Il était déjà dix heures. »

Je participe à l’excellente initiative d’Electra et de Marie-Claude de lire des recueils de nouvelles en ce beau mois de mai. Ce livre a donc été lu dans le cadre de l’événement Mai en nouvelles.

Donnacona, Éric Plamondon, Éditions Le Quartanier, 118 pages, 2017

Nous sommes ce continent

« [20 h 20] Je dis peut-être « mon amour » pour la dernière fois en parlant de toi. Je le dis et j’ai toutes ces images en tête. Notre bonheur à deux. Les moments beaux. Ceux que personne ne peut renier. Il n’y a pas que nos yeux qui en furent témoins. Il serait facile de penser que le vent tout autour est venu à bout de notre amour, mais c’est nous deux qui en sommes venus à bout cette fois. Ce que tu es. Ce que je suis. Nous deux séparément. Nous avons mis un terme à l’artifice parce qu’en dernier ce n’était presque seulement que ça, un combat maquillé en beauté. »

Nous sommes ce continent raconte l’histoire d’un adolescent qui, dans ses derniers jours avec son amoureuse, alors qu’elle lui suggère d’apprendre à mieux se connaître et d’arrêter d’éparpiller ses idées partout, entreprend l’écriture d’un journal qu’il tiendra pour tout le mois de septembre. Il poursuivra cet exercice d’écriture même après sa rupture avec sa copine. Son journal est adressé à son amoureuse – puis ancienne amoureuse – même après qu’ils aient rompu.

À travers ses écrits entremêlés de poésie, l’adolescent vit le grand amour puis voit sa vie amoureuse s’enliser dans un brouillard. Il parle de sa vie quotidienne, de ses émotions, des pensées qui lui passent par la tête. Lorsqu’il a de l’inspiration, il crée des poèmes entre les pages de son journal.

Au jour 3 de son journal, l’adolescent a une discussion au souper avec son père sur ce qu’est la romance. Son père va le surprendre en lui offrant un recueil de Paul Éluard et en lui disant de le lire.

« Tu sais, le romantique est plutôt une personne en marge du monde qui l’entoure, parce qu’il observe, et passe souvent pour un rebelle… T’es un beau rebelle, mon fils… »

Au tout début du recueil, on sent que l’adolescent est très amoureux. Au fil des jours, sa relation avec sa copine s’étiole vers une fin de non retour. Ils s’aiment, mais il n’y a plus d’artifices. Dans son journal il va illustrer par la poésie ce qu’il ressent et ce qu’il vit. C’est souvent beau et touchant.

Le livre parle d’amour, mais aussi d’intimidation, de suicide, de la relation d’un adolescent avec sa famille. Les réflexions qui sont apportées dans le recueil sont intéressantes. L’auteur a une très belle plume et ce recueil est tout simplement magnifique. Il nous fait vivre de grandes émotions.

Je connaissais déjà un peu Pierre Labrie puisque j’ai lu il y a un moment Le vent tout autour. J’avais bien aimé, mais Nous sommes ce continent est vraiment une très belle lecture. Un auteur que je compte bien continuer à découvrir.

Nous sommes ce continent, Pierre Labrie, Soulières éditeur, 65 pages, 2012

Courir au clair de lune avec un chien volé

IMG_0214Sous une lune gibbeuse, un jeune homme nu traverse la nuit en courant aux côtés d’un chien galeux. À leurs trousses : Montana Bob et Charlie Chaplin, deux lascars prêts à tout pour récupérer l’animal et se venger du voleur. Cette nouvelle, qui ouvre le recueil de Callan Wink, donne le ton : une énergie et une originalité qui saisissent le lecteur dès les premières lignes. Dans les grands espaces du Montana, tous ses personnages sont tiraillés entre le poids des responsabilités et les charmes de la liberté. Ainsi, un homme marié entretient une liaison hors du commun avec une Indienne Crow alors que sa femme lutte contre un cancer. Et un adolescent, pris dans la guerre intime que se livrent ses parents, se transforme en exterminateur de chats…

Callan Wink en est à sa première publication avec ce recueil de nouvelles au nom improbable: Courir au clair de lune avec un chien volé. Il est difficile de croire qu’il s’agit d’une première oeuvre tant les nouvelles sont maîtrisées, l’écriture est brute, les personnages d’une originalité vraiment intéressante et la description de l’âme humaine d’une finesse incroyable.

On entre dans ce recueil de plein pied, chaque histoire est si bien écrite qu’elle nous donne le sentiment de plonger dans de véritables petits mondes. On s’attache aux personnages, aux lieux, aux histoires.

Même si je les adore, il y avait un moment déjà que je n’avais pas lu de nouvelles. Ce recueil était une excellente façon d’y revenir. J’ai particulièrement apprécié le thème sous jacent de chacune des histoires: la quête de liberté, le choix d’une vie plutôt qu’une autre, l’envie de prendre un chemin différent. Les histoires se passe dans des lieux où la nature et les bêtes sont très présentes, ou alors sur des fermes et des terres.

Il y a de très beaux passages ou réflexions sur la nature humaine et la vie, qui m’ont particulièrement interpellée:

« Si tu connaissais toutes les langues du monde, tu pourrais t’exprimer à la perfection et toutes les expériences te seraient compréhensibles. »

ou encore:

« – Le jour où tu prends un chien, tu t’engages à l’enterrer. C’est comme un contrat que tu signes. Inutile de trop s’attacher.

-Tu peux dire ça à propos de n’importe quoi. Toutes les choses de la vie, soit tu les enterres, soit c’est elles qui t’enterrent. Ça ne veut pas dire qu’on ne doit pas s’attacher. »

Les personnages des différentes nouvelles sont particulièrement originaux, que ce soit par leur travail (tueur de chats) ou leur passion (amateur de reconstitutions historiques). Ils font de la randonnée (passé 70 ans), oeuvrent dans le trafic d’armes de collection (à l’adolescence) ou appellent leurs chiens Elton John (deux chiens, un seul nom). Il y a des passages qui font sourire ou qui sont émouvants.

« Des années auparavant, il avait campé dans le parc de Yellowstone à côté d’un vieux couple de hippies qui lui avaient raconté qu’un soir, dans l’Iowa, après avoir pris du LSD, ils étaient sortis attraper tout un bocal de lucioles dont ils s’étaient frotté le corps puis, nus et luminescents, ils avaient fait l’amour au clair de lune dans un champ de maïs. Le souvenir du bonheur évident avec lequel ils avaient raconté cette histoire lui donna le frisson. « 

Après avoir lu (et vraiment aimé!) ce recueil, j’espère que l’auteur écrira bientôt autre chose et que j’aurai le plaisir de le lire à nouveau. Des nouvelles que je suggère à ceux qui aiment les histoires un peu brutes et la littérature américaine.

Je participe à l’excellente initiative d’Electra et de Marie-Claude de lire des recueils de nouvelles en ce beau mois de mai. Ce livre a donc été lu dans le cadre de l’événement Mai en nouvelles.

Courir au clair de lune avec un chien volé, Callan Wink, Terres d’Amérique, éditions Albin Michel, 290 pages, 2017